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DOSSIER

Comité central du PCF : l'ankylose

· Critique communiste, n° 59, janvier 1987 · p. 15-16 · 945 mots

L en est des mouvements de masse comme des rayons X :

implacablement éclairants des mécanismes secrets. Le comité central des 16 et 1 7 décembre, qui se tenait quelques jours après le formidable mouvement de la jeunesse scolarisée, était prévu de longue date comme devant être consacré à la jeunesse. Le rapporteur, Pierre Blotin, s'est plu à en souligner J,e caractère 11 non circonstanciel ii. 11 Cela fait plusieurs mois que l'on y travaille, a-t-il expliqué. Nous avons estimé, compte tenu de nos rapports avec les jeunes et les problèmes posés, que nous devions avoir une réflexion renouvelée. ii

En guise de <<renouvellement>>, il s'agissait, à l'origine, d'appliquer à la question des rapports avec les jeunes les analyses générales de la direction du PCF concernant la situation depuis le 16 mars. En d'autres termes, d'expliquer le déclin du PCF, particulièrement net dans la jeunesse, comme relevant de causes objectives et de la politique droitière du PS, et en aucun cas des responsabilités propres de la direction Marchais.

Ainsi P. Blotin précise dans son rapport: 11 Des études oni montré que, contrairement à ce qui s'était produit en 1981, le pourcentage de voix obtenu par notre parti chez les jeunes est inférieur à la moyenne nationale, celui du Parti socialiste est identique à la moyenne nationale, tandis que celui de la droite et de l'extrème droite est supérieur.

11 Alors que les jeunes votaient traditionnellement plus à gauche et plus communiste que les autres électeurs, beaucoup se sont abstenus en 1986, tandis que ceux qui ont voté ont accentué le glissement à droite du corps électoral, qui traduit, dans la jeunesse comme dans le reste de la population, un mouvement profond de la société. ii

C'est confirmer que, pour la jeunesse comme pour l'ensemble de la population, à des données globalement inquiétantes pour le PCF, il existe une explication universelle : le glissement à droite de la société française. Reste qu'une telle théorie, au moins en ce qui concerne les jeunes, vient de se trouver brutalement bousculée par le soulèvement étudiant. Ce pouvait être l'occasion d'un effort réel de renouvellement et de remise à l'heure des horloges.

D'autant que les militants du PCF ne se sont pas trouvés en porte à faux par rapport au mouvement lui-même. Même si les explications générales de la direction ont maintenu la traditionnelle ligne de division, le parti lui-même, en un saisissant contraste avec son attitude en Mai 68, est apparu en phase avec la mobilisation, soutenant clairement celle-ci. Souvent mis en difficulté dans les facultés, ses militants sont généralement bien intervenus en direction des lycéens. Le PCF semblait en mesure de recueillir les fruits de ses efforts : intervention de beaucoup de municipalités communistes mettant leurs moyens matériels au service de la lutte, défense active de la légitimité du mouvement, attitude positive de la CGT qui a jeté ses forces dans la mobilisation du 10 décembre ... Comme si, se sachant affaibli et dans l'incapacité de prétendre dicter ses conditions et imposer sa direction, le PCF avait fait de modestie vertu, accompagnant clairement le mouvement, respectant son autonomie et l'organisation démocratique qu'il s'est donnée.

Bref, le test pouvait étre jugé grosso modo positif. Mais, telle ne fut pas la ligne de la direction à l'heure des bilans. Le comité central était placé devant un choix : soit recueillir les fruits de la politique suivie dans le cours même des événements, ce qui ·obligeait à revoir certaines de ses analyses de fond et à corriger la copie initiale de P. Blotin, soit maintenir celles-ci, quel que soit le prix d'une telle attitude ...

Le comité central a choisi la seconde solution. A croire que, pour lui, nùeux vaut une théorie commode qu'un mouvement dérangeant. Il a donc réaffirmé le 11 glissement à droite» du corps social, particulièrement manifeste dans la jeunesse (sic l). 11 A l'évidence, a expliqué P. Blotin, de nombreux jeunes qui ont participé à ce mouvement sont aujourd'hui plus conscients de la Georges Marchais et Guy Hermier lors de la manifestatioriJiJL.JJJ. décem/w:...

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nécessité de la lutte. Mais une énorme pression continue de s'exercer sur eux pour les détourner de l'action contre les causes réelles et les vrais responsables de leurs difficultés. Nous devons mesurer à la fois ce qui a bougé dans la jeunesse grâce à cette lutte, et l'ampleur des efforts à accomplir pour gagner des millions de jeunes à la claire conscience des causes de la crise et des solutions à lui apporter. >>

Quant à Marchais, dans une « intervention il qui a pris figure de second rapport visant à répondre aux arguments des contestataires, il s'est efforcé de démontrer que les 11 éléments nouveaux il, importants, apportés par le mouvement des jeunes, ne remettaient pas en cause les analyses antérieures du parti. 11 Peut-on sérieusement nier qu ïl y ait recul de la conscience de classe, recul des idées et des valeurs de progrès ? il, a-t-il asséné. Le 11 glissement à droite il, qu'est-ce d'autre que l'explication des progrès de la droite et du PS, et donc du recul du PCF? Marchais n'est pas décidé à renoncer à cette thèse, quoi qu'il se passe ! D'autant que, après avoir salué l'autonomie du mouvement étudiant, valorisé sa démocratie interne, voire ses comités de grève et ses coordinations, il s'agit d'éviter que les travailleurs, prenant la chose au sérieux, y voient un exemple à suivre ...

Bref, le comité central a fait la démonstration qu'il savait plier les surprises de la lutte des classes à la logique de ses propres montages théoriques. On ne saurait mieux s'empêtrer dans ses contradictions et faire montre de davantage d'ankylose.

Francis Sitel

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