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Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

La mort ténébreuse de Léon Sedov

· Critique communiste, n° 39, mars 1985 · p. 27-28 · 1 180 mots

La ~nort ténébreuse de Léon Sedov

Guépéou. Une telle conviction ne · film s'arrêta à cette conclusion :

opéré Sedov, le docteur Girmounski, · Sedov. Dans les trois jours qui

Michel LEQUENNE

L y a quarante-sept ans, le mercredi 16 février 19 3 8, Léon Sedov, fils de Trotsky et de Natalia Sedova, mourait à Paris, dans une clinique où il avait été hospitalisé le 9 pour l'opération de l'appendicite. A cette époque, déjà, cette opération était bénigne, et le malade avait bien semblé la supporter quand, le cinquième jour, son état s'aggrava brusquement. Il mourut après une seconde intervention chirurgicale.

L'hypothèse d'un assassinat médical s'imposa immédiatement dans le mouvement de la IVe Internationale. Peu auparavant, Ignace Reiss (1) avait été assassiné alors qu'il venait de rompre avec les services secrets du Komintern en envoyant au CC du Parti bolchevik une lettre annonçant son ralliement à la IVe Internationale. Précipité, le crime n'avait pas été parfait : l'agent subalterne Renata Steiner avait fait à la police suisse des aveux qui montraient la main de Staline non seulement dans l'assassinat de Reiss mais aussi dans la traque de Sedov, second accusé, derrière son père, des procès de Moscou. Son activité principale était au moment de sa mort la préparation de la Conférence internationale qui fut le congrès de fondation de la IVe Internationale. Sept mois auparavant, Erwin Wolf a été enlevé en Espagne et a disparu, assassiné comme Nin et tant d'autres (2).

Rudolf Klement disparaîtra bientôt à son tour et les morceaux de son corps seront retrouvés dans la Seine. Tout ceci précède l'assassinat de Trotsky lui-même. Et l'on savait dès ce début de 1938 que les assassins cernaient Sedov. Plus encore qu'on ne l'imaginait, puisque son homme de confiance et plus proche collaborateur, Marc Zborovski, dit« Etienne», -----~-----------était lui-même un agent du Guépéou, ce qu'on n'apprit qu'en 1955.

« Etienne », en agent habile, dans le compte rendu en forme de journal qu'il écrivit le 25 février pour la direction internationale, rappelait que lui-même avait suggéré la possibilité d'un empoisonnement. Trotsky, depuis le Mexique, multipliait les démarches pour sonder cette piste. Les services policiers français se montrèrent peu coopératifs (3), et c'est pourquoi, pendant quarante ans, la conviction que la mort de Sedov était criminelle s'imposa dans nos rangs, d'autant plus qu'il était apparu rapidement que la clinique choisie était un repère de Russes « blancs », milieu profondément pénétré par le pouvait que sembler confirmée par le démasquage de Zborovski, dix-sept ans après.

C'est dans cette conviction commune qu'après la parution du livre de Gérard Rosenthal; A vocal de Trotsky (4) en 1976, sur un projet de Corinne Rapaut, nous entreprenions, le réalisateur Michel Wichard et moi, un film d'enquête sur cette affaire. Malgré l'avis d'Elisabeth PoretskiReiss que la mort de Sedov n'était pas un assassinat - avis peu fondéune première version de notre film conclut dans le sens de la thèse traditionnelle.

Un argument de poids en ce sens fut la mise au jour, par l'ex-agent de la DST, Pierre Levergeois, de documents de la préfecture de police qui révélaient que le propriétaire de la clinique Mirabeau, où avait été et auquel avait été réclamé l'anonymat de son malade, était luimême un agent du Guépéou. Tous les doutes semblaient donc levés.

Pourtant, le docteur Jean-Michel Krivine et le professeur Marcel-Francis Kahn, mis en alerte par le nom du - - --- - -- - médecin qui avait pratiqué l'opération, le docteur Talheimer, de grand renom public, mais en revanche de fâcheuse réputation dans les milieux médicaux, comme chirurgien dont les opérations avaient trop de suites funestes, les amena à étudier les dossiers médical et d'autopsie de Sedov, retrouvés dans les archives de Harvard. Leur conviction fut contraire à l'apparente évidence criminelle. La mort de Sedov leur apparut comme produite par une « péritonite du cinquième jour », complication rare de l'appendicite, mal connue à l'époque, mais bien étudiée aujourd'hui, et qui avait d'ailleurs été fort mal traitée par la seconde intervention.

Une troisième version de notre Sedov était entre les mains des assassins, mais n'en était pas moins mort d'une rechute opératoire grave ; ce que peut confirmer le mot d'un des tueurs de Staline : « Le boulot s'est fait sans nous (5). »

Pourtant, l'argument fort de l'analyse médicale ne dissipe pas les doutes de tout le monde. Une question s'impose : « Une telle complication ne pouvait-elle pas être provoquée ? »

Seule l'ouverture des archives du NKVD permettra un jour la certitude dans une telle affaire. En attendant, on ne peut que tenter de cerner au plus près le problème avec les données dont on dispose. Un assassinat médical parfait n'est pas si simple que le profane peut l'imaginer avec des souvenirs de cinéma policier. Personne ne s'attendait à l'appendicite de précédèrent la crise, Zborpvski ne l'avait pas rencontré. Même en supposant complices les deux médecins de la clinique, la doctoresse, belle-sœur de Lola Estrine-Dallin qui orienta sur la clinique qu'elle affirma toujours n'avoir pas connu avant, et

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son patron- membre du PCF - , le · çonnable. Est-ce supposer trop de

1. Cf. " les Nôtres "• d'Elisabeth Poretski, femme de Reiss, publié par Maurice Nadeau dans sa collection " les Lettres nouvelles ,,, et qui vient de faire l'objet d'une réédition aux éditions Denoël. Cf. aussi, pour l'ensemble de la question, le n° 13 des " Cahiers Léon Trotsky "·

2. Cf. en particulier, Pierre Broué, " La mission de Wolf en Espagne "• in " Cahiers Léon Trotsky , no 1 O.

3. Cf. en particulier, Léon Trotsky, "Oeuvres "• T. 16.

4. Editions Laffont. 5. Cf. in no 13 des "Cahiers Léon Trotsky "• " Les demi-aveux de Zborovski "· docteur Leibovici, il aurait fallu non seulement un temps de mise au point pour un assassinat médical, mais qu'il soit si habile qu'il ne mette pas la clinique à découvert dans une enquête inévitable. C'était là beaucoup de difficultés à résoudre en peu de temps.

Une autre hypothèse est que ce soit la mauvaise réputation de Talheimer qui ait amené Leibovici, lui-même excellent chirurgien, à le désigner pour l'opération. Leibovici n'appelait-il pas son décapsuleur un Talheimer et en précisant que c'était parce qu'il s'agissait d'un « ouvre bièr(r)e ». Il se serait agi d'un pari, hasardeux, mais sans risque, puisque Talheimer était politiquement insoupmachiavélisme et de haine politique à quelqu'un qui n'était pas un tueur? L'histoire du stalinisme nous a habitué à pire !

Avec les documents actuellement rassemblés, et sans guère pouvoir en espérer de nouveaux (ceux consultés par Pierre Levergeois ont depuis la parution de son livre disparu des archives de la police), on ne peut aller au-delà des déductions.

Notre film la Mort de Léon Sedov, ne présente qu'un résumé de notre enquête et, comme nous l'avons écrit en préface aux « Demi-aveux de Zborovski », dans le n° 13 des Cahiers Léon Trotsky, il n'est qu'un document lui-même et recueil de documents en dépôt pour l'avenir.

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