Cine femme Première ministre... pour faire quoi ?
Une semaine à peine après sa nomination comme « Premier ministre », Edith Cresson a déjà déçu la classe politique. Elle avait pourtant, paraît-il, bénéficié au départ d'un préjugé favorable. Enfin une femme à la tête du gouvernement, s'exclamaient tous en cœur député(e)s de droite comme de gauche. Presque tous... Car déjà F. d'Aubert, UDF, commentait, grand seigneur : « On nous donne la Pompadour », tandis que P. Méhaignerie, centriste, déplorait son « sectarisme et son manque de rigueur intellectuelle ».
Mais que lui reproche-t-on au juste ? Sa ligne politique ? Non, au contraire. Un patron a même félicité F. Mitterrand d'avoir nommé E. Cresson à ce poste par une pleine page de publicité dans Libération et le Figaro ! La composition de son gouvernement est-il en cause ? Pas vraiment. Ce qu'on ne lui pardonne pas, c'est d'avoir trahi son image, c'est de ne pas avoir usé à la tribune des formules choc dont elle a le secret. On attendait du spectacle, et il n'a pas eu lieu. Elle a fait, dit-on, un discours « plat », « terne ». Du coup, il fallait les voir à l'Assemblée, goguenards, chahutant comme jamais ils ne l'ont fait face à l'un de leurs pairs ; c'était une femme et tout était permis. Le commentaire de P. Tesson le lendemain dans le Quotidien de Paris en dit long sur le mépris misogyne auquel E. Cresson devra faire face : « On a comme Premier ministre une marchande à la criée qui vend n'importe quoi pour sauver les meubles de la famille. » Déjà dans le Monde, P. Jarreau et E. Le Boucher n'avaient-ils pas noté dans leur portrait de la « Dame de velours » que « les confrontations théoriques la dépassent » et que « Mme Cresson n 'est pas une intellectuelle, subtile, pédagogue. »
Pour autant, nous ne volerons pas au secours d'E. Cresson au nom d'une solidarité « féministe » qu'elle n'a d'ailleurs jamais recherchée. Car il ne suffit pas d'être « battante », « fougueuse », d'avoir du « tempérament » et du « caractère », de s'entourer de quelques femmes pour faire un gouvernement féministe et opérer un « virage à gauche » comme certains l'annonçaient. De ce point de vue, E. Cresson elle-même s'est appliquée à dissiper toute illusion. A peine désignée comme Première ministre, elle commençait par faire l'éloge de l'apprentissage patronal et douter des bienfaits de la scolarité obligatoire jusqu'à seize ans ! Et dans son discours à l'Assemblée, qu'a t-elle dit de différent de Rocard ou de Bérégovoy ? « Franc fort », « inflation maîtrisée », « contrôle rigoureux de la dépense publique » restent ses objectifs. En clair, la politique d'austérité ne sera pas remise en cause. Si elle prétend « lutter contre les inégalités et les exclusions et d'abord le chômage », elle se garde bien de dire comment. Tout le monde sait par ailleurs que la décision d'augmenter la CSG est déjà prise.
Quand Mitterrand prit la relève de Giscard d'Estaing en mai 1981, il prit soin de marquer la rupture, de se situer dans l'histoire du mouvement ouvrier et des luttes sociales, rendant un bel hommage à Jaurès et à tous les travailleurs anonymes... Mme Cresson, première femme Première ministre, n'a pas eu un mot pour les femmes et leurs combats, pas un mot pour les infirmières en grève, de nouveau, pas un mot sur la lutte actuelle pour défendre le droit à l'avortement en France comme aux USA ou en Pologne...
Certes, elle s'est entourée de quelques femmes, mais quelles femmes ? L'une, Frédérique Bredin, et l'autre, Martine Aubry, sont avant tout des « filles à papa » dont les seuls titres de gloire sont d'avoir fait l'ENA ou Sciences Po ou d'avoir été à la tête de Pechiney (Martine Aubry) pour un salaire modeste de 1,2 million de francs par an. Seule Véronique Neiertz, secrétaire d'Etat aux droit des femmes, peut encore mériter le qualificatif de militante. . .
Quant à Bruno Durieux, dont les féministes avaient unanimement demandé la démission pour ses positions plus qu'ambiguës sur l'avortement, il a été reconduit dans ses fonctions à la Santé, purement et simplement. Mais pour « gouverner au centre », il faut bien quelques concessions, n'est-ce pas. . .
Mme la Première ministre, ne comptez pas sur nous pour vous ménager !
Claire Bataille
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Critique Communiste
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