La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Plantu, t'as tort

Critique communiste, n° 84, avril 1989 · p. 3 · 383 mots

Allez, nous n'avons pas assez souvent l'occasion de vous le dire : on aime bien vos dessins, Plantu. On achèterait souvent le Monde rien que pour eux. On les aime si bien qu'on s'en est souvent servi pour illustrer ces colonnes, tant ils touchent juste, drôle et pointu, comme votre nom. Nous vous remercions une fois encore pour votre indulgence envers nos détournements parfois un peu cavaliers. Mais justement, notre surprise n'en a été que plus grande: de quelle mouche les Corses vous ont-ils piqué ? Au nom de quoi leurs revendications seraient-elles moins légitimes que celles des infirmières qui avaient, il y a peu, votre sympathie? Par quelle magie les deux ou trois centaines de francs mensuels que leur propose le gouvernement, et que les infirmières considéraient comme une aumône, se transforment-elles maintenant en un pactole dans les mains de Tintin-l'ouverture ? Pourquoi l'indignation des Corses repartant selon vous les poches pleines deviendrait-elle alors une hypocrisie que vos dessins de ces derniers jours voudraient dénoncer? Ne vous laissez pas; cher Plantu, prendre au jeu du gouvernement. Il voudrait donner de lui-même l'image de son Premier ministre : celle d'un bon garçon qui fait ce qu'il peut pour sauvegarder l'intérêt général face à un pays qui s'adonnerait à nouveau au vieux démon des égoïsmes catégoriels. L'explosion corse a, en fait, au-delà de ses spécificités liées à son statut colonial, la même légitimité que la vague infirmière de l'automne. L'une et l'autre expriment un profond sentiment d'injustice face à ce capitalisme qui n'a à promettre qu'efforts et privations pour le plus grand nombre, pour le profit des grands trusts. Et chacun sait que les 1 500 F d'augmentation qui sont partout réclamés, en Corse comme ailleurs, sont parfaitement logiques compte tenu du recul des salaires depuis dix ans. Tintin rame, parce que ce ne serait pas« économiquement • raisonnable? Nous sommes de ceux qui pensent, bien au-delà de l'extrême gauche, que le navire doit changer de cap, rompre avec la logique du profit capitaliste·, redonner une perspective. politique d'ensemble à toutes ces luttes qui ne sont dispersées qu'en apparence. Dites, vous ne nous feriez pas un « plantu • pour illustrer ça?

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