"Critique communiste,, a publié en juin dernier, dans son numéro 30, une critique du livre de Gérard filoche, "Printemps portugais''· Cet article, intitulé "Portugal: les leçons d'avril,,, était signé Francisco Louça et
Charles Michaloux. Le premier est un dirigeant du PSR, section portugaise
C'est bien naturellement, et au nom du droit de réponse, que "Critique communiste ,, donne la parole à Matti Altonen, en défense du livre de
Gérard Filoche. Ce dernier est membre du comité central de la LCR et du
N ous
Lire
de la IVe Internationale. comité exécutif de la IVe Internationale.
vivons en 1984-1985 le dixième anniversaire de la révolution portugaise. Une page exceptionnelle de l'histoire du mouvement ouvrier, une crise révolutionnaire qui a duré vingt mois, marquée par quelques grandes dates : les 25 avril 1974, 1975 et 1976, le 8 juillet 197 4 (chute de Palma Carlos), le 29 septembre 1974 (chute de Spinola), le 11 mars 197 5 (coup d'Etat de Spinola), le 12 juillet 197 5 (départ du PS du gouvernement), le 29 août (la chute de Vasco Goncalves), le 12 novembre 197 5 (la victoire des ouvriers du bâtiment, la « grève » du gouvernement), le 25 novembre 197 5 Oe coup d'Etat qui dénoue la crise de l'armée). Le livre de G. Filoche fait une étude exhaustive de cette période qui va d'avril 197 4 à juin 1976. Il y a dix ans ...
Le 29 septembre 1974, à quatre heures du matin, l'AFP diffusait dans le monde entier une dépêche annonçant que «le général Spinola assumait tous les pouvoirs » et que le Premier ministre V asco Goncalves et le chef du COPCON (1), Otelo de Carvalho étaient arrêtés. A six heures du matin, Mario Soares, à Strasbourg, apprenait au téléphone, par son chef de cabinet, que (( la révolution était descendue dans la rue >> à Lisbonne. A dix heures du
MAITI ALTONEN matin, Spinola était contraint de capituler et interdisait la manifestation de la « majorité silencieuse » qu'il avait lui-même suscitée. La seule « majorité » qui s'était mobilisée dans la rue était ouvrière, et Lisbonne était couverte de brigades et de piquets de vigilance. La puissance et l'unité spontanée du mouvement de masse furent telles que le MF A, le PPD (2), le PS et le PCP en furent tout effrayés. Alors que dans la rue les travailleurs réclamaient le départ de Spinola, le MF A fit savoir qu'il voulait que celui-ci demeure président.
Otelo de Carvalho fait un récit éloquent: «Les barricades perturbèrent un peu nos camarades. Même les militaires n'échappèrent pas d l'excitation des foules . Ils nous firent sortir des voitures pour contrôle. Pour un militaire, c'est un peu surprenant. Le général Spinola était convaincu que c'était moi qui avait demandé de former des barricades et que j'étais en train de préparer un coup d'Etat pour le destituer du pouvoir. Mais en fait, c'est moi qui ait résolu le problème, j'ai téléphoné au CO PC ON et leur al demandé de remplacer la foule ... Je savais que je ne luttais pas contre le général Spinola. Cela n'avait jamais été mon intention et il ne m 'est jamais venu d l'esprit d'aller contre lui ou de faire quelque coup d'Etat pour lui enlever le pouvoir. C'est lui-même qui s'en est
1. COPCON: Commandement opérationnel du continent dirigé par Otelo de Carvalho, formé en été 1974 pour regrouper des troupes de choc du MFA, chargé de maintenir l'ordre.
2. PPD : Parti populaire démocratique, parti bourgeois conservateur qui tenta de se présenter comme "social-démocrate, et disputa au PS l'adhésion à la n• Internationale.
vivons. >> Les patrons déclarent (( une· réprime les déserteurs et arrête des
--------------------------convaincu. »(Printemps portugais, p. 233)
A 12h30, Vitor Alves, ministre d'Etat du MF A affrrme : la vigilance des masses populaires est « superflue »et « il faut faire totalement confiance » aux forces militaires. Le MF A s'efforce de faire refluer le mouvement des masses et non pas de faire partir Spinola.
Deux jours plus tard, Spinola démissionne sans y être contraint et en prononçant librement à la télévision un discours chargé de menaces (« La démocratie n'est pas viable au Portugal »). ((Pourquoi s'est -il démis ? Etait -il obligé de le faire ? Quelqu'un l'y a-t -il poussé ? », s'interroge Mario Soares. Le PPD s'effraie : (( En quelques heures le pays a été quadrillé par des brigades rouges », mais il (( rend hommage au général Spinola et reste au gouvernement ». Costa Gomes, nommé à la place de Spinola dresse les louanges de son (( vieil ami » au monocle dans son discours d'investiture et s'empresse de l'inviter dans un dîner en ville dont toute la presse se fait l'écho.
Nul ne peut dire que le patronat soutenait Spinola et pas le MF A : les faits sont là. La CIP (Confédération de l'industrie portugaise) salue la (( grande responsabilité du MF A » et explique crûment : « Nous comprenons la position du général Spinola mais nous la trouvons franchement exagérée. Il n'a pas suffisamment été objectif et n'a pas fait un analyse concrète du moment que nous nouvelle fois l'adhésion de l'industrie portugaise au gouvernement provisoire et au MFA >>. Vasco Goncalves, Premier ministre, défend lui aussi son président :« Notre pays est un pays d'ordre et Spinola a été victime d'un coup monté contre lui et la démocratie. >>Dès le 30 septembre, le PCP organise une manifestation de soutien au MF A et fait applaudir une brochette de généraux au balcon du palais de Sao Bento. Alvaro Cunhal - qui a soutenu sans défaillir Spinola depuis le 25 avril 197 4 -légitime Costa Gomes : (( Il a besoin de notre appui. Il le mérite. 11 (Printemps portugais, p. 237) Le livre sous-estime-t-il le MFA?
C'est le jugement que formule Alain Echégut dans le Monde diplo3. Transports aériens portugais. malique du mois d'août 1984. En vérité, Printemps portugais raconte de façon détaillée les vingt mois de la crise révolutionnaire en montrant dans chaque phase ce que fut le rôle du MFA.
Il apparaît que c'est le MFA qui avait mis en place Spinola (auquel Caetano, le 25 avril 1974, remit personnellement le pouvoir (( afin d'éviter qu'il ne tombe dans la rue »). Et ce n'est pas le MFA qui a fait chuter Spinola comme le relate si bien Otelo de Carvalho. Le MF A avait un programme bourgeois à cent pour cent et c'est bien pour cela que le patronat' le soutenait. Le MF A n'envisageait aucune nationalisation et ce furent les masses qui les lui imposèrent après le 11 mars 1975. Le MF A fit tout pour différer les élections démocratiques : lorsque cela lui devint impossible, il fit signer aux partis un ((pacte d'institutionnalisalion >> qui lui donnait les pleins pouvoirs quelle que soit la volonté des électeurs. Le MF A intervint contre les grèves des CTT, de la Lisnave, de la TAP (3) et fit tirer à plusieurs reprises contre des manifestations ; il se fit le champion de l'austérité, prôna «l'effort national», décida des hausses des prix du lait, du sucre, du pain (50 96 ), de l'essence, des engrais (34 à 99 96); il publia des décrets antidémocratiques (réprimant toute incitation des militaires à la désobéissance, les offenses au chef de l'Etat, l'incitation à la grève et à des manifestations non autorisées). Il interdit des journaux, les suspend et leur inflige de lourdes amendes, il militants d'extrême gauche (MRPP).
Le MF A imposa par la loi un syndicat unique où les cotisations étaient payées aux patrons et dont le premier congrès fut présidé par le Premier ministre, le général Gonçalves.
Et si le MF A se disloqua, ce fut sous les coups de boutoir du mouvement des masses. Il subit le sort de toutes les institutions de l'appareil d'Etat salazariste et malgré ses efforts pour rétablir l'ordre, encadrer le mouvement de masses en usant de démagogie socialisante, il se décomposa progressivement. Et fmalement, un certain 25 novembre, ses différentes fractions s'affrontèrent entre elles et, après un petite guerre au tableau noir, se réconcilièrent toutes pour imposer l'état de siège, restaurer les pleins pouvoirs de la hiérarchie militaire et faire reculer les travailleurs.
Printemps portugais illustre et défend la thèse dù XIe Congrès mon-
dial de la Quatrième Internationale (4) qui défmit le MFA comme « une section de l'armée impérialiste en crise ». Pourquoi la bourgeoisie se dota-t-elle, pour gouverner, d'un instrument qui se révéla aussi peu fiable ? Précisément parce qu'elle n'avait pas le choix ! Elle aurait bien voulu éviter d'être confrontée aux vagues révolutionnaires qui désarticulèrent tous les appareils d'Etat et renversèrent cinq gouvernements provisoires. Le principal acteur de la révolution portugaise c'était la classe ouvrière, pas le MF A. Ça se passait dans les usines et dans la rue, pas dans les palais et les états-majors. C'est parce que précisément l'armée était ingouvernable que la bourgeoisie, ses partis et les patrons n'avaient plus d'autre instrument de domination que le MF A. Il . faut savoir que les rapports de forces étaient tels que même les partis bourgeois ... se croyaient obligés de se dire socialistes ! Le MF A se déclara « apartidaire » et proposa d'encadrer les commissions de travailleurs : un militaire par réunion, chaque «comité» devait être« reconnu» par le MF A après « examen » ; il devait y avoir six niveaux, de la base à l'Assemblée populaire nationale et, dans chacun d'eux les élections étaient prévues à main levée sous l'œil des militaires ! C'est parce que le mouvement des masses était trop fort que le MF A échouait dans tous ses projets dictatoriaux, pour se hisser au-dessus des partis, pour imposer aux ouvriers, tantôt Spinola, tantôt Costa Gomes, tantôt un « triumvirat militaire ».
Mais alors comment le MF A réussit-il à l'emporter et à jouer son rôle jusqu'à épuisement, jusqu'à ce que l'armée surmonte sa crise et prenne le dessus? Etait-ce parce qu'il avait un «énorme prestige»? Non, ,le croire, c'est sous-estimer les travailleurs portugais. Ceux-ci se rendirent compte rapidement des limites de leurs « libérateurs » : par la grève, par l'occupation d'usines, de maisons vides, de terres, par les manifestations et jusque dans les élections, ils ne cessèrent de vouloir aller plus loin que · ne l'avaient imaginé les capitaines d~ 25 avril. La représentativité du MFA se révéla quand il appela à « voter bianc » lors de l'élection de la Contituante ; il ne fut pas suivi par plus de 7 % du peuple tandis que 58 ,41 % des travailleurs votaient PS, PC ou extrême gauche.
Si le MF A put « tenir », c'est qu'il reçut en permanence l'appui des dirigeants des deux partis ouvriers, du PS et du PCP. Ce sont ceux-c~ qui furent les meilleurs défenseurs de la hiérarchie militaire, ce sont eux qui ont répandu les illusions sur le MF A et subordonné les ouvriers aux humeurs des officiers. « Alliance peuple-MFA », tel était le mot d'ordre clef du PCP : la direction Cunhal mit toutes ses forces à soutenir les officiers, elle alla même jusqu'à signer un pacte avec les gauchistes du FUR pour amener ces derniers à clamer leu.t.._ soutien au ye gouvernement de Vasèb Goncalves. Mais ce n'était pas dans le sens de la révolution que le PCP influençait le MF A : le PCP prônait l'arrêt des grèves, le blocage des revendications, l'unité nationale, l'« étape» démocratique, en aucun cas la prise du pouvoir par les travail· leurs. Etait-ce vraiment une révolution
Aujourd'hui, il y a tendance à diminuer le rôle du mouvement des masses, à faire croire que c'étàit un mythe (5), q ue c'était une « naïveté » (6) que d'insister sur cet aspect, qu'il ne s'agissait que d'une « crise prérévolutionnaire » (7). Il est vrai que dix ans après, au Portugal, c'est à Spinola lui-même que Mario Soares a confié le soin de célébrer officiellement la « révolution des œillets ».
La question se pose : si la classe ouvrière était si active, pourquoi n'y a-t-il pas eu victoire ? « La faute à qui?», demande Printemps portugais : aux militants ? Au PS et au PC ? Aux travailleurs ? (8).
A cette question, les uns répondent en affirmant que la crise n'en est restée qu'au stade « prérévolutionnaire », que le mouvement ouvrier était limité , sa ns traditions, inexpérimenté, le poids de quarante ans de dictature, l'analphabétisme expliquant une certaine immaturité du prolétàriat. C'est la thèse du PCP notamment - les staliniens mettent fréquemment sur le dos des travailleurs ce qui relève de leurs responsabilités. C'est une thèse largement reprise par ceux qui veulent réévaluer en baisse la révolution portugaise : un peu comme ceux qui nient qu'en France en 1936, la situation était révolutionnaire, ou qui diminuent, quinze ans après, l'importance de Mai 68. Printemps portugais est consacré pour les deux tiers à inventorier le rôle déterminant des masses ; il montre par les faits, par les exemples, par les récits détaillés, la puissance
4. Voir "Inprecor ,, Numéro spécial compte-rendu du XIe Congrès mondial de novembre 1979. Document européen, pp. 122-123, point 26-3. Il va de soi que beaucoup de points de vue se sont exprimés dans la Quatrième Internationale, individuels, collectifs, majoritaires ou minoritaires, mais le seul qui peut prévaloir est celui qui a été discuté et approuvé par l'instance souveraine de notre mouvêment.
5. Dominique Pouchin (dans sa préface).
6. Alain Echègut (dans "le Monde diplomatique,,).
7. Charles M ichaloux et Francisco Lou ça (dans "Critique communiste , n°30, juin 1984).
8. Page 389, lors du point culminant de la révolution, la grève des ouvriers de la construction qui séquestrent le gouvernement et le contraignent à se déclarer " en grève "·
9. Commissions · de travailleurs, commissions de moradores. Le livre décrit à chaque page, phase par phase, les activités de ces "embryons.. de << soviets ...
10. ,, lnprecor.. numéro spécial 1979, XIe Congrès mondial, p. 123.
Il. Ibid.
12. Ibid.
des travailleurs, des jeunes, à la ville et dans les campagnes. C'est· un compte-rendu enthousiaste d'une crise révolutionnaire qui s'oppose totalement à ceux qui avaient sous-estimé les capacités des travailleurs portugais jusqu'au 11 mars 1975, ou qui limitent leur analyse de cette période à une modeste « crise prérévolutionnaire ». Non, « tout était possible » au Portugal, c'est la plus riche et la plus poussée des crises révolutionnaires dans un pays impérialiste ces dernières années : plus riche et plus poussée que Mai 68 , par exemple.
Un autre point de vue pour expliquer l'absence de victoire, c'est celui -paradoxal à l'égard du précédent- qui regrette l'absence d'une force révolutionnaire capable de « centraliser les comités », capable de « dépasser » les revendications démocratiques et de mettre en place un « double pouvoir » qui aurait triomphé de celui de la bourgeoisie. Il y a du vrai dans ce point de vue : la question clef était celle du pouvoir -et elle n'a pas reçu de réponse, faute d'un parti révolutionnaire.
Cette réponse ne pouvait être « centralisez les comités » ou « le pouvoir aux comités de travailleurs». La vérité est que les comités (CT, CM ... )(9) n'ont jamais pu prendre un véritable caractère de masse, de front unique, englobant tous les partis. Il y avait des « embryons» de soviets, un mouvement vers les conseils ouvriers... mais pas de soviets. Les comités, CT, CM, etc. étaient pourtant l'espoir de la révolution mais ils sont restés à mi-chemin. C'est un fait. La tâche d'un authentique parti révolutionnaire aurait dû être de modifier ce fait et non pas de le nier. Printemps portugais le décrit, l'illustre, fidèle en cela à la thèse du XIe Congrès mondial de . la Quatrième Internationale : « Le fossé fut maintenu entre cette crise des institutions et le niveau de développem ent de l'autoorganisation. »
Les directions du PS et du PC ont tout fait, chacune à leur manière, pour bloquer le développement et la coordination des commissions de travailleurs et de soldats et empêcher qu'elles se transforment en larges organes de front unique. Ces, deux vieilles organisations traditionnelles du mouvement ouvrier, minoritaires avant le 25 avril 197 4, ont gagné des dizaines de milliers d'adhérents en quelques mois : elles sont apparues comme des instruments susceptibles de donner satisfaction aux ouvriers qui se tournaient vers elles. Puis, comme partout ailleurs, elles ont déçu, elles ont trahi. Les gauchistes - qui représentaient une force considérable-, c'était « l'extrême gauche la plus forte d'Europe »- crurent que le PC et le PS étaient « démasqués», que les travailleurs avaient «expérimenté » leur trahison : hélas, ces vieux partis ne se détruisent jamais d'eux-mêmes, il faut les abattre, ils ne cesseront d'être un obstacle à la révolution que lorsqu'ils seront remplacés par un parti révolutionnaire. Sinon, les masses, réalistes, se tournent encore vers eux et ils obtiennent encore les voix de ceux qui veulent faire un « vote de classe » contre la droite -ce fut encore le cas le 25 avril 197 6 après deux ans de révolution ... et de trahison ! Si les révolutionnaires ne construisent pas un parti, au travers d'une politique de front unique, réussissant à arracher les travailleurs socialistes et communistes à leurs directions, ce sont ces dernières qui se redressent et en tirent profit. L'axe de Printemps portugais, c'est de montrer que les masses ont tenté de s'émanciper du PS et du PC mais que ces tentatives n'ont pas abouti faute d'un parti révolutionnaire susceptible de les conduire à bien. Et pour les conduire à bien un tel parti aurait dû défendre les droits démocratiques, l'unité ouvrière, etc.
Printemps portugais relate les débats et les bilans de l'extrême gauche . Il montre, comme le XIe Congrès mondial, comment « la politique des groupes centristes oscilla entre /'u/tragauchisme et le suivisme face au MF A, au PCP et y compris face au ve gouvernement. Parfois elle combina les deux aspects. Ils ont ainsi facilité la tdche aux directions du PS et du PCP(IO). »
Le XIe Congrès mondial accuse le PS et le PCP de s'être « refusés d appeler d la formation d'une Assemblée constituante élue au suffrage universel et proportionnel »01) après le 25 avril 1974. Et <<Après le 25 avril 197 5, ils ont renoncé d traduire sur le plan gouvernemental la majorité ouvrière absolue dont ils disposaient d l'Assemblée constituante (12). >~Oui, il fallait un gouveriiement du PS et du PC, sans les militaires. C'est la thèse du XIe Congrès mondial et de Printemps portugais. Oui, il fallait dénoncer la tragique division de la classe ouvrière organisée par Mario Soares et Alvaro Cunhal. Oui, il fallait pied à pied défendre les droits et libertés démocratiques et ne pas laisser Soares s'en faire le porte-parole. Oui, il fallait transformer les Cr, les CM en
«larges organes de front unique »03). C'est pour n'avoir pas choisi cette orientation que le FUR a fait faillite et que, malgré les efforts des travailleurs, en novembre 1975, le vide gouvernemental ne fut pas comblé et que le « coup de droite » du 25 novembre fut possible.
« Une situation révolutionnaire n'est pas éternelle. Si le parti prolétarien n'est pas suffisamment résolu pour transformer en temps utile l'attente et les espérances des masses en une action révolutionnaire, le flux est bientôt remplacé par le reflux (Léon Trotsky) (14). »
Daniel Gluckstein dans Informations ou v ri ères (15) croit pouvoir critiquer Printemps portugais à la recherche d'une « impossible ligne médiane ». Mais, outre qu'il ne prend guère d'exemples précis, le propos du livre n'est pas de chercher une« ligne médiane » entre PS et PC, ni de chercher davantage à plaire à Mario Soares qu'à Alvaro Cunhal. Non, il part des besoins objectifs des travailleurs, de leur aspiration à l'unité, de leurs revendications et les oppose à la politique réelle du PS et du PC. Pousser le front unique ouvrier jusqu'au bout, c'était la meilleure façon de mettre en cause en pratique les dirigeants du PS et du PC - mieux que par des dénonciations incantatoires et l'annonce toujours démentie qu'ils étaient « démasqués». Pas de ligne médiane sur les revendications ouvrières ! Ni sur l'exigence des droits démocratiques !
Alain Echègut, dans le Monde diplomatique (16), estime que Printemps portugais «minimise les pressions internationales sur le Portugal à cette époque >>. L'auteur, pourtant, revient systématiquement sur le rôle de l'impérialisme, de l'économie de marché, sur ce petit Portugal perdu « dans le triangle planétaire» et, surtout, conclut sur une insistante leçon d'internationalisme : il n'est pas possible, ni là ni ailleun, de faire la révolution « dans un seul pays », il fallait non seulement un parti des travailleurs mais une internationale ! « Telle décision du FMI - véritable gouvernement de Lisbonne - , tel choix politique fait à Washington, telle rentabilisation ou innovation réalisée par une multinationale pesaient plus contre les masses que les actes des partis bourgeois portugais. »(Printemps portugais, p. 245). Il fallait exiger du PS et du PC qu'ils s'opposent à cela !
Evidemment, Printemps portugais est un livre engagé, militant, qui défend les positions majoritaires au congrès de novembre 1979 de la Quatrième Internationale. Mais il est significatif qu'il soit le seul livre paru - avec l'accord des instances de la LCR- à l'occasion du dixième anniversaire de ce grand moment du mouvement ouvrier mondial. C'est un livre basé avant tout sur les faits, une masse considérable de faits , qui apprend à celui qui la méconnaît, en France, ce qu'a été la révolution portugaise. C'est une première édition, susceptible d'être améliorée (17) mais si elle a pu voir le jour c'est grâce à une petite maison d'édition, Actéon, qui a pris le risque courageux, en ces temps d'ostracisme, de publier un livre révolutionnaire, le livre d'un trotskyste qui se proclame tel. Certes, Actéon ne disposait pas des moyens du Seuil ou de Gallimard mais elle n'a eu que plus de mérites à produire ce document de 608 pages en trois mille exemplaires. Pour l'heure, quelques radios, France Inter, France Culture, Europe n° l, Radio Club Portugueses s'en sont fait l'écho, brièvement, ainsi que quelques journaux, l'Unité, le Monde diplomatique, Rouge, Informations ouvrières. L'éditeur souhaite être encouragé dans son effort, bien évidemment, par une information plus large, une diffusion militante, des cercles ou débats qui stimulent les commandes des libraires. C'est aussi pourquoi il y a de nombreuses raisons d'acheter et de lire ce livre (18).
Le 29 septembre 1984 13. Ibid. 14. "Histoire de la révolution russe>>.
15 . "Informations ouvrières>> n°1165, 3 juillet 1984, p. 2.
16. «Le Monde diplomatique ,,, août 1984, p. 25.
17. L'auteur remercie par avance toutes les contributions et corrections fraternelles qui lui seront apportées.
18. Actéon, 95, boulevard Saint-Germain 75006 Paris. Tél: 354 04 15. Possibilité! de commandes groupées à négocier. En vente à la librairie La Brèche, 9, rue de Tunis 75011 Paris et dans les FNAC.