L’édition 1996 du Festival international de films de femmes a tenu ses promesses. Il nous a fait découvrir un cinéma indien au féminin.
Un cinéma aux multiples splendeurs qui propose, dans le cadre convenu du mélodrame, des portraits de femmes singulières ; ainsi Rudali (la pleureuse) de Kalpana Lajmi. La réalisatrice utilise habilement tous les artifices du cinéma pour en nourrir la vision critique d’une société féodale reposant sur le système des castes. Les paysages extrêmement colorés du décor naturel jouent leur rôle de toile de fond, tout en soulignant la description quasi ethnologique de la vie d’une pleureuse. Cette tâche est dévolue à une femme pauvre, de caste inférieure. Ses services sont indispensables pour accompagner la mort des riches. Son talent fait d’elle une actrice, d’autant mieux rémunérée qu’elle feint avec art le chagrin et le deuil. C’est une femme dépendante, aliénée, qui se libère de sa propre charge de malheurs et de tristesse en accomplissant ce rituel. Ce film nous renvoie à un autre film indien, Bhumika (le rôle) ; on pouvait le revoir dans une section parallèle.
Retrouvailles et découvertes, c’est tout le charme de ce festival. Nous retrouvions avec plaisir la réalisatrice hongroise, Judit Elek. Rendez-vous avec un cinéma de fiction, cette année, fiction soutenue par un travail sur la mémoire, fil rouge tiré d’un film à l’autre. L’Eveil de Kati est celui d’une adolescente juive, dans les années cinquante. La mère disparaît dans la mort pour reparaître, fantôme bienveillant. Elles évoquent ensemble les promenades pendant la guerre, le long du Danube, bravant le couvre-feu, une étoile jaune sur la poitrine. Ce Danube dont le précédent film de Judit Elek, Mémoires d’un fleuve , nous a montré qu’il charriait les cadavres des Juifs. La chronique des sentiments et de l’Histoire passe et repasse par documentaire et fiction.
Marx Sister