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Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

DOSSIER

Petites et grandes manoeuvres dans le syndicalisme viticole

· Critique communiste, n° 42, juin 1985 · p. 16 · 903 mots

Comité d'action viticole de l'Hérault, tenue du congrès . accusations de complicité avec le pouvoir socialiste forpar l'Etat dans les années trente, et l'incrustation dans les · vignoble de masse est une réalité incontournable. Face

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ECONDE en initiatives syndicales dans le Midi viticole a été la période écoulée : adhésion des caves coopératives de l'Aude à la FNSEA, démission de Jean Huillet' de son poste de porte-parole du national de la FNSEA à Narbonne, au cœur de la zone viticole.

Il est utile pour prendre la mesure de ces événements de prendre en même temps un èertain recul. Pendant longtemps la viticulture méridoniale s'est dotée de formes d'organisation et de références autonomes au sein du syndicalisme agricole. Un puissant système de défense viticole s'était constitué, articulant un syndicalisme de masse et unitaire, la CGVM 2, un dense réseau coopératif, les dispositions protectrices de la viticulture promulguées po~es de ce système d'une social-démocratie régionale QUI fut pendant longtemps un intermédiaire efficace entre le mouvement viticole et l'Etat. On se trouvait donc en présen_ce d'un exemple élaboré de corporatisme agricole, ·appuye sur une configuration syndicale aux références . socialisantes, indépendante du syndicalisme agricole général FNSEA dominé par la droite agrarienne. .

Ce système s'érode à partir des années soixante et entre. en crise. avec l'entrée de la viticulture dans le régime ·communautaire, beaucoup plus libéral, en 1970. · La viticulture méridoniale se trouve alors livrée àune cort· currence élargie, tandis que la consommation de vin diminue et que les protections étatiques dont elle disposait s'effritent. Il faut avoir cela présent l'esprit pour comprendre l'actualité récente qui renvoie à une tendance plus profonde: l'érosion d'un corporatisme viticole confronté à la régression de la viticulture de masse ~t ~une politique nationale et communaUtaire qui l'incite . a 1 arrachage et ordonn_e la distillation obligatoire à bas prix des excédents. · . . . · · · · · Les tensions dans le syndicalisme viticole sont enfin .. aggravées. par la conjoncture politique et ·les désillusions· de nombre de -viticulteurs . Les promesses antérieures des · · · socialistes débouchent en : fait sur une politique vitièole · dans la continuité du régiine .. précédeÎlt. • · · · . La FNSEA a trouvé là un bon terr~n · d'ttnpl~ntatlün :. dans les zones marquees ·par la di:verSification cul~urale ~t qui sortent du modèle viticole traditionnel, ma1s auss1 dans des zones viticoles où elfe bénéfiCie de sa situation d'opposant face au gouvernement socialiste d'une image d'intransigeance dans .son refus del' élargis: seme~t de la CEE. En 1983, les élections aux Chambres d'agnculture avaient déjà montré en Languedoc un succès relatif des listes FNSEA. Désireux de se placer maintt:nant et pour l'après 1986 dans un cadre institutionnel plus solide, des segments du mouvement viticole préfèrent l'alliance avec la FNSEA à une concurrence dans laquelle ils craignent de perdre des positions. Et c'est bien cela qu'a entendu sanctionner la FNSEA en tenant son congrès à Narbonne, témoignant ainsi du rapport de forces acquis dans des zones dont elle était absente il y a encore quelques années et de sa volonté de ne pas s'en tenir là.

Dans cette situation, les segments du mouvement viticole traditionnel attachés au maintien de leur autonomie se retrouvent dans un désarroi et une crise d'orientation plus ou moins larvés qui pèsent sur leur fonctionnement. Ainsi, . le Comité d'action viticole (CA V) de l'Hérault regroupe des courants dont la coexistence est problématique dans une situation d'érosion et de recul. Jean Huillet, personnellement adhérent à la CNSTP, en était devenu le porte-parole sur la base de son audience personnelle et de ses capacités militantes. Confronté aux progrès de la droite agricole, aux mulées par la droite ou les courants proches du PCF, au manque de clarté dans les choix du CAV et aux difficultés de mobilisation sur le terrain, il a quitté cette fonction, tout en demeurant membre de la direction collégiale du CA V.

Ce qui transparaît en filigrane des événements récents, c'est que la défense viticole traditionnelle, trop souvent unanimiste dans son discours, poujadiste ou clientéliste dans ses formes d'action, a de moins en moins d'espace, ne serait-ce que parce la régression du aux progrès d'une droite moderniste qui entend occuper l'espace libéré par l'érosion du mouvement viticole traditionnel, une alternative sera-t-elle offerte ? Celle-ci supposerait un cadre de mobilisation pour peser sur le~ choix communautaires, mais aussi de débat et d'orientation permettant que soient mises en avant des solutions concernant la diversification culturale, son contrôle par les pr~ducteurs, les garanties économiques qui doivent leur .être offertes·, l'organisation des marchés, les revendications communes à définir avec les producteurs espagnols. ·

Cette érosion du mouvement viticole ne débouchera-t-elle que sur la montée d'une droite agricole prête à engager les restructurations présentes ou à venir de l'économie viticole; ou sera-t-elle l'occasion de batailles permettant l'émergence d'un courant considérant la modernisation agricole comme l'affirmation des droits des travilillew:s de la terre? Tel est l'enjeu qui se dessine dans le Midi viticole. · · ·

Pierre Bron

1. Jean Hui/let: leader du MIVOC (Mouvement d'intervention viticole occitan}, petit syndicat viticole . adhérent à la · CNSTP (Confidération nationale des syndicats de travailleurs paysans).

. _2. CGVM: Confidération générale des vignerons du Midi, creee par les grandes mobilisations viticoles de 1907. au nom de la défense unitaire du produit, aujourd'hui très affaiblie.

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