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Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Un précédent : la guerre civile libanaise de 1975-76

Critique communiste, n° 11, septembre 1982 · p. 12-14 · 2 093 mots

Hbanaise de 1975-76

A la tête d'un Etat grand comme à peine deux départements français, la bourgeoisie libanaise a joué un rôle lucratif d'intermédiaire entre le marché occidental et l'arrière yays arabe.

Alors que l'agriculture ne contribue que pour 1 7 % et l'industrie pour 20 % au revenu national, les services (commerce, banques, transports, tourisme) qui n'occupent que 10 % de la population active, en représentent la part prépondérante : 58 %. L'industrie est pour l'essentiel une industrie légère annexe de ces services.

Il résulte de ces données qu'une petite bourgeoisie hétérogène constitue la majorité absolue de la population et facilite la perpétuation du caractère confessionnel de l'Etat libanais.

Depuis sa fondation, l'Etat demeure très faible, déchiré par le clanisme et le tribalisme, miné par la corruption. Ses structures sont officiellement confessionnelles : sur les 99 sièges parlementaires, 30 sont attribués aux chrétiens maronites, 20 aux musulmans sunites, 19 aux musulmans chiites, Il aux grecs orthodoxes, 6 aux grecs catholiques, 1 aux arméniens catholiques, 1 aux protestants, et 1 est variable. Le président de la République est toujours un maronite, le président du conseil un sunite, le prèsident de la chambre un chiite et le vice président du conseil un grec orthodoxe.

La présence de 400 000 réfugiés palestiniens, pour la plupart regroupés dans le camps, ne pouvait qu'ébranler l'équilibre instable de cet édifice.

Depuis 1969, la bourgeoisie libanaise n'a cessé de chercher à se débarasser de la présence palestinienne. En 1973, l'échec d'une tentative de liISR.AE.L quidation des camps par l'armée offi1 ..___._.____, o "10 2oK~ cielle libanaise débouche sur la formation, l'armement et le développement des phalanges chrétiennes (Kataeb). En 197 5, leur chef Becnir Gemayel propose ouvertement l'organisation d'un référendum sur la présence de la résistance au Liban.

Le 1er mars de la même année, une opération de répression de l'armée libanaise contre les pêcheurs arabes de Saïda provoque la fraternisation entre le petit peuple arabe et la résistance palestinienne, malgré la volonté de non ingérence proclamée par les organisations palestiniennes. La bourgeoisie libanaise redoute, comme cinq ans plus tôt la bourgeoisie jordanienne, une fusion de la résistance palestinienne et de la lutte de classe au Liban même.

En avril, les milices chrétiennes prennent une première initiative en massacrant 27 palestiniens. La riposte est immédiate. C'est l'escalade. La droite s'arme fébrilement avec l'appui des Etats-Unis. En septembre elle lance une offensive générale mais infructueuse. En janvier, elle organise un nouveau massacre systématique dans le bidonville de la Quarantaine, aux portes de Beyrouth. Les forces musulmanes, progressistes et palestiniennes, se vengent par un massacre similaire contre le village de Damour.

Devant l'impasse de la guerre, la Syrie se propose d'intervenir pour « sauvegarder l'unité du Liban et éviter de nouveaux massacres )). Le 22 janvier 197 6, un accord « sans vainqueurs ni vaincus n est conclu sous son patronage. Le confessionalisme du régime libanais est renforcé et aucune réforme substancielle n'est envisagée. De janvier à mars 1976, la droite chrétienne, la droite musulmane, la gauche et les organisations palestiniennes proclament toutes leur appui à l'intervention syrienne. La dénonciation du régime syrien et de son rôle au Liban par quelques groupes minoritaires d'extrême-gauche est

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la seule note discordante de ce concert.

Mais aussitôt après l'accord du 22 janvier s'ouvre un processus de désintégration de l'armée régulière libanaise. Des officiers arabes dissidents créent une « Armée du Liban arabe » qui fait boule de neige. Des officiers chrétiens répondent par la création d'une armée de libération du Liban. Avec t'armée, c'est l'Etat libanais luimême qui se désagrège.

Les combats redoublent et les forces progressistes avancent. Le 21 mars, elles occupent le centre de Beyrouth. Le 24 mars, le président Franjieh s'enfuit et se réfugie à Jounieh, nouvelle capitale du Liban chrétien. En deux semaines de combats meur. tri ers, la gauche et la résistance palestinienne contrôlent plus des deux tiers du territoire, et sont en condition de remporter une victoire militaire. L'intervention de la Syrie et l'attitude de la direction palestino-progressiste vont empêcher ce dénouement.

Dès le 11 mars, les médiateurs syriens s'étaient déclarés impuissants devant la nouvelle détérioration de la situation et ils avaient quitté le pays. Ils vont être à nouveau appelés à la rescousse par la droite libanaise menacée d'une défaite militaire qui se solderait soit par la partition du Liban (et la perte pour un mini-Etat chrétien des relations économiques avantageuses avec les pays arabes), soit par des concessions politiques entérinant de nouveaux rapports de forces dans le pays.

La Syrie répond à l'appel et menace début avril de fermer sa frontière à tout transit d'armes pour la résistance. Les forces de la Saïka, organisation palestinienne organiquement liée au régime syrien, tentent en vain de s'interposer pour bloquer l'offensive antiréactionnaire. Vingt mille soldats syriens pénètrent alors en territoire libanais... La population des quartiers musulmans crie à la trahison. Yasser Arafat se rend à Damas : la Syrie retire ses troupes en échange d'un cessez-le-feu accepté par la gauche et la résistance palestinienne au moment où la victoire était à portée.

Le 8 mai, les syriens sont résolus à garantir à tout prix la tenue d'élections présidentielles au Liban, malgré la poursuite des combats. Sarkis est élu par soixante-six voix et trois abstentions, lors d'une élection que les intimidations et la corruption transforment plus que jamais en mascarade. Le seul rival de Sarkis, candidat de la droite chrétienne, des Syriens et des américains, était Raymond Eddé, ancien leader de la droite maronite, cette fois soutenu par la gauche, la résistance et l'impérialisme français.

La gauche est désorientée et paralysée par les accords conclus par Arafat à Damas à la veille de l'élection. Le lendemain de l'élection, le même Arafat envoie un message de félicitations au nouveau président. Mais les organisations palestiniennes du front du refus relancent l'offensive militaire. Le Fatah est obligé de suivre. La Syrie tente de négocier un nouvel accord. La semaine qui suit l'élection est marquée par des batailles meurtrières.

Le 3 l mai, la Syrie intervient à nouveau avec l'envoi au Liban d'un corps de 20 000 soldats (contre 2 000 seulement en avril). Les forces palestina-progressistes résistent à cette intervention. De nombreux chars syriens sont détruits. L'incertitude de l'issue entraîne l'envoi de «casques verts » des pays arabes pour s'interposer. Le 23 juin, la réunion à Ryad des représentant de l'Arabie Saoudite, de l'Egypte, du Koweit et de la Syrie sanctionne: l'isolement des palestiniens.

Le rapport de forces commence à basculer à leur détriment. Le 12, à l'issue de combats meurtriers, le camp palestinien de Tall el Zaatar tombe sous les coups des milices chrétiennes soutenues par l'armée syrienne. Pendant ce temps, l'armée israélienne prend en tenaille les palestiniens en exerçant une pression militaire au sud-Liban. Le 18 octobre, les accords de Ryad entérinent l'occupation syrienne.

De la guerre civile de 1975-1976, plusieurs leçons se dégagent qui gardent aujourd'hui toute leur portée : • Le confessionalisme a permis de donner à la guerre civile une allure de guerre de religion au détriment de sa véritable signification anti.impérialiste et de son contenu de classe. L'opposition entre les musulmans pauvres et les chrétiens riches n'est vraie que tendanciellement. Les dirigeants de la grande bourgeoisie musulmane ont su se placer du côté du camp musulman pour préserver leur clientèle et pour œuvrer aux compromis sauvegardant les structures sociales de l'Etat libanais. Inversement, une partie du petit peuple chrétien a pu être enrôlé dans les phalanges sous la crainte de massacres religieux. Les méthodes militaires utilisées de part et d'autre ont renforcé cette polarisation confessionnelle partiellement trompeuse. • Le front palestino-progressiste a agi comme un front défensif. Devant la désagrégation de l'Etat libanais, il a été amené à remplir dans les quartiers populaires ou les camps palestiniens des tâches croissantes de ravitaillement, d'administration, de santé, de police, mais en prenant garde de ne pas défier les organes officiels de l'Etat. Il a colmaté les vides du pouvoir légal sans se présenter jamais comme un possible pouvoir alternatif. Il agissait ainsi conformément aux limites qu'il s'était lui-même assignées : 11 Le programme de réformes présenté par le mouvement national n'est pas un programme socialiste ou communiste ... Il constitue en réalité un programme de dépassement du pouvoir féodal le plus arriéré vers un pouvoir capitaliste libéral et démocratique, le terme démocratique devant être interprété dans son sens bourgeois. » (Georges Haoui, membre du Bureau politique du PC libanais, dans une interview à l'AFP du 29 décembre 1975). • Enfin, la direction de l'OLP s'en est tenue à sa position officielle de « non ingérence dans les affaires intérieures des régimes arabes ». Mais elle ne peut éviter que les masses arabes jordaniennes ou libanaises soient confrontées aux même menaces et aux mêmes problèmes que les réfugiés palestiniens: la menace d'Israël, la répression de leurs propres bourgeoisies. Quelle que soit la volonté des dirigeants palestiniens, la tendance à la fusion de ces luttes est ihévitable. Et s'ils prétendent ne pas intervenir dans les affaires intérieures des pays d'accueil, il est tout aussi inévitable que les Etats de ces pays, pour leur propre sauvegarde, interviennent dans les affaires de la résistance palestinienne de la façon la plus brutale, comme ce fut le cas en Jordanie en 1970, au Liban en 1975-1976, et encore aujourd'hui.

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Organisations de la résistance palestinien-

El Fatah, mouvement politique créé en 1959. Al ASSIFA, organisation militaire crééé en 1964; C'est la principale organisation de la résistance. Son leader, Yasser Arafat, est aussi président de l'OLP et commandant général de l'Armée de libération palestinienne (ALP).

L' ALP (Armée de libération palestinienne), est formée d'unités régulières ce qui n'est pas le cas des autres organisations de la Résistance.

La SAIKA, organisation de résistance d'obédience syrienne.

Le FDPLP (Front démocratique populaire pour la libération de la Palestine). Né en 1969 à partir d'une scission du FPLP, le FDPLP, dont le leader est Nayef Hawatmeh, a été le premier à se prononcer pour la création d'un Etat palestinien sur la rive ouest du Jourdain et le secteur de Gaza, deux territoires occupés par Israël depuis la guerre de juin 1967. Le FDPLP est d'orientation pro-soviétique.

Le FPLP (Front populaire pour la libération de la Palestine) est issu du mouvement nationaliste arabe (MNA); Son principal dirigeant est Georges Habache.

Le FLA (Front de libération arabe), organisation palestinienne d'obédience irakienne. Faible numériquement et militairement.

Il existe d'autres organisations palestiniennes de moindre importance, regroupées également dans l'OLP.

Organisations de la droite chrétienne libanaise

Les phalanges libanaises (KataebJ, fondée en 1936 par Pierre Gemayel qui rentrait au Liban après un séjour en Allemagne hitlérienne. Chrétiens maronites, les Kataeb sont le parti le plus puissant de la droite chrétienne. Ils ont absorbé d'autres organisations d'extrême droite comme le Front des gardiens du cèdre. Béchir Gemayel, fils de Pierre, a dirigé les milices phalangistes avant de prendre la tête du parti.

Le PNL (Parti national libéral). Parti d'extrême droite dirigé par Camille Chamoun, ancien président de la République qui fit appel aux marines américains lors de la guerre civile de 1958; L'influence de ce parti a été réduite par la violence par les kataeb.

Le Bloc national, dirigé par Raymond Eddé, en exil à Paris. Hostile aux phalanges, ce parti ne dispose pas de forces de combat.

Organisations de la gauche et de l'extrême gauche libanaise

Les nassériens indépendants (El Mourabitoun), la plus importante or~ ganisation nassérienne libanaise. A vocation surtout militaire, elle a pris une place importante dans la défense de Beyrouth.

Le PSP (Parti socialiste progressiste, membre de l'internationale socialiste). Fondé par le leader Druze Kama! Joumblatt, il est dirigé aujourd'hui par son fils Wallid, qui est également président du Front national libanais. les milices armées de ce parti, présentes essentiellement dans le Chouf Druse, ont renoncé à s'opposer militairement à l'invasion israélienne.

Le PCL (Parti communiste libanais, fondé en 1925). Fort de plusieurs milliers de militants et d'une organisation militaire qui a participé aux combats.

L'OACL (Organisation d'action communiste au Liban), créé en 1970 à partir d'une fusion de deux groupes d'extrême gauche. Elle a connu une évolution qui la rapproche du PCL et dispose également d'une organisation militaire.

Le GCR (groupe communiste ré. volutionnaire), organisation de la IV• Internationale. Fondé sur la base d'une scission d'une organisation d'extrême gauche, elle même issue du PCL, le GCR appelle à la fondation d'un parti communiste inter-arabe. Ses militants, dont le nombre demeure réduit, ont participé à la défense de Beyrouth.

Il existe également un nombre important de petites organisations d'extrême gauche d'obédiences variées.

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