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Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Le féminisme à la mode du PCF

Cahiers du féminisme, n° 7, décembre 1978 - janvier 1979 · p. 6-9 · 2 879 mots

La « une » du n° 146 de « l'Humanité-Dimanche ».

© Féminisme à la mode du poF

11 y a quatre mois exactement, en juin dernier, le bureau politique du PCF, dans le cadre de journées d'études de responsables fédérales du travail parmi les femmes, prenait la décision d'organiser « une action nationale pour obtenir la prise en charge de l'IVG par la sécurité sociale, d’établir dans chaque département l 'état des besoins en ce qui concerne les centres d’informations pour la contraception ouverts au plus près des femmes, et les structures hospitalières pour l ’I VG ».

Georges Marchais esquissait une vague autocritique sur le passé: « (...) loin de pratiquer l autosatisfaction dans quelque domaine que ce soit, c'est sous l'angle critique et auto-critique que nous nous attachons à examiner notre politique, notre activité ».

En même temps que nous enregistrions ce tournant positif, nous notions que malheureusement le sectarisme à l’égard des groupes femmes, caractérisé? comme structures manipulées par le PS et la LCR était maintenu et que la seule perspective offerte aux femmes était toujours le renforcement du parti.

A la veille du 1 8 novembre journée nationale d'action des femmes du PCF pour « le droit au travail, pour les moyens et le temps de vivre, pour l’égalité dans tous les domaines, pour le droit à la parole, pour obtenir des crédits pour la contraception et l'application de la loi sur l’avortement, des mesures pour la sécurité et contre le viol ».

Il est possible de dresser un premier bilan de ce tournant limité de la direction du PCF sur la question du féminisme.

La « Une » du n°146 de l'Humanité-Dimanche

Il faut d'abord remarquer que depuis cette date, le PCF n'a cessé de s'adresser aux femmes, multipliant les actions sur tous les terrains. En juin, ses sénateurs déposaient un projet de loi sur le viol, tandis qu’en Seine-Saint-Denis, la presse du PC « révélait » le viol d'une jeune immigrée par un gendarme à Saint-Denis.

« Je suis communiste, pourquoi pas vous ? »

Texte d’une affiche du PCF en direction des femmes

Fin juin et début juillet, faisant signer sa pétition, le PCF se lançait dans l’action pour obtenir, seul, l’ouverture de centres d’orthogénie notamment à l’Hôpital Lariboisière à Paris (voir Cahiers du Féminisme octobre-novembre 78, interview de Marie Claude).

Il se félicitait aussitôt d’avoir fait reculer l’administration de l’hôpital grâce, entre autres, à l’appui des élus communistes de Paris.

Mais face à la résistance de l’administration le PCF poursuivit son action sur le quartier et appela début octobre, la population à manifester devant l’hôpital pour obtenir l'ouverture du centre d’orthogénie.

On apprenait par le Monde du 17110 que le PCF, déposait sur le bureau de l'assemblée un projet de loi concernant les femmes victimes de violences conjugales tandis qu’en Seine-Saint-Denis l’action pour l'ouverture des centres d’orthogénie se concrétisait par une pétition et un rassemblement à Bobigny, devant l'hôpital franco -musulman...

Fin octobre, le conseil municipal de Gennevilliers, municipalité communiste, organisait une séance extraordinaire ouverte à la population consacrée aux problèmes des femmes et tout particulièrement à l’ouverture d'un centre d'IVG au centre municipal de santé (cf Rougel

Extraits d’articles de l'Humanité préparatoires à la journée du 18 novembre 78

• L’HUMANITE DU 21/10/78

>< Le 18 novembre, les communistes organisent une journée de manifestations et d'actions sur le thème .-« Les femmes dans la lutte avec le PCF pour vivre mieux, égales et libres ».

• L’HUMANITE DU 30/10/78 « Pour la première fois depuis de nombreuses années les femmes de la région parisienne manifesteront le samedi 18 novembre à Paris » (!)

• L’HUMANITE DU 4/ 1 I / 78 « En novembre, l’adhésion au féminin »

« ... Le mois de novembre, mois d’efforts appropriés pour faire adhérer des femmes à notre parti, sera une contribution notoire pour réaliser nos objectifs. Nous comptons 200.000 femmes communistes, c’est déjà une force considérable mais nous pouvons gagner des milliers d’autres femmes durant ce mois de novembre, cela est possible »

« ... Aujourd’hui, nous avons besoin de bien plus. Il s'agit de gagner des millions de femmes nouvelles à l'action pour reconstruire l’Union à la base, avancer dès aujourd’hui vers la libération de la femme ».

Le 18 novembre enfin, une journée nationale d'action du PCF clôturera une série de réunions du PCF sur les femmes organisées dans toute la France.

Les questions que l’on peut se poser sont les suivantes :

— Est-ce que le contenu des actions des cellules du PCF sont homogènes ? En clair, est-ce que les militant(e)s obéissant à l'évidence aux mêmes consignes, ont la même pratique ?

— Est-ce que l'intervention du PCF sur la question des centres d'IVG et d'orthogénie est susceptible de faire aboutir les exigences des femmes en lutte ?

Quelle est la fonction des lois présentées par les parlementaires et sénateurs communistes et est-il possible de les caractériser comme progressistes ?

— Quelle est le comportement des militants communistes à l'égard des groupes femmes est-il homogène ?

— Quel jugement porté enfin sur les manifestations du 1 8 novembre organisées par le PCF ?

A toutes ces questions, il faut répondre clairement au risque sinon de voir se développer des comportements politiques sectaires de la part de ceux et celles pour qui le danger principal est « la récupération » par les partis de gauche (et même par les organisations d'extrême gauche !) du féminisme, ou des comportements opportunistes car nombreux sont aussi les militant(e)s qui, fasciné(e)s par les capacités d’adaptation du Parti communiste français ne laissent pas de s'étonner du « tournant féministe du PCF ».

Les initiatives du PCF pour l’ouverture des centre d’IVG

A en croire les compte-rendus triomphants de l’Humanité, le scénario de l'action est très simple et se répète. A l’origine une cellule communiste exige l’ouverture d'un centre d’IVG ou d'orthogénie pour répondre aux besoins des femmes de la région. Dans le deuxième temps, interviennent les élus communistes qui, soutenus par une délégation, obtiennent satisfaction.

Malheureusement, la réalité est plus complexe et heureusement le comportement des militant(e)s du PCF pas toujours aussi sectaire.

En vérité, l'on s'aperçoit en enquêtant, qu’il n’a jamais suffi que le PCF, comme zorro, arrive, pour obtenir l’ouverture de centres d’orthogénie et d’IVG de qualité.

Rappelons l'exemple de Lariboisière à Paris.

Il s’est avéré que la grande victoire arrachée par les élus communistes de Paris était un aménagement misérable est scandaleux de la pénurie. La direction en effet proposait :

— que les consultations se fassent au service maternité

— que les avortements se fassent aux urgences et le matin seulement

— que les hospitalisations se fassent en maternité, 2 lits !

— un seul médecin pour pratiquer les avortements

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Le PCF, tout seul, pour l’ouverture des centres d’orthogénie ?

« ... le PCF vient de lancer une pétition nationale afin que des crédits soient dégagés dans le budget 1979 pour la contraception et l'interruption volontaire de grossesse... Des actions ont déjà eu lieu avec cette pétition. Dans le Val-de-Marne, alors que la lutte a permis l'ouverture de deux centres — au Kremlin Bicétre et à Ivry — 1000 signatures ont été recueillies pour l'ouverture d’un centre à l’hôpital Henri Mondor, à Créteil.

En Seine -Saint -Denis, une délégation conduite par Colette Coulon et Jacques Isabel, conseillers généraux communistes, s’est rendue hier, porteuse de 4000 signatures à l'Hôpital Franco-Musulman de Bobigny (...) »

Extrait d’un article paru dans l'Humanité le 12.10.78 avec un statut de vacataire, sans personnel supplémentaire, sans équipe d’accueil.

Au point que la cellule du PCF, elle-même, dut préciser après coup dans un tract distribué sur les marchés : »

« ... Il ne faudra pas en rester là: — nous ne voulons pas d’un avortoir », ni d’un lit dans un placard! — nous voulons un véritable centre d’orthogénie avec suffisamment de moyens pour fonctionner dans de bonnes conditions.

Les femmes doivent être reçues dans une atmosphère déculpabilisante et amicale, qui les aide à évoquer leurs problèmes.

Elles doivent pouvoir participer avec le personnel de l’hôpital, à définir le contenu même du centre d’IVG et d'hortogénie (contenus et formes des consultations et des entretiens, conditions d’accueil, objectifs recherches, etc.) ».

Quant au centre d’IVG de l’hôpital franco-musulman, c’est le PCF lui-même qui en a fixé les limites puisque le Dr Buisson, médecin-directeur du centre de santé d’Aubervilliers, membre du PCF, proposa d'emblée que l’hôpital « affecte quelques pièces (même construites en préfabriqué) » pour la pratique des IVG et que ce soient les gynécologues des centres de planification des centres de santé municipaux du secteur qui viennent assurer les avortements ! (cf. Rouge) Est-ce à dire que l’appui du PCF aux luttes pour l'ouverture des centres d’IVG est sans incidence ? Evidemment non. L’équipe du centre de l’hôpital de Kremlin Bicétre reconnaît volontiers que l’appui du PCF a été utile. Mais sans les mobilisations impulsées par le MLAC notamment, il y a trois ans déjà, le centre aurait-il vu le jour ?

A Gennevilliers même, la municipalité communiste est prête à ouvrir un centre d'orthogénie et d’IVG dans le centre de santé municipal de la ville. Mais comment peut-elle compter obtenir l’agrément officiel sans organiser la mobilisation massive des femmes et de toute la population ?

Il est clair que des centres d'IVG et de contraception de qualité ne pourront se mettre en place sans la mobilisation massive, unitaire et jusqu'au bout des femmes et de toute la population

C'est ce qu’ont compris un certain nombre de militant(e)s du PCF qui par exemple, dans le 1 8e arrondissement de Paris ont rejoint le comité unitaire, pour la création d'un centre de contraception et d’IVG à l'hôpital Lariboisière.

Le PCF et les lois en faveur des femmes

Dans le même temps où le PCF engage de multiples actions locales pour l’ouverture de centres d’IVG et d’orthogénie, il déploit sur le terrain parlementaire une activité presque « débridée ». Successivement il a présenté un projet de loi contre le viol, un projet de loi pour la protection des femmes battues.

Projet de loi du PCF sur le viol « Extraits de la proposition de loi déposée par les sénateurs communistes en juin 78 »

« Toute relation sexuelle imposée à une femme ou à un homme soit que le défaut de consentement résulte de violences physiques, soit qu 'il résulte de tout autre moyen de contrainte ou de surprise, constitue le crime de viol ».

« Ce crime sera puni de la réclusion criminelle de cinq à 10 ans ».

« Si le crime a été commis sur un mineur de quinze ans, ou si le coupable est l'ascendant de la victime, ou encore s 'il a autorité sur elle, la peine sera celle de la réclusion criminelle de 10 à 20 ans ».

<< Lorsque le viol aura été commis par plusieurs personnes ou lorsque le coupable aura été aidé dans son crime par une ou plusieurs personnes, les coupables et ceux qui les auront aidés seront punis de la réclusion perpétuelle à perpétuité ».

« Tout arrêt de condamnation pour viol pourra être publié intégralement ou par extraits, aux frais du condamné, dans un ou plusieurs journaux désignés par la cour d’assises. Celle-ci pourra aussi ordonner l’affichage du dit arrêt pendant trois mois sur les panneaux réservés à l’affichage des publications officielles de la commune ou de l'arrondissement du lieu de résidence du condamné ».

<< En aucun cas, cette publication ou cet affichage ne pourra permettre l'identification de la victime ».

<< Tout fonctionnaire d’un établissement public hospitalier qui acquiert la connaissance d’un viol est tenu d’en donner avis sans délai au procureur de la République ». (1)

<< Toute association régulièrement déclarée depuis au moins cinq ans à la date des faits, se proposant, par ses statuts, de promouvoir la défense de la dignité de l'homme et de la femme et des libertés individuelles, peut exercer les droits reconnus à la partie civile ». « (...) le huis clos ne peut être ordonné qu'après l’accord de la victime. Si cette dernière le demande, le huis clos est de droit. »

(l)Un paragraphe inadmissible.

Ce n'est certes pas la première fois que le PCF fait des propositions sur ce terrain. En 74, au moment des élections, il avait déjà présenté un projet de loi cadre pour la promotion des femmes. A la veille des élections législatives, en 1977, il présentait un nouveau projet de loi cadre « tendant à instaurer pour la femme la promotion, l’égalité, la liberté dans le travail, la j'amille et la société ».

Et si ce projet était toujours centré sur le droit au travail et à l'égalité dans le travail, on y insistait sur la nécessité d'élargir la loi Veil et d’obtenir le remboursement de l'IVG par la sécurité sociale, sur le nécessaire partage des tâches dans la famille. On y proposait aussi l’accueil des femmes « victimes de coups et blessures de la part de leur conjoint ou compagnon » dans des hôtels maternels et on affirmait que « la loi doit mieux protéger les femmes des violences physiques ».

Ce qui est nouveau en revanche, c’est que les propositions de loi actuelles du PCF, sont une réponse directe et immédiate aux mobilisations féministes en cours. C’est au terme d'une année particulièrement fertile en procès pour viols que le PCF a présenté après Choisir, son projet de loi sur le viol.

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Le PCF et les femmes battues

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Le Monde du 17/10/78 « Les députés communistes viennent de déposer sur le bureau de l’Assemblée nationale une proposition de loi en faveur des femmes battues. Ce texte prévoit que l’abandon du domicile conjugal ne pourra plus être retenu contre celles-ci en cas de divorce. Il précise que le compagnon ou le conjoint auteur des coups sera passible des mêmes peines que celles infligées aux auteurs de sévices contre leurs parents (cinq ans de réclusion criminelle au minimum). Surtout, il prévoit la création dans chaque département d'un foyer où seraient temporairement accueillies les femmes victimes de violences conjugales ».

C’est après l’ouverture de plusieurs centres de femmes battues et les mobilisations locales sur cette question que le PC a déposé son projet de loi en faveur des femmes battues.

Que penser de cette démarche ? Il n’y a rien à redire au plan des principes, au fait de faire sanctionner un rapport de forces, instauré par des mobilisations, sur le terrain parlementaire.

Mais si les militants sont appelés à descendre dans la rue sur ces questions (ce qui est encore peu courantjc’est pour appuyer, sans plus, ces propositions de loi, comme si la proposition de loi venait là pour canaliser un mouvement, pour éviter un débordement extra-parlementaire considéré comme dangeureux...

Pourtant l’on aimerait voir les militant(e)s du PCF au côté des féministes, pour exiger, y compris dans la rue, l'ouverture de centres de femmes battues et en premier lieu dans les municipalités communistes, et pas seulement pour les femmes mariées comme le propose le projet de loi du PCF, semble-t-il�

Et en ce qui concerne le viol, on préférerait voir les militant(e)s communistes prendre l’initiative de débats et de mobilisations concrètes sur ce sujet y compris dans les entreprises plutôt que concentrer leurs efforts à défendre un projet de loi qui n’est pas dépourvu de disposition franchement dangereuse comme celle concernant « les fonctionnaires des établissements hospitaliers » (cf. encart). C’est une invitation à la délation policière qui sera utilisée dans d'autres circonstances que le viol. C’est aussi, encore une fois, nier le libre arbitre de la femme.

Les manifestations du 18 novembre

Si l’on peut se féliciter que le PCF juge urgent de descendre dans la rue pour défendre les droits des femmes et en particulier le droit à l’emploi et le droit à l'avortement et à la contraception, on ne peut que dénoncer la tournure hypersectaire que vont prendre ces manifestations (cf. encart). En ce sens, elles s’inscrivent bien dans la logique de la mobilisation du PCF sur l’emploi, le 2 octobre dernier...

Comment G. Moreau, députée communiste, peut -elle affirmer, sans savoir qu’elle ment grossièrement, que le 1 8 novembre « pour la première fois depuis de nombreuses années les femmes de la région parisienne manifesteront à Paris » ! G. Moreau a-t-elle oublié ou veut-elle ignorer les manifestations appelées par les groupes femmes le 8 mars ou le premier mai ! Comment les militant(e)s communistes qui prétendent aujourd’hui, tout faire pour mobiliser la masse des femmes pour leurs droits, peuvent-ils admettre ces manifestations sectaires qui ne peuvent non plus reconstituer l’union à la base » (sic) (avec le PS) comme cela est affirmé.

Si le PCF est prêt à mobiliser toutes ses forces pour la libération des femmes, que n’invite-t-il pas ses militant(e)sà s’associer à toutes les mobilisations unitaires pour l’avortement et la contraception libres et gratuits, pour le plein emploi des femmes, pour le développement des équipements collectifs, contre les violences...

Pourquoi n’est-il pas à l’initiative de ces mobilisations unitaires ? Pourquoi ne propose-t-il pas par exemple que le 8 mars soit une journée de luttes et de mobilisations unitaires ?

Telles sont les questions que les féministes sont en droit de poser au PCF. Tel est le défi qu’il faut adresser au parti qui se prétend le plus féministe de tous les partis.

Notes

  1. Le 13/11/78

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