«J'ai eu l'occasion de lire votre article encercla les fab riques, brisa la grève sur la situation en Pologne publié le 22 générale et mit hors la loi toutes les mars 1984. Je tiens à rétablir quelques organisations syndicales , à commencer faits et vérités élémentaires, celles par- par Solidarnosc. Jusqu'à aujourd'hui, rien tagées par dix millions de travailleurs n'a changé dans la politique de la direcpolonais. Dans votre article, vous ac- tion du POUP et du gouvernement cordez beaucoup de place aux relations polonais. C'est une dictature entre l'Eglise et le pouvoir, mais vous bureaucratique et militaro-policière qui passez complètement sous silence ce quï continue à régner en Pologne. L'appareil est la force fondamentale de la sociét~· de répression jouit de droits qu'il n'avait polonaise, à savoir la classe ouvrière ! plus depuis la période stalinienne. Des cellules des services de sécurité ont été Rien n'a changé mises en place dans toutes les entreprises
Get l'administration est obligée de depuis le 13 décembre 1981.
collaborer avec elles contre les travailleurs qui n'acceptent pas la dictature. La
Selon vous, la dernière conférence liberté la plus élémentaire des travailleurs nationale du POUP a confirmé la « ligne - la liberté syndicale - est abolie. du renouveau socialiste » qui « implique Toutes les organisations syndicales la poursuite des réformes et de la créées aprés août 1980 sont considérées démocratie avec la perspective d'aboutir à comme illégales. A leur place, l'Etat a un socialisme authentiquement autoges- constitué de toutes pièces ses propres syntionnaire ». En réalité, cette conférence a dicats, totalement contrôlés par l'adminis" confirmé la ligne adoptée par le POUP le tration et l'appareil du POUP. Ils 13 décembre 1981, lorsque fut instauré regroupent une petite minorité dans un l'état de guerre avec l'aide de l'armée qui pays, où, jusqu'en décembre 1981 , pres-
que tous les travailleurs étaient syndiqués. La très grande majorité d'entre eux boyrotte ces « syndicats » : avant tout les membres de Solidarnosc, mais aussi ceux des anciens syndicats de branche liés au POUP. Une ré_pression féroce
Le syndicat Solidarnosc, passé à la clandestinité, est brutalementréprimé. La police secrète fait tout son poss~ble pour détruire les rommissions syndicales clandestines qui existent dans la majorité des entreprises. Les travailleurs soupçonnés d'avoir une activité syndicale indépendante sont licenciés et on cherche à les priver de tout moyen de subsistance. Parmi les dirigeants les plus importants de Solidarnosc, beauroup d'entre eux sont en prison. Des centaines de militants ouvriers attendent leur procès, et parmi eux,les sept membres de notre direction nationale ainsi que les quatre dirigeants de l'ex-KOR emprisonnés depuis le 13 décembre 1981 sans jamais avoir été jugés. Les arrestations de syndicalistes rontinuent, et elles ont même augmenté ces derniers temps dans les principaux centres industriels. Après l'amnistie partielle et ronditionnelle de juillet 1983, les prisons se remplissent à nouveau.
Le « socialisme autogestionnaire » du général Jaruzelski ronsiste donc en une répression féroce de toute activité sociale indépendante, de toutes les organisations de la classe ouvrière, de tous les ouvriers et de tous les intellectuels qui défendent les libertés syndicales, le droit à l'autogestion ouvrière et les idéaux d'une société autogérée, à savoir ce qui est précisément l'essence du socialisme autogestionnaire.
Simultanément, le pouvoir totalitaire attaque durement le niveau de vie des masses ainsi que leurs acquis sociaux. Au nom de la « réforme économique », il a augmenté brutalement les prix des articles de première nécessité (la hausse des prix imposée immédiatement après l'état de guerre fut la plus forte de toute l'histoire de l'Europe d'après-guerre). Durant ces dernières années, le revenu national par tête d'habitant a baissé de 26 % selon les données officielles. Dans un pays où le tiers de la population végète actuellement au-dessous du · minimum social, les dépenses sociales d'Etat sont réduites à grande échelle. Les nouveaux systèmes de salaires introduits actuellement ronduisent à une baisse de revenus et à l'augmentation des inégalités sociales. Ils permettent de faire payer aux travailleurs le prix d'une politique économique irrationnelle. Un pseudo «socialisme autogestionnaire »
Dans ce que vous appelez le « socialisme autogestionnaire » où les travailleurs ne gèrent rien du tout, on leur fait payer la non-rentabilité des entreprises, l'incapacité à réaliser les plans, la gabegie monstrueuse tout comme le faible rendement d'équipements vieillis. La seule chose qu'on modernise, c'est l'appareil de répression et non l'appareil de production.
A ceux qui n'arrivent pas à joindre les deux bouts, on ronseille de prendre un travail supplémentaire en cherchant un deuxième emploi, ce qui revient à abolir une autre ronquête élémentaire de la classe ouvrière : la journée de huit heures. La crise de sous-production va croissant et en même temps, de plus en plus de produits - y compris des produits de première nécessité - ne trouvent plus d'acquéreurs vu la hausse des prix et la baisse des salaires. La moitié des ouvriers sont astreints à un travail manuel très dur et peu mécanisé ; un tiers d'entre eux travaille dans des conditions dangereuses pour la santé ; des centaines de milliers de travailleurs sont menacés quotidiennement de voir leur santé ruinée et même de perdre la vie dans des accidents de travail. On constate un augmentation significative de la mortalité des hommes en âge productif. En un mot, c'est à une généralisation de la surexploitation qu'on assiste. C'est à cela que se réduisent les effets de la « réforme économique », tout romme le « renouveau socialiste » se réduit à la répression rontre la classe ouvrière.
Solidarnosc lutte toujours
Notre syndicat Solidarnosc -première représentation ouvrière véritable en Pologne « populaire » et dans tout le bloc soviétique - poursuit une lutte clandestine difficile. Il s'est reconstruit directement sur les lieux de travail et défend les droits, la dignité et les intérêts des travailleurs menacés dans leurs fondements mêmes. On a assisté à l'apparition d'une presse clandestine très large - dans la seule ville de W roclaw, les rommissions syndicales clandestines publient leur propre bulletin dans une cinquantaine d'entreprises- ainsi qu'à la mise en place de radios clandestines (rien qu'à Poznan, il y a déjà eu 170 émissions de Radio-Solidarnosc !). Des caisses de soutien aux familles des syndicalistes persécutés et aux travailleurs les plus pauvres se sont constituées et il existe aujourd'hui des universités ouvrières où les futurs cadres de l'autogestion des travailleurs reçoivent une formation. Dans plusieurs entreprises, Solidarnosc a dirigé des grèves ou d'autres formes de luttes économiques. Notre syndicat n'abandonne pas l'objectif programmatique mis en avant au moment de son premier rongrès ; la ronstruction d'une République autogérée dans laquelle les travailleurs exerceraient le pouvoir dans le cadre d'une démocratie politique pluraliste et où les moyens de production fondamentaux seraient une propriété véritablement sociale, c'est-à-dire gérée collectivement et démocratiquement par la classe ouvrière elle-même.
Solidarnosc attache une très grande importance à la solidarité internationale des travailleurs, romme l'ont démontré le message de notre direction clandestine au peuple chilien en lutte, de même que la rondamnation, par notre président Lech Walesa, de la nouvelle vague de répression antisyndicale en Uruguay. Ceux-là mêmes qui, selon votre article, sont des « exclus »,et, « qui ont choisi l'illégalité et la lutte rontre le régime » !
Zbigniew Kowalewski Dirigeant de Solidarnosc à Lodz avant le 13 décembre 1981 (Les intertitres sont de la rédaction VO.)