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Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

NOTES DE LECTURE

Jean-Marie Vincent, Fétichisme et société

· Critique communiste (1re série), n° 2, juin-juillet 1975 · p. 124-125 · 669 mots

Carlos Rossi, Daniel Bensaïd.

NOTES DE LECTURE.

Jean-Marie Vincent. Fétichisme et Société, Ed. Anthropos

Malgré la diversité des sujets qu'il aborde, en tant que recueil d'essais, l'ouvrage de J.M Vincent préseJlte une unité remarquable: rétablir le marxisme dans son vrai caractère de critique, sans complaisance pour l'état de choses existant, et d'instrument de transformation du monde . A travers trois sections, qui contiennent respectivement des travaux sur le droit, sur la sociologie de Max Weber et sur le développement du marxisme à partir du Capital, se déroule ce que J.M . Vincent lui-même définit comme une «contre-offensive». s'attaquant à la contamination du marxisme par la pensée bourgeoise, à la pétrification stalinienne de la théorie marxiste et aux« amél iorations» de la doctrine par l'adjonction éclectique des résultats du positivisme bourgeois. Il s'agit de renouveler la théorie, non par des «adaptations» empiriques, mais en lui faisant retrouver sa liaison intime avec la pratique révolutionnaire .

La supériorité évidente du livre de J.M. Vincent sur la ·grande majorité des travaux marxistes publiés en France au cours des 20 dernières années se situe à plusieurs niveaux : a) une connaissance rigoureuse et approfondie non seulement des « classiques » du marxisme, mais aussi des grands penseurs bourgeois : Hegel, Max Weber, Parsons, etc. ; b) le dépassement du chauvinisme culturel, de l'« hexagonisme » étriqué, si fréquent en France, par une lecture critique, fertile et enrichissante de la production marxiste allemande (Léo Kofler,A. Schmidt, J . Habermas, T. Adorno, H.J. Krohl, etc.) et italienne (V. Cerronni, G. Della Volpe, L. Colleti, etc.) ; c) par une orientation authentiquement révolutionnaire qui n'a rien de commun avec la répétition dogmatique de quelques formules figées ; d) par le refus des « synthèses » éclectiques entre Marx et les développements les plus récents de la pensée bourgeoise dans les sciences sociales universitaires.

Un des écrits du livre qui nous semble réunir au plus haut degré toutes ces qualités est l'essai «Science et idéologie un siècle après le Capital» -la première fois dans un recueil publié en plein mois de mai 1968 - qui développe, en partant d'une analyse de 1 'oeuvre de Marx, quelques-uns des problèmes théoriques et politiques décisifs pour la 124 lutte révolutionnaire dans les pays capitalistes avancés aujourd'hui .

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Comme le souligne J.M. Vincent, dans la préface, les diverses études de son livre se situent à des étages d'élaboration différents (de 1964 à 1972). Tandis que certains sont influencés par Lukacs, Bloch, Kofler et par la problèmatique du courant humaniste révolutionnaire, d 'autres sont plus proches des préoccupations scientifiques et méthodologiques de Lucio Colleti.

En tant que partisan du premier courant (et contrairement à J.M. Vincent). le rejet radical de la raison dialectique hégélienne par Colleti dans Il Marxismo e Hegel, nous semble très discutable. Colleti essaye de prouver que Marx est plutôt un continuateur de Kant et de sa raison analytique que de Hegel. Comme cette thèse est en contradiction explicite avec les textes de Marx lui-même, Colleti est obligé d'avancer la thèse surprenante selon laquelle Marx a été« incapable de se représenter clairement la généalogie de ses découvertes. Sa conscience ne réussit pas à se rendre entièrement compte de son être » (// Marxismo e Hegel, Laterza , Bari , 1969, p. 275) . A notre avis, la généalogie de la dialectique marxiste, telle que Marx lui-même la présente, c'est-à-dire comme Aufhebung (dépassement) de la dialectique hégelienne, est bien plus capable de saisir l'essence même de la méthode de l'auteur du Capital que les conceptions « néo- kantiennes » sui-generis de Colleti.

De même, les critiques de Colleti contre Lukacs, l'assimilant un peu hâtivement au bergsonisme , nous semblent appeler beaucoup de réserves . Mais cela relève déjà d'un autre débat.

Quoi qu'il en soit, partisans ou adversaires de Lukacs et du « hégélomarxisme » liront avec intérêt le remarquable ouvrage de J.M. Vincent, _sans aucun doute une des contributions les plus originales et les vigoureuses au renouvellement de la pensée marxiste en France depuis de longues années.

C. Rossi

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