Véritable machine de guerre, cette pensée de camp
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et travestit la réalité
La perception des pays de l'Est est aujourd'hui largement dominée en Occident par l'idéologie du totalitarisme. Par idéologie du totalitarisme, nous entendons tout autre chose que telle ou telle théorie du totalitarisme, notamment celle, classique, d'Hannah Arendt 1 • Nous entendons par là un ensemble de clichés, d'actesréflexes et de représentations - qui éventuellement se nourrissent des bribes de telle ou telle théorie du totalitarisme, mais dont la caractéristique principale est d'agir directement dans le champ politico-culturel. Dans son essai Dissidence et révolution 2 , Dominique Lecourt opérait une semblable distinction entre, d'une part, ce que pensent, disent et font les dissidents des pays de l'Est et, de l'autre, ce qu'il désignait à bon escient comme l'idéologie occidentale de la dissidence.
En France, tout particulièrement, les consensus établis aujourd'hui autour de l'idéologie du totalitarisme sont à ce point amples et solides qu'ils ne sont pas loin de nous rappeler les consensus patriotiques au début de la guerre de 1914, ou encore les consensus antifascistes trompeurs mais efficaces qui naissent à la fin de la Seconde Guerre mondiale et auront la vie si dure. A l'auberge espagnole de l'" antitotalitarisme " se retrouvent des marxistes et des néo-fascistes, des libéraux et des sociaux-démocrates, des dissidents de droite et des dissidents de gauche, des anticommunistes ataviques et des staliniens repentis, des partisans de l'autogestion et des reaganiens endurcis. Sur l'art d'accommoder la démocratie ou ses restes, sur la bonne façon d'en user avec Pinochet ou Jaruzelski, sur Nicolas Il, Dieu, Napoléon, Hegel ou Mitterrand, ils peuvent diverger du tout au tout - mais ils se retrouvent sur un point : les régimes des pays de l'Est sont totalitaires, les sociétés des pays de l'Est sont dominées par l'emprise persistante du totalitarisme.
A l'auberge de l'~· antitotalitarisme ••, bien sûr, chacun apporte son boire et son manger. Soljenitsyne souffre et saigne avec le bon peuple russe en proie à la géhenne du communisme athée ; Zinoviev voit dans le " communisme universel " moins un système d'oppression et de terreur qu'une machine à fabriquer des automates - ou plutôt des " rats " ; Glucksmann, lui, envisage plutôt le totalitarisme soviétique sous la forme d'un tank (version moderne du cheval cosaque) impatient de venir se garer sur la place de la Concorde; Reagan, évidemment, le voit partout - à Managua, Moscou, Tripoli, et même parfois dans les travées du Congrès américain ou entre les lignes du Washington Post ; Jospin en aperçoit parfois l'ombre, rôdant du côté de la place du Colonel-Fabien ; Le Pen, enfin, sait depuis toujours à quoi s'en tenir: si le fascisme brun ne fut guère qu'un épouvantail à moineaux, le fascisme rouge, hydre totalitaire, est là, prêt à bondir sur nos fils et nos compagnes ...
Habit d'Arlequin bigarré et disparate, l'idéelogie du totalitarisme n'en est pas moins un prêt-à-porter toujours disponible et ô combien populaire. Telle est en effet sa première caractéristique: cet excès de valeur d'usage, cette inusable utilité en situation, dans une conjoncture déterminée, cet atout du pratique, du facile qui l'apparente au kit, au ready-made d'Habitat ou aux petits plats tout mitonnés de Buitoni. Bien sûr, plus est " facile " et élastique le ~· concept ", et moins il est lesté de contenu et de signifiant - mais qu'importe : à l'heure de la pensée " kleenex ", le totalitarisme fait un tabac sur le marché aux idées. Rien ne bouge
Arrêtons-nous un instant sur le principe et le mécanisme de cet objet d'usage désormais si courant. Premier principe simplificateur grâce auquel on s'épargne bien des tracas et des peines inutiles -n'envisager l'histoire, la genèse du phénomène totalitaire que sous ses dehors les plus simples, sans succomber, surtout, au chant des sirènes de la dialectique : le totalitarisme soviétique continuateur de l'absolutisme tsariste ; Que faire ? première pierre et matrice du terrorisme stalinien des années trente ; Marx père fondateur de l'utopie totalitaire - puisque dans la Question juive il fait fi du Droit comme sphère séparée du pouvoir ; Andropov, pur et simple exécuteur testamentaire de Brejnev, puisqu'aussi bien il dirigeait le KGB au temps oû le défunt présidait aux destinées de l'Etat soviétique 3 ••• Dans son livre Rethinking the Soviet Experience4, Stephen Cohen a démontré le caractère le plus souvent tautologique et antihistorique de ces modes de pensée qui prédominent dans la soviétologie occidentale et sous une forme plus caricaturale encore, bien sûr, parmi ses usagers et sous-traitants. La tendance la plus courante de l'idéologie du totalitarisme est d'envisager la genèse du " totalitarisme " soviétique en termes d'enchaînement de causes et d'effets idéologiques et doctrinaires ; dans cette perspective, toute notion de l'interaction du social, du politique et de l'idéologique disparaît ; la " théologie des idées ", par contre, y trouve pleinement son compte.
Lorsqu'il s'agit d'envisager les formes du phénomène " totalitaire ", sa durée, les rapports prévalant dans les pays de l'Est entre la société et l'Etat, l'histoire, l'historicité du système se trouvent davantage encore réduits à la portion congrue. L'idéologie du totalitarisme pense l'état du système et sa permanence dans des catégories purement statiques. Elle pense l'univers " totalitaire " au présent éternel, le décrit comme une machine produisant inlassablement, répétant sans relâche les mêmes effets 5 • L'un nous répète sans faiblir que, de Brejnev à Andropov, puis de Tchernenko à Gorbatchev, c'est nécessairement
~=-----~~~--~~~~~--~u__, et immuablement Le même qui se rabâche sous l'apparence trompeuse du neuf - déterminé par l'implacable logique du système 6 ; l'autre s'effraie de l'impressionnante capacité du modèle " totalitaire '' soviétiq,ue à se reproduire en tous temps et en tous lieux ; un autre ne peut que constater combien l'expansionnisme est inscrit dans les chromosomes mêmes de ce " totalitarisme • : l'invasion de l'Afghanistan prolonge le coup de Prague qui lui-même répétait l'annexion des pays baltes, qui elle-même répétait celle de la Géorgie ... Idem dans la sphère du social (quoi de moins changeant que l'homo sovieticus, pur reflet et produit du système, décrit par Zinoviev?), dans celle de l'idéologie - " Le principe nihil novum, fondamental pour l'idéologie du "socialisme réel" est en vigueur partout •, écrit Lubomir Sochor 8 , et bien sûr dans la fameuse langue de bois du pouvoir, ce novlangue hérité d'Orwell dont Michel Helier nous décrit la rigidité cadavérique 9 •
Le" totalitarisme •, donc, est une essence, un bloc de non-histoire figé dans son immobilisme. Le définir, c'est repérer ses invariants, en saisir la structure et les mécanismes. Sa structure s'est emparée de son histoire et l'a engloutie. lmparablement clos et pétrifié, le " totalitarisme • se réduit tautologiquement, dans cette optique, à une machine à produire du " totalitarisme •, de la pensée " totalitaire •, du pouvoir " totalitaire •, une non-société " totalitaire • et - fast but not /east - des menaces " totalitaires •. Les seuls mouvements qui puissent y être constatés ou envisagés sont soit celui de l'incessant perfectionnement du système 10 , soit celui d'un possible et souhaitable démantèlement cataclysmique de sa terrifiante cohérence 11 • Toute notion de dynamique interne ouvrant l'horizon de changements possibles, d'innovation ou de rénovation, de réforme ou d'évolution allant dans un autre sens que la récurrence du même est exclue.
Notre propos n'est pas ici de débattre de la dialectique de l'immobilisme et du mouvement dans les pays de l'Est, il est d'analyser les fonctions et le fonctionnement de l'idéologie du totalitarisme, d'opérer une lecture symptomale des thèses et représentations qu'elle véhicule. Or, ce qui se donne ici en premier Lieu comme figé, statique, anti-historique, c'est une pensée, un mode de perception de la réalité des pays de l'Est qui s'acharne à l'enfermer dans ce carcan. Rappelons-nous qu'il fut un temps où l'ombre du stalinisme était beaucoup plus proche et plus présente qu'aujourd'hui et où, pourtant, de Sartre à Aron, c'était essentiellement le "nouveau •, la dynamique du " dégel • qui retenait l'attention de l'intelligentsia occidentale et souvent la fascinait ou l'enthousiasmait, bien au-delà des cercles directement influencés par le mouvement communiste officiel. Les rayons des bouquinistes regorgent encore de cette littérature philokhrouchtchévienne qui nous démontre qu'à l'heure du Spoutnik et de la conquête des terres
~ "' "' N 0 ~-""WïJ E :::1 .8 ~ vierges, l'URSS est en train de rompre radicalement les amarres avec le passé 12 , et, portée par le courant de l'utopie et d'une histoire prométhéenne, de voguer vers un an 2000 radieux et prospère. D'autant plus dure fut la chute après 1964 ...
Aujourd'hui, Gorbatchev engage un train de réformes économiques sans équivalent depuis celles de Kossyguine ( 1965), lance des campagnes - dont l'écho est évident dans la société soviétique - contre le relâchement de l'éthique du travail, le gaspillage, l'alcoolisme et, dans une certaine mesure, les privilèges bureaucratiques, tente de faire entendre un ton nouveau en politique internationale ; un nouveau climat intellectuel se dessine en URSS, comme le manifeste la montée au créneau d'un certain nombre d'intellectuels de renom dénonçant abus bureaucratiques et choix de société technocratiques ainsi que l'ouverture d'un grand nombre de débats naguère impensables, dans la presse; à l'occa-
sion de l'accident de Tchernobyl, enfin, savants et dirigeants soviétiques ne se font guère tirer l'oreille pour appeler un chat un chat et une catastrophe une catastrophe 13 ••• Mais non: aux yeux de la grande majorité des spécialistes occidentaux et de leur innombrable cohorte médiatique, rien ne change au royaume du "totalitarisme ", rien que quelques vagues effets de look, à l'image -clinquante et fallacieuse, bien sûrde la garde-robe de Raïssa Gorbatchev.
Nous ne faisons pas et ne ferons jamais partie du fan-club de Mikhaïl Gorbatchev, nous ne confondons pas les torchons et les serviettes, ni un appel d'air bureaucratiquement déterminé avec l'ouragan de la révolution sociale. Mais l'évidence est que quelque chose change en URSS, qu'un mouvement est à l'œuvre dans la société soviétique - dont il est bien sûr trop tôt pour mesurer la dynamique et la portée à long terme, mais davantage qu'un frisson tout de même- et que les tenants de l'idéologie occidentale du totalitarisme n'y voient que du feu. Et nous nous demandons : où cette .cécité, cette tétanie des modes de perception de la réalité soviétique (et d'une façon plus générale des pays de l'Est) dominants en Occident trouve-t-elle ses racines? On « prêt-à-penser )) de conjoncture
Dans une étude sur le fascisme rédigée à la fin des années soixante, Ernest Mandel faisait la remarque suivante : " Il serait très intéressant de comparer les phases montantes et descendantes de la popularité de la "théorie du totalitarisme" en Occident avec le flux et le reflux de la guerre froide. On serait surpris d'y voir une claire corrélation, non seulement à long terme, mais aussi dans de très courtes conjonctures (comme, par exemple, une période d'intensification conjoncturelle de la guerre froide s'étendant de la construction du mur de Berlin à la crise de Cuba en 1962). On peut soumettre à une analyse similaire les théories contraires de la "conciliation" ("convergence theories") 14 • "
Cette observation est aujourd'hui d'une actualité parfaite. A l'heure où écrivait Mandel, l'idéologie du totalitarisme s'était pour l'essentiel repliée dans les bastions de la pensée ultra-conservatrice (dont chacun sait qu'elle n'apprend ni n'oublie rien), du côté des libéraux, la mode était plutôt aux théories de la " convergence " des sociétés industrielles. Depuis lors, endémique puis épidémique, la contamination de l'intelligentsia occidentale par l'idéologie du totalitarisme a épousé les rythmes de la remontée de la guerre froide. Relativement circonscrite encore à l'époque du cartérisme, elle domine sans partage sous les auspices du reaganisme, de son anticommunisme obsessionnel, de sa politique arrogante de roll back de " l'empire du mal ". Notons au passage qu'en adoptant vis-à-vis de l'Est un profil plus dur que Giscard (" les pacifistes sont à l'Ouest, les fusées à l'Est... "), Mitterrand a apporté une contribution non négligeable à cet effet de pulvérisation de l'idéologie du totalitarisme, notamment dans les secteurs de l'opinion et de l'intelligentsia abusivement désignés comme " progressistes ". Significatives, de ce point de vue, l'évolution du Monde et de Libération qui, jour après jour, nous livrent le prêt-à-penser de l'cc antitotalitarisme • cc de gauche , - le plus cc chic )) de tous.
Portée par une conjoncture que caractérisent le regain des tensions entre les blocs, la persistance de la longue crise d'usure qui taraude le monde bourgeois, la recrudescence des dangers de guerre, l'idéologie du totalitarisme remet en selle la pensée de camp. Manichéenne, simplificatrice, chargée d'angoisses millénaristes et de ressentiments, cette pensée de camp perçoit le monde comme figé dans d'immuables conflits. Dans ce paysage de glace, ce sont des figures aussi abstraites qu'emblématiques qui s'affrontent : démocratie libérale en soi et pour soi contre totalitarisme en soi et pour soi. On l'a clairement vu lors de la mort de Raymond Aron : pour ses innombrables exécuteurs testamentaires, le vénérable gourou de la pensée libérale, l'ancien prédicateur de la théorie de la cc convergence », était devenu l 'apôtre du libéralisme par opposition au totalitarisme.
Comme toute pensée de camp, l'idéologie du totalitarisme vit dans un système de représentations où prédominent les rapports de forces, la perception de blocs. L'" autre », the other si de, comme on dit à la Maison-Blanche, se définit par son altérité radicale et sa cohérence adverse. Si la critique des accords de Yalta est une tarte à la crème de l'idéologie du totalitarisme, il n'est pas de pensée qui fonctionne davantage dans L'esprit de Yalta que cet cc antitotalitarisme )) . C'est dire à quel point il s'agit d'une pensée captive, c'est-à-dire essentiellement déterminée par la pression d'un certain état du monde et son inscription en certains lieux de ce monde. Une pensée-réflexe, une pensée-symptôme, automate - tout comme l'idéologie xénophobe de l'cc autre)) (l'étranger, l'immigré) dans les pays capitalistes développés est symptôme de la crise qui les affecte.
Par bien des traits, cette pensée de camp s'apparente à celle qui prédominait sur la planète du stalinisme à la fin des années quarante et au début des années cinquante : même dogmatisme, même schématisme, même agressivité, même outrance et même stérilité. Il ne faut donc pas s'étonner de ce que tant de porte-voix de l'idéologie du totalitarisme soient des staliniens retournés - Annie Kriegel, Leroy-Ladurie, Furet, Besançon, pour n'en mentionner que quelques-uns dans l'espace français. Ils ont changé
... OUI ... ET TOUT 1 NATURELlEMENT JE SUiS DEVENU
PINOCHiEN !
d'idéologie et de couleur, pas de mentalité. Au reste, il suffit de lire le récent pamphlet de Soljenitsyne intitulé Nos pluralistes 15 pour y trouver tous les ingrédients de l'intolérance stalinienne ; ou encore de découvrir, sous la plume de Zinoviev, d'étonnants hommages à la phase '' héroïque " du stalinisme pour prendre conscience que le stalinisme, précisément, n'a pas glissé sous ces hérauts de l'antitotalitarisme comme l'eau sur les plumes du canard.
Avant même d'exercer les effets pervers que l'on sait au plan directement politique, l'idéologie du totalitarisme produit massivement le nonsavoir, déculture et enseigne le monde à l'envers, fait basculer l'histoire dans la mythologie. Le spécialiste qui nous enseigne que le passage de l'ère Tchernenko à l'ère Gorbatchev est un non-événement ne fait pas que ressasser des banalités, il désin{orme puissamment en travestissant le mouvement, le " nouveau " en effets purement mécaniques. Un tel " savoir " qui ne craint pas de jouer les oracles les plus assurés n'a de vertu que soporifique et tranquillisante - au sens pharmacologique du terme : il berce son destinataire dans la certitude que le présent et l'avenir sont inscrits dans le passé, les attributs du totalitarisme - comme ceux de Dieu, ou plutôt du Diable - étant immuables. Il encourage l'esprit de routine et la paresse intellectuelle. Pourquoi en effet se casser les méninges à comprendre le sens et la portée du discours de tel écrivain sibérien contre le projet de détournement du cours de l'Ob et l'Angara si l'idéologie du marxisme-léninisme et sa langue de bois ne font que nous ressasser inlassablement, tel un disque rayé, la même antienne ?
Mais cet effet stérilisant, décervelant de l'idéologie du totalitarisme et de ses idées fixes s'étend à bien d'autres domaines. Dans un article intitulé " Un Occident kidnappé ou la tragédie de l'Europe centrale 16 .. , Milan Kundera nous révèle que l'anéantissement de la riche culture d'Europe centrale est à mettre au compte de l'irruption de la " Russie " en 1945 dans cet Extrême-Occident civilisé ... La thèse est à ce point singulière que Milan Simecka, figure respectée de l'opposition démocratique en Tchécoslovaquie, se sente dans l'obligation de lui rappeler qu'avant, en effet, que les bulldozers du jdanovisme (puis du husakisme) ne se mettent en action, ce furent les tanks de Hitler qui sonnèrent le glas de la culture centre-européenne 17 , Kundera est assurément un très grand écrivain, une figure emblématique de cette culture centre-européenne vouée à l'exil, mais les lunettes de l'antitotalitarisme lui font voir l'histoire en mythologie et l'empêchent de voir, derrière le fantôme de Staline, celui de Hitler.
Remarquable aussi, dans le même esprit, le constant travail de désinformation, de distorsion de la réalité que pratique le Monde à propos du Nicaragua. Non que les informations que publie ce journal soient fausses - la censure de la Prensa, les démêlés de l'archevêque de Managua avec le régime sandiniste, les déclarations martiales de Tomas Borge et le peu de confort des prisons nicaraguayennes y sont exposés avec
le sérieux que l'on connaît aux héritiers de Sirius. Mais lire la réalité nicaraguayenne par ce seul prisme, c'est un peu comme étudier la Seconde Guerre mondiale du seul point de vue de la Convention de Genève ou ne connaître la situation du Brésil, de la RDA et des îles Fidji que par l'éclairage qu'en donnent les rapports d'Amnesty International. Le lecteur du Monde, conditionné par cette grille de lecture qui prend pour aune la Démocratie telle qu'on l'enseigne en première année de Sciences Po, ignore l'essentiel de la situation au Nicaragua. Pour en savoir un peu plus, il lui faut se tourner vers le fils prodigue du quotidien de la rue des Italiens, le Monde diplomatique.
Dernier exemple : depuis que l'idéologie du totalitarisme fait régner sa loi sur l'Ouest, l'historiographie non communiste du PCF fait une remarquable fixation sur les années 1940-1941 dont le point d'orgue est constitué, comme chacun sait, par la demande faite par certains dirigeants du parti à l'occupant de pouvoir faire reparaître l'Humanité: thèses, colloques et articles se succèdent sur ce thème passionnant d'où ressort puissamment renforcée l'idée de saison qu'un totalitarisme est toujours là pour en cacher un autre et qu'entre gens du même monde (totalitaire), on est fait pour s'entendre. Message suffisamment clair et efficace pour qu'un esprit aussi subtil et désintéressé que Pasqua puisse prendre le relais à la tribune de l'Assemblée en tonnant que "le PC s'est couché devant l'occupant"· Si on le lui avait demandé, il n'aurait eu aucun mal à citer ses références savantes ... Puis vint ce pain béni que fut J'affaire Manouchian réactualisée par le film de Mosco : la croisade antitotalitaire allait pouvoir faire un pas en avant en passant des heures sombres de l'année 1940 aux riches heures de la Résistance communiste. Trahis et vendus par des bureaucrates au cœur de glace obéissant au doigt et à l'œil aux injonctions du Kremlin et de ses services secrets, les combattants de la MOI devenaient les victimes emblématiques d'un totalitarisme bicéphale. Il n'y avait pas de preuves, mais qu'importait: l'argument de vraisemblance a de si puissants attraits - de quoi ne seraient pas capables, en effet, les assassins de Katyn et les bourreaux du Goulag ? Main dans la main, NKVD et Gestapo célèbrent leurs noces barbares sur le cadavre de l'éternelle victime, le Juif, l'Arménien, l'homme sans Droit. Stalingrad, les maquis du Umousin et la résistance communiste dans les camps nazis s'estompent à l'horizon. Dans son récent ouvrage consacré à J'affaire Manouchian 16 , Philippe Robrieux pousse l'avantage et nous montre la main des services secrets soviétiques dans toute l'affaire. Victime des ruses perverses de l'histoire, Manouchian devient l'àgent inconscient d'une ténébreuse intrigue dont il faut bien, avec le recul et l'impartialité qui seyent au labeur historiographique, renvoyer les protagonistes dos à dos. Peu à peu, comme dans L'Ombre rouge, ce film d'aventures à gros effets qui prend l'espionnage soviétique pour trame, l'histoire du stalinisme, de la Résistance, de ses militants et de leur action se réduisent aux dimensions d'.un vaste polar dont toute la texture sent le carton-pâte. Dans le même esprit, deux journalistes improvisés historiens nous livrent la clé des succès de Barbie contre la résistance lyonnaise : l'action d'un agent du Komintern passé à la Gestapo - encore le jeu de miroir éternel des deux totalitarismes... Entre autres révélations, leur " enquête inédit~ " nous apprend que l'insurrection du Schutzbund autrichien, en février 1934, fut déclenchée par ... Moscou 19 • One idéologie sécuritaire
Mais que l'on y prenne garde: la démonologie anticommuniste, anti-utopique, antirusse, anti-tiers-mondiste qui constitue le tissu de l'idéologie du totalitarisme a son envers éminemment " positif " - la théologie du " monde libre ". Dans un monde bourgeois impuissant à perpétuer les valeurs et chimères du wel{are state, la cristallisation du négatif, du barbare, du dangereux sur cet ailleurs adverse, proche et lointain, énigmatique et cruel comme le Château de Kafka, remplit une indispensable et évidente fonction de légitimation. La légitimité que le monde bourgeois échoue désormais à étayer sur ses performances (croissance économique, accroissement du niveau de vie de larges secteurs de la population, climat de " paix " sociale et internationale ... ), il s'efforce par automatisme, comme toujours, de la regagner en produisant ces idéologies névrotiques et sécuritaires du repli anxieux, ce pessimisme agressif et crispé, en fantasmant l'adversité sous la forme d'une menace exogène, exorcisant ainsi, dans l'alchimie de l'idéologie, les ferments de crise qu'il a lui-même secrétés. Idéologie sécuritaire, le fantasme du totalitarisme entretient d'étroites affinités mentales avec cet autre prurit sécuritaire qui fait les beaux jours de tous les Pasqua et Pandraud du ,, monde libre •.
Pour d'innombrables intellectuels qui étaient entrés en sécession d'avec le monde bourgeois (entre le milieu des années soixante et le milieu des années soixante-dix), le passage par l'idéologie du totalitarisme a une évidente fonction de " recentrage " ; il est la voie royale sur laquelle ils s'avancent, au terme de leur regrettable égarement sur les chemins de la dissidence, pour présenter leur demande de réintégration dans ce monde bourgeois - jurant, avant qu'il ne soit trop tard, qu'on ne les y reprendra plus ... Et c'est d'ailleurs pour cela qu'ils en rajoutent, ces fils prodigues, rivalisant de zèle avec les réactionnaires ataviques, les coiffant souvent sur le poteau de I'antitotalitarisme militant : voyez le
fameux appel de l'Internationale de la résistance au Congrès américain, l'adjurant de répandre la manne du dollar sur la contra nicaraguayenne : ce sont les Broyelle, Bernard-Henri Lévy, Daix et Leroy-Ladurie qui y tiennent le haut du pavé, tous renégats repentants de l'utopie " totalitaire ".
Dans le même esprit, la spectaculaire occupation du terrain politique et culturel par l'idéologie du totalitarisme ouvre le champ à de très vastes manœuvres permettant d'entreprendre de grands travaux de redécoupage, de réévaluation, de réélaboration sur les terres de la mémoire collective. Elle permet à un Pascal Brückner de tourner en dérision l'anticolonialisme et I'anti-impérialisme militant des années soixante et soixante-dix en le réduisant au fantasme morbide d'une mauvaise conscience doloriste. Elle permet les relectures révisionnistes de la Révolution française et de la période de l'Occupation et la Résistance qui bourgeonnent en France aujourd'hui. En Amérique, la croisade politique et idéologique contre l'" empire du mal n a permis l'éclosion de ces nouveaux héros positifs musculeux et acéphales, revanchards et belliqueux dont Rambo est l'emblème 20 •
On notera au passage les facilités que se donne cette nouvelle idéologie de la légitimité du " monde libre n à se présenter (comme jadis Hitler) sous les dehors de l''' agressé 11 placé en état de légitime défense - en Amérique centrale, en Afghanistan et, dans les scénarios hollywoodiens, à New-York même. La Démocratie peut ainsi devenir une norme purement abstraite, un Saint-Graal dont l'aura est d'autant plus considérable que sa substance est évanescente et dont il convient de défendre coûte que coûte le contenu mythique contre les hordes barbares, leurs appétits et leurs fusées. Un idéal qui remédie à sa perte de substance (Qu'est-ce qu'une Démocratie qui dénie le droit au travail à des dizaines de millions d'individus dans sa sphère " développée • et le droit à l'existence à des dizaines de millions d'autres dans sa sphère « sous-développée " ?) en se refaisant à la va-vite un capital de légitimité sur le dos d'une hydre totalitaire protéiforme (pacte de Varsovie, « terrorisme international ", «subversion" dans le tiers monde, etc.). Moins la démocratie irrigue et informe le champ social dans le monde bourgeois - et plus les idéologies légitimistes de l'impérialisme sont soumises à l'obligation d'en magnifier la transcendance abstraite. Il ne s'agit plus, ici, de mourir pour Dantzig, mais pour la statue de la Uberté. Penser la guerre
C'est à dessein que nous recourons ici à cette image guerrière. Emprisonnant en effet toute pensée géopolitique dans le carcan des mondes adverses, érigeant l'image de l'« autre " en effigie de l'ennemi, l'idéologie du totalitarisme pense
A la frontière nord du Nicaragua, l'enterrement d'un habitant tué lors d'une incursion de la _ _ _ _ __. • contra •. dans une armure, elle est nécessairement idéologie du combat de l'affrontement. Fondamentalement, elle pense le monde en termes militaires. Implicite chez plus d'un gourou de l'antitotalitarisme, le glissement devient parfaitement exralicite chez un Glucksmann ou un Casto ria dis 0 • Le rabougrissement de la pensée politique, historique, philosophique au niveau de l'indigente gymnastique mentale des généraux d'état-major est l'un des indices les plus affligeants de la misère de I'antitotalitarisme. Idéologie de combat, I'antitotalitarisme trouve de plus en plus sa valeur d'usage actuelle à penser un nouveau possible historique - la guerre. Ici encore, sa fonction d'opérateur des mutations dans le champ de l'idéologie impérialiste est claire : via l'antitotalitarisme militant, c'est l'un des consensus les plus tenaces du « monde d'hier • qui se trouve mis au rancart : hier encore, il n'était guère loisible, dans l'intelligentsia et les plus larges secteurs de l'opinion occidentale, de " penser • -aussi bien
en termes politiques qu'éthiques, anthropologiques - la guerre nucléaire comme une cc alternative " historique, comme un horizon cc rationnel " . Mais aujourd'hui, les activistes de l'antitotalitarisme qui nous mettent en garde contre l'cc esprit de Munich " et font porter au seul empire cc totalitaire " le chapeau de Yalta sont déjà installés dans les fortins de leur nouvelle ligne Maginot anti-cosaque. Ils ne braillent pas encore cc A Moscou ! " comme leurs aïeux criaient cc A Berlin ! ", mais ils se frottent déjà les mains quand les marines débarquent à Grenade et attendent la suite à Managua. Chaque chose en son temps ...
Aujourd'hui, la distinction que nous opérions au début de cet article entre l'idéologie du totalitarisme et les théories du totalitarisme, notamment celle d'Hannah Arendt, qui émergent dans les années trente et quarante prend un relief particulier. Dans les années trente, les théories du totalitarisme qui s'ébauchent dans des œuvres aussi différentes que celles de Burnham, Rauschning ou Otto Rühle 22 ont pour fonction essentielle de tenter de penser une transformation radicale du paysage historique, un nouveau énigmatique qui bouleverse l'ensemble des modes de perception de la réalité historique : en un peu plus d'une décennie, on passe d'un paysage dominé par le coup de tonnerre de la Révolution russe et les séismes politiques et culturels qui secouent l'Europe occidentale à un paysage dominé par la montée en puissance de deux Etats, deux systèmes, deux cc étoiles jumelles • qui, à tous égards, incarnent, sur fond de crise des démocraties occidentales et de reflux des perspectives révolutionnaires en Europe, un novum historicum absolu. Burnham le dit bien : cc Le totalitarisme diffère par essence des autres formes d'oppression politique que nous connaissons: despotisme, tyrannie, dictature ... " Sur ce point, les auteurs que nous avons cités sont d'accord avec lui. La nécessité de forger de nouveaux concepts pour penser ce nouveau est perceptible chez Trotsky ou chez Brecht - qui se situaient à des années-lumière de toute cc idéologie " du totalitarisme - et recourent néanmoins à cette notion à propos de l'URSS ou de l'Allemagne nazie. Hannah Arendt reprendra à son compte cette distinction fondamentale entre le totalitarisme et les formes antérieures de tyrannie ou de dictature. En ce sens, pour autant qu'elle nous permet de penser le spécifique et l'inédit du stalinisme et du nazisme comme systèmes, pour penser leurs affinités et leurs similitudes dans un contexte historique défini et délimité, la notion de totalitarisme nous paraît revêtir un intérêt certain, comme le montre le stimulant ouvrage d'Hannah Arendt.
C'est la raison pour laquelle il est d'autant plus nécessaire de dénoncer le détournement de sens impudent de cette notion auquel procèdent aujourd'hui les tenants de l'idéologie du totalitarisme qui l'élèvent au rang d'un universel transhistorique destiné à penser ou plutôt à dénoncer sub specie aeternitatis les pays de l'Est, voire, d'une manière plus générale, toute forme de régime " socialiste •. Hannah Arendt propose une définition historique extrêmement limitative du totalitarisme: pour elle, ni l'Italie mussolinienne, ni l'URSS de Khrouchtchev, ni la Chine de Mao ne sont des régimes totalitaires. Pour elle, le totalitarisme renvoie à une figure historique dominée par le jeu de miroir de l'URSS stalinienne de l'époque des grands procès et de la guerre et de l'Allemagne hitlérienne, " Etat total • lancé à la conquête du monde. Mais surtout, ce qui définit pour elle le totalitarisme, c'est son dynamisme, son mouvement - et non le fameux cc immobilisme" cher au cœur de nos antitotalitaires contemporains. Rauschning, déjà, définissant le national-socialisme comme cc la danse de Saint-Gui du xx• siècle "• écrivait: cc Quelque incohérente et contradictoire que soit la vie de cet homme étrange (Hitler), elle est de même dominée par un principe invariable: "Tout est mouvement. Ne jamais cesser d'agir." Peu importe l'objet de l'action, ni qu'elle soit raisonnée ou désordonnée. L'action pour l'action, remuer pour remuer, c'est toute la substance de cette fameuse doctrine 23 • • Dans le même esprit, Hannah Arendt note : M La terreur est la réalisation de la loi du mouvement ; son but principal est de faire que la force de la Nature ou de l'Histoire puisse emporter le genre humain tout entier dans son déchaînement, sans qu'aucune forme d'action humaine spontanée ne vienne y faire obstacle 24 • • Et plus loin, elle évoque cc l'accélération du mouvement de la Nature ou de l'Histoire •, le • mouvement perpétuel • qui caractérisent le régime totalitaire. Ailleurs, elle indique que J\me des caractéristiques des régimes totalitaires est que ce mouvement récuse tout principe
ment, la Machine et les rouages, la formation de l'homme (ln Jacques Rupnik : • Le totalitarisme dans la pensée polisoviétique (Calman-Lévy, 1985), Michel Helier écrit : • La tique de l'Est •, l 'Autre Europe, n° 6.)
vue qui, entreprise il y a soixante-dix ans, se poursuit encore d'Encausse, notamment l'Empire éclaté (Flammarion, de nos jours. Certains détails du projet ont changé, les 1978) qui avance l'hypothèse d'un démantèlement de les instruments restent les mêmes ( ... ) [C']est une nouvelle des peuples allogènes.
machine spécialement créée pour produire des "rouages", dans le numéro • Transsibéries • de la revue Autrement.
6. Dans son article cité plus haut, Lubomir Sochor matique, juin 1986.
sation dans le domaine des institutions et des idées politi- communiste, Fayard, 1986.
Gorbatchev (à paraître dans le n° 2 de la Nouvelle Alterna- les chefs militaires de la résistance communiste en Zone nouveau ni au contenu de l'idéologie dominante en Union Etats-Unis, la culture populaire flirte avec la bombe • in le réaliste dans sa perception de l'avenir et dans la définition de ses objectifs. Est-ce vraiment le cas de la politique des actuels dirigeants du Kremlin ?
On le voit donc, l'idéologie contemporaine du totalitarisme opère, par rapport à cette théorie du totalitarisme, un remarquable renversement de signes: là où il s'agissait de penser le nouveau dans des termes nouveaux, elle pense la discon-
1. Hannah Arendt, le Système totalitaire, Points-Seuil,
1972.
2. Maspero, 1977. · 3. Voir par exemple Edgar Morin, De la nature de l'URSS, Fayard, 1983. Claude Lefort, l'Invention démocratique, Uvre de poche, 1983. Lubomir Sochor, • La succession au trône et la kremlinologie • in l'Alternative n° 20.
4. Oxford University Press, 1985. 5. Dans son introduction à un ouvrage intitulé, précisé-
Machine et les rouages est l'histoire d'une expérience jamais premiers exécutants ont disparu, mais le but, les vecteurs, approche du phénomène soviétique, l'histoire d'une l'histoire des instruments employés à cette fin. • écrivait : • Bien sûr, on remplacera les portraits de Brejnev par ceux d'Andropov. Les orateurs citeront comme auparavant Lénine, en le complétant par les dires d'Andropov au lieu des "idées" de Brejnev. Mais ce petit changement, du reste tout à fait banal, n'a rien à voir avec une débrejneviques. • Dans un article écrit à propos de l'avènement de tive), Sochor écrit: • L'avènement de Mikhail Gorbatchev à la fonction de secrétaire général n'a apporté aucun élément soviétique, ni à son système, ni mème au style de son interprétation et de sa diffusion. Elle continue à étre un des piliers de l'immobilisme des rapports sociaux, un obstacle à tout changement institutionnel plus ou moins essentiel. • A l'Est, par définition, rien de nouveau.
7. Voir Edgar Morin, op. cit.: • La singularité du totalitarisme issu de l'URSS est totalement universalisable. Il a pu s'implanter dans une île tropicale vouée à la canne à sucre et au chachacha comme dans le vieux royaume de Saba ; il s'implante, semble-t-il, au Nicaragua. Il pourra s'implanter dans quelque pays que ce soit. •
8. ln Lubomir Sochor: • Le "socialisme réel", une idéotinuité dans des termes immobilistes, elle évacue le nouveau en l'emprisonnant dans le carcan d'une pensée fixiste. Cette notion prospective qu'était le concept du totalitarisme est devenue le fondement d'un dogme dont l'unique fonction est de stigmatiser l'intrinsèque perversité du marxisme, du socialisme, de la lutte des classes et de toute dialectique de l'émancipation.
L'arc de triomphe (Uterarny noviny ). logie tournée vers le passé •, les Temps modernes, n°468/469.
9. Op. cit., p. 273 sqq. 10. Voir toutes les lectures • orwelliennes • du totalitarisme : selon Kolakowki, par exemple, le totalitarisme ne se contente pas d'opprimer ses sujets. • En détruisant systématiquement la mémoire historique, en manipulant les flux d'information, le pouvoir totalitaire a détruit le critère même de vérité. C'est le grand triomphe cognitif du totalitarisme. •
11. Voir les ouvrages à succès d'Hélène Carrère • l'empire • soviétique sous les coups de boutoir de l'islam et
12. Voir notre article • La terre de la grande promesse • 13. Voir l'article de Jean-Marie Chauvier, • L'heure des "réalités vraies" en Union soviétique • in le Monde diplo-
14. Du fascisme, p. 9, François Maspero, 1974. 15. Fayard, 1983. 16. Le Débat, n° 27. 17. L'Autre Europe n° 6. 18. L'Affaire Manouchian, vie et mort d'un héros 19. Roger Faligot et Rémi Kauffer, • Qui a livré à Barbie sud? •, le Monde, du 27-28 avril 1986.
20. Voir l'intéressant article de Konrad Ege, • Aux Monde diplomatique, juin 1986.
21. André Gluksmann, la Force du vertige, Fayard, 1982 ; et Cornélius Castoriadis, Devant la guerre (deux tomes), Uvre de poche, 1983.
22. James Burhnam, l'Ere des organisateurs, Calman-Lévy, 1947; Hermann Rauschning, Hitler m'a dit, Uvre de poche, 1979 ; Otto Rühle, • La lutte contre le fascisme commence par la lutte contre le bolchevisme • in la Contre-révolution bureaucratique, ouvrage collectif, 10/18, 1973.
23. Op. cit., p. 335. 24. Op. cit., p. 210 et 214.