Présenté par 10 membres du comité central et de la commission centrale de contrôle Les enjeux de la situation pour les révolutionnaires.
1.1.1 Novembre-décembre 1986 marque un tournant brusque dans la situation politique. Nous devons analyser ces événements en les replaçant dans la durée, dans le cadre des rapports de forces entre classes tels qu'ils ressortent de l'analyse de la période.
De telles luttes et mobilisations ne constituent pas une surprise.
L'ampleur et la profondeur de la mobilisation de la jeunesse, qui a regroupé la majorité des jeunes scolarisés, sa capacité à mettre en échec le gouvernement, l'embrayage quasi immédiat de luttes ouvrières, à la SNCF, à la RATP, dans les ports, à l'EDF, dans un contexte où il apparaissait tout à coup possible de faire reculer le gouvernement, tout cela en quelques jours, est totalement inexplicable si l'on s'en tient à une analyse fondée sur la dégradation continue du rapport de forces depuis le milieu des années 70; dégradation telle que non seulement on aurait changé de période mais qu'on en serait aujourd'hui à un stade où il serait nécessaire de reconstruire pas à pas le rapport de forces pour permettre ... dans un second temps d'envisager d'éventuelles confrontations de classes d'ensemble, à l'échelle nationale.
En outre les développements récents de la lutte des classes au plan international, plus spécialement au plan européen, dans l'Etat espagnol ou en Grèce, atttestent de la permanence d'un rapport de forces entre les classes qui autorise de vastes contre-offensives de la classe ouvrière et de la jeunesse face aux attaques de la bourgeoisie.
L'existence de secteurs de masse qui échappent aux contrôles des forces réformistes traditionnelles et qui ont recours à l'auto-organisation pour gérer leurs luttes témoignent d'un niveau de conscience élevé.
Au plan directement politique en revanche, il n'y a encore que peu d'expressions de cette réalité d'un renouveau politique avec l'apparition d'une nouvelle génération dans la classe ouvrière, à l'exception de phénomènes très particuliers comme le développement des Griinen en RF A.
L'enjeu principal de la situation pour les révolutionnaires réside précisément dans la capacité qu'ils auront à traduire ce renouveau en éléments concrets dans la voie de la construction de partis révolutionnaires.
!.1.2. En France, une appréciation correcte du bilan de 1981 à 1986, de la signification de la victoire électorale de la droite en mars 1986 n'était pas sans implications.
Celle-ci ne traduisait en aucune manière une modification qualitative des rapports de forces et il était prévisible que la volonté de la bourgeoisie de prolonger sa victoire électorale par une offensive tous azimuts contre les acquis des travailleurs se heurterait inévitablement à une riposte massive des secteurs concernés.
Il aura suffi de moins de six mois de politique d'austérité menée par un gouvernement arrogant, jugeant mal les rapports de forces réels pour qu'une mobilisation massive comme on n'en avait jamais connu dans la jeunesse, des grèves dures avec des expériences d'auto-organisation qui représentent une avancée considérable pour le mouvement ouvrier se développent et fassent vaciller le gouvernement qui ressort affaibli de ces évènements.
La crise de direction de la bourgeoisie française et des institutions dont elle s'est dotée n'en est que plus manifeste à l'heure où les solutions bourgeoises de choc à la Reagan ou à la Thatcher sont largement décrédibilisées au plan international.
Des potentialités considérables existent tant du point de vue des mobilisations de masse que de celui de notre intervention dans une telle situation. A condition toutefois d'en tirer les leçons essentielles et de disposer l'organisation dans cette perspective.
!.1.3. Les mobilisations de la fin 1986 et du début 1987 sont annonciatrices d'affrontements dans les mois à venir sans qu'il soit possible d'en déterminer dès maintenant les formes et les rythmes.
La situation politique et sociale est marquée par deux éléments fondamentaux:
1 °) La nécessité pour la bourgeoisie d'approfondir sa politique d'austérité, de remettre en cause des acquis sociaux fondamentaux. La crise économique à l'échelle internationale s'approfondit et cela implique une exacerbation de la concurrence interimpérialiste. De ces affrontements économiques sortiront des vainqueurs et des perdants notamment dans les secteurs industriels de pointe et au niveau financier.
Les marges de manoeuvre de la bourgeoisie française sont sur ce terrain limitées. Elle a en effet pris un retard considérable dans la plupart des branches clés. Rattraper ce retard, implique de s'en prendre aux salaires directs et indirects, de restreindre au maximum toutes les dépenses sociales, de généraliser la flexibilité du travail, etc.
A ces contraintes économiques s'ajoutent des impératifs politiques liés à la faiblesse même des partis bourgeois, à leurs divisions et à leur dépendance vis-à-vis de leur base électorale radicalisée à droite.
2°) Le maintien du rapport de forces global entre les classes qui empêche la bourgeoisie de mettre en oeuvre brutalement sa politique d'austérité sous peine de provoquer des affrontements dont elle n'est pas sûre de sortir vainqueur. C'est ce qui explique fondamentalement la faiblesse du gouvernement. C'est sur la tactique à adopter pour infliger des défaites à la classe ouvrière que les divergences s'expriment ouvertement au sein de la bourgeoisie.
Nous devons nous préparer à de nouveaux tournants brusques qui peuvent être tout autant le fait d'une crise politique surgissant à la faveur d'une crise institutionnelle, que le fait d'affrontements de classe d'une certaine ampleur du type de ce que nous avons connu durant quelques jours en décembre 1986 avec les mobilisations de la jeunesse.
Les éléments négatifs accumulés ces dernières années (chômage structurel, divisions traditionnelles dans la classe ouvrière mises crûment en lumière par la crise et que subissent les femmes, les immigrés, les jeunes, défaites subies dans plusieurs secteurs) ne sont pas de nature à contrarier la tendance générale. De
plus le développement de mouvement basée sur des coordinations est justement de nature à contrecarrer les effets de ces éléménts négatifs. Ils expliquent cependant les voies et les formes concrètes qu'emprunte la remontée de l'activité ouvrière.
Ce sont ainsi les secteurs qui ont le moins subi la crise qui sont partis les premiers. Ce sont souvent des branches, ou même des secteurs d'activité au sein d'une branche, où la voie d'une centralisation effective de la grève apparaît plus facile (public par rapport au privé par exemple).
Mais ce sont des secteurs qui jouent un rôle d'entrainnement par rapport à l'ensemble de la classe et qui focalisent rapidement les conflits en terme d'affrontement politique avec le pouvoir. Nous n'avons cependant connu jusqu'alors que les premiers développements de cette situation qui en appelle bien d'autres.
Le fait que nous n'ayons pas été confrontés à un mouvement gréviste généralisé ne signifie pas que celui-ci est durablement hors de portée de la classe ouvrière. C'est dans cette perspective que nous devons travailler à préparer les meilleures conditions pour qu'un tel mouvement porte ses fruits au plan politique.
La crise, les points marqués par la bourgeoisie n'ont aucunement entraîné une identification de secteurs significatifs de la classe ouvrière aux projets de la bourgeoisie. L'idéologie libérale connaît même une crise importante au vu des résultats pratiques des politiques qui s'en inspirent.
De la même manière, la jeunesse ne s'identifie pas à "l'idéologie Tapie" . Les mobilisations antiracistes, celles contre la loi Devaquet, ont témoigné de son attachement à des valeurs d'égalité (égalité face à la formation, égalité des droits entre Français et immigrés, opposition à toute discrimination, etc.), de solidarité (contre les attentats racistes, avec le tiers monde, etc.) qui, au-delà du caractère flou qu'elles peuvent prendre parfois, entrent en contradiction avec la réalité brutale du système capitaliste en crise.
Un nouveau cycle de luttes.
1.2.1. Le nouveau cycle de luttes qui s'ouvre contient les données de la crise des organisations traditionnelles et des expériences accumulées ces dernières années.
La rancoeur accumulée dans les luttes passées a créé une très forte volonté d'efficacité. Cette volonté a comme conséquence l'aspiration à l'unité et, au moins au départ, à la délimitation d'objectifs limités.
Cette expérience a aussi tissé une forte conscience politique des obstacles et des enjeux. Il en résulte une grande défiance vis-à-vis du rôle des partis et même des directions syndicales, une grande aspiration à l'auto-organisation et une perception aigüe, au moins chez les anciens, du rapport de forces nécessaire à chaque étape de la lutte, du fait que toute attaque frontale contre la politique des salaires et de l'emploi impose un rapport de forces interprofessionnel et national, lequel ne peut apparament être forgé que par les directions des appareils syndicaux qui ont fait la preuve de leurs carences , les journées de 24 heures n'ayant jamais rien permis d'obtenir sur ce plan.
Ainsi dans les luttes à venir, notre souci doit être la progression du niveau de conscience dans les capacités de la classe à dépasser ces obstacles par ses propres moyens d'organisation de grève et par le contrôle politique que peuvent jouer comités de grève et coordinations.
A la SNCF, un bond historique a été réalisé par rapport à la situation antérieure. Si des structures de comités de grève avaient déjà été mises en place dans les mois précédents (coordination des manips radios, Ville Evrard, Schlumberger), c'est la première fois qu'une grève nationale se structure sur la base de comités de grève et d'AG souveraines.
Un tel mode de structuration permet la démocratie dans la lutte et met les syndicats sous surveillance, limitant leurs manoeuvres et leur division.
Mais les coordinations nationales sont plus apparues comme comité national de vigilance plutôt que comme comité national de grève imposant leur reconnaissance comme direction de la grève par les syndicats.
C'est le souci que nous devrons avoir dans les mois qui viennent si des luttes démarrent dans des secteurs où notre force nous donne les moyens de faire encore progresser ces expériences.
1.2.2. Nous refusons les conceptions limitatives des comités de grève qui ne manqueront pas de se développer :
- Le comité de grève n'est pas que le front uni des organisations syndicales, le moyen de réaliser l'unité de ces dernières. Le corollaire de cette idée fausse
étant bien sûr qu'il n'y a pas besoin de comité de grève quand il y a unité. Le comité de grève structure l'ensemble des travailleurs, brisant même momentanément et la division et l'extériorité de la masse des travailleurs quant aux décisions et à la direction de la lutte. C'est la structure qui réalise l'existence de la classe rendant chacun conscient de la force et du pouvoir de l'action collective. C'est une arme redoutable de prise de conscience politique et d'amélioration du rapport de forces qui nous impose de mettre le maximum de soin à sa mise en place et à son fonctionnement, chaque pas dans ce sens augmentant les chances de succès de la lutte et d'échec des manoeuvres de division.
-Le comité de grève n'a pas pour fonction de contrôler les syndicats. Nous devons tendre à ce que le comité de grève, forme supérieure d'organisation de la classe, soit lui-même la direction de la grève. Imposer dans une grève la reconnaissance du comité de grève par les directions syndicales et par le patronat serait un pas supplémentaire décisif.
- Le comité de grève joue aussi une fonction directement politique. Nous avons vu au niveau étudiant comment une coordination nationale pouvait devenir un acteur politique supérieur aux partis et dont la force venait du fait que chaque étudiant vivait la coordination comme son représentant réel.
Si nous étions capables de faire la même chose dans un secteur de la classe ouvrière, ce serait aussi décisif dans la crise actuelle du mouvement ouvrier, syndical et politique.
La centralisation nationale des comités de grève, objectif que nous devons nous fixer même si de nombreux obstacles seront à franchir, joue un rôle réellement révolutionnaire en remettant en cause les formes traditionnelles de la démocratie bourgeoise et pouvant faire peser le poids direct de la classe face à l'état bourgeois.
Les étapes intermédiaires sur ce chemin sont les appels directs que pourrait faire une structure nationale de grève à la solidarité, à l'extension, au soutien des partis et syndicats ouvriers, étant ainsi un levier concret pour imposer le front unique et permettre l'extension du comité de grève.
1.2.3. La situation actuelle doit aussi nous amener à adapter notre travail syndical en conséquence, moins du point de vue de la bataille générale pour l'unité et la mobilisation, que du point de vue des moyens dont nous disposons pour les imposer. Nous devons d'abord constater que si tout le travail fait les dernières années dans les syndicats peut aujourd'hui porter de nombreux fruits, il n'en reste pas moins que les dernières expériences d'auto-organisation (SNCF, instits) ont montré que c'était l'émergence de telles structures qui était capable de contester réellement et directement la direction des luttes aux bureaucraties, ce que n'avaient pu faire à cette échelle les oppositions syndicales. Cela implique que la quantité de travail militant directement consacré à la préparation de telles situations soit importante .
Nous devons voir le lien entre cet effort et le travail syndical permanent à plusieurs niveaux.
- Dans les conflits, quelque que soit leur importance, nous devons veiller à créer un rapport de forces face aux bureaucraties syndicales, ce qui impose à la fois de savoir dès le départ dépasser le cadre syndical et simultanément, même lorsque de telles structures ne rassemblent pas encore l'ensemble des travailleurs de les concevoir comme des cadres de front unique et non comme des "comités d'action" parallèles aux syndicats. Ceci est indispensable pour convaincre les militants syndicaux honnêtes de l'utilité de telles structures, pour contraindre les dirigeants syndicaux à y participer.
Ne pas le faire laisserait libre cours à la division, aux manoeuvres. Cette bataille envers les syndicats se situe à chaque étape de la progression de l'action. Plus les structures d'auto-organisations (comités de grève, coordinations) prennent de l'importance~ plus il faut veiller à ce que les syndicats les soutiennent, s'y intégrent, les contraignant à les reconnaître comme forme d'organisation supérieure.
De ces expériences de lutte, nous devons tirer parti pour renforcer le rapport de forces des révolutionnaires dans les syndicats en particulier par l'apport de jeunes travailleurs combatifs dont nous pouvons gagner la confiance et l'adhésion au syndicat par l'expérience de notre travail.
De même, la défense de toutes les revendications et l'accent mis pour l'émergence de telles formes d'organisation de la lutte sont un discriminant pour les regroupements d'oppositions syndicales. Des syndicats ou des courants d'opposition peuvent se renforcer en apparaissant comme les artisans d'une telle émergence mais cela nous impose aussi de mettre à l'épreuve ces regroupements
en cette circonstance ,et jamais paraître solidaires d'équipes syndicales qui n'accepteraient pas la prééminence de telles structures.
Parallèlement de telles situations de lutte peuvent permettre concrétement la liaison entre des militants lutte de classe appartenant à des syndicats différents.
Nous devons veiller en permanence au lien entre notre travail de préparation et d'organisation des conflits et notre travail syndical pour qu'ils se nourrissent l'un l'autre, non pas en nous écartelant mais en nous aidant à la clarification dans le syndicat et au renforcement de notre rapport de forces en son sein. C'est aujourd'hui le meilleur moyen pratique de mettre en oeuvre yune orientation lutte de classe pour l'unité et la mobilisation.
L'ensemble de ces tâches met en relief la nécessité d'une politique d'implantation, de construction de vrais noyaux communistes révolutionnaires sans lesquels l'écartèlement physique des militants est un danger majeur.
1.2.4. Le contexte actuel, avec la crise du PCF, met en lumière nos responsabilités : il s'agit d'oeuvrer à ce qu'apparaisse parmi ces milliers de travailleurs avancés, un courant révolutionnaire qui, partant du bilan des luttes, soit en mesure de porter concrétement à une échelle déjà large ses réponses politiques à la situation et trace la nécessité pratique de construire un parti révolutionnaire des travailleurs pour commencer à résoudre positivement la crise du mouvement ouvrier. Chaque petit pas dans ce sens sera une pierre solide dans cette entreprise.
Jouer le rôle d'une organisation d'avant-garde signifie pour la LCR d'abord un travail de propagande pour faire tirer partout le bilan de l'expérience des dernières luttes et du rôle des comités de grève, ceci afin de préparer dans chaque entreprise le maximum de travailleurs à des tâches similaires. Le développement de comités de grève dans toute sa dimension ne peut rien avoir de spontané.
Ensuite, c'est comprendre que, même dans un mouvement, le comité de grève est le reflet de l'état du niveau de conscience de la classe et que nous devons à chaque fois non pas "refléter" cet état mais être déjà un pas en avant en donnant les réponses politiques aux questions en germe, en n'hésitant pas à défendre ouvertement notre point de vue même s'il est minoritaire au départ.
Les luttes actuelles remettant en cause la situation héritée du 16 mars posent directement pour les travailleurs avancés plusieurs problèmes politiques :
-Celui de l'affrontement avec le gouvernement, c'est la grève générale pour chasser Chirac, que nous concevons comme le moyen de traduire en termes politiques la nécessité d'une riposte d'ensemble ouvrant la voie à un changement radical. Ceci nous conduit dès maintenant à mettre en avant dans la propagande de masse ce qui devrait être le correspondant politique de la mobilisation ouvrière : un gouvernement des travailleurs contrôlé par les travailleurs eux-mêmes à l'image des sTructures de grève. Ceci n'empêche qu'en cas désormais envisageable de crise politique ouverte nous n'hésiterons pas à avancer la nécessité d'un gouvernement du PC et du PS comme alternative immédiate au pouvoir de la droite.
Spontanément, les travailleurs ne posent pas la question comme cela pour plusieurs raisons :
- D'abord, la première question est celle du rapport de forces nécessaire pour stopper point à point les attaques. Et s'il est évident très vite que la mise en échec des attaques essentielles implique une remise en cause de la politique globale du gouvernement, cela entraîne deux nouveaux problèmes :
1. Comment créer un rapport de forces suffisant, une action d'ampleur dépendant des directions syndicales et politiques ?
L'expérience des dernières luttes apporte des éléments en montrant comment l'action organisée directement peut avoir un effet d'entraînement et que la question essentielle est bien de garantir la conduite de la lutte et d'arriver à l'extension. C'est donc l'expérience elle-même qui peut faire progresser dans cette voie en particulier si elle combine la bataille pour confronter les directions syndicales à ces exigences dans le cadre d'une politique de front unique; ceci ne peut, à travers l'expérience des luttes que renforcer la confiance des travailleurs à aller de l'avant en organisant eux-mêmes la centralisation.
2. L'autre question est bien sûr quelles sont les garanties pour que le jeu en vaille la chandelle. Pourquoi un gouvernement de gauche ferait-il une politique différente de celle menée de 1981 à 1986, d'autant que le PS ne s'empresse pas aujourd'hui de défendre les revendications ?
A cela une première réponse doit être apportée dans la propagande. Nous n'avons pas plus confiance dans les directions du PS et du PC aujourd'hui qu'hier. Ils ont montré de quoi ils étaient capables. Au nom de cela, faut-il
baisser les bras ? Nous savons que face à Chirac nous n'obtiendrons que ce que nous imposerons. Il en sera de même face à un gouvernement de gauche et ' sur ce point la situation peut être différente de celle de 1981 à 1986.
On ne peut attendre de changement à l'initiative de ces dirigeants. Le réalisme des petits pas mène à la défaite.
Si nous avons la force d'abattre ce gouvernement de droite aujourd'hui, nous aurons la force d'imposer demain à un gouvernement de gauche nos revendications.
Mais cela ouvre aussi une autre question de taille : la classe ouvrière a visiblement besoin d'une autre représentation politique que le PS, gestionnaire de la crise, et le PCF tournant le dos à son prétendu rôle d'avant-garde et gérant la spirale infernale de sa crise.
Il faut dans ce pays une force politique en continuité avec les luttes sociales actuelles, porteuse d'unité, de combat contre le patronat. Le rôle que les révolutionnaires ont su jouer dans les luttes doit leur permettre de montrer qu'ils peuvent aussi jouer ce rôle sur la scène politique. Plus que jamais, la construction d'un nouveau parti révolutionnaire pour les travailleurs est à l'ordre du jour.
1.2.5. Ici apparaît clairement le décalage de la situation actuelle. Les trotskistes, et particuliérement la LCR, apparaissent ouvertement comme le référent naturel dans les luttes récentes; la presse et la bourgeoisie les désignent comme responsables de tout ce qui ébranle l'Etat bourgeois dans ce pays, des "affaires" à la Kanaky, en passant par les luttes de la jeunesse et de la classe ouvrière. Nous aurions tort de n'y voir qu'une simple manoeuvre policière et de ne traiter cela que par une ironie gênée. Un vrai problème politique apparaît dont nous ne devons pas sous-estimer l'ampleur et le défi qu'il représente pour nous.
Le PC par sa spirale de l'échec, le PS par son ancrage dans la gestion capitaliste, ne sont pas le relai politique de la force qui se manifeste aujourd'hui.
Le problème est que, au delà de notre rôle majeur dans une série de conflits et des capacités que nous avons à être en phase avec les travailleurs mobilisés, nous n'apparaissons pas comme porteurs d'un projet politique qui soit le prolongement de telles luttes. Nous n'apparaissons pas, paradoxalement, comme une force politique dans la société.
Régler cette question dans les mois et les années qui viennent doit être notre obsession. Le hiatus existant aujourd'hui peut être comblé dans le bon sens de deux façons :
-En faisant tout pour faire progresser le combat et l'apparition en commun des révolutionnaires. Cela impose de mettre tout en oeuvre pour notre propre construction comme petit parti d'action, pour la confrontation et l'unité avec Lü, en contestant dans la pratique leur orientation. Ceci est déjà une réponse à notre portée qui doit être liée à une offensive vis-à-vis des militants du PCF.
- En saisissant toutes les occasions dans les conflits, par une politique de front unique, de démontrer la nécessité d'une nouvelle représentation politique pour les travailleurs, en faisant en sorte d'amener les éléments dirigeants des grèves à accéder à cette compréhension. Ainsi des luttes arrivant à un niveau élevé d'affrontement politique et se confrontant à l'attitude des partis réformistes peuvent nous permettre de poser à une autre échelle la nécessité de la construction du parti révolutionnaire .
1.2.6. La question des élections présidentielles se pose dans ce cadre. Aucune hésitation! Nous sommes pour la défaite de Chirac, Barre et tout autre candidat de la droite .... Et bien évidemment nous serons pour la dissolution de l'Assemblée nationale et la formation d'un gouvernement du PS et du PCF.
Mais en raison des enjeux de la situation actuelle, toutes nos forces doivent être tendues vers cet objectif : donner une place politique aux révolutionnaires, occupper le champs politique. Nous ne devons avoir aucune illusion sur une soudaine percée électorale avant d'avoir fait nos preuves comme force politiqiue utile. Notre attitude à cette occasion doit être en conformité avec l'objectif: dessiner une nouvelle représentation politique pour les travailleurs.
Accepter une dispersion des candidatures révolutionnaires ou pire être nousmêmes absents serait une lourde erreur. La divergence probable avec Lü sur la consigne de vote au second tour ne justifie pas une présentation concurrente des deux organisations révolutionnaires qui ont joué un rôle moteur dans les dernières mobilisations. Cela nous ferait une nouvelle fois apparaître comme d'éternels marginaux appelant tout le monde à l'unité mais incapables de la réaliser eux-mêmes.