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'OUVERTURE du musée Picasso donne la possibilité de (re)découvrir cet artiste. Paradoxalement, il n'y en a pas de plus célèbre et pourtant de si mal connu, de façon aussi fragmentaire, incohérente, simplificatrice et mythificatrice.
Voici désormais réunie une continuité éblouissante de son œuvre, dans
1. Au numéro 5 de la rue de Thorigny,
Paris 3'.
Picasso: sculpteur et modèle agenouillé, 1933.
Michel LEQUENNE un musée, sans doute l'un des plus beaux du monde'. Liquidons d'abord les petits côtés du problème : alors que des sommes colossales sont gaspillées en œuvres de mort, on ne voit pas qu'il y ait scandale a:U prix de restauration d'un somptueux hôtel du XVII' siècle construit par un fermier des gabelles, d'où son nom d'hôtel « Salé », pour
loger les œuvres du plus grand peintre du siècle.
Picasso est un phénomène. Il a tant été écrit sur lui qu'il n'est pas question de trouver du nouveau, mais sûrement pas impossible de le dégager des exaltations mythificatrices. Sa grandeur n'a rien à y perdre, l'admiration pour lui tout à gagner à se faire plus lucide.
Et d'abord : il n'est pas le peintre qui tient lieu de tous les autres et qui aurait couvert tous les domaines de l'art moderne. Mais dans une époque de bouleversement total de l'art, sa position est, pourrait-on dire, axiale. De plus, alors que quasi tous les peintres majeurs du temps développent leur œuvre sur une seule branche de 1 '« explosion >> de l'art moderne, Picasso réussit un étrange parcours de continuité discontinue qui le met à proximité égale de tous les courants opposés. Continuité discontinue
Le classement classique de l'œuvre de Picasso en « périodes >> cache une profonde unité à trois dimensions : transitions profondes, prolongées, et avec retours (par exemple des figures « primitives >> catalano-nègres - avec influence de Gauguin - aux géantes, et de celles-ci aux femmes gréco-primitives jusqu'à la fin de sa vie, ou du cubisme à la sculpture utilisant des éléments géométriques industriels) ; continuité des thèmes obsessionnels de culture (hispanique et méditerranéen) Picasso: tête de mort, 1943.
et de tempérament (sa sensualité et son érotisme puissant très particuliers) ; parallélisme de l'œuvre foisonnante et de l'œuvre graphique où le dessin « ingresque >> ne disparaît jamais. La sensibilité du sismographe
Une autre constante de la critique de Picasso, c'est la remarque de la coïncidence de ses ruptures stylistiques avec les cahots de sa vie privée. C'est là chose incontestable, mais qui recouvre un phénomène fréquent chez les artistes et qui n'en reste pas moins mystérieux : la correspondance des crises de la vie privée avec celles de l'histoire. Chez Picasso, l'anecdote biographique est inutile pour lire une œuvre qui fait si bien écho au temps, et beaucoup plus subtilement que les datations événementielles ne l'imposeraient à des faiseurs « engagés » aux ordres.
Le temps dont l'œuvre de Picasso nous envoie le signal, ce n'est d'ailleurs pas un temps universel, mais celui d'un monde culturel précis. Ainsi, le cubisme n'est pas la source de l'art moderne, mais seulement l'une de ses sources. C'est à coup sûr une révolution citadine de l'art, mais joyeuse, comme la France insouciante de l'avant-14, à la différence de l'expressionnisme qui est tragique, du futurisrr.e qui est convulsif, etc. Au-delà de la guerre, Picasso, que son statut d'étranger en a tenu relativement à l'écart, ne participe pas immédiatement à la révolte qu'elle a provo-
quée dans le meilleur de la jeune intelligentsia, mais au contraire à l'euphorie de la « victoire». Ce n'est que comme par un choc en retour de boule de billard qu'il est entraîné par la révolution surréaliste à laquelle il donne une de ses expressions les plus violentes et les plus radicales, et qui atteint son sommet quand une autre guerre le touche directement -celle, civile, d'Espagne - qui lui arrache le hurlement de Guernica et les terribles Femme qui pleure, des Goya du XX' siècle.
La Deuxième Guerre mondiale trouve aussi chez lui son écho funèbre avec des œuvres dont les plus fortes sont peut-être la Tête de mort sculptée de 1943 et les natures-mortes qui renouent avec celles de la sombre Espagne inquisitoriale du XVII' siècle et qui disent : « Frères, il faut mourir. » Cette période noire s'étend au-delà de la Libération, ce qui semble bien révéler qu'au fond de lui l'artiste n'est pas dupe des fausses solutions, mais ressent vivement (comme d'aiileurs tous les courants contemporains des peintres plus jeunes) 1 'angoisse des suites et des désillusions.
Enfin, les toutes dernières années de l'artiste sont une apothéose dont la joie de vivre est retrouvée dans cette domination intellectuelle et morale de la vie acceptée dans la richesse de ses contradictions, acceptation qui est celle des « grands vieux». En cette année Victor Hugo, comment ne pas comparer les deux géants, tous deux si précoces, tous deux de si verte vieillesse, tous deux universalistes et couvrant leur siècle, tous deux ne laissant à leurs successeurs que l'obligation d'une nouvelle rupture esthétique et d'un renouvellement global.
Le vieux Picasso, non seulement ne donne pas de signes de faiblesse, mais atteint le sommet de son art, ce dont témoignent des œuvres comme le Jeune Peintre ou le Vieil Homme assis, prodigieux d'enracinement terrestre et d'intensité humaine. Un art de synthèse
Un autre aspect stupéfiant de Picasso, c'est que sa radicale modernité est en même temps synthèse de tout l'art de tous les temps. En lui, tout aboutit, se fond, éclairant ce que notre humanité du XX' siècle - dans sa part la meiileure tout au moins - est résultante de tous ces siècles et millénaires que nous interrogeons plus que les époques passées ne le faisaient.
L'animalité -si omniprésente dans l'œuvre de Picasso -a la force vitale de celle des peintures rupestres, c'est-à-dire des temps où l'homme se séparait peu de la nature. Il a renouvelé, réinventé la poterie anthropomorphe de la protohistoire. La Grèce dyonisiaque comme apollinienne sous-tend toute sa démarche, pourtant apparemment si loin des « classicismes ». Le contrepoint -dans le musée- des masques africains et des sculptures océaniennes soulignent la leçon qu'il en a reçu, assimilée et fondue avec celle du roman catalan. Seul il alterne et mêle pureté et même ascétisme « classique '' avec la baroquisme le plus « barbare"· Le plus saisissant de cet éventail de son être n'est-il pas dans cette pratique des « états » de ses gravures ou lithographies qui vont du réalisme le plus expressionniste à l'abstraction de « signes " semblables aux vieux hiéroglyphes égyptiens. En bon Espagnol, enfin, il fait écho à tout l'art ibérique et le prolonge, ce qui ne l'empêche pas, maître suprême de l'« école de Paris"· parti de Toulouse-Lautrec, Gauguin et Cézanne, de finir par un travail incessant sur Manet.
L'espace qu'il a couvert explique la révolte qu'il a suscitée chez certains artistes plus jeunes, excédés de son ombre portée.
Le musée a récupéré la donation de la collection personnelle du peintre, qui était jusqu'ici exposée au Louvre. Elle montre bien qu'étant très grand Picasso n'avait aucun besoin de s'opposer à personne. Par aiileurs, ses choix sont révélateurs. Les tableaux qu'il possédait sont parmi les meilleurs de ses contemporains (par exemple, Derain ou l'exceptionnel Van Dongen).
La formule d'un musée consacré à un peintre (ou regroupant 1 'essentiel de ses œuvres majeures) est sans doute la meilleure en notre temps de voyages rapides et relativement faciles. Elle permet une vision d'ensemble d'une œuvre qui est toujours une unité et évite le sentiment de frustration des pièces isolées qui la mutilent.
En dehors des œuvres de jeunesse qui sont au musée de Barcelone, Paris a maintenant pour Picasso un tel musée comparable - et sans doute encore supérieur - à celui du Van Gogh à Amsterdam. Il peut d'ailleurs être complété, pour la fameuse « période rose » par les œuvres de la collection WalterGuillaume, au musée de l'Orangerie. Les dessins et documents, fragiles, seront exposés par roulement, ce qui devra provoquer le retour des passionnés.
Un tel musée est voué au succès. Ce sera, on peut l'espérer, sur l'art moderne une voie d'accès incitant à l'ouverture en même temps qu'à la lucidité.
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ABONNEMENT A DOMICILE
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1 Nom: .........................................................................................
FRANCE
DOM-TOM ETRANGERI Prénom : .................................................................................
f Ad~esse : ................................................................................
1 -AVEC LA PRESSE DE LA LCR
500 F
52 Rouge + 11 Critique Communiste
450 F
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+ les n• hors série de Critique Communiste
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2- SIX MOIS D'EXPERIENCE
DE L'HEBDO uROUGEn
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160 F
6 mois = 24 numéros
J Formule choisie :
1 Réglement à l'ordre de PEC
3. CONNAITRE LE MENSUEL.
170 F 1 2 rue Richard Lenoir 93108 Montreuil
150 F
1 an - 11 numéros
Tél : 859 00 80