C.
Les jeunes
NICOLAS JEANSON E qu'il est convenu d'appeler « l'insertion sociale et professionnelle des jeunes » fait l'objet de rapports d'experts et de mesures politiques particulières. Cette question est devenue un problème en soi. Connaît-on une expression plus nette du rejet de sa jeunesse par une société? Dans l'ensemble des pays capitalistes de l'OCDE, le nombre des jeunes chômeurs est passé d'un million en 1970 à plus de 6,5 millions aujourd'hui. La part des jeunes dans le total des chômeurs atteint 45 % aux USA, 57 % en Espagne, 62 % en Italie. En France, ils sont plus de 600 000 chômeurs dans la tranche des 16-21 ans, et un chômeur sur deux a moins de 25 ans. Le taux de chômage des jeunes est donc très supérieur à celui des adultes ; et la durée du chômage des jeunes est également plus longue. Les nouvelles générations sont donc les plus touchées par les conséquences de la crise sur l'emploi. La montée du chômage des jeunes contribue à modifier les conditions de leur insertion professionnelle, dans deux directions : d'une part, les jeunes sont les premières victimes de la précarisation des emplois. Ils subissent, d'autre part, de plus en plus, un déclassement à l'embauche, relativement à la qualification qu'ils ont acquise.
Une situation
explosive
A propos de la précarisation des 1. " L'insertion sociale et professionnelle emplois des jeunes, Bertrand Schdes jeunes "• Berrand Schwartz. Documentation française. wartz (1) note : << La qualité de l'em2. Economie et statistiques n° 134, juin ploi offerte aux jeunes se dégrade. Près 1981. de la moitié des j eunes de 16-21 ans, de niveau CAP/ BEP, occupait en 1980 des emplois précaires. La situation est probablement bien pire pour ceux qui n'ont pas ce niveau. Les jeunes nourrissent ainsi un marché secondaire du travail où se dégradent profondément la condition et les droits des travailleurs : beaucoup sont privés des garanties sociales et exclus de la vie collective. Ils sont des travailleurs de seconde zone. » Dans le même rapport, Bertrand Schwartz relève que u les jeunes de moins de 25 ans représentent 55 % des travailleurs intérimaires, et une enquête du CEREQ sur 197 6-1980 révèle que 47 % des jeunes titulaires d'un CAP ou BEP n 'avaient pas de contrat à durée indéterminée ».
La déqualification des jeunes dans leur premier emploi n'en est pas moins nette. C'est la pression de l'armée de réserve des jeunes qui a agi comme révélateur de cette tendance puisqu'elle permet aux patrons de recruter au même prix des jeunes plus qualifiés. Mais la racine du mal est plus profonde, et tient à l'évolution de la division capitaliste du travail qui marque un « retard » sur la structure des qualifications dispensées par le système de formation. L'OCDE s'en inquiétait dès 1977 : <<Avec les progrès de l'éducation, beaucoup ont maintenant de plus hautes visées et espèrent trouver un emploi et faire une carrière dans laquelle ils pourront uti/iser leurs connaissances et trouver davantage de possibilités d'épanouissement personnel. Mais la structure de 1 'emploi dans 1 'économie et le contenu de la plupart des tâches ne correspondent plus à ce niveau supérieur d'instruction et d'aspirations. Certains signes laissent même prévoir une augmentation à long terme de la sous-utilisation de la main-d'œuvre ... >>L'OCDE évoque les u frustrations »et les u attitudes négatives envers la société » qui pourraient résulter d'une telle situation, pour en déduire qu'il convient
-------------pour les jeunes, bâti sur trois piliers : . seignement technique public.
Tout indique, par exemple, que . que rien n'a changé dans l'organisade ramener les ambitions des jeunes et le volume des dépenses publiques d'éducation à des dimensions plus modestes.
Chômage, précarité de l'emploi et déqualification : tels sont les trois voies de la dégradation profonde de l'insertion professionnelle des jeunes.
Situation explosive, dont les révoltes de jeunes, l'été 1981, à Brixton, Liverpool ou Villeurbanne pourraient bien être des signes annonciateurs. Que, dans ces cas, la révolte ait · été portée par les jeunes immigrés, parias parmi les parias, n'est pas pour étonner.
Un bon indice de l'ampleur du problème est donné par la « sollicitu. de » dont les jeunes font aujourd'hui l'objet, tant de la part du patronat que de celle des organisations ouvrières et du gouvernement.
Le CNPF, lors de ses assises nationales du 14 décembre dernier, a placé en tête de ses huit propositions (pour sauver « l'entreprise en péril » .. .) l'embauche de 600 000 jeunes : c'est qu'il en a beaucoup à craindre et beaucoup à espérer à la fois. La crainte est politique, tant il est vrai que l'oisiveté (des jeunes) est la mère de tous les vices ... Et l'espoir est de nature économique : 600 000 jeunes rémunérés par l'Etat, sans charges sociales, corvéables et licenciables à merci, c'est tout bénéfice pour les patrons.
François Mitterrand a saisi la balle patronale au bond. Dans ses décla. rations de fin d'année, le président a fait de la formation professionnelle des jeunes la mremière des quatre priorités du gouvernement pour 1983. Cela consiste pour l'essentiel à étendre les « stages Rigout » pour les 16-18 ans et à les généraliser aux 1825 ans.
La CGT de son côté n'a pas ménagé ses efforts pour assurer le succès de ces stages. Le Mouvement de la jeunesse communiste, passablement démobilisé, a choisi le terrain de la formation et de l'emploi pour tenter de refaire ses forces. L'emploi et la formation des jeunes s'inscrivent ainsi comme une question politique nationale.
Quelle est donc la politique du gouvernement en la matière ? Comment doit-on l'apprécier? Une autre politique est-elle possible, et à quelles conditions ? Quelle pourrait être la place d'un mouvement de la jeunesse pour le droit à la qualification et au métier?
Force est de constater que le gouvernement du 10 mai s'est peu éloigné de la politique antérieure. Quelques mois avant sa chute, Giscard avait adopté un « plan quinquennal de la formation professionnelle » les stages emploi/ formation pour les chômeurs (« stages Barre »), le développement de l'apprentissage, l'alternance école/ entreprise dans les LEP publics.
C'est un dispositif de même nature qui est repris par le gouvernement Mauroy : « stages Rigout », incitation à l'apprentissage qui doit être selon la formule officielle << amélioré et développé )), et « extension des séquences éducatives en entreprise à tous les LEP )) (circulaire ministérielle). Naturellement, le nouveau gouvernement soutient que chacune de ces mesures revêt un contenu différent que sous Giscard. Mais comment des plans de formation pourraient-ils diverger dans leurs modalités d'application, dès lors qu'ils partagent le même postulat de base selon lequel le chômage des jeunes résulte de l'inadaptation de leur formation ? (cf. encart).
Le gouvernement présente volontiers sa politique de formation professionnelle comme un ensemble de mesures d'urgence, en attendant que la situation de l'emploi s'améliore. Certes, l'adoption de mesures provisoires n'est pas un choix critiquable en luimême.
A condition toutefois de s'attaquer dès maintenant aux racines du mal, faute de quoi le « provisoire » se tr.a nsformera en système.
A condition aussi que s'engage dès maintenant un plan de développement de l'enseignement technique public permettant de tarir à la source les sorties de jeunes sans qualification professionnelle.
A condition, enfin, que les mesures prises correspondent dans leur contenu et dans leur financement aux intérêts des jeunes et des travailleurs.
Or, ces trois conditions sont très loin d'être réunies par la politique du gouvernement.
Les stages:
solution
d'urgence
ou gestion
du chômage
des jeunes?
les «stages Rigout », comme l'apprentissage, prennent désormais figure, pour le gouvernement, d'une nouvelle filière de formation professionnelle, à part entière, parallèle à l'en-
Depuis le premier Pacte national pour l'emploi de Raymond Barre, en 1977, plus de cinq ans ont passé : la formule des stages s'inscrit, par sa durée, comme une nouvelle forme de gestion du chômage des jeunes.
Il existe dorénavant trois catégories de stages. La première, des « stages d'orientation » (4 à 8 semaines), débouche sur ... l'accès aux deux autres types de stages. La deuxième, des « stages d'insertion » ( 10 mois au maximum), permet de s'orienter vers... les stages du troisième type. Ceux-ci, dits « stages de qualification» Qusqu'à 2 ans), conduisent, en fin de course, au seuil du marché du travail. Tout se passe comme si les stages s'offraient à eux-mêmes leurs propres débouchés ; leur fonction « d'amortisseur » des tensions du marché du travail apparaît ici clairement. Les « stages Rigout » ne garantissent pas davantage l'accès à l'emploi que les « stages Barre ».
Offrir des débouchés professionnels aux jeunes, c'est d'abord conduire une politique de création massive d'emplois : par la réd\lction du temps de travail, la planification de la production sur la base du recensement des besoins sociaux et l'utilisation à cette fin du secteur public, par l'exercice d'un droit de veto sur les licenciements et le contrôle des investissements. Toutes ces mesures s'en prennent à la propriété et au pouvoir du capital.
N'ayant même pas tenté de telles incursions dans le domaine de la propriété privée, le gouvernement Mauroy a abandonné de fait sa devise de « priorité à l'emploi », avant de systématiser sa priorité actuelle à la baisse des charges des entreprises.
Dans ce cadre général, les dispositions particulières pour l'emploi des jeunes ne peuvent au mieux qu'éponger une partie du chômage des moins de 25 ans, mais en rien créer des emplois ! C'est la plus fondamentale des critiques au plan Rigout : il ne s'en prend pas aux causes fondamentales du chômage de la jeunesse.
Donner aux jeunes un métier, c'est-à-dire autre chose qu'un «petit boulot», c'est également renverser le mouvement de déqualification d'une série d'emplois du bas de l'échelle des qualifications. Les grèves d'OS de l'automobile sont là pour montrer tion du travail des entreprises, même nationalisées. Surreprésentés dans les
LEP.
un organisme public, et nationaliser · pédagogie (alternance), de formation emplois les moins qualifiés, et en même temps porteurs de fortes aspirations à un travail libre, les jeunes rejettent massivement la parcellisation des tâches, et la hiérarchie. Ils sont les premiers intéressés à la requalification des emplois.
La qualification
des emplois:
les dégâts
du progrès
ou l'organisation
de la production
par les
travailleurs
Il existe une puissante illusion dans le mouvement ouvrier, selon laquelle le progrès technique entraînerait de lui-même un mouvement de qualification des emplois. Or, si à un pôle de la pyramide des emplois, il crée effectivement de nouveaux métiers qualifiés, il a deux autres conséquences :
Les innovations techniques, dans le contexte de la crise capitaliste, entraînent licenciements et ralentissement des embauches ; on sait que l'introduction de l'informatique dans les banques, par exemple, provoquera la suppression de 30 000 emplois dans cette branche d'activité.
Le « progrès technique » dans une division idéale donnée, reproduit également, au bas de l'échelle des qualifications, des emplois sous-qualifiés (3). _ C'est pourquoi, la requalification du travail passe par la maîtrise des travailleurs sur l'organisation du travail, comme sur la formation continue, et par le contrôle ouvrier sur l'utilisation des gains de productivité, notamment pour l'amélioration prioritaire des conditions du travail posté. Réunir ces conditions suppose de changer le régime de la propriété, comme les finalités de la production. C'est là une absolue nécessité pour que des générations entières de jeunes travailleurs ne soient pas les victimes de l'évolution de la division capitaliste du travail;
Création massive des emplois, requalification du travail ; tels sont lés deux leviers sur lesquels il faut appuyer pour résoudre le problème de l'insertion professionnelle de la jeunesse.
L'enseignement technique public reste le parent pauvre de l'Education nationale. Il manque au moins 50 000 places dans les lycées d'enseignement professionnel (LEP) pour répondre aux demandes d'inscription. Les locaux sont vétustes, là plus qu'ailleurs. Plus de la moitié du parcmachines a plus de dix ans d'âge. Naturellement, c'est dans les LEP, qui préparent aux CAP et BEP, que la proportion d'élèves issus de familles défavorisées est la plus importante. La bourgeoisie n'aurait pas toléré que l'on réserve à ses lycées le sort qui est fait aux LEP.
L'enseignement
technique
public:
priorité ou non ?
Un gouvernement des travailleurs devrait agir à l'opposé : donner d'abord à ceux qui passent toujours en dernier, et faire de l'enseignement technique une vraie priorité scolaire.
Cela suppose en premier lieu un programme de réquisition de locaux patronaux innoccupés ou sous-employés, de construction de nouveaux locaux scolaires et d'équipement des LEP en machines modernes. Voilà qui donnerait des commandes aux usines de machine-outils (tel Dufour à Montreuil, périodiquement menacée defermeture). Voilà qui contribuerait à relancer le secteur du bâtiment.
Avec quel argent ? Avec celui que dégagerait une politique de réduction radicale des inégalités de revenu et de patrimoine, d'une politique qui en finisse avec le gâchis capitaliste en mettant l'investissement et la production sous le contrôle des travailleurs.
Encore faut-il commencer par stopper net le détournement des fonds publics. Ainsi, la taxe d'apprentissage versée par les entreprises est le seul impôt dont l'usage soit laissé à la disposition du contribuable : en effet, les patrons sont libres d'affecter le montant de cette taxe à l'établissement de leur choix. Comment s'étonner qu'ils privilégient systématiquement les centres patronaux d'apprentissage (CF A) au détriment des LEP ? Ainsi, le rapport taxe/ élève est quatre fois supérieur pour les CF A que pour les LEP ! Il faut donc imposer le versement de la taxe d'apprentissage à les CF A pour les transformer en
Donner la priorité à l'enseignement technique public, c'est aussi faire un choix politique : celui de considérer l'apprentissage sur le tas comme une solution d'échec à résorber, et non comme une nécessité économique ou pédagogique. Or, dans son rapport largement repris par le gouvernement, Bertrand Schwartz préconise d'impulser l'apprentissage par trois mesures : l) versement par l'Etat d'un complément de salaire ( l 0 % du SMIC) aux apprentis ; 2) maintien de l'exonération des charges patronales, payées par l'Etat; 3) développement de « l'apprentissage industriel » dans les PME, pour lesquelles des (( me sures spéciales d'incitation seront prises ». Tel est le prix du « compromis historique » avec les petits patrons ... C'est donc vers le développement de l'apprentissage, et non son dépérissement, que s'oriente l'action du gouvernement, qui accepte à cette fin de payer les patrons pour qu'ils embauchent!
Reste la nature même des stages proposés aux jeunes de 16 à 25 ans. Même à supposer qu'ils ne soient que des solutions d'attente, ce qui n'est pas le cas, leur contenu est pour le moins contestable.
D'abord, parce que leur financement repose là encore sur les fonds publics : ainsi, l'allocation de 500 ou 700 F versée aux jeunes stagiaires est supportée par l'Etat, alors que les patrons exploitent les jeunes pendant des semaines. De même, les charges sociales sont financées par l'Etat.
Ensuite, parce que la formation dispensée est subordonnée aux situations locales : le recrutement des formateurs n'est soumis à aucune règle offrant de réelles garanties, pour eux comme pour leurs élèves. La pratique de l'alternance stage/ entreprise confine la plupart des jeunes durant leur présence dans l'entreprise à des travaux de « bouche-trous » peu formateurs.
L'on vient d'apprendre que l'armée verrait sa fonction étendue au domaine de la formation professionnelle. S'il s'agit d'éviter à de jeunes appelés de perdre leur temps à l'armée en apprenant un métier, pourquoi alors ne pas réduire le service militaire ? S'il s'agit d'attirer dans la carrière militaire des jeunes qui ne trouveraient pas ailleurs les structures de formation qu'ils recherchent, pourquoi les créer à l'armée et pas dans l'Education nationale ?
Ainsi, que ce soit en matière de
- - ----------ne stagiaire, jeune intérimaire, jeune . de proposer aux jeunes les formes de travailleur, jeune de LEP ou de lycée, .· combat qu'ils attendent, n'est pas le tous sont confrontés à un avenir fait moindre des obstacles. Pour le rend'insécurité face ;à l'embauche, et de verser, les jeunes devront compter
C'est donc à eux qu'il revient de elles sont immenses !
« L'insertion sociale et profession- Michel Freyssinet. Savelli.
mouvement de la classe ouvrière Dans « Barricades "• le journal des
Que les organisations ouvrières res, une interview de jeunes stagiaires traditionnelles se montrent incapables Rigout, n° 33, mars-avril.
dispensée, de financement, des droits des stagiaires, le plan Rigout, même comme plan d'urgence, n'offre pas de formules adaptées aux intérêts de la jeunesse.
Le gouvernement ne semble donc plus avoir d'autre ambition que de stabiliser la montée du chômage des jeunes, et de gérer, à force de stages divers, l'armée de réserve des jeunes chômeurs. Et ceci dans l'hypothèse la plus favorable, car les économies capitalistes n'ont pas touché le fond de la crise. Par-delà les mouvements de la conjoncture, les effets durables de la crise sur la situation de la jeunesse vont s'amplifier, tendant ainsi à unifier ses intérêts et ses réactions.
Jeune chômeur, jeune apprenti, jeu-
Le chômage des jeunes n'est pas la conséquence d'une inadaptation de la formation.
S'il est une idée fausse et néanmoins fort courante, c'est bien celle qu'exprime Mitterrand en ces termes :
11 Si les jeunes disposent d'une formation adaptée aux besoins de la société moderne, ils trouveront du travail. ii
Cette affirmation est contredite par trois constats :
1. Depuis l'ouverture de la crise, le nombre de jeunes diplômés n'a pas chuté, au contraire : u La part des jeunes qui quittent le système scolaire en ayant reçu une formation professionnelle complète sanctionnée par un titre est passée de 33 % en 1973 à 44 % en
1979 ii, selon une étude de l'INSEE
(Economie et Statistique, juin 1981).
Autrement dit, plus la proportion de diplômés augmente, plus croît le nombre de jeunes chômeurs. Il n'y a donc pas déficit de diplômés. Faudrait-il alors penser que les diplômes attribués ne correspondent pas aux besoins des mutilation dans le métier. donner vie et force à un grand mouvement de la jeunesse, dont les préoccupations et la composition socale feront une place, plus grande que par le passé, aux plus opprimés et exploités d'entre eux. nelle » de la jeunesse se confond plus que jamais avec son insertion dans le pour son émancipation.
~ntreprises ? Si tel était le cas, les statistiques de l'emploi feraient apparaître un fort volume d'offres d'emploi non satisfaites. Or, un tel phénomène n'apparaît pas.
2. Les jeunes confrontés au premier emploi ne « pèchent >> pas par défaut mais par excès de formation ! S'ils n'étaient pas assez diplômés, les entreprises seraient sans doute contraintes de pourvoir les emplois qualifiés en embauchant un nombre croissant de jeunes au-dessus de leur qualification ;
or, c'est le mouvement inverse qui se produit. La tendance dominante est au déclassement des jeunes à J'embauche.
Ainsi il apparaît que l'appareil de production n'est pas à même d'offrir des emplois à la hauteur des qualifications acquises dans le système de formation .
Parmi dix illustrations de ce phénomène, un seul exemple : la probabilité pour un bachelier de devenir cadre moyen a chuté de 57 % à 3·1 % entre les deux périodes de 1965-1970 et
1972-1977. En revanche, la probabilité pour le même diplômé d'occuper un emploi d'ouvrier est montée de 16 % à 35 %, et celle de devenir employé, de 7 % à 16 % . Le VIII• Plan programmait tout à fait officiellement des
« flux de sortie >> de jeunes diplômés supérieurs aux créations d'emplois correspondant aux diplômes acquis.
Ce sont donc bien les métiers qualifiés d'abord sur leurs propres réserves : 3. « La Division capitaliste du travail "· Jeunesses communistes révolutionnaiqui manquent, et non les travailleurs compétents.
3. Il ne semble pas que les employeurs témoignent d'une désaffection particulière à l'égard des jeunes dans leur politique d'embauche. Alors que le chômage global leur permettrait d'embaucher plutôt des adultes dotés d'une expérience professionnelle que des jeunes tout juste sortis de l'école, une telle tendance ne se réalise pas. Les jeunes conserveraient-ils tous leurs attraits pour les employeurs, en dépit des prétendues lacunes de leur formation? On constate ainsi que la part des jeunes dans les embauches des entreprises n'a que fort peu baissé, passant de 12,2 % en 1973 à Il ,4 % en 1979. Et l'INSEE en déduit, dans l'étude déjà citée, que u l'augmentation du nombre des jeunes qui ne trouvent pas d'emploi n'est pas liée à une diminution de la part relative des débutants parmi les personnes qui ont été embauchées, mais à la baisse globale des recrutements de main-d'œuvre par les employeurs: ceux-ci ont diminué de 16 % entre 1973 et 1979, passant de 4 330 000 à 3 634 000 ii.
Il faut donc finir par admettre que le chômage des jeunes ne tient pas à la situation particulière de la jeunesse, en particulier à un défaut de sa formation, mais au ralentissement des créations d'emplois, aux effets de la crise capitaliste.