La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Cet été, Marie-France Brive est morte

· Cahiers du féminisme, n° 66, automne 1993 · p. 1 · 815 mots

1793-1993 : Bicentenaire de l’exécution d’Olympe de Gouges

♦ 6 novembre, 15 heures, place du Panthéon : dépôt de gerbes à la mémoire d’Olympe.

A travers cet hommage, on protestera contre l’exclusion persistante des femmes, es-qualités, de ce haut lieu de la reconnaissance civique. Deux cent deux ans après sa création, aucune savante, aucune résistante, aucune femme politique n’a encore été jugée digne d’y reposer.

Contact : Réseau Femmes pour la Parité, Maison des femmes, 8, cité Prost, 75011 Paris.

Tél. : (1) 43 48 24 91.

♦ Courant novembre : la bibliothèque Marguerite Durand réalise une exposition en hommage à Olympe de Gouges.

Contact : 79, rue Nationale, 75013 Paris. Tél. : (1) 45 70 80 30.

♦ 9, 10, 11 décembre : colloque, en hommage à Olympe de Gouges, sous le patronage du CEDREF.

« La démocratie à la française, ou les femmes indésirables : 1793-1993 ».

Contact : CEDREF, Université Paris VII, place Jussieu, 75005 Paris.

« Dans le Mouvement des femmes, je deviens riche de toutes les batailles que les hommes et les femmes ont menées pour leur libération » (extrait d’un texte de Marie-France Brive paru dans La lune rousse, journal de la Maison des femmes de Toulouse).

Les femmes du Mouvement de libération des femmes de Toulouse sont en deuil : ce 19 août, Marie-France Brive nous a quittées, brutalement vaincue par un cancer, à quarante-huit ans. Femme active dès Mai 68, elle était une animatrice de la Maison des Femmes puis de La Gavine, lieux du MLF de Toulouse.

Universitaire, elle avait été nommée sur l’un des trois premiers postes d’études féministes créés en 1985-1986, en histoire contemporaine. « Historienne de la mémoire », a-t-on dit dans les nombreux hommages. Elle avait d’abord orienté ses recherches sur la Verrerie ouvrière d’Albi (usine fondée en 1895 par l’ensemble des organisations syndicales et coopératives avec l’appui des leaders socialistes, dont J. Jaurès). Durant sa violente maladie, elle avait trouvé l’énergie de mettre au point une nouvelle présentation de ce travail ; l’édition qu’elle ne pourra avoir en mains doit sortir prochainement.

Elle s’attachait aujourd’hui à restituer aux femmes leur rôle d’actrices dans l’histoire. Ainsi elle avait organisé, en avril 1989, un colloque international : « Les femmes et la Révolution française » et travaillait sur les femmes et la Résistance en France de 1939 à 1945. Pour elle, « la reconquête de cette mémoire niée est la condition sine qua non de l’émergence d’une conscience de femme et d’une conscience citoyenne ». Co-responsable d’un « groupe de recherche, de conceptualisation et de communication de la recherche femme » appelé

SIMONE, elle a su, de l’avis unanime, donner à l’équipe une liberté, une confiance, un souffle singulier. Dans sa recherche comme dans sa pratique pédagogique, elle a eu le souci permanent de faire le lien avec le mouvement de libération des femmes, initiant ici une démarche exemplaire ; sa pratique professionnelle était inséparable de sa vie de femme et de militante.

Magnéto, appareil de photo ou caméra en mains, Marie-France rendait précieux tout témoignage, image, création ou initiative de femmes. Nous la revoyons présentant une séance du Ciné-club de la Maison des femmes, dont elle fut une des fondatrices en janvier 1977. Nous gardons en tête des échos de ses lectures, de ses révoltes, de ses petites provocations dans l’émission de radio « Voix de femmes » qu’elle portait depuis 1989 avec sa compagne de toujours, Irène Corradin. Nous avons beaucoup appris lors des conférences à l’université où elle invitait des féministes du monde et qu’elle voulait largement ouvertes, même si nous n’avons pas partagé tous ses points de vue sur le féminisme. Ses affinités mitterran-diennes nous ont plus d’une fois étonnées ; ses positions au moment de la guerre du Golfe ont donné lieu à des débats animés à la Gavine mais les discussions étaient fécondes et les escarmouches stimulantes. Signataire de l’Appel des 250 contre le fascisme et tout récemment de l’Appel pour les intellectuels algériens, elle inscrivait ses convictions intimes hors des dogmatismes courants ; éprise de justice, la tolérance était l’une de ses vertus. Elle était aussi femme de l’audace et du risque. Privées de sa présence amicale, de son travail, de ses incitations, de ses espoirs, Marie-France nous manquera.

Claudie, Colette

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