La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Irak : Un peuple pris en otage

· Cahiers du féminisme, n° 59-60, hiver 1991 - printemps 1992 · p. 52 · 522 mots

un peuple pris en otage es rares informations filtrant du territoire irakien laissent deviner une situation particulièrement dramatique pour la population. Si le sort des campagnards est moins difficile grâce à la pratique de l'auto-subsistance, les couches urbanisées, en proie au chômage, dépourvues de ressources, sont victimes d'une dégradation catastrophique du niveau de vie. Les problèmes sont moins ceux de l'approvisionnement alimentaire -les marchés continuent à être pourvus -que l'argent qui fait défaut pour acheter vivres et médicaments. L'appareil industriel du pays a été totalement disloqué par la guerre. Il ne pourrait être reconstruit qu'avec un minimum de capitaux.

Or ceux-ci servent à payer les réparations infligées par les vainqueurs (une partie des recettes pétrolières est reversée à l'ONU) ou alimentent la fuite de devises organisée par le clan au pouvoir. Dans ce contexte, ce sont les plus pauvres, ceux qui avaient fait le moins d'« économies » avant la guerre qui souffrent le plus.

Cette situation, qui n'émeut pas la conscience humanitaire de l'Occident, procède à la fois de l'âpreté économique, du chantage et de l'exemple. Apreté à faire payer l'Irak de la part des monarchies pétrolières qui ont elles-mêmes payé les coalisés occidentaux : la guerre n'a pas coûté un centime à la France et a enrichi les Etats-Unis « sur-remboursés ». Chantage de la part des pays occidentaux qui entendent trouver et détruire la partie moderne de l'appareil milita-ro-irakien et notamment sa composante nucléaire. Les sanctions ne seront pas levées tant que l'Irak ne sera pas ramené au stade d'un Etat doté seulement de quelques chars et mitrailleuses : il faut bien que Saddam puisse réprimer sa population. Exemple, enfin, qui sert à montrer à toutes les puissances régionales du tiers monde ce qu'il peut en coûter lorsqu'on tente de remettre en cause le statu quo international.

Le peuple irakien -pas l'équipe au pouvoir qui continue à pendre les opposants et à prospérer, merci pour elle -est, seul, victime de cette conjugaison d'intérêts couverte par le silence complice d'une presse pour laquelle les Irakiens ne sont pas de « bonnes » victimes. Comme il advient généralement dans les mêmes circontances historiques, le sort des femmes est tou-jours plus difficile que celui des hommes. Cent mille morts d'hommes jeunes, c'est autant de veuves ou de mères qui ont perdu, outre l'époux et le fils, les ressources qui les fai-s a i e n t vivre, dans un pays où le travail féminin est peu répandu. Sans compter les blessés devenus invalides auxquels le Trésor irakien n'est pas en mesure de verser une pension. Selon diverses sources, la prostitution tendrait à se répandre dans les villes, conséquence évidente de la misère féminine. Les conditions sanitaires de plus en plus déplorables, médicaments rares et très chers, hôpitaux qui ne fonctionnent plus..., sont responsables d'épidémies diverses et d'une recrudescence de la mortalité maternelle et infantile. L'humanitarisme à deux vitesses qui sévit dans nos contrées est plus immonde que l'expression froide des intérêts qui, au moins, ne s'habille pas de morale. C'est un peuple entier qui est pris en otage dans l'indifférence générale. N'est-il pas temps de dire que cela suffit ?

Oriane Méricourt

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