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Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

EDITORIAL

Oui, les 35 heures, pour l'Europe des travailleurs !

Critique communiste, n° 30, juin 1984 · p. 3-4 · 808 mots

ANS cette Europe soumise à la crise et au chômage, les classes ouvrières ont-elles pris le chemin de la contre-offensive ? Des premiers pas dans cette direction ont été franchis récemment. Des luttes de masse indiquent que tôt ou tard, malgré le poids des difficultés et un désarroi réel, les travailleurs d'Europe ne lai~ :;eront pas abattre leurs conquêtes sans réagir.

De Belgique est venue, il v 1 quelques mois, une puissante grève générale des fonctionnaires contre les plans d'austérité gouvernementaux.

De Grande-Bretagne vient un exemple d'une ténacité remarquable, le « non » des gueules noires britanniques à madame Thatcher : une longue et dure grève, obstinée, contre la fermeture des puits, et qui fait appel à la solidarité prolétarienne.

D'Italie, secouée par les puissantes mobilisations pour la sauvegarde de l'échelle mobile, vient l'exemple du refus des politiques d'austérité patronale et gouvernementale.

C'est de RF A, enfin, pays de la classe ouvrière la plus organisée et la plus puissante d'Europe, que vient maintenant un autre appel : celui des métallurgistes allemands et de leur syndicat, l'IG-Metall, qui ont engagé un combat massif, organisé et déterminé pour les trente-cinq heures. « Nous ne pouvons tolérer 2,25 millions de chômeurs et plus demain ! Seules les trente-cinq heures avec maintien du salaire pourront renverser la vapeur, sauver la classe ouvrière et ses organisations d'un affaiblissement désastreux. » Tel est leur message.

Les trente-cinq heures sont une revendication « stupide et absurde », couine le chancelier Kohl. Et Gattaz lui fait écho en affirmant l'opposition « totale et irréductible » du patronat français à cette revendication ! Oui, le front commun des capitalistes d'Europe est total en ce domaine : ils mesurent avec inquiétude la portée internationale de la lutte engagée en RF A. Les trente-cinq heures sont la réponse centrale et unificatrice des classes ouvrières d'Europe occidentale contre le chômage ; l'objectif qui, par-delà les fro ntières, peut briser la tentative capitaliste de faire plier l'échine aux travailleurs sous le poids de la marée montante du chômage, de l'armée industrielle de réserve dont le capital a besoin pour reconstituer ses taux de profit.

Quand l'offensive des métallurgistes allemands tourne à l'épreuve de force, quand les travailleurs de notre pays ressentent l'importance pour eux du combat engagé outre-Rhin, comment accepter la misérable démission des dirigeants du mouvement ouvrier français ?

Pris au mot, Mauroy, lui qui avait annoncé que les trente-cinq heures ne pouvaient s'appliquer qu'à l'échelle européenne ! Est-il toujours Premier ministre ? Qu'il décide donc les trente-cinq heures en France, immédiatement et pour tous ! Une telle mesure déciderait aussi de la victoire en Allemagne et, au-delà, dans la majeure partie de l'Europe ! Mais socialistes et communistes veulent d'abord s'entendre avec les patrons, marchander une homéopathique et hypothétique réduction du temps de travail, en échange de pertes de salaire et autres avantages acquis.

Au lieu de décider, Mauroy encourage les syndicats à agir plus pour les trente-cinq heures ! Bergeron veut bien en discuter, mais «à froid>>. La CFDT

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ne veut pas confondre le syndicalisme français et le syndicalisme allemand. Quant à la CGT, elle se contente de saluer le combat des métallurgistes d'outre-Rhin, mais n'envisage pas de le rejoindre !

Ces dirigeants, qui veulent le mieux-être des travailleurs sans toucher un cheveu des capitalistes, ont en réalité peur de la lutte des métallurgistes allemands, de son écho européen. En effet, la contre-offensive ouvrière qui s'esquisse du nord au sud de l'Europe, et d'est en ouest, promet, si elle se prolonge et parvient à se coordonner, de bousculer les plans patronaux et de réduire à néant l'impossible conciliation tentée par les dirigeants réformistes. Car les forces des classes ouvrières européennes sont immenses ; et qu'il dépend de la conscience, de la détermination et de l'action de dizaines et de centaines de milliers de travailleurs avancés que ces forces se mettent en mouvement.

Oui, en ce mois d'élections au Parlement européen, ornement sans pouvoir d'un pouvoir capitaliste bien réel, l'heure est à la solidarité des classes ouvrières d'Europe. Solidarité avec les mineurs anglais, les ouvriers italiens, les métallurgistes allemands ! L'heure est au combat commun pour les trente-cinq heures, à la popularisation de la grève européenne pour les trente-cinq heures !

Ainsi se dissiperont comme fumée les discours de Simone Veil, Thatcher ou Kohl sur « l'Europe des libertés ». Ainsi s'affirmera, contre l'Europe du capital et du chômage, l'Europe des travailleurs, celle qui construira le pont fraternel et solidaire entre le mouvement ouvrier d'Europe occidentale et celui qui vit, à l'Est, dans Solidarnosc. Stullgart, le 14 mai dernier. Détout de la grève pour les 35 heures à l'usine Behr. Sur le métallo déguisé en rol>ot : « 168 heures hetodomadaires pou r les rotoots, 35 heures pour les hommes. ,

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