La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

BILAN : 8 MARS 79

Il fallait être au milieux des torches et des flambeaux

Cahiers du féminisme, n° 9, avril - mai 1979 · p. 14 · 1 053 mots

Le 8 mars 1979 n’aura pas été, à Paris, une étape permettant à des milliers de femmes de témoigner de leurs luttes, et au mouvement de femmes de franchir un saut qualitatif.

Oui, le 8 mars 1979 aurait dû être une journée de mobilisations massives si... le mouvement de femmes, si les organisations syndicales, mais aussi... si la LCR l’avaient sérieusement préparé !

Là a résidé l’un des problèmes essentiels de ce 8 mars, qui a amené la direction de la LCR à commettre erreurs sur erreurs dans sa préparation.

Une chose était de constater qu’il existait des conditions objectives à une mobilisation de masse, autre chose était de peser pour qu’elle se concrétise. Et pour cela il fallait apprécier plus sérieusement quelles forces étaient les plus capables de s’impliquer dans la mobilisation des femmes, à l’occasion de ce 8 mars.

Les organisations syndicales

Nous ne pouvions nous attendre à ce que la CGT et la CFDT fassent du 8 mars 1979 une réelle journée de centralisation des luttes de femmes. Le 40* Congrès de la CGT, qui s’était tenu quelques mois auparavant, n’avait à aucun moment manifesté sa volonté de faire du 8 mars une échéance nationale pour les travailleuses. Quant à la CFDT, la seule proposition qu’elle avait fait connaître était de prendre appui sur le 8 mars pour promouvoir sa campagne pour le développement des équipements collectifs, dans le cadre de l’année internationale de l’enfant.

De plus, au mois de janvier, nous n’avions connaissance d’aucune prise de position publique de collectifs ou commissions femmes CGT ou CFDT pour l’organisation du 8 mars.

Il paraissait clair cette année, comme les années précédentes d’ailleurs, que pour impliquer les organisations syndicales dans une mobilisation de masse des femmes, il faudrait les y contraindre !

Et qui d’autre était le plus à même d'y œuvrer que le mouvement des femmes ?

Le mouvement des femmes en difficultés

Ni organisation ni mouvement permanent et coordonné, le mouvement des femmes est aujourd’hui une réalité particulièrement mouvante. Les groupes femmes s’y font et s'y défont et leurs capacités d’initiative fluctuent énormément. Certains sont enracinés dans une pratique locale de lutte

, ou sur leur entreprise, mais d’autres ? Et depuis plus d’un an dans la région parisienne, il n’y a plus de réelles coordinations ou échanges d’expérience et élaborations d’initiatives communes, permettant au mouvement de femmes de se constituer en force sociale et politique.

Le mouvement de femmes est politiquement éclaté dans la région parisienne et les seuls lieux de « centralisation » qui existent encore sont des assemblées générales où se retrouvent souvent les militantes féministes les plus motivées. S’il n’existe plus de coordinations centrales représentatives du mouvement sur Paris, ce n’est pas parce que les militantes des groupes sont rebutées par le terrorisme verbal des assemblées générales ou leur caractère antidémocratique

, mais c’est principalement parce que la nécessité de coordinations, d’initiatives centrales et unitaires, a largement régressé, et à cela, les causes sont multiples (situation politique, crise de l’extrême gauche, jeunesse du mouvement féministe...). Le repli localiste est une réalité aujourd’hui, et s’il n’est pas politiquement combattu, il débouchera sur l’asphyxie de toute une génération de militantes féministes. Le découragement gagne déjà !

Qu’était-il possible de faire le 8 mars 1979 ?

Nous aurions dû soutenir et prendre en charge dans le mouvement les propositions des groupes femmes du XVIIIe

— centrer le 8 mars sur la question du droit à l’avortement, du droit au plein emploi et du refus de la réouverture des maisons closes et contre toutes les violences faites aux femmes (le tract tardif d’appel au 8 mars, cosigné par des groupes femmes et le Planning, invitait les femmes à se mobiliser sur ces questions) ;

— œuvrer à la mise en place de collectifs unitaires non mixtes de préparation du 8 mars, et prendre appui sur ces collectifs pour développer une démarche unitaire vis-à-vis de l’ensemble des organisations ouvrières (cette dernière proposition était par contre très contreversée) ;

— préparer une manifestation de nuit, moment symbolique à l’extrême de l’oppression des femmes.

Il faut signaler que la manifestation de nuit Fit l’unanimité aux premières assemblées générales, mais que tout aussi clairement se sont exprimées des conceptions radicalement divergentes quant à son contenu.

Au lieu de nous battre pour que ces propositions se réalisent, une partie des militantes de la LCR ont émis des réserves, et puis rapidement n’ont pris aucune responsabilité dans la préparation du 8 mars. La conséquence la plus immédiate fut de diviser ce que l’on a coutume d’appeler le courant lutte de classes, au profit de l’expression des courants féministes radicaux. C’est ce qui explique la sortie d’une seule affiche sur le thème « Prenons la nuit » qui ne satisfaisait pas une grande partie des militantes féministes. Mais les forces manquaient à la réalisation d’une autre affiche.

Nous savions début février que nous n’aurions pas les moyens de réaliser la réponse de masse à la hauteur des attaques gouvernementales. Mais était-ce une raison pour ne rien faire ? Pouvait-on à ce point rester extérieur au mouvement de femmes ?

Nous importait-il que n’importe quelle initiative se déroule le 8 mars ? De ce point de vue la manifestation féministe du 8 mars ne peut être considérée comme un échec, notamment en regard des initiatives des années précédentes. Elle révèle toutefois l’énorme écart qui existe entre le nombre de femmes qui prennent en charge la construction du mouvement et toutes celles qui ne font que suivre ses initiatives.

Toutefois, pour la première fois, le 8 mars 1979 a été ap pelé conjointement par des groupes femmes, le Planning familial, les commissions femmes du PS et de diverses organisations d’extrême gauche (OCT, CCA, PCR) et les commissions femmes du SGEN-région parisienne. Bien que réalisé tardivement (et sans qu’existe de collectifs unitaires qui auraient pu permettre une préparation collective et efficace), cet accord témoigne qu’une grande partie des militantes du mouvement de femmes œuvre à l’élargissement du mouvement. De cela, le bilan tiré dans Rouge ne dit mot, par contre il essaie de justifier sans grande conviction la non-participation de la LCR.

Il faudrait encore répondre à tous les arguments mettant en cause le principe de la manifestation de nuit, mais la place me manque. Disons juste, cependant, que rien n’est sérieux dans les arguments avancés.

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