Si toutes les femmes du monde
Affiche « Une force des femmes pour le droit de choisir »
L’ambition d’une force des femmes
Trois cents femmes, venues de vingt-six pays européens, réunies pendant trois jours à Paris, telle fut, traduite en chiffres bruts, cette IIIe Rencontre européenne. Ces chiffres ne disent pas la qualité des échanges, la chaleur des rencontres, l’intérêt defe introductions aux débats, ni la difficulté de s’entendre, de réfléchir ensemble aux stratégies à mettre en œuvre pour construire un réseau européen pour le droit de choisir. Ils indiquent cependant l’ampleur de la manifestation, les obstacles qu’il a fallu surmonter pour réunir cette assemblée (visas, voyages, traductions, etc.), les finances qu’il a fallu rassembler, l’énergie que les militantes de la coordination à Paris ont dépensée. Le bilan de cette rencontre sera donc nuancé, partiel faute d’avoir pu assister à tous les travaux, et en attente d’un bilan collectif de la coordination. Il ne s’agit pas de clore un débat mais au contraire de faire rebondir les discussions, en partie initiées au cours de la rencontre elle-même.
Quand, à la IIe Rencontre européenne de Genève, la CADAC 1 s’est proposée pour organiser la IIIe Rencontre à Paris, elle avait le projet d’éviter une répétition de la Rencontre précédente, de dépasser le stade informatif sur la situation dans chaque pays, pour permettre un débat commun sur les stratégies. Or, les échanges et les confrontations d’expériences ont bien eu lieu, tandis que les discussions sur la construction d’une force des femmes ont été pour le moins obscurcies et malmenées. Pourquoi ? Etait-ce le projet initial qui était trop ambitieux, ou la Rencontre elle-même qui a été mal préparée ? Il est délicat de trancher ainsi dans le vif, mais il convient d’avancer quelques hypothèses.
Les situations auxquelles les femmes sont confrontées dans les différents pays, à l’Est et à l’Ouest, sont variées ; à l’Ouest, les mouvements féministes semblent largement usés et en difficulté pour prendre des initiatives sur ce terrain, après que des lois ont été adoptées, comme les exemples italiens et espagnols l’indiquent. Le droit de choisir est devenu une lutte « défensive », qui conduit à se battre pour l’application de la loi... Quel dynamisme trouver dans une telle perspective ? quelle force d’entraînement ? A l’Est, en revanche, les mouvements sont naissants, dans le contexte de sociétés qui découvrent, de manière chaotique, la démocratie : la planification familiale reste parfois, comme dans certains pays du tiers monde, un objectif institutionnel ; les organisations de femmes sont tantôt encore liées à l’ancienne nomenklatura, devenue souvent nouvelle classe dirigeante, tantôt féministes et indépendantes. A travers le crible de nos expériences diverses, il faut du temps pour se connaître, se comprendre, puis tra-
vailler ensemble. Ce temps est nécessaire en fin de compte, puisque les femmes présentes à Paris l’ont pris ; cela a été probablement sous-estimé.
Conviction absolue
L’erreur résiderait donc dans la démesure de l’ambition, de vouloir échanger et en même temps mettre en œuvre un projet de construction d’un réseau européen : la coordination a voulu coorganiser cette Rencontre avec les pays limitrophes, avec le réseau ENWRAC 2 et toutes les associations de la CAD AC. Cette volonté ne s’est pas incarnée dans la préparation, que seule la CADAC a assumée jusqu’au bout. Cette faiblesse actuelle ne rend pourtant pas cette idée caduque. Qu’il faille une « force des femmes pour la défense du droit à l’avortement et à la contraception », c’est une conviction absolue que les trois jours de la Rencontre ont abondamment renforcée : crise économique, offensive idéologique conservatrice, interprétation des données démographiques, rôle du Vatican et de l’année de la Famille de l’ONU, restriction des budgets de la Santé, ici et là, tout concourt à remettre en cause les droits acquis et les droits octroyés.
Construire un réseau capable d’initiatives
Mais la réflexion collective pour la mise en place de ce réseau, pour définir ses structures et ses stratégies, doit être approfondie. La IIIe Rencontre européenne a adopté des résolutions à adresser au Conseil de l’Europe, et qui pourront servir de base pour s’exprimer lors des campagnes électorales européennes. L’assemblée générale de l’ENWRAC a désigné, dans une assez grande confusion, un nouveau comité directeur, qui doit avoir pour ambition, en ouvrant le plus largement possible la discussion à toutes les forces concernées, de construire un réseau large, fédérateur et capable d’initiatives entre les Rencontres. Le bulletin de l’ENWRAC doit être un lieu privilégié pour mener ces discussions. C’est en élargissant le réseau actuel, en créant des coordinations souples, sur des thèmes précis, ou dans des aires géographiques limitées, que cette force des femmes pourra émerger, fruit d’une confrontation intense entre nos expériences, nos luttes, nos espérances.
Cette IIIe Rencontre marque en fait un tournant : désormais la nécessité de construire un réseau européen est une idée largement partagée. Il faut la traduire en actes.
Isabelle Forest
Depuis 1990, des commandos anti-IVG multiplient les attaques violentes contre les centres pratiquant les avortements. Le cardinal Decourtray leur apporte son soutien ?
Depuis 1990, plus de soixante-dix attaques ont été perpétrées à ce jour : ils utilisent tous les moyens pour arriver à leur fin : pressions morales, agressions physiques, humiliations à l’encontre des femmes et du personnel -destruction du matériel, occupations forcenées et massives des locaux. Ils veulent culpabiliser, ils veulent par la force remettre en cause le droit à l’avortement.
Deux commandos seulement ont été jugés : à Pau et à Bordeaux. Les attaques de l’Hôtel-Dieu et la Croix-Rousse n’ont jamais été poursuivies.
Lors du procès de Bordeaux, le cardinal Decourtray a apporté son soutien à madame Fontana, membre actif de ces commandos. Il a adressé, au tribunal correctionnel de Bordeaux, un courrier élogieux sur les intentions de madame Fontana et encourage les catholiques dans ce sens.
Les organisations signataires vous appellent à signer cette pétition pour :
-condamner la prise de position du cardinal Decourtray en faveur des commandos anti-avortement qui imposent par la force leur vision du monde au mépris de la loi et à l’encontre du droit des femmes à l’avortement ; -demander instamment que la loi sur le délit d’entrave à l’avortement s’applique et que les commandos anti-avortement soient effectivement jugés et condamnés •
-s’engager à défendre les droits acquis par les femmes à travers leurs luttes, en particulier le droit à la contraception et à l’avortement, dans le cadre du droit à la santé pour toutes et tous ;
-exiger que les moyens financiers nécessaires soient dégagés pour que ces droits deviennent une réalité.
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Profession
Cosignataires
Union des femmes françaises, UD-CGT, Libre pensée, Mouvement d’Elles, Stop-Viol, Collectif 8-Mars, Collectif pour le respect du droit à l’avortement et à la contraception, Mouvement français pour le planning familial. Ligue communiste révolutionnaire, Cahiers du féminisme , fédération du Parti socialiste, UD-CFDT. fédération du Parti communiste, Femmes information liaison, RIME, Organisation communiste libertaire, LDH, Les Verts, AREV, FSU, CIMADE, CLEF, Appel des 250, Comité laïcité républicaine Rhône.
Pétition à renvoyer au
: Mouvement français pour le planning familial, 2, rue Lakanal, 69100 Villeurbanne.
Notes
- 1 . CADAC : Coordination nationale des associations pour le droit à l’avortement et à la contraception, c/o MFPF, 4, square Saint-Irénée, 75004 Paris (47 00 18 66).
- 2. ENWRAC : réseau européen pour le droit des femmes à l’avortement et à la contraception.