Dlissiles, non à l'OTAN!
Déclaration des sections européennes de la IVe 1 nternationale à la seconde convention pour le désarmement nucléaire, berlin, mai 1983.
'ANNEE 1983 marquera un moment décisif dans la lutte contre le déploiement de nouveaux missiles en Europe et pour le développement du mouvement antiguerre. Face à l'escalade de la militarisation engagée par les Etats-Unis et par les autres puissances impérialistes, la mobilisation pour le désarmement n'a cessé de s'amplifier. Après les trois millions de manifestants qui ont défilé en 1982 en Europe, aux Etats-Unis et au Japon, les initiatives qui ont eu lieu à Pâques cette année ont été de nouveaux succès spectaculaires. Tous nos efforts doivent tendre à renforcer cette mobilisation afin d'infliger une défaite aux projets criminels des Reagan, Thatcher et consorts en imposant l'exigence d'un désarmement unilatéral. Désarmement unilatéral de l'impérialisme
Ronald Reagan a déjà entre les mains un stock d'armès nucléaires dont la puissance meurtrière représente près d'un million d'Hiroshima. Et il continue : de 1980 à 1983, le budget militaire américain a augmenté de 12 % par an, en termes réels, passant de 142 à 257 milliards de dollars (soit plus de l 780 milliards de francs). Cette folle course au massacre met à nu la réalité de l'impérialisme, dissimulée derrière les hypocrites discours sur les droits de l'homme.
Cette réalité, c'est l'escalade de la militarisation et de l'armement nucléaire. C'est la mobilisation générale des ressources économiques, des cerveaux et des technologies au service d'une entreprise de destruction. La bombe à neutrons incarne à elle seule l'esprit du capitalisme pourrissant, qui s'ingénie à détruire les personnes en protégeant les biens : preuve que le droit de prt>priété finit toujours, dans ce système, par prendre le pas sur les véritables droits de l'homme.
Les Etats capitalistes d'Europe occidentale suivent le gouvernement des
Etats-Unis sur la route de l'accroissement des armes nucléaires. La Grande-Bretagne a décidé un vaste programme d'équipement de ses sous-marins avec des missiles Trident qui sont des armes de première frappe comme les Pershing II et les Cruise. Le gouvernement français a prévu un changement dans sa stratégie militaire en ce qui concerne la guerre nucléaire offensive. Les militaires l'appellent « bataille de l'avant ». Entre autres choses, cela entraînerait la création de
50 000 unités d'intervention rapide, pratiquement identiques, dans leur conception, aux forces d'intervention conjointe à déploiement rapide des Etats-Unis. Si le plan Rogers pour l'Europe devient réalité, cela signifiera un cours militariste massif sur le plan des armes conventionnelles pour tous les pays d'Europe occidentale.
Cette réalité, ce sont non st- ... lement les Hiroshima potentiels stockés dans les silos, les sous-marins ou les bombardiers nucléaires, ce sont aussi les Hiroshima silencieux de la m isère et de la faim provoqués par le pillage des pays coloniaux et semi-coloniaux : 40 000 enfants meurent chaque jour dans ces pays, la plupart de malnutrition.
Cette réalité, ce sont les programmes d'austérité, qui frappent de plus en plus durement les travailleurs des pays capitalistes eux-mêmes, alors que leurs gouvernements engagent des dépenses croissantes d'armement. En France, le
gouvernement, composé de ministres socialistes et communistes, prépare la mise au point de la bombe à neutrons et vient d'engager, pour cinq ans, un programme militaire de 120 milliards de dollars (840 milliards de francs), au moment même où il s'attaque à l'indexation des salaires, au système de sécurité sociale et à l'emploi. Le mot d'ordre « Des emplois, pas de bombes ! n, qui s'est propagé dans les grandes mobilisations antinucléaires, illustre et condense le lien nécessaire entre la lutte contre la course aux armements et la lutte contre les politiques d'austérité capitalistes.
Cette réalité, enfin et surtout, ce n'est pas seulement la menace d'apocalypse nucléaire, c'est aussi la guerre d'agression engagée dès à présent par 1 'impérialisme contre les luttes de libération des peuples opprimés. Aujourd'hui même, les Etats-Unis et la CIA sont directement impliqués dans l'agression armée perpétrée contre le Nicaragua révolutionnaire et dans le soutien aux dictatures du Guatemala et du Salvador. Le régime salvadorien s'est déjà rendu coupable de 50 000 assassinats en trois ans, soit l'équivalent d'un demi million de morts pour des populations comme celle de la France, de l'Allemagne ou de l'Angleterre ... Au-delà du Salvador, du Nicaragua et de Grenade aussi menacée, c'est la révolution cubaine qui se trouve dans la ligne de mire de l'impérialisme yankee. Au Moyen-Orient, c'est grâce à l'assistance matérielle et politique américaine que le dirigeant israélien Menahem Begin a pu lancer son invasion du Liban et sa tentative d'anéantissement de la résistance palestinienne.
Le tapage mené autour des propositions de Ronald Reagan ou de Margaret Thatcher, le grand jeu diplomatique autour des négociations de Genève sur la limitation des armes nucléaires, ne peuvent étouffer le bruit de ces interventions et de ces guerres en cours. La véritable racine de la course aux armements
A la racine de la course aux armements il y a donc, d'abord, la crise économique du système capitaliste et le maintien de l'ordre impérialiste face aux luttes des travailleurs et aux explosions inévitables des peuples opprimés acculés au désespoir. L'argument, souvent avancé, de la prétendue supériorité militaire soviétique, et la menace qu'elle ferait peser sur le monde qui se proclame «libre », ne sont que des prétextes servant à justifier l'escalade militariste.
De l'aveu même de certains experts américains, il ressort que : -les Etats-Unis disposent toujours d'un nombre de têtes nucléaires supérieur à celui de l'Union soviétique ; - avec le déploiement des nouveaux missiles, le gouvernement des USA cherche à renforcer qualitativement sa supériorité sur l'armemer.t nucléaire soviétique. Les Pershing II doivent servir surtout pour une offensive par surprise contre l'Union soviétique. A cause de leur pouvoir explosif plus limité et à cause de leur plus grande précision de tir, ils peuvent être utilisés pour « régionaliser » des guerres atomiques, c'est-à-dire pour les rendre « limitées, maniables et accessibles ». Ils révèlent donc le but de la nouvelle course aux armements : il s'agit d'acquérir une plus grande facilité d'exercice de la puissance militaire, aussi dans des régions qui sont loin du continent américain. La logique de la terreur montre ainsi clairement qu'elle est une logique de chantage; - la différence, en pourcentage, du produit intérieur brut entre les dépenses d'armement des Etats-Unis et de l'URSS, souvent utilisée comme argument par les impérialistes, n'a pas de sens. Si les dépenses américaines déclarées sont de
7 % et les dépenses soviétiques estimées d'environ 15 %, le produit intérieur américain est le double du produit intérieur soviétique. En valeur absolue, les dépenses militaires impérialistes restent donc supérieures à l'effort d'armement de l'URSS. Cet effort pèse lourdement sur l'Union soviétique, au point de contribuer à accroître ses problèmes économiques et alimentaires. D'ailleurs, les statistiques de l'Institut international de recherche sur la paix de Stockholm
(SIPRI), estimaient, en 1980, que l'OTAN était responsable de 43 % des dépenses mondiales d'armement contre 26 % pour le Pacte de Varsovie.
L'impérialisme demeure le principal fauteur de guerre et la première menace pour la paix.
Solidarité avec le mouvement pacifiste d'Europe de l'Est
De son côté, la politique militaire de la bureaucratie au pouvoir en URSS et dans les pays de l'Est possède une dimension réactionnaire, qui s'inscrit dans le prolongement de sa politique intérieure et internationale : -une politique internationale basée non sur l'internationalisme militant, sur la solidarité entre les travailleurs et les peuples du monde entier, mais sur les pactes et accords de coexistence ou de partage du monde avec l'impérialisme ; -une politique intérieure fondée non sur la mobilisation démocratique des masses, mais sur la négation de leurs droits politiques, syndicaux ou nationaux les plus élémentaires, comme l'ont illustré les interventions soviétiques en Hongrie en 1956 et en Tchécoslovaquie en 1968, et le coup de force de Jaruselski contre les travailleurs polonais en 1981 .
C'est pourquoi nous sommes solidaires des courants qui se sont manifestés contre la course aux armements en Allemagne de l'Est, et dans d'autres pays de l'Est de façon plus limitée. Le développement de tels courants constituerait un énorme encouragement pour le mouvement antiguerre en Europe occidentale et porterait à l'impérialisme un coup mille fois plus dur que quelques fusées soviétiques de plus. En exigeant un contrôle public et démocratique sur la politique militaire et étrangère, un mouvement antiguerre de masse, indépendant des Etats, en Europe de l'Est prendrait inévitablement une portée antibureaucratique. Seule la mobilisation peut faire reculer les fauteurs de guerre
La menace de guerre nucléaire fait peser sur l'humanité un danger sans précédent. Ni les protestations ni la perpétuation de l'équilibre de la terreur ne constituent une garantie contre le déclenchement d'une telle guerre.
Aussi longtemps que les gouvernements impérialistes auront entre les mains leurs instruments meurtriers , le péril nucléaire subsistera.
La seule chance d'empêcher la guerre, c'est de désarmer les fauteurs de guerre en jetant bas le capitalisme dans ses propres citadelles. C'est la tâche et le devoir des travailleurs au sein même de ces pays.
La lutte contre la course à la guerre est l'affaire de tous et de toutes, des travailleurs en butte à l'austérité et au chômage, des femmes en butte à l'exploitation et à l'oppression, des jeunes voués au chômage et à l'embrigadement militaire. C'est une affaire trop sérieuse pour être abandonnée aux mains des diplomates ou réglée entre gouvernants dans le secret de négociations au sommet. Seule la mobilisation peut f aire reculer les fauteurs de guerre .
En 1982 et au printemps 1983, des millions de travailleurs , de femmes, de jeunes se sont mobilisés à travers l'Europe contre le déploiement des missiles, comme en Grande-Bretagne, en Allemagne, en Belgique, en Hollande, en Italie, au Danemark ; pour le rejet de l'OTAN ou le démantèlement de ses bases, comme en Espagne, en Grèce, etc.
Mais les manifestations ne suffisent pas. Pour mobiliser les masses, il faut développer la lutte sur les lieux de travail, dans les écoles et dans les entreprises. Souvent, les instances syndicales locales, voire régionales, ont adopté des motions et soutenu l'appel aux manifestations antiguerre de ce printemps. De nombreux leaders syndicaux ont pris la parole dans ces rassemblements. Il faut s'appuyer là-dessus pour proposer des actions permettant de mobiliser la masse des travailleurs, à l'instar des propositions de grève d'une heure ou de vingt-quatre heures qui sont débattues aujourd'hui au sein du mouvement ouvrier hollandais, par exemple.
L'accord le plus large et le plus unitaire peut se réaliser en Europe occidentale contre le déploiement des missiles nucléaires prévu pour la fin de cette année: -De Comiso (en Sicile) à Greenham Common (en Grande-Bretagne), non au déploiement des missiles Pershing et Cruise ! -Dehors les bases de l'OTAN! Démantèlement des bases avancées américaines en Europe ! A bas la dictature qui fait de la Turquie une forteresse à la solde de l'impérialisme dans la région !
-Non aux forces de frappe nucléaires française et britannique, qui font pleinement partie du dispositif militaire impérialiste ! -Pour une Europe dénucléarisée, de la Pologne au Portugal, de la Sicile à la Scandinavie ! -Réduction massive des budgets militaires, nationalisation complète et reconversion des industries d'armement : des emplois, pas de bombes ! -Soutien aux droits démocratiques des soldats embrigadés par l'armée bourgeoise et des travailleurs victimes des lois d'exception sur l'embauche et la syndicalisation dans les industries d'armement ! - Halte à l'intervention impérialiste en Amérique centrale!
La IVe Internationale et ses sections sont parties prenantes de la bataille engagée contre le militarisme et l'austérité. Dans toute l'Europe, une voix unie doit s'élever pour dire non au déploiement des missiles et aux dépenses militaires, pour dire non aux effets de la crise (chômage, réduction des salaires et des dépenses sociales, agitation raciste des forces de droite). A chaque occasion importante, cette voix doit se faire entendre. Dès l'automne prochain, la mobilisation qui s'est développée dans différents pays devrait franchir un nouveau pas dans sa coordination, en prenant rendez-vous pour une grande manifestation européenne.
Les sections européennes de la IVe Internationale contribueront de toutes leurs forces à ce combat. GIM (Gruppe International Marxisten-RFA), GRM (Gruppe Revolutionnlire Marxisten-Autriche), IKB (I nternational Kommunistenbond-Pays-Bas), LCR (Liga Comunista Revolucionaria- Etat espagnol), LCR (Ligue communiste révolutionnaire- France), LCR (Lega Comunista Rivoluzionaria, Italie), LRT 1 RAL (Ligue révolutionnaire des travailleurs/ Revolutionaire Arbeidersliga- Belgique), PSO 1 SAP 1 PSL (Parti socialiste ouvrier /Sozialitstische Ar bei ter partei 1 Partito Socialista dei Lavoratori-Suisse), SAP (Socialistik Arbejderparti- Danemark), SL (Socialist League-Grande- Bretagne), SP (Socialistiska Partiet-Suède).