Contraception : information censurée
Qu’est donc devenue la campagne d’information sur la contraception qui devait, à l’initiative du secrétariat d’Etat aux Droits des femmes, débuter le 12 mai dernier ? Disparue ! Annulée ! Tout était pourtant prêt pour son lancement : spot télévisé, dépliants, permanences téléphoniques, contacts pris avec les sept cents établissements scolaires qui devaient relayer l’initiative. Mais Bérégovoy en a décidé autrement. Dans un premier temps, les explications données par le gouvernement, peu crédibles en l’occurrence, invoquaient des problèmes d’ordre “ technique et budgétaire ” alors que, dans un second temps, un communiqué de Matignon expliquait que le spot prévu “ risquait d’introduire la confusion dans les esprits” et qu’une nouvelle étude était menée ‘‘de telle sorte qu ’une information objective puisse être apportée aux jeunes sans choquer inutilement certaines sensibilités ” ! En fait, le Premier ministre a considéré que cette campagne représentait ‘‘une incitation à la débauche ” dans la mesure où, primo, le spot télévisé mettait en scène des jeunes de quinze ans (quelle horreur !) et où, secundo, sa seule fonction n’était pas de sensibiliser sur le SIDA mais aussi de prévenir les grossesses non désirées. Pour Béré-la-pudeur, une campagne anti-SIDA, passe encore, mais une information sur la contraception avec pour slogan ‘‘la contraception, pour ne penser qu’à l’amour”, non ! Peut-être la campagne prévue n’était-elle pas parfaite, mais on est d’ores et déjà sûr que celle qui la remplacera ne fera allusion qu’au SIDA et plus du tout aux risques de maternités non désirées.
Ce n’est hélas pas la première fois que Bérégovoy se distingue sur le sujet. En la matière, il a des convictions profondes : en 1982, alors ministre de la Solidarité nationale, il avait cherché à s’opposer au remboursement de l’IVG par la Sécurité sociale, déclarant, pour justifier son refus de débloquer des fonds, qu’il s’agissait pour lui d’un “problème d’éthique” . Les dizaines de milliers de manifestantes qui lui avaient répondu dans la rue, le 23 octobre 1982, avaient eu raison de ces positions réactionnaires. Et aujourd’hui ?
Inutile d’insister sur l’importance qu’aurait une campagne sur la contraception -il n’y en a pas eu depuis une dizaine d’années ! Si le préservatif fait l’objet d’une certaine information, rien n’est fait, en revanche, par les pouvoirs publics pour sensibiliser la population sur toutes les autres méthodes contraceptives.
L’annulation de cette campagne et les arguments évoqués pour la justifier ne peuvent qu’encourager les forces de droite et d’extrême-droite et la hiérarchie catholique, qui s’attachent à faire de l’avortement un enjeu de société et exercent une pression permanente pour revenir sur ce droit acquis par les luttes de femmes. Le député UDF Philippe de Villiers met au centre de son ‘‘combat pour les valeurs” la défense de la famille, ‘‘cellule fondatrice de la société", et son pendant, la remise en cause du droit à l’avortement. Des lobbies intégristes s’acharnent à traquer tout ce qui parle d’amour, de sexualité et du droit de choisir, tout ce qui vise à informer les jeunes et peut les aider à vivre une sexualité plus libre. L’association “Avenir de la culture” a ainsi organisé un envoi massif de lettres au président de la République et au Premier ministre, protestant contre le projet de campagne sur la contraception parce qu’elle représente, selon elle, ‘‘un encouragement à la pratique de l ’amour libre ” qui va augmenter “le nombre de grossesses chez les adolescentes et d’assassinats d’innocents par l’avortement” , alors que “la jeunesse de notre pays a besoin d’être guidée dans le respect des valeurs morales et non d’être poussée sur le chemin de la débauche Message bien reçu à Matignon !
La Coordination nationale pour le droit à l’avortement et à la contraception ainsi que le MFPF ont réagi dès qu’ils ont appris cette décision autoritaire de Bérégovoy. Une lettre ouverte/pétition circule actuellement pour imposer au Premier ministre le maintien de cette campagne d’information. Un rassemblement est prévu à Paris le 25 juin. Affaire à suivre.
Un CUC sinon rien !
Un projet de loi concernant un contrat d’union civile (CUC) est actuellement à l’étude au sein du groupe socialiste de l’Assemblée nationale. Il propose que deux personnes, quel que soit leur sexe, puissent acquérir, par un acte juridique volontaire, des droits équivalents à ceux des couples mariés : couverture sociale, impôts, responsabilité parentale conjointe, succession, etc.
Les défenseurs de cette proposition s’appuient sur le décalage important existant entre la réalité de la vie. des couples non mariés, de plus en plus nombreux, et la législation actuelle, dans laquelle seul le mariage fait référence. De plus -et c’est sans doute l’essentiel -cette disposition offrirait un cadre législatif pour les nombreux couples d’homosexuels et de lesbiennes, actuellement sans aucune reconnaissance.
En fait, la discussion est ouverte depuis un certain temps déjà dans le mouvement homosexuel. Le développement du SIDA a entraîné nombre de situations dramatiques pour les homosexuels dont l’ami venait de décéder. Ceux-ci se trouvent alors totalement démunis face à la législation actuelle. Le débat porte sur la nature d’une législation alternative : faut-il des dispositions uniquement destinées aux homosexuel(le)s, ou une loi qui tende à l’égalité entre homosexuel(le)s et hétéro-sexuel(le)s ? Le projet actuel s’inscrit nettement dans un principe d’égalité des droits puisqu’il propose un cadre commun, hors du mariage, pour toutes et tous.
Le Collectif pour le contrat d’union civile, qui soutient ce projet, regroupe diverses organisations : associations homosexuelles, Mouvement français pour le Planning familial, les Verts, Génération Ecologie ; plusieurs personnalités l’ont publiquement défendu : Elisabeth Badinter, Harlem Désir, etc. Mais tout le monde, au sein même du Parti socialiste, n’est pas convaincu, certains députés se disant “embarrassés”. Ce projet sera-t-il finalement soumis au vote du Parlement ? Même si le texte n’est pas parfait, il aurait le mérite d’ouvrir un débat de société et serait un pas vers la reconnaissance sociale des homosexuels et des lesbiennes.
En bref
Une loi contre le harcèlement sexuel
Ordre moral criminel
Solidarité avec les femmes polonaises !
Le 29 avril 1992, le Conseil des ministres a examiné un projet de loi présenté par Véronique Neiertz, secrétaire d’Etat aux Droits des femmes, projet “ relatif à l’abus d’autorité en matière sexuelle dans les relations du travail ”.
Ce projet est composé de quatre articles modifiant le Code du travail et d’un article modifiant le Code de procédure pénale. Il vise à définir juridiquement le harcèlement sexuel et à en protéger les victimes. Conformément à la résolution adoptée le 29 mai 1990 par la Communauté européenne sur la protection de la dignité de la femme et de l’homme au travail, la France devrait se doter ainsi d’une législation sur le harcèlement sexuel.
Toutefois, l’Association européenne contre les violences faites aux femmes au travail (AVFT) considère que le projet actuellement en discussion reste sur le fond insuffisant pour prévenir efficacement les situations de harcèlement sexuel. Ainsi, les deux articles du Code du travail relatifs à l’égalité professionnelle et au droit disciplinaire le définissent comme “ les agissements d’un employeur ou d ’un supérieur hiérarchique qui, abusant de l ’autorité que lui confèrent ses fonctions, aura exercé des pressions sur [un] salarié afin d ’obtenir des faveurs de nature sexuelle au profit d’un tiers ’’.
D’une part, cette définition ne vise que l’abus d’autorité {"d’un employeur ou d’un supérieur hiérarchique”). D’autre part, il ne reconnaît pas le harcèlement au sens large (paroles, injures sexistes, attouchements, etc.) et ne vise que ses conséquences {‘‘obtenir des faveurs de nature sexuelle ”).
Par ailleurs, le projet initial de V. Neiertz visait aussi à permettre aux organisations syndicales de se constituer partie civile dans ce genre d’affaires, et donnait la possibilité au comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) de proposer des actions d’information et de prévention. Cette dernière disposition a été supprimée par le Sénat en première lecture, le 2 1 mai, à la demande du groupe communiste.
On le voit, la loi qui sera définitivement adoptée risque d’être plutôt limitée et, comme l’affirme l’AVFT, "en deçà (même) de l’évolution de la jurisprudence” . A suivre...
Pour tout contact, AVFT, 71, rue Saint-Jacques, 75005 Paris ; tél. : 45 84 24 24.
L’association Point-Gay (liée à l’Agence française de lutte contre le SIDA) comptait organiser en juin, à Tours, une soirée au profit de la lutte contre le SIDA, avec distribution de préservatifs à l’entrée. Mais l’adjointe au maire, mademoiselle Gautras, a refusé de mettre une salle à leur disposition. Ses arguments sont ceux de l’extrême droite et des cathos intégristes : "En tant que gestionnaire, je ne veux pas m ’associer à une publicité pour une soirée gay. Je ne suis pas opposée à la lutte contre le SIDA, mais je m ’oppose à la distribution de préservatifs comme à l’installation de distributeurs à la porte des collèges. Je considère qu ’on a créé l ’homme et la femme avec une fonction précise pour chacun, en vue de prolonger la nature humaine. L ’homosexualité n ’est pas dans la nature humaine, ce pourquoi l ’homme est fait. ’’
Cette exploitation odieuse du SIDA pour désigner l’homosexualité comme le Mal absolu fait partie d’une offensive idéologique réactionnaire orchestrée par les racistes, sexistes et homophobes de tout poil. Ces chantres de l’ordre moral devraient être condamnés pour non-assistance à personnes en danger.
Comme l’a annoncé l’envoyée spéciale du Monde, “ depuis le 3 mai, on ne peut plus avorter ‘légalement’ en Pologne, à moins que la grossesse ne résulte d’un viol ou menace la vie de la mère" (édition du 15 mai 1992).
La loi de 1956 autorisant l’avortement n’est toujours pas abrogée, mais l’Ordre des médecins, avec l’appui de l’Eglise, vient de faire entrer en application l’article 37 du Code d’éthique médicale, qui lui sert de référence depuis le 14 décembre 1991, article qui interdit la pratique de l’avortement aux médecins, sauf exception. Depuis, hôpitaux publics, cliniques privées et médecins, par crainte de se mettre hors la loi -non pas de la nation mais de l’ordre moral imposé par l’Eglise via l’Ordre des médecins -se sont alignés sur ce nouveau diktat.
C’est une nouvelle étape qui vient d’être franchie dans la remise en cause des droits des femmes polonaises à choisir librement leur maternité. Depuis 1989 en effet, l’Eglise
En Argentine, les militantes de la Commission pour le droit à l’avortement continuent leur lutte pour la légalisation de l’avortement, qui est toujours interdit.
Tous les lundis, elles s’installent en face du Parlement pour vendre leur journal, Nue-vos aportes sobre aborto, et faire signer des pétitions pour appuyer le projet de loi qu’elles ont rédigé il y a quelques années déjà.
Des jeunes, des femmes et des hommes de tous âges vien- mène bataille pour obtenir l’abrogation de la loi de 1956. Depuis, le Sénat a adopté un projet de loi totalement réactionnaire sur la question mais, grâce à la mobilisation des femmes en Pologne (les sondages montrent que l’opinion publique est toujours favorable à la liberté de l’avortement) et sur le plan international, la deuxième chambre, la Diète, n’a pas encore osé adopter un tel projet {cf. les Cahiers du féminisme n° 56).
Cette décision de l’Ordre des médecins est d’autant plus terrible que les femmes polonaises n’avaient déjà aucun moyen de recourir à une contraception efficace, l’information sexuelle étant quasi inexistante et les contraceptifs introuvables en pharmacie. Les Polonaises vont-elles connaître la situation des Roumaines sous le régime Ceaucescu ? C’est aux féministes de toute l’Europe de briser l’isolement des femmes polonaises : informez-vous au MFPF, 4, square S'-Irénée, 75011 Paris; tél. 48 07 29 10.
nent apporter leur signature. Ce qui montre que la situation, sur ce sujet, commence à bouger. Cela prépare de meilleures conditions pour arriver à l’objectif qu’elles se sont fixé : "La contraception pour ne pas avorter, l’avortement légal pour ne pas mourir. ”
Elles aussi ont besoin de la solidarité internationale des femmes.
Comision por el derecho del aborto, C.C. 62 (1402), Suc. 2 (B), Capital Federal,' Argentine.
... et avec les Argentines
En bref
Viols et sévices sexuels en détention
Sous ce titre, Amnesty Inter-î national vient de publier un rap-; port montrant que, dans le mon-\ de entier, des femmes sont | violées par des agents de l’Etat ' ou que ces derniers leur font l subir des sévices sexuels : ainsi, E dans de nombreux pays confron-l tés à une opposition armée, le | viol est devenu une tactique mili-f taire utilisée pour intimider les \ femmes lors des opérations anti-! insurrectionnelles (Ouganda,
! Philippines, etc.)-Ailleurs, ces j méthodes sont utilisées pendant [ les interrogatoires, tout comme | la torture ou les mauvais traite -\ ments, afin de forcer les victimes | à faire des aveux ou à donner des S informations (Israël, Turquie...). j “Les gouvernements ne peu-I vent fermer les yeux sur les viols | commis en détention en considé-| rant qu ’il s ’agit de violations È mineures ou d’actes isolés, pré-î cise Amnesty. Lorsque le viol est [ commis par un agent de l’Etat, il | constitue une forme de torture ou ' de mauvais traitement, dont le \ gouvernement est responsable. ” j Pourtant, constate le rapport, “de | nombreux gouvernements refusent de reconnaître qu ’il s ’agit I d’une violation grave des droits | fondamentaux de la personne. Il ! est rare que des enquêtes soient '■ menées. Les quelques coupables . faisant l’objet de mesures disci-: plinaires ou de poursuites ne ris-i quent que des sanctions symbo-; liques, et la plupart d’entre eux s savent qu’ils ne seront pas | inquiétés ”.
Un rapport qu’il est urgent de : lire et de faire connaître !
Pour prendre contact : Amnesty ; International, section française, 4,
: me de la Pierre-Levée, 75553 Paris Cedex 1 1 ; tél. : 49 23 11 11.
Aux éditions Ouvrières : « La part des hommes »
Livres reçus
★ Sexe et Genre : de la hiérarchie entre les sexes, édité par Marie-Claude Hurtig, Michèle Kail et Hélène Rouch. Editions du CNRS, 1991.
★ Des hommes et du masculin, numéro du BIEF {Bulletin d’information des études féminines) réalisé en collaboration par le Centre d’études féminines de l’Université de Provence (CEPUF) et le Centre de recherches et d’études anthropologiques (CREA) de l’Université Lumière-Lyon 2. Presses universitaires de Lyon, 1992.
Nouvelles Questions Féministes
Nos amies de la revue Nouvelles Questions féministes (dont nous avions présenté la livraison 1991 dans notre n° 58) lancent aujourd’hui une grande campagne d’abonnements. Nous leur ouvrons bien volontiers nos colonnes :
NQF est la plus ancienne et la principale revue d’études féministes en langue française. Elle est consacrée à la diffusion et au développement de la réflexion née des mouvements féministes. Elle souhaite être un forum pour les analyses et les débats venant du monde entier, tout en maintenant une attention particulière à l’Europe et à la francophonie.
Le volume 1992 est en préparation. Abonnement indivi-dues : France et Europe : 245 F ; hors d’Europe : 400 F. Abonnement institutions : France et Europe : 400 F ; hors d’Europe : 500 F.
Nouvelles Questions féministes, c/o Delphy -IRESCO, 59-61, rue Pouchet, 75849 Paris Cedex 17.
Ressources documentaires Femmes
Un groupe de documentalistes nous a écrit. Nous reproduisons leur lettre :
A la suite d’une réunion de travail à Vienne, en janvier 1988, pour la création d’une banque de données internationale sur les femmes, il a été constaté que les pays francophones étaient singulièrement absents et que la langue unique de travail était l’anglais.
Devant cette situation, des documentalistes d’horizons différents ont décidé de créer, dans le cadre de l’Association des documentalistes et bibliothécaires spécialisés (ADBS), un collectif de travail qui s’est fixé pour buts :
-l’élaboration d’un thésaurus Femmes ;
-le recensement des ressources documentaires sur les femmes en France et dans les pays francophones (Québec, Suisse, Afrique francophone, Haïti...) ;
-la mise en place d’un réseau des bibliothèques, centres d’information et de documentation sur les femmes ;
-la publication d’un répertoire recensant ces différents centres (sa publication est prévue pour la fin 1992).
Le groupe Ressources documentaires Femmes lance un appel afin d’établir un répertoire aussi exhaustif que possible.
Si vous êtes concernées, faites-vous connaître : ADBS, Colette Galland ou Brigitte Yvon-Deyme, 25, rue Claude-Tillier, 75012 Paris ; tél. : 43 72 25 25; fax: 43 72 30 41.
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Rouge
Critique Communiste
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