Editorial
Echec cinglant de
l'impérialisme au Liban
NE fois de plus, le Liban fait la une de l'actualité. Mais cette fo is, l'Etat « légal >>, représenté par Amine Gemayel et dont les puissances occidentales se prévalaient pour justifier leur intervention militaire, s'est effondré. Le président libanais ne jouit plus d'aucun soutien significatif parmi les dirigeants musulmans, comme en témoigne la démission du Premier ministre, Chatie W azzan. Les chiites du mouvement Amal et les druzes du Parti socialiste progressiste de W alid Joumblatt sont entrés en rébellion ouverte. Malgré l'appui logistique des troupes américaines et françaises, l'armée s'est désagrégée à la suite de la désertion massive des éléments chiites. Les dernières unités fidèles au régime ont été chassées des positions qu'elles détenaient encore à Beyrouth-Ouest et dans la montagne du Chouf. Gemayel ne règne plus que sur une infime partie du territoire et ne bénéficie que du soutien de son propre parti, les Phalanges (Kataëb).
De quelque façon que se dénoue la crise, il est d'ores et déjà certain que les Etats-Unis et leurs alliés viennent de subir leur plus important revers depuis l'accession de Ronald Reagan à la Maison-Blanche. Même s'il n'efface pas les points marqués par l'impérialisme ces derniers mois dans divers points du globe (voir Critique communiste de décembre 1983), ce revers et le retrait en cours des contingents de la Force multinationale quadripartite auront des prolongements considérables. Car ils bouleversent les rapports de forces dans une zone décisive.
L'effondrement de la pax americana Certes, le Liban ne dispose pas d'importantes réserves de matières premières. Il ne joue pas un rôle politique et militaire actif au plan local. Mais, situé au cœur du Proche-Orient, il est un facteur clé de la stabilité de ce vaste ensemble géopolitique voisin appelé Moyen-Orient et qui s'étend, autour du golfe Arabo-Persique, de la péninsule arabique aux plateaux iraniens.
Très tôt, les puissances impérialistes ont saisi l'étroite interaction des deux ensembles. Dès 1903, le Britannique V. Chirol décrivait le Moyen-Orient comme un sous-système stratégique homogène : << La question du MoyenOrient est le résultat de la projection constante des f orces européennes, morales, commerciales et militaires en Asie, projection qui transforme lentement, mais d'une manière continue, toutes les conditions qui ont permis à la Grande-Bretagne d'acquérir une position d'hégémonie sans égale sur le continent asiatique. » Il est tout à fait significatif qu'à la même époque aient débuté les interventions françaises et britanniques au Proche-Orient.
Au fil des décennies, le Moyen-Orient a vu croître son importance économique et stratégique. Depuis 1979, la chute de la monarchie Pahlevi en Iran en a bouleversé l'équilibre. La politique des métropoles occidentales favorisant la constitution de minuscules Etats dans le Golfe s'avère désormais d'autant plus dangereuse que ces derniers sont composés de nombreux musulmans chiites susceptibles d'être influencés par Téhéran. Ces derniers sont par exemple 60 % à Barhein et 35 % à Koweit. De surcroît, la considérable
·.,.. . · réduction des profits pétroliers, du fait de t~:Ycrisé, économique -qui provoque la baisse des prix et des productions d'hydrdcarbures- déstabilise les oligarchies locales. ,
Elle exacerbe les tensions sociales alors que les capacités des armées locales restent des plus incertaines en cas de troubles. Les disparités économiques et les ambitions des équipes dirigeantes provoquent l'éclatement de conflits meurtriers comme celui qui oppose, depuis trois ans, l'Irak et l'Iran. La question palestinienne- tout comme d'ailleurs la question kurde- demeure explosive, en dépit des coups sévères portés à l'OLP.
Pour Washington, cette évolution est particulièrement préoccupante, cette zone lui fournissant la plus grande partie de son approvisionnement énergétique. Pour y faire face, elle a entrepris de renforcer ses alliés, à commencer par Israël, plus que jamais consacré dans son rôle de gendarme du Proche-Orient. Une série de bases logistiques ont été aménagées en Arabie Saoudite, en Somalie, en Turquie, en EgyJ)te, pour servir de relais à d'éventuelles expéditions militaires. ,'
Avec l'invasion du Liban en 1982 et l_a défaite de l'OLP à Beyrouth, l'impérialisme a entrevu la possibilité de renforcer son dispositif. Le 24 octobre dernier, Reagan résu mait parfaitement les enjeux de sa politique dans ce pays : << Si le Liban tombe sous la coupe de forces tyranniques hostiles à 1 'Occident, ce n'est pas seulement notre position stratégique en Méditerranée orientale qui serait menacée, mais aussi la stabilité de tout le Moyen -Orient, y compris les vastes ressources de la péninsule arabe. Dans la mesure où les perspectives de stabilité future sont grandement influencées par la présence de nos forces, celfe présence est essentielle à notre crédibilité politique. »
A l'été 1982, le projet de Washington était clair. Ayant affaibli la résistance · palestinienne -dont l'essentiel des forces militaires se retrouvait, sous étroit contrôle, dans divers pays arabes- et la Syrie -qui prétend au statut de puissance régionale et dont les troupes stationnent au Liban depuis 1976 - , il visait l'instauration d'un régime fort, relais de sa politique dans la région. De plus, l'administration américaine entendait imposer une normalisation israélolibanaise qui redonnerait du souffle à l'Egypte, jusqu'alors isolée par la signature des accords de Camp David et améliorerait la position des pays arabes pro-occidentaux. Indirectement enfin, il s'agissait de mettre l'Iran et la Libye sur la défensive, rétrécissant du même coup les marges de manœuvre de Moscou.
Au départ, ce plan bénéficiait de nombreux atouts. Le rapport de forces interne au Liban était substantiellement modifié au profit de l'impérialisme. Les forces de gauche se trouvaient marginalisées tandis que les différentes fractions de la bourgeoisie libanaise se voyaient contraintes d'avaliser l'accession de représentants phalangistes à la présidence de la République. Présents sur le terrain dans le cadre de la Force multinationale, les marines commençaient à entraîner l'armée « légale» pour la transformer en une troupe efficace de 65 000 hommes. Les capitaux affluaient en masse et l'on préparait la mise en œuvre d'un « plan Marshall ». Les émissaires de la Maison-Blanche -Philip Habib et Morris Draper - travaillaient en permanence à Beyrouth, à quelques centaines de mètres seulement du palais présidentiel.
Une double contradiction
Deux facteurs ont cependant contribué à saper l'édifice. La tentative des Phalanges d'imposer par la force leur contrôle sur le pays est incontestablement le premier. Organisation politico-militaire d'inspiration fascisante, les Kataëb nourrissaient de longue date le projet d'établir, sur les 10 452 kilomètres carrés du Liban, un Etat totalement entre leurs mains.
Dès 1980, sous l'égide de Bechir Gemayel -élu à la présidence en août
1982 mais assassiné avant son entrée en fonctions- les Forces libanaises (coordination des milices réactionnaires dominée par les phalangistes) entreprenaient de noyauter l'appareil étatique. La nomination d'Amine Gemayel (ancien chef régional des milices Kataëb pour le Metn-Nord) leur permit de franchir un nouveau pas. Des cadres phalangistes furent nommés aux postes clés du gouvernement, de l'administration et de l'armée. Les milices progressistes furent désarmées tandis que les Forces libanaises conservaient leur
équipement. Des milliers de musulmans furent arrêtés, internés ou assassinés. Des squatters chiites furent expulsés dans le sud de Beyrouth et virent leurs logements détruits.
Une telle action ne pouvait que miner rapidement les bases du régime, en provoquant le soulèvement de la majeure partie de la population et en conduisant les leaders bourgeois musulmans à prendre leurs distances. Jonathan Randal, correspondant du Washington -Post, décrit fort bien le processus : << Lorsque Amine mit des phalangistes à beaucoup des postes clés de son gouvernement, il sema les germes de 1 'aliénation croissante des musulmans à son régime. Lentement, au fil des mois, il a gaspillé 1 'énorme capital de bonne volonté qui avait accompagné son élection, surtout parmi les Libanais qu'a vait effrayés la perspective d'avoir son frère pour président. Progressivement, les musulmans, qui avaient fèté son élection, en sont venus à le considérer comme un président phalangiste. » (La Guerre de mille ans. Editions Grasset, 1984.)
En donnant, au mois de février, l'ordre à ses troupes d'investir le quartier Chi'ia (à majorité chiite) dans le sud de la capitale, Amine Gemayel tenta un dernier coup de force pour imposer son pouvoir. Il ne réussit qu'à provoquer l'embrasement généralisé et la déroute de son armée.
L'explosion des contradictions internes du projet impérialiste fut le second élément décisif de l'effondrement de la pax americana. Une fois établi le pouvoir de son protégé, Reagan tenta de consolider son avantage, en proposant un plan global de « paix », susceptible d'obtenir l'aval des gouvernements arabes modérés. En prévoyant l'évacuation du Liban et un retrait quasi général d'Israël des territoires occupés en 1967, il ne pouvait cependant que se heurter aux objectifs annexionnistes des dirigeants de Jérusalem . Voyant leurs intérêts menacés, ces derniers modifièrent alors leur politique, prirent leurs distances avec Gemayel et s'efforcèrent de jouer des oppositions entre les différentes fractions libanaises, dans le but d'affermir leur mainmise sur le sud du pays.
C'est ainsi qu'ils se mirent à fournir des armes aux milices druzes et annoncèrent, en septembre 1983, leur retrait de la route Beyrouth-Damas, des abords de la capitale et du Chouf, pour renforcer leurs lignes sur le fleuve Awali, au nord de Saïda. Ce retrait, organisé sans coordination avec l'armée libanaise, entraîna une reprise des combats et l'expulsion des phalangistes de la quasi-totalité du Chouf.
C'est dans ce contexte de pourrissement que fut signé l'accord israélo-libanais du 17 mai 1983. Si Israël s'engageait à retirer toutes ses forces armées du Liban, il se voyait également reconnaître une « région de sécurité » où Tsahal pourrait mener certaines actions préventives. Le gouvernement libanais s'engageait, quant à lui, à réprimer les activités palestiniennes sur son sol et consentait à nouer des relations diplomatiques avec l'Etat sioniste, sous couvert d'un « bureau de liaison ». En un mot, cet accord consacrait la tutelle de Jérusalem sur l'Etat levantin et renforçait du même coup la puissance des milices chrétiennes.
Il constituait en outre un affront pour la plupart des bourgeoisies arabes et une déclaration de guerre à la majorité des forces musulmanes libanaises. La Syrie de son côté se voyait menacer d'isolement, alors qu'elle avait jusqu'alors observé une attitude réservée, sinon bienveillante, envers Gemayel. Cette situation poussa donc Damas à reprendre son appui logistique aux forces qu'elle influence et à accroître son propre potentiel militaire. Elle put le faire d'autant plus facilement que l'Etat sioniste connaît actuellement la plus grave crise politique et morale de son histoire. L'entrée en lice de la Syrie devait décider du sort de l'équipe au pouvoir.
L'héritage de la colonisation Au-delà de ces considérants géopolitiques, la crise en cours est également le produit de la persistance des frontières coloniales héritées de partages d'influence entre les grands Etats coloniaux. Issu du démantèlement de l'Empire ottoman, placé sous mandat français au lendemain de la Première Guerre mondiale, le Liban s'est toujours caractérisé par son manque d'homogénéité. Cela n'empêcha nullement les puissances occidentales de tenter d'assurer coûte que coûte la pérennité du Pacte national de 1943 qui répartissait les pouvoirs entre
les dix-sept communautés du pays, sur la base de leur importance numérique en 1928. Aux termes de ce pacte, les chrétiens maronites reçurent la présidence de la République et le contrôle de l'armée, les musulmans sunnites le poste de Premier ministre, les chiites la présidence de l'Assemblée nationale, etc.
Ce pacte eut pour premier effet de faire vivre le Liban sous un régime confessionnel, fondé sur les fiefs locaux des grands propriétaires terriens et des dirigeants bourgeois chrétiens et musulmans. Il consacra surtout la prédominance des maronites. Grâce à cette répartition, l'impérialisme pensait pouvoir rester aisément maître du jeu. Ce fut le contraire qui advint. Car l'accord de 1943 et le système de clans qu'il consacra accrurent l'impuissance et la vénalité des classes dirigeantes, surtout dans le contexte d'une économie dépendante, fondée essentiellement sur les services. Et ils s'avérèrent rapidement caducs. Du fait d'un taux de natalité supérieur, les communautés musulmanes devinrent majoritaires dans le pays. Elles représentent actuellement 70 % de la population, dont plus de 40 % de chiites, 20 % de sunnites et 1 0 % de druzes.
Mais ces clivages religieux recouvrent des oppositions de classes. Les chrétiens se sont ainsi, en grande partie, retrouvés au centre des régions les plus prospères tandis que les musulmans étaient relégués en milieu rural ou semiurbanisé. De ce point de vue, le cas des chiites est exemplaire. Bien qu'étant la communauté la plus nombreuse, ils sont non seulement marginalisés dans les institutions (en 197 4, sur les 85 postes de la haute administration, ils n'en recevaient que 14), mais ils forment aussi la grande masse du prolétariat des villes et des campagnes. Ce qui contribue à rendre insupportable la situation qui leur est faite. D'autant que les dix-huit députés qui les « représentent » au Parlement sont en majorité de grands propriétaires fonciers, des hommes d'affaires ou des membres des professions libérales qui font en général bloc avec la bourgeoisie maronite.
Au cours des années soixante-dix, avec la montée des luttes révolutionnaires dans le monde arabe et l'arrivée au Liban de centaines de milliers de Palestiniens, l'injustice du système rendit la situation explosive. Les forces de gauche gagnèrent en influence. Au bout du compte, seules l'intervention massive des métropoles occidentales et de leur relais sioniste, la volonté de toutes les oligarchies arabes de préserver le statu quo, l'incapacité de la gauche libanaise à offrir une perspective émancipatrice -la plupart de ses composantes sont noyées dans des fronts dominés par des tendances bourgeoises -ont empêché la dislocation pure et simple de l'Etat levantin. Mais ce fut au prix d'une guerre civile qui ne s'est pratiquement pas interrompue depuis 1975. Une guerre civile qui n'est probablement pas près de s'achever à en juger par la détermination de la bourgeoisie chrétienne maronite à sauvegarder ses privilèges et à empêcher un rééquilibrage du régime, sans parler d'une déconfessionnalisation .
Une nouvelle donne
A l'évidence, la défaite subie par l'impérialisme et la place conquise, au moyen des armes, par le mouvement chiite Amal - devenu la principale force de l'opposition au pouvoir- risquent d'avoir des répercussions dans tout le Moyen-Orient. Pour conjurer ce danger, les capitales occidentales cherchent à susciter un règlement politique. Reste que les obstacles sont nombreux. En dépit de ses appels à l'union nationale et de ses engagements à suspendre l'accord israélo-libanais, le président en exercice n'a plus la moindre crédibilité.
Il n'émerge cependant aucune autre personnalité acceptable par tous les belligérants. Pire, au sein du camp chrétien, les clans hostiles aux phalangistes cherchent à tirer avantage de la déconfiture de leurs rivaux. Enfin, au plan diplomatique, le retrait des corps expéditionnaires américain, italien et britannique réduit considérablement les possibilités d'initiative des Etats impérialistes et les contraint à négocier avec l'URSS. Le gouvernement français vient d'en faire l'amère expérience avec l'échec de sa tentative pour remplacer la Force multinationale par des troupes des Nations unies.
Deux hypothèses demeurent dès lors ouvertes. La première est la partition du pays. La création de petits Etats confessionnels a depuis longtemps les faveurs de certains dirigeants sionistes -qui y voient le moyen d'imposer leur
domination sur la region- et d'une aile des Kataëb. Cette solution est également envisagée par divers cercles impérialistes, comme l'expliquait en 1982 Raymond Eddé, dirigeant maronite exilé à Paris : <<Dès 1974, M. Kissinger projetait un plan visant à la partition du Liban -un Liban chrétien au nord de la route de Damas où on créerait un ghetto maronite et un Liban musulman au sud. (. .. ) ce plan visait aussi à offrir /'Akkar, Tripoli et une partie de la Bekaa à la Syrie en échange du Golan et d'une paix avec Israël, Israël faisant du Litani sa frontière nord. A moins que cette frontière nord ne soit placée, depuis 1 'invasion israélienne, sur le fleuve Awa/i. »(Cité par Politique étrangère, automne 1983.)
Une telle hypothèse n'est pas la plus probable. Car le démantèlement du Liban aurait des conséquences économiques désastreuses pour la bourgeoisie libanaise, toutes composantes confondues. Le chemin d'un règlement passe donc par un accord avec la Syrie et avec Nabih Berri, le leader d'Amal. L'Etat libanais resterait ainsi unifié mais le pouvoir central serait assujetti à la volonté de Damas, les milices chrétiennes maintenant l'autonomie des régions qu'elles contrôlent et Israël conservant sa tutelle sur le sud du pays.
Pour les capitales occidentales, il s'agit d'un moindre mal. Quels que soient ses liens avec Moscou, la Syrie a montré, dans le passé, ses dispositions à défendre l'ordre impérialiste. En 1976, ce sont ses troupes qui volèrent au secours de l'extrême droite chrétienne menacée par l'offensive des forces palestiniennes et progressistes. De même, en septembre dernier, en soutenant et en favorisant la scission de l'OLP, Hafez-el-Assad indiquait implicitement qu'il pouvait se montrer accommodant envers les intérêts américains et israéliens, pourvu que Washington veuille bien reconnaître ses prérogatives au Liban.
De son côté, la direction d'Amal réclame toujours la démission de Gemayel, mais elle se garde bien d'encourager le démantèlement de l'Etat bourgeois. Elle a même fa'it en sorte que ce soient la gendarmerie et les unités de l'armée sous commandement musulman qui soient chargées d'assurer l'ordre à Beyrouth-Ouest et non les miliciens qui avaient chassé les phalangistes. Il n'y a rien là de vraiment étonnant. Amal -aile militaire du Mouvement des déshérités- fut fondé en 197 5 par l'imam Moussa Sadr pour faire pièce à l'influence du Parti communiste parmi les masses chiites pauvres. Jusqu'en 198 2, il ne livra aucun combat aux Kataëb, réservant ses coups à la gauche et aux Palestiniens. C'est seulement l'intransigeance de Gemayel et de l'extrême droite chrétienne qui poussèrent cette organisation dans la voie de la lutte armée.
Successivement, Washington, Londres et Rome ont lâché Gemayel. Le gouvernement français, qui dans un premier temps a cherché à tirer son épingle du jeu et à renforcer son crédit auprès des régimes arabes réactionnaires, en faisant preuve de plus de fermeté que ses partenaires, s'est vu obligé, à son tour, d'avouer son échec. Claude Cheysson s'est rendu à Beyrouth pour négocier, avec toutes les parties, le retrait des marsouins. Symbole de sa défaite, le président libanais a dû emprunter le chemin de Damas pour fixer avec Hafez-el-Assad les conditions de son maintien aux affaires.
Quelle que soit l'issue de la partie engagée, même si Gemayel demeure à la tête de l'Etat libanais et même si le cadre du pouvoir bourgeois n'est pas remis en cause, une page aura été tournée. Le rêve impérialiste d'un Etat fort débouche sur une situation plus instable que jamais.
4 mars 1984