dossier femmes à la cgt « Ce n’est pas d’aujourd’hui que la CGT se préoccupe des femmes. » Le titre de Madeleine Colin a fait fortune dans l’appareil syndical et cette phrase sert, bien souvent à justifier une attitude de passivité. A la veille du 40e Congrès, il n ’est pas inutile de rappeler l’évolution de la plus importante centrale syndicale sur la question de l’oppression des femmes.
Une évolution tardive, imposée par la radicalisation à la base
Nul n’ignore plus, après les travaux de Madeleine Juilbert (Les femmes et l’organisation syndicale avant 1914) et le livre de Madeleine Colin, que le mouvement syndical français a mis des années à reconnaître le travail des femmes, et à accepter leur présence dans les syndicats. Pression à la baisse des salaires, concurrence scandaleuse faite aux hommes, source de toutes les immoralités, fléau pour la famille, tel est présenté le travail féminin par la dominante proudhonienne du syndicalisme français, jusqu’en 1914.
L’entrée plus massive des femmes dans le monde du travail, dans les années qui précèdent la première guerre et surtout pendant la guerre, la pression des mouvements féministes amènent un changement d’optique : le travail féminin est reconnu.
Mais reconnaître une réalité, et poser cette réalité comme un droit, sont deux choses différentes.
La reconnaissance de la réalité entraîne des revendications de réglementation spécifique du travail des femmes, au nom de leur fonction essentielle : la maternité, la famille. Par contre, le thème du droit à l’emploi n’est jamais mis en avant. Une femme normale ne travaille que si elle est célibataire, veuve, ou si par malheur, son époux a un salaire trop bas pour subvenir à ses besoins. Le principe « à travail égal, salaire égal » est parfois défendu comme principe, mais ne fait l’objet d’aucune mobilisation. Dans l’entre-deux guerres, les grèves de femmes, étant donné le rôle de l’idéologie familiale et du réformisme, mettent en avant la possibilité d'aménager la double journée de travail. En 1917, les midinettes réclament la semaine anglaise pour faire le ménage le samedi ; en 1936, les demoiselles des Grands Magasins, pourtant très combatives, rentrent en acceptant des augmentations de salaires inférieures à celles des hommes.
La période qui suit la deuxième guerre voit un premier tournant s’opérer.
L’existence de quatre millions de femmes travailleuses imposent à la CGT une action spécifique : le syndicat se dote de Commissions femmes et d’un bulletin des Femmes Travailleuses qui se transforme en Antoinette. Mais l’idée fondamentale reste la même : il s’agit d’amener au syndicat les femmes, secteur arriéré de la classe ouvrière, en leur parlant de ce qui les « intéresse ».
Dans Antoinette, fleurissent conseils de mode et recettes de cuisine. En 1967 (eh oui, un an avant mai 68), dans la même revue, Benoît Frachon déclarait sans problème apparent que l’idéal serait que toutes les femmes puissent rester à la maison élever les chères petites têtes blondes, mais que la dureté des temps et du capitalisme ne le permettant pas, les travailleuses devaient comprendre que leur salut était à la CGT.
Les lectrices d’Antoinette de l’époque, si elles n’ignorent rien de la cuisson des paupiettes, ignorent tout du Planning Familial et de la bataille en faveur de la contraception. Il y a longtemps que les CSF ne fonctionnent plus.
Dans les années qui suivent 68, Antoinette est volontairement boycottée par les sections syndicales les plus conscientes.
Il faut attendre 1 974 pour que s’opère le tournant. Il faut dire que pendant la période précédente, la moitié des grèves avec occupation avait été le fait des femmes.
Les groupes femmes, dénoncés à l’intérieur de la CGT comme hystériques et sexistes, la campagne sur l’avortement à laquelle la direction de la CGT n’avait pas participé, avaient imposé la lutte des femmes comme une réalité politique.
A la CFDT, se développaient les premières commissions syndicales.
A la base, dans les sections syndicales, les femmes mettent l’accent sur le refus des bas salaires, le droit à l’emploi, le refus des brimades sexistes et le droit à la dignité. Plusieurs grèves montrent la combinaison de la combativité des travailleuses et de leur radicalisation féministes.
La pression est suffisamment forte pour que le contenu des plates-formes se modifie peu à peu, qy' Antoinette change de nature et que la direction tolère, et parfois suscite, des commissions syndicales.
Des conierences femmes ont lieu, qui traduisent avec force l’importance de la radicalisation : Conférence femmes métallurgie (1 97 6 ) ; 6e Conférence des Femmes Travailleuses (1977). Les groupes femmes ont même droit à une semi -reconnaissance, puisqu’à partir de 1976 des discussions ont lieu avant chaque I er mai sur la place du cortège des femmes ; certes, les traditions ne disparaissent pas par enchantement comme l’a prouvé l’affrontement violent entre le SO de la CGT et le cortège féministe, le 1er mai 76. Mais les réactions dans les sections syndicales ont été suffisamment vives pour que n dossier.
dossier des membres de la direction confédérale, et des dirigeantes du PC, expriment en termes voilés leur désapprobation.
Il est intéressant d’analyser cette évolution et ses limites dans le contenu des plates-formes, celui d'Antoinette, dans la constitution des CSF, et la reconnaissance du féminisme.
Des revendications qui s’arrêtent à mi-chemin
En 1 974, la CGT et la CFDT publiaient en commun une plate-forme interconfédérale ; elle a été peu connue, peu diffusée, et surtout n’a pas joué le rôle de tremplin pour les luttes. Fin 77, dans la plate-forme confédérale CGT, les revendications concernant plus spécialement les femmes apparaissent dans le chapitre sur les catégories, ce qui ne manque pas d’être surprenant pour une « catégorie » qui représente 40 % des salariés. Examinons le contenu de ces deux plates-formes sur les points essentiels :
Les salaires: en 1974, la plate-forme mentionne l’exigence de non discrimination entre les sexes et le problème de la revalorisation des bas salaires féminins. En 1 977, la mention de la discrimination au niveau des salaires disparaît. C’est pourtant une dimension fondamentale de l'emploi féminin, dans un pays où les branches féminines sont systématiquement sous-payées, quel que soit le niveau de qualification. Le terme salaire d’appoint n’est pas prononcé.
Le droit à l’emploi : les deux plates-formes reprennent des formulations similaires pour refuser les discriminations à l’embauche ou au licenciement. Mais il n’est pas fait mention de l’utilisation par le patronat du statut d’opprimées des femmes pour remettre en cause leur droit à l’emploi : licenciement prioritaire des femmes mariées dans certaines entreprises, encouragements au mi-temps, travail intérimaire, etc. Cet aspect, longuement souligné pourtant par les Conférences femmes travailleuses, disparaît curieusement comme s’il s’agissait d’éviter de formuler en positif la réponse unifiante au chômage : abaissement à 35 heures du temps de travail pour tous et toutes.
La formation professionnelle : la plate-forme de 74 dénonce les discriminations dans la formation, la sélection et le contenu sexiste de l’enseignement. Le texte de 77 se borne à une formulation très juridique pour l’accès de tous et toutes à toutes les spécialités, droit qui est déjà inscrit formellement dans la loi et qui restera formel tant que ne sera pas menée une lutte concrète contre les filières masculines et féminines dans la formation et l’emploi.
Conditions de travail : la plate-forme de 74 les aborde sous l’angle exclusif de la femme enceinte... ! Celle de 77 n’en parle pas. Quand on sait à quel point ce problème est sensible, à quel point les tracasseries sexistes, le poids de la hiérarchie, les atteintes permanentes à la dignité sont une réalité quotidiennement vécue comme insupportable par des millions de travailleuses, on mesure la portée de cet « oubli ». Est-ce la crainte de diviser la classe ouvrière ? Mais le rôle d’un syndicat qui lutte pour l'émancipation des travailleurs n’est-il pas de dénoncer des comportements, qui, quels qu’en soient les auteurs, ne servent que le Capital ?
Retraite et mesures préférentielles : la CGT maintient dans toutes ses plate-formes sa proposition de retraite à 55 ans pour les femmes en raison de la fatigue accumulée par la double journée de travail. Outre que cette revendication ne mobilise guère les larges masses féminines, elle a le désavantage de faire partie de ces mesures préférentielles, qui sont en réalité discriminatoires. Cette idée de mesures préférentielles, visant à renforcer le statut des femmes comme travailleuses à part, n’est pas totalement abandonné. Dans la plateforme de l’UGFF, on relève : « l’UGFF demande des mesures préférentielles pour les femmes en raison des difficultés matérielles de vie plus grandes ». Avec ce genre de raisonnement, ce qui est légitimé, c’est toutes les mesures d’aménagement du temps de travail (horaires variables ; aménagement annuel ; mercredi libre et non payé) que le syndicat prétend combattre.
Prestation sociales et familiales : les plates-formes sont plus prolixes sur ce terrain déjà éprouvé depuis longtemps. Il faut tout de même noter une évolution qui va dans le sens du droit à l’emploi des femmes : les prestations familiales sont réclamées proportionnellement au nombre d’enfants, que la mère travaille ou non. H y a quelques années encore, la CGT admettait le salaire unique.
La protection de la femme enceinte est largement développée dans la plate-forme interconfédérale de 1974 ; elle disparaît très curieusement dans celle de 1977, alors que c’était une rubrique traditionnelle des plates-formes CGT.
Le droit au logement est mentionné de manière vague. Quant aux équipement sociaux, on demande de la façon la plus floue leur extension « afin d’alléger les tâches de la vie quotidienne » (1974). Le nombre des crèches nécessaires n’est pas quantifié, pas plus que ne sont formulées des revendications en termes de qualité. Avortement/ contraception : le remboursement est réclamé ainsi que le développement de centres d’orthogénie depuis 1974.
Viol, violences : pas un mot n’est prononcé sur ce sujet. Le chapitre général de la plate-forme de 1977 sur les libertés condamne « toute campagne ou acte raciste ou xénophobe » ; rien sur les actes sexistes, sans doute du domaine de la vie privée !
Dans une situation de mobilisation sur le viol, alors que le problème des violences se pose quotidiennement aux femmes travailleuses au travail, à la sortie du travail, chez elles lorsqu’elles sont battues, le silence de la CGT est révélateur des limites de ses plates-formes. Les droits de la femme ne font pas encore partie des Droits de l’Homme.
Droits syndicaux : rien qui concerne les femmes.
Aucune des revendications que nous venons de résumer n'est fausse. Le problème est qu’elles ne sont pas mises en rapport avec des possibilités de lutte, avec des initiatives concrètes à prendre sur les entreprises. De plus, ce qui domine, quelle que soit l’évolution récente, c’est que la femme travailleuse a une double mission travail /foyer, dont le syndicat tient compte. Si la CGT affirme lutter contre les inégalités, pour un « changement progressif » des mentalités, nulle part il n’est formulé de manière claire qu’il faut s’attaquer aux rôles sociaux dominants, à la fonction de la famille. Quels que soient les proclamations théoriques, ou les articles d'Antoinette, . ce qui s’affirme dans les plates-formes, c’est l'aménagement de la double fonction des femmes.
L’évolution des commissions syndicales féminines.
Les premières commissions syndicales féminines ont commencé à vivre ou revivre réellement à partir de 1 975-1 976. Elles sont apparues à l’initiative de militantes féministes, parfois parallèlement à la création d’un groupe femmes dans l’entreprise. Parfois aussi, ce sont des femmes s’interrogeant sur le féminisme, très réticentes par rapport aux groupes femmes, souvent proches du PC, qui ont pris l’initiative de créer une commission syndicale. La direction de la CGT a réagi de manière très nuancée. Consciente de l’importance de la radicalisation, elle a considéré que les CSF étaient à tout prendre, une structure plus contrôlable que les groupes femmes, et leur construction a été soit tolérée soit encouragée. Le rapport de présentation de la Conférence Fédérale Femmes de la Métallurgie d’avril 1976 est très révélateur. Dans le cadre de la campagne d’adhésion à la CGT lancée la même année, l’orateur insiste sur l’intégration des femmes et leur promotion à des tâches de direction ; il souligne la priorité que doit avoir une militante sur un militant pour devenir permanent. Enfin, un appel à la création de « collectifs de travail » est fait à plusieurs reprises : « Nous suggérons aux dirigeants de nos syndicats... de poursuivre avec les délégués femmes une activité spécifique au niveau des entreprises et des départements avec comme objectif de créer avec elles des collectifs de travail à tous les niveaux de notre organisation ».
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Prestation sociales et familiales : les plates-formes sont plus prolixes sur ce terrain déjà éprouvé depuis longtemps. Il faut tout de même noter une évolution qui va dans le sens du droit à l’emploi des femmes : les prestations familiales sont réclamées proportionnellement au nombre d’enfants, que la mère travaille ou non. H y a quelques années encore, la CGT admettait le salaire unique.
La protection de la femme enceinte est largement développée dans la plate-forme interconfédérale de 1 974 ; elle disparaît très curieusement dans celle de 1 977, alors que c'était une rubrique traditionnelle des plates-formes CGT.
Le droit au logement est mentionné de manière vague. Quant aux équipement sociaux, on demande de la façon la plus floue leur extension « afin d’alléger les tâches de la vie quotidienne » (1974). Le nombre des crèches nécessaires n'est pas quantifié, pas plus que ne sont formulées des revendications en termes de qualité. Avortement/ contraception : le remboursement est ré clamé ainsi que le développement de centres d’orthogénie depuis 1974.
Viol, violences : pas un mot n'est prononcé sur ce sujet. Le chapitre général de la plate-forme de 1977 sur les libertés condamne « toute campagne ou acte raciste ou xénophobe » ; rien sur les actes sexistes, sans doute du domaine de la vie privée !
Dans une situation de mobilisation sur le viol, alors que le problème des violences se pose quotidiennement aux femmes travailleuses au travail, à la sortie du travail, chez elles lorsqu'elles sont battues, le silence de la CGT est révélateur des limites de ses plates-formes. Les droits de la femme ne font pas encore partie des Droits de l’Homme.
Droits syndicaux : rien qui concerne les femmes.
Aucune des revendications que nous venons de résumer n’est fausse. Le problème est qu’elles ne sont pas mises en rapport avec des possibilités de lutte, avec des initiatives concrètes à prendre sur les entreprises. De plus, ce qui domine, quelle que soit l'évolution récente, c’est que la femme travailleuse a une double mission travail /foyer, dont le syndicat tient compte. Si la CGT affirme lutter contre les inégalités, pour un « changement progressif » des mentalités, nulle part il n'est formulé de manière claire qu’il faut s’attaquer aux rôles sociaux dominants, à la fonction de la famille. Quels que soient les proclamations théoriques, ou les articles d 'Antoinette, ce qui s’affirme dans les plates-formes, c’est Yaménage-ment de la double fonction des femmes.
L’évolution des commissions syndicales féminines
Les premières commissions syndicales féminines ont commencé à vivre ou revivre réellement à partir de 1975-1 976. Elles sont apparues à l’initiative de militantes féministes, parfois parallèlement à la création d’un groupe femmes dans l’entreprise. Parfois aussi, ce sont des femmes s’interrogeant sur le féminisme, très réticentes par rapport aux groupes femmes, souvent proches du PC, qui ont pris l’initiative de créer une commission syndicale. La direction de la CGT a réagi de manière très nuancée. Consciente de l’importance de la radicalisation, elle a considéré que les CSF étaient à tout prendre, une structure plus contrôlable que les groupes femmes, et leur construction a été soit tolérée soit encouragée. Le rapport de présentation de la Conférence Fédérale Femmes de la Métallurgie d’avril 1976 est très révélateur. Dans le cadre de la campagne d’adhésion à la CGT lancée la même année, l’orateur insiste sur l’intégration des femmes et leur promotion à des tâches de direction ; il souligne la priorité que doit avoir une militante sur un militant pour devenir permanent. Enfin, un appel à la création de « collectifs de travail » est fait à plusieurs reprises : « Nous suggérons aux dirigeants de nos syndicats... de poursuivre avec les délégués femmes une activité spécifique au niveau des entreprises et des départements avec comme objectif de créer avec elles des collectifs de travail à tous les niveaux de notre organisation ».
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Cette attitude offensive s’est transcrite de manière fort diversifiée selon les syndicats et sections syndicales. Les militantes des CSF se sont vues accuser de division, de sectorialisation de l’activité syndicale ; d’autres ont subi un contrôle tatillon de la part du bureaucrate local ; souvent la CSF a couru le risque de se marginaliser parce que ses débats n’étaient pas repris par la section, ou de dépérir par épuisement de ses membres contraintes à assumer cette tâche en plus de toutes les autres.
Cependant, par l’audience réelle que les CSF ont dans les entreprises où elles existent, audience qui dépasse largement le petit nombre de participantes régulières, leur présence est un acquis important à maintenir et pour le mouvement syndical et pour la lutte des femmes.
Reconnaissance de l’oppression Problème du Mouvement des femmes
La CGT a longtemps véhiculé les idées traditionnelles du mouvement ouvrier français sur la question des femmes ; on admettait bien qu'il existait des discriminations dans le monde du travail, le capitalisme en était responsable. Quant au statut des femmes dans la famille c’était une réalité issue de la nature, et affaire de vie privée extra-syndicale. Poser ces problèmes revenait, de toute manière, à diviser la classe ouvrière. Là encore, il a fallu l’extension de la radicalisation, l’irruption du féminisme sur la scène politique pour que le discours officiel se modifie. Un pas a été franchi à la 6e Conférence Femmes Travailleuses de la CGT (1977) avec le rapport de J.-L. Moynot. L’orateur, membre du bureau confédéral, liait les discriminations subies par les femmes dans le travail à leur statut global d'inférieures dans toute la société ; le travail domestique et l’éducation des enfants étaient pris en compte en terme de division sexuelle des tâches issue d’un processus historique, qui à l’heure actuelle sert les intérêts du capital et renforce les privilèges masculins. L'idéologie sexiste véhiculée par la classe ouvrière était dénoncée ; on ne la décrivait plus comme simple « retard de mentalités » mais comme la résultante de rapports sociaux à combattre.
Cette intervention de Moynot, pourtant purement théorique et analytique, ne débouchant sur aucune action concrète, a connu une publicité fort discrète dans la CGT (rien dans la VO !). Cela illustre bien l’attitude actuelle de la direction CGT fondée sur deux réalités parallèles, des discours « avancés » en direction des femmes radicalisées, une pratique beaucoup plus traditionnelle.
Antoinette reflète cette dualité ; elle est devenue un journal de dénonciation de l’oppression et de débats ; les thèmes les plus variés sont abordés (chômage, conditions de travail, maternité, partage des tâches domestiques, viol et violence...). A ce titre, elle est un instrument de prise de conscience.
Mais pourtant, et ce n’est pas tant la responsabilité des rédactrices, que de l’orientation réformiste de la confédération, aucun axe de campagnes, de luttes concrètes ne se dégage. De même, si l’existence d’une oppression spécifique des femmes tend à être reconnue dans la CGT, la nécessité d’un mouvement autonome des femmes qui en est le corollaire n’est nullement admise. La lutte syndicale et politique dans les organisations mixtes traditionnelles est la seule réponse donnée, sans précision sur le rapport des forces dont jouissent les femmes dans ces organisations, alors même que l’on admet que les hommes n’abandonnent pas spontanément leurs privilèges.
Si la CGT tolère parfois les groupes femmes dans des manifestations ouvrières, discute avec la Coordination Femmes Travailleuses des groupes parisiens, sa direction a soin d’expliquer qu’il s'agit de choix tactiques : ne pas « braquer des brebis égarées » dont la radicalisation va dans le bon sens mais qui se trompent de structures et d’orientations politiques. La bataille pour la reconnaissance du Mouvement Autonome est une lutte d’actualité dans la CGT.
Et le 40e Congrès ?
Le moins que l’on puisse en dire est que la question des femmes ne ressort pas avec vigueur des textes de préparation du 40e Congrès. Quelques lignes leur sont consacrées en rapport avec les « nouvelles aspirations » nées chez les travailleurs. La surexploitation ainsi que la double journée de travail sont signalées, mais toutes les revendications restent dans le vague. Dans un congrès qui prétend mettre l’accent sur la démocratie syndicale, pas un mot sur la place des femmes dans le syndicat. Aujourd’hui que s’impose le plan Barre III, une telle passivité est criminelle : le nombre des chômeuses augmente ; beaucoup de branches « restructurées » sont à majorité féminine (textile) ; les attaques contre les équipements collectifs (santé ; avortement ; crèches ; école) touchent d’abord les femmes ; le gouvernement met en place une politique de la famille dont le but essentiel est le renvoi des femmes au foyer ! Une telle situation qui renvoie à l’offensive patronale et gouvernementale contre la classe ouvrière, exige une lutte d’ampleur et l’unité des travailleurs des deux sexes pour la satisfaction des revendications (droit à l’emploi ; 35 heures ; SMIC à 2500 F ; 300 F pour tous). Des sections syndicales ont su se mobiliser aussi contre le licenciement prioritaire de femmes ; d’autres ont participé avec la CFDT, le Planning, les groupes femmes et les organisations politiques à des mobilisations pour exiger la gratuité de l’avortement (y compris pour les mineures et les immigrées) et l’ouverture de centres d’orthogénie. Ce sont elles qui montrent la voie.