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Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

TRIBUNE DE DISCUSSION

Un parti ? Pas n'importe lequel

· Critique communiste, n° 45, octobre 1985 · p. 30-31 · 1 076 mots

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Un parti?

L'« alternative >> est-elle la voie vers un nouveau parti ? Question compliquée à laquelle il convient de ne pas apporter, dans l'immédiat, de réponse catégorique.

A coup sûr, envisager une nouvelle forme d'alliance, c'est poser, pour l'avenir, la question d'une organisation politique adaptée aux conditions sociales et politiques de l'Europe actuelle. Une telle organisation, produit d'une accumulation d'expériences larges, résultat du rapprochement de courants d'origines extrêmement variées, ressemblera peu aux modéles que véhicule une certaine extrême gauche. Son programme politique ne répondra certainement pas à toutes les préoccupations des révolutionnaires. Son mode de fonctionnement aura sans doute peu à voir avec les stricts canons du centralisme démocratique. Ce sera, pour employer le jargon de certains, une organisation « centriste >>. Mais existe-t-il, pour trés longtemps au moins, un autre moyen de rassembler efficacement les militants les plus avancés des divers fronts de lutte ?

Aussi bien, il est juste de dire que toutes les démarches actuelles pour une alternative anticapitaliste constituent la préparation d'une nouvelle organisation. Mais il convient de ne pas brûler les étapes. On ne pourra envisager un nouveau parti que dans une période où les luttes sociales et politiques auront reconquis une réelle ampleur, au terme -il faut le répéter sans cesse- d'une longue série d'expériences et d'actions communes qui rendront nécessaire la convergence organique des composantes diverses d'une avant-garde dispersée.

En dépit de notre familiarité avec les débats internes de la LCR, nous ne sommes pas sûrs que les théses proposées au vote du congrés soient claires sur la question. Elles parlent de « parti des travailleurs >> qu'il faut construire mais restent vagues, contradictoires même si on lit la résolution organisationnelle. Jamais la perspective de ce « parti des travailleurs>> n'est définie avec précision. S'agit-il d'envisager une nouvelle forme d'organisation politique, telle que nous l'avons évoquée ? Il faut alors le dire sans ambage. Mais compte tenu des nombreux passages consacrés au renforcement de la LCR (destinés à rassurer ceux qui ont peur de « l'alternative » ), on peut craindre que la perspective ne soit nouvelle qu'en apparence et ne se résolve, toute pesanteur politique aidant, à une simple tentative d'élargissement de la Ligue, au prix de quelques fusions secondaires.

Nous ne négligeons pas l'intérêt, l'importance éventuelle de tels regroupements. Mais, pour nous, ils sont secondaires par rapport à ce que représente la perspective de 1 'alternative. Pour une révolution culturelle

On l'aura compris à nous lire: les désaccords qui nous amènent à nous constituer en tendance ne sont pas conjoncturels. Ils portent, à propos de l'analyse des possibilités offertes par la situation actuelle et de la perspective de « l'alternative >>, sur des problèmes essentiels. Nous voulons une révolution culturelle de la LCR. Rapidement, nous en évoquerons quelques aspects.

Tout d'abord, une question d'importance pour la préparation des élections de 1986 : il ne peut être question d 'une alliance privilégiée avec Lutte ouvrière, encore moins d'un accord politique qui tenterait de créer un pôle LCR-LO. Cette dernière organisation regroupe des militants de valeur avec lesquels il faut savoir travailler, accomplir ponctuellement des actions communes. Mais l'ensemble de la politique de Lutte ouvrière est aux antipodes de ce que nous recherchons dans « l'alternative >>. Faire de ce groupe un parte-

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naire prioritaire signifie bel et bien remettre en question les efforts que nous pouvons accomplir par ailleurs. La référence commune au trotskysme n'a pas de signification pratique, pas plus qu'elle n'a de contenu politique concret. Il faut rejeter cet avatar de « l'unification du mouvement trotskyste ».

Rompre ainsi avec les habitudes ancestrales signifie changer grandement le mode d'activité de la LCR. Il faut avoir à 1 'esprit qu'en aucun cas, la solution des problèmes du mouvement ouvrier français ne passe par le pur et simple renforcement de la Ligue, pour ne pas parler de l'idée d'un futur« petit parti trotskyste » que chérissent certains. Le devenir des marxistes révolutionnaires se confond avec le succès de toutes les tentatives liées à la perspective de l'alternative.

Ce qui veut dire que la LCR doit modifier profondément son mode d'intervention. Elle ne peut agir comme si elle était, de fait, le centre obligé de tout regroupement politique, en vertu des privilèges qui lui conférerait sa filiation historique. Elle peut raisonnablement lutter pour conquérir une hégémonie politique. Celle-ci ne sera jamais obtenue par des pratiques organisationnelles qui consistent à multiplier, dans les «secteurs de masse», des fractions dont le seul but est d'imposer le contrôle de l'organisation. Au contraire, les militants révolutionnaires doivent être les meilleurs constructeurs des mouvements auxquels ils participent ; ils doivent en respecter le fonctionnement démocratique et, plus encore, les rythmes de maturation politique, sans chercher à profiter des circonstances pour s'emparer artificiellement des directions (bref, faire le contraire de ce que trop souvent ont fait les militants de la LCR, ne serait-ce qu'au temps d'Union dans les luttes).

Un tel comportement est seul de nature à convaincre nos partenaires et nos alliés que la LCR s'engage sincèrement dans la voie de « l'alternative ». Il exige une nouvelle formation des militants. Les meilleures écoles ne peuvent y contribuer que partiellement tant que l'organisation dans son ensemble n'aura pas entrepris une réflexion, largement marquée de révision, sur les problèmes de la stratégie révolutionnaire dans les pays capitalistes avancés. Les références aux expériences historiques ont leur utilité évidente. Elles ne permettent pas de résoudre la question essentielle : comment poser le problème du pouvoir dans nos sociétés. Le débat doit s'engager là-dessus ; les acquis, extérieurs à notre tradition, du féminisme et de 1 'autogestion généralisée doivent être pris sérieusement en compte.

De toute évidence, une telle réflexion ne peut qu'aboutir à une remise en cause réfléchie d'un certain nombre de tabous relatifs à l'organisation révolutionnaire. Il est temps, grand temps, de procéder à un bilan sérieux de la théorie léniniste du parti, d'autant que ce qui en est habituellement retenu dans nos rangs appartient plus à Zinoviev, sinon à Staline qu'au vieil Illitch.

Vaste programme de réflexion qui ne peut être réalisé d'un coup. Raison supplémentaire de l'aborder immédiatement, sans faux-semblants, sans prudence d'organisation.

C'est le but que nous fixons, conscients de ce qu'autour de l'alternative et des problèmes qu'elle révèle se déroule, pour la LCR, la bataille de la dernière chance.

Une force politique capable de transmettre sa grande expérience ou un groupe politiquement sectaire, aux effectifs réduits. Tel est le dilemme.

Nous avons choisi.

Denis Berger (Tendance 3)

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