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Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

DOSSIER

L'informatique conviviale peut en cacher une autre

· Critique communiste (1re série), n° 29, septembre 1979 · p. 99-127 · 11 993 mots

Un intellectuel collectif contradictoire

En décembre 1976 , Valéry Giscard d'Estaing confiait à Simon Nora la mission d'étudier un rapport sur les «moyens de conduire l'informatisation de la société" 1 comme «facteur de transformation de 1' organisation économique et sociale et du mode de vie» 2 .

Le rapport écrit par Nora et Mine est en réalité la synthèse du travail effectué par plus de 400 intellectuels, fonctionnaires, économistes, ingénieurs et patrons au sein de commissions animées par la mission informatique du ministère de l'Industrie .

Ce travail préalable couvrait les sujets suivants :

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Réseaux, télécommunication et télématique;

-

Banques de données;

-

Informatique et macroéconomie ;

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Nouvelle croissance : examen des approches étrangères ; Japon, USA ;

-

Évaluation économique des usages de 1' informatique;

-

Informatisation de la société : structure d'analyse dans quelques pays étrangers;

- L'industrie de l'informatique;

- Évolution du marché des matériels informatiques;

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- Les sociétés de services et de conseils en informatique ; - L'informatique et l'administration française; - Les départements informatiques internes; - Les moyens et petits utilisateurs; - Le tournant informatique (évolution historique de l'informatique); - Évaluation des performances et du rapport performances/prix des matériels et des logiciels ; - Réflexion sur l'expérience canadienne d'informatisation; - Introduction de l'informatique dans les activités médicales et de santé; - Problèmes juridiques posés par 1' informatisation; - Informatique et pouvoir local; - Prise en compte des conditions de travail dans les décisions d'automatisation administrative; - Recherches et technologies de l'information; - L'informatique et son image ; - Les applications avancées de l'informatique.

L'addition de ces rapports préalables, travaux de commissions et contributions annexes, ne définit pas un intellectuel collectif de la bourgeoisie, mais bien plutôt« la combinaison contradictoire de rationalité partielle et d'irrationalité globale» qui selon Ernest Mandel renvoie «à la contradiction entre la contrainte de mise en valeur maximale du capital et les exigences d'une réalisation optimale de l'homme,3.

Contrairement aux apparences, il est moins question d'un modèle français d ' informatisation de la société que de développer à propos de l'informatique:

<<Une thèse sur l'orientation économique à moyen terme, nécessaire à une issue bourgeoise à la crisé.

<<Et des considérations courtoises sur le rôle de l'État dans le développement des activités et des marchés informatiques et de télécommunication. ,,s

Le tout fonctionne par l'idéologie : - Une interprétation de l'évolution historique de la technologie de l'informatique et des télécommunications et de ses conséquences sociales 6 . - Une thèse socio-politique globale sur la disparition de la lutte de classes par une société informationnelle, ni marxiste, ni libérale 7 .

Beaucoup plus que par ses chapitres sur l'économie et sur l'État, c'est par l'idéologie que le rapport Nora-Mine est efficace. C'est aussi la dernière mouture d'une démarche classique déjà illustrée par la fameuse Révolution scientifique et technique de Radovan Richta, à savoir : élaboration d'une thèse scientiste futuriste et bien entendu au-dessus de la lutte de classes. Ce qui permet de renvoyer dos à dos capitalistes et marxistes après leur échec à analyser et à promouvoir le développement harmonieux de la société. Avec le rapport

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Nora, la bourgeoisie entend fixer un cadre délimitant le débat qu'elle veut mener sur l'informatique.

Inspecteur des finances , Nora est représentatif de ces couches de la haute administration qui à travers les vicissitudes de la politique au jour le jour ont suffisamment de clairvoyance pour se consacrer à l'étude de la crise de l'organisation et des stratégies de l'Etat dans ses rapports avec la société civile. Des discours de Mendès France (préparés par Nora) à l'État et le citoyen, livre manifeste du club Jean-Moulin, au discours programme sur la «Nouvelle Société, préparé par Nora pour Chaban-Delmas et aujourd'hui à propos de l'informatique, il y a continui é dans la compréhension du rôle central des rapports de l'État et de la société civile dans l'élaboration des stratégies de la bourgeoisie.

Crise de l'État , société bloquée, mutations technologiques qui autorisent le <<Changement social>• : la pensée de Simon Nora puise aujourd'hui aux sources les plus modernistes, Attali, Foucault, Edgar Morin , Touraine, etc. pour inlassablement répéter le même credo : <<La reconquête progressive de l'État par la société qui s' invente elle-même , c'est bien la seule voie du salut [ ... ]Ou se créera , à travers mille péripéties , un équilibre dynamique où la société et l'État non seulement se supporteront, mais se fabriqueront réciproquement; ou le jeu se durcira : une société bloquée suscite le gestionnaire musclé d e ses archaïsmes . Il ne resterait plus alors aux prophètes que les chants désespérés du dernier romantisme . ,s Les << aménités » de la nouvelle croissance

Nora pa rt de la constatation de la miniaturisation de l'informatique (microprocesseurs), de l' évolution des logiciels qui rapproche la perspective de la programmation dans un langage courant et de l'apparition des réseaux , pour prévoir la jonction entre le stockage de l'information (banques de données) et les moyens de la recevoir et de la transmettre quasi instantanément. C 'est cette jonction de l' informatique et des réseaux qu'il aooelle <<télématique" .

L'informatique par son coût et la complexité de sa mise en œuvre était réservée aux sociétés et à l'administration et utilisée principalement dans le domaine de la gestion.

Son utilisation est aujourd'hui prévisible tant dans la production matérielle (conduite et contrôle de processus industriels), dans le commerce, la médecine , l'enseignement, les services, les bureaux, que dans la vie quotidienne (déjà envahie par les calculettes et bientôt les traductrices de poche). La technologie rend possible aujourd'hui une évolution futuriste , dans laquelle les

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sociétés et les administrations pourront se connecter et s'interconnecter à des centres de données, et où les individus par leur téléviseur relié à leur téléphone pourront se brancher sur les annuaires, horaires des trains, pages de journal individualisées, interroger leur compte bancaire, gérer leur comptabilité personnelle, etc. Mais la crise et la difficulté à informatiser dans des domaines aussi divers rendent la réalisation de tels projets plus qu'hypothétique pour un avenir proche.

Pour l'instant tout ce dispositif restera expérimental; ainsi, fin 80, à Vélizy dans les Yvelines, 3 000 ménages seront équipés de vidéotex 9.

L ' informatisation prévue par Nora et Mine va d ' abord concerner les travaux simples et répétitifs dans les entreprises.

Pour Nora-Mine, la crise est triple : déséquilibre de la balance commerciale dû à la facture pétrolière, chômage, affaiblissement du marché interne.

L'informatisation, par les gains massifs de productivité qu'elle permet, va améliorer la compétitivité internationale des entreprises et diminuer la «contrainte extérieure" . Mais la contrepartie est une baisse massive de l'emploi dans le tertiaire et les services pour les dix ans à venir : - 30 % dans les banques et les assurances (suppression des emplois liés aux modes de traitement informatique traditionnel, rationalisation des procédu res com ptables internes) . Pour la Sécurité sociale et la poste, l'évolution sera moins rapide, soit que l'informatique demeure dans son usage traditionnel, soit qu ' il faille attendre le dépérissement du courrier par la téléimpression et la télécopie.

Dans les bureaux, les machines à traitement de textes 10 , l' introduction du courrier électronique et de la bureautique (association machine à écrire, téléphone et photocopieuse) réduiront massivement les 800 000 emplois de secrétaires, surtout que, comme l'écrivirent avec cynisme Nora et Mine, «la dispersion des employés de secrétariat, leur isolement au sein des entreprises, risquent d'amoindrir leur capacité de résistance,''·

Cette réduction des emplois dans le tertiaire touchera en priorité les emplois répétitifs et les moins qualifiés, pour standardiser et déqualifier ensuite les emplois où il reste aujourd'hui une part d'initiative et d'autonomie. En effet l'informatique permet immédiatement une transformation des modes de transmission de l'information dans les tâches administratives.

Le rapport montre implicitement que le capital est décidé à rationaliser et rentabiliser rapidement tout ce secteur en expansion rapide depuis la Seconde Guerre mondiale. Comme l'écrit Hugues Bertrand : <<La révolutionarisation des activités tertiaires, la transformation progressive des employés en ouvriers, la parcellisation du travail intellectuel de conception, d'organisation et d'administration, deviennent des nécessités, rendues possibles, en tout cas accessibles, grâce à l'informatique. " 12 Le tertiaire est promis à un bouleversement analogue à celui qui avait touché l'industrie avec le machinisme et le

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taylorisme, lors de la révolution technologique de la fin du XJx< siècle. On mesurera l'importance de l'enjeu que représente pour les travailleurs cette volonté d'informatisation à outrance, quand on sait qu'en France 45 % des emplois sont situés dans le «tertiaire,,, qu ' il y a à peu près 800 000 secrétaires et deux millions d'employés de bureau, et que ces emplois sont dans leur majorité occupés par des femmes 13 •

Dans l'industrie, l'emploi est défini comme étant constant ou légèrement décroissant, grâce aux gains de productivité rendus possibles par la lente introduction de procès automatiques de production à base de microprocesseurs. En matière d'emploi le rapport Nora constitue un tournant : l'aveu que sont abandonnées les prévisions optimistes, contenues dans des rapports de l'OCDE de 1973, qui expliquaient que pour dix emplois créés entre 1980 et 1990 neuf seraient dans le tertiaire et les services! Les perspectives sont celles de la montée inexorable du chômage, aggravée par l'arrivée sur le marché du travail de la génération des années cinquante et par la restructuration industrielle. On retrouve là les accents giscardiens classiques sur l'inéluctabilité du chômage.

Cet aveu sur la montée du chômage sera unanimement critiqué par la presse bourgeoise et oublié par le gouvernement. Ils s'efforceront au contraire de démontrer l' inverse 14 .

L'objectif fixé par les rapporteurs étant l'équilibre du commerce extérieur, ils attendent de l' informatisation et de la rationalisation de la production des secteurs touchés par la concurrence internationale (sidérurgie, chantiers navals, textile) un effet de seuil bénéfique, mais insuffisant. Pour être efficace l'industrie devra se spécialiser dans quelques «Créneaux porteurs». Il ressort de cette analyse que l'équilibre du comerce extérieur et l'insertion dans le marché mondial constituent tout à la fois un impératif catégorique de « compétitivité" supposant la liquidation des entreprises non rentables , ou non exportatrices, et une menace pour l'équilibre social interne, à cause du chômage qu'il provoque.

L'issue à cette contradiction, Nora et Mine la trouvent dans un «nouveau modèle de croissance".

Les politiques de transfert de pouvoir d'achat telles que celles que prévoyait le programme commun leur apparaissent inopérantes pour résoudre la crise de surproduction que connaissent les secteurs moteurs de la croissance (automobile, électroménager, bâtiment) où la concurrence est telle que le rythme des innovations technologiques ne suffit plus à assurer la valorisation du capital.

Nora et Mine préconisent donc la création de nouvelles demandes dans les domaines des «services collectifs de transport, d'enseignement, de santé, d'« aménités" de culture, voyages, loisirs, animation des collectivités

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locales» 15 qui créeront un maximum d'emplois et un minimum d'importations.

<<Les seules limites à l'extension de ces demandes nouvelles doivent être analysées sous l'angle de leur solvabilisation et sous celui de leur effet sur le commerce extérieur. Elles susciteront une création d'emplois d'autant plus intense que les branches qui les satisferont seront moins productives. Cette improductivité sera d'autant mieux supportée qu'elles se situeront dans un secteur "protégé" vis-à-vis de la concurrence internationale.>> 15

Leur financement reviendrait à une ponction supplémentaire sur les ménages par l'impôt. Mais si <<la société ne supporterait pas un excès de chômage» 15 , ces transferts supposent, eux, un consensus dont <da limite politique est dans la réaction du corps social à l'importance des transferts destinés à solvabiliser les demandes nouvelles» 15 .

Les difficultés de la << solvabilisation », on le voit, rendent cette nouvelle croissance plutôt aléatoire. Les véritables projets de la bourgeoisie se situent beaucoup plus dans l'utilisation de l'informatique pour tenter de résorber la crise d e surproduction par remplacem ent du travail humain par des machines et des systèmes, et par la destruction du capital d es secteurs non compétitifs.

Cette extension de demandes nouvelles à base de services improductifs repose sur une illusion. C ar les impératifs de valorisation font que << le capital peut tout aussi peu admettre une saturation d es biens matériels qu'une élimination de la force de travail vivante hors de la production matérielle, c ' est pourquoi l'extension de services socio-culturels est aussi étroitement limitée que l'extension de l'automation,, 16.

La fonction de cet appel à la «nouvelle croissance'' est plutôt idéologique , puisque associations et groupes sont conviés à ''inventer des genres de vie et des emplois nouveaux», à modifier les modèles de consommation. Il s'agit bien là, en récupérant les nouvelles pratiques de participation et d'expérimentation sociale développées par les mouvements sociaux depuis dix ans, de déféguer à ces groupes ou associations un pouvoir de gestion de la vie quotidienne dans le cadre de contraintes assumées par le pouvoir central. Pour continuer de gouverner à droite, le pouvoir a besoin que l'on consomme à gauche.

Il faut croire que ces appels ne laissent pas les secteurs concernés indifférents, puisque Alain Mamou-Mani et Maurice Ronai, de la commission informatique et écologie des Amis cie la Terre, écrivent, sous le titre prometteur «Une télématique conviviale» 17 :

«La télématique pourrait entraîner enfin une transformation du modèle de consommation qui prendrait en compte une décentralisation des activités et un foisonnement de la vie associative.

«L'essor de la micro-informatique et des réseaux de télétraitement susci-

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tera l'émergence de multiples groupes créatifs inventant de nouvelles applications et de nouveaux produits. Ainsi, aux USA, des milliers de clubs de micro-informatique sont nés. Journaux, bourses d'échange, mini-réseaux de quartier témoignent de la vitalité de ce mouvement. N'est-ce pas l'ébauche d'une "informatique verte"?»

Il n'est pas certain d'ailleurs que l'issue capitaliste à la crise passe par de telles élucubrations. Ainsi que l'écrit Michel Durand : «Il [le système impérialiste] n'a pas besoin de schémas idéologiques originaux du type "nouvelle croissance", "nouvelle frontière" ou "refus du consumérisme" présentés par une prétendue "gauche américaine". En fait, ces tendances issues pour une part du mouvement de contestation antiguerre aux USA et post-Mai 68 en Europe sont déjà à l'œuvre dans les métropoles impérialistes dont les firmes capitalistes les plus dynamiques ont déjà récupéré à leur profit de multiples aspects : essor phénoménal des applications de la grande et mini-informatique, automatisation du travail, développement accéléré des échanges d'informations, de marchandises et d'individus à l'échelle mondiale, énergies nouvelles, ou renouveau des énergies traditionnelles, industrialisation des loisirs, élargissement des techniques de communication, etc.'' 18

Par les nouveaux besoins potentiels à satisfaire et par ses effets sur la productivité, l'électronique et les services qui en découlent apparaissent donc à Nora-Mine comme un secteur qui peut stimuler et structurer un nouveau cycle long de croissance. L'État doit donc y jouer son rôle d'organisateur collectif. L'État organisateur de la mêlée informatique

Le pari de la «nouvelle croissance» à base d'informatisation ne peut, selon Nora-Mine, être gagné que si l'État joue un rôle actif, s'il exerce «dans quelques domaines stratégiques un minimum de souveraineté» 19 . Pour le compte de l'ensemble du capital il doit simultanément : - défendre une «indépendance nationale» menacée par IBM et par le quasi- monopole des USA sur les .banques de données, - transformer 1' administration des télécommunications, - rationaliser ses interventions vis-à-vis d'une filière électronique de plus en plus internationalisée.

C'est dire la complexité et la difficulté de la stratégie à mettre en œuvre. • L '" indépendance nationale" l'encan

Le rapport analyse la fin d'une politique qui, certes, avait été battue en brèche dans les faits, mais dont personne n'avait jusque-là reconnu l'échec.

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Échec du «plan calcul'' dans ses versions successives; constitution d'un constructeur français d'ordinateurs (la Cil), puis tentative d'un accord européen (l'Unidata), face aux Américains. Nora et Mine reconnaissent la toute-puissance d'IBM au niveau mondial et sur le marché français . Il n'est plus question de lui susciter un concurrent, il s'agit de se donner les moyens pour préserver un minimum d'intérêt national. Il faut donc, écrivent les auteurs, acquérir la maîtrise des réseaux. Non pas courir après les constructeurs, mais prévoir l'étape suivante : l'époque de la mise en place des réseaux. Les États disposent du pouvoir de fixer les règles à respecter pour accéder ou pour se connecter à un réseau d'ordinateurs (normalisation des protocoles). Il appartient donc aux États d'imposer leurs choix techniques et politiques à IBM . Pour ce faire le rapport propose : - un front d'États qui se mettront d'accord sur l'internationalisation des protocoles à imposer à IBM, - la construction et le lancement de satellites de télécommunication par une internationale des ministères des télécommunications alliée à ATT 20 .

Sur les banques de données, le rapport dresse un bilan de carence face aux dangers politiques , économiques et culturels du quasi-monopole international des banques de données américaines et préconise un plan de création de banques de données nationales financées par l' État . Le PCF juge «qu ' u n des points que le rapport a bien noté et qui nous paraît essentiel est l'enjeu de l' informatisation : la souveraineté nationale» 21 , et considère que les propositions sur la normalisation et les banques de données sont positives. • Des menaces contre le service public des PTT

Les auteurs veulent modifier le fonctionnement et les rapports de l'administration des PTT avec son environnement.

D'une part libérer le pôle des télécommunications des pesanteurs de la poste :«Aux postes la préservation d'un monopole à peine battu en brèche, la gestion de grands ateliers de main-d'œuvre à faible productivité, la nécessité de se préparer à des temps difficiles. Aux télécommunications : la maîtrise d'outils de plus en plus performants, la tâche de faire face à de puissants interlocuteurs privés, au premier chef IBM, l'obligation d'une agressivité commerciale de tous les instants» 22 . Le rapport préconise le regroupement de la direction générale des Télécommunications (DGT du ministère des PTT), de Télé-diffusion de France (TDF : ancien appareil de diffusion de l'ORTF) et du Centre national d'études spatiales (CNES : les satellites) dans un organisme commun séparé de la poste. En un mot il s'agit de rationaliser l'appareil de télécommunication-réseaux de l'État français.

D'autre part faire perdre à cette nouvelle administration ses caractéristiques de service public par rentabilisation et l'ouverture sur l'économie de

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marché. Recours à des sociétés d'économie mixte (Transpac), embauche de cadres échappant aux grilles indiciaires et venus du privé, promotion de techniques de marketing, remise en cause du statut de personnel des PTT. • La nostalgie de la filière électronique nationale

Ce qu'on appelle filière électronique concerne un ensemble d'activités de production qui découlent de l'utilisation de composants électroniques. L'analyse en départements productifs (département 1 : production de biens d'équipement; département 2 : production de biens de consommation) montre le caractère différencié de l'internationalisation de cette filière 23 .

La production des biens d'équipement pour la production des équipements, c'est-à-dire la recherche théorique et appliquée en électronique, la conception des masques et faisceaux d'électrons, la conception des ordinateurs des satellites et des réseaux, logiciels de base et les équipements de conception assistée par l'ordinateur, est passée à l'extérieur.

La production des biens d'équipement pour la production des composants : matériels de test et d'assemblage, infrastructure des réseaux, est sous le contrôle des sociétés américaines et japonaises (Intel, National semiconductor, etc.).

La production des biens de consommation destinés aux autres secteurs de la production et aux services est mieux partagée. Si les USA et le Japon ont une position prépondérante dans la production des composants des circuits intégrés (80 % des circuits intégrés sont produits aux USA), des microprocesseurs pour automobile ou électroménager, des appareils de contrôle, de mesure et de régulation, des robots et automates programmables, la France a une bonne position pour les matériels de télécommunication et les fils et câbles, une position moyenne dans la production des ordinateurs (CII-HB) , dans les logiciels d'application et les services et conseils informatiques, plus faible pour la bureautique et la péri-informatique.

La maîtrise «nationale, est plus évidente pour la production des biens de consommation destinés à la reproduction de la force de travail et à la consommation des classes aisées : essentiellement le matériel ,, professionnel, ( médecine, enseignement, armée), les données et renseignements informatisés, encore que les ordinateurs domestiques, montres électroniques, magnétoscopes et calculettes proviennent principalement du Japon.

Au total, 60 % du marché français issu de la filière électronique dépend de l'importation et surtout le cœur de cette filière, la production des biens d'équipement, est sous quasi-monopole US.

Le rapport constate implicitement cet état de fait et, face à l'enjeu considérable que constitue le contrôle de la filière électronique et à la grande bataille qui se prépare entre les USA, le japon et l'Europe à l'horizon des années 80,

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ne peut proposer que des mesures plutôt limitées : pour les composants, l'État devrait passer le relais à quelques grands groupes comme Saint-Gobain, pour acheter des entreprises américaines de com_2osants ou des brevets made in USA. Cela dit, les accords de ce type reposent toujours sur un échange, technologie contre marché, qui réduit d'autant le marché disponible pour les composants français. Les sociétés de service et de conseil informatique (SSCI) sont par contre la fierté du rapport Nora. L'ingénierie, les systèmes clés en main, les logiciels spécialisés sont des produits de la France exportés dans le monde entier. Ce secteur, qui occupe la deuxième place sur le marché mondial après les USA, doit, selon Nora et Mine, être renforcé par des aides à l'exploitation et par des commandes de l'État. L'État, au lieu de laisser proliférer les services informatiques internes de l'administration, ferait mieux de sous-traiter ces tâches aux SSCI.

L'aide de l'État aux industriels de la péri-informatique et de la mini-informatique (SEMS, Logabax, etc.) apparaît aux rapporteurs insuffisante pour faire face au poids des USA sur le marché des multi-ordinateurs universels et des terminaux. Cependant, en contradiction avec les protocoles de subvention qui cantonnaient CII-Honeywell-Bull dans la grande informatique, ils avalisent l'intervention concurrente de cette entreprise sur ce marché très profitable, spéculant sur un bilan prudent de l' absorption de en par Honeywell-Bull.

Les rapporteurs soulignent les effets pervers d'une concurrence inégale de CII-HB avec les SSCI et les sociétés de mini-informatique. Il est vrai que le cadre qui avait présidé à l'éclatement de la en et à son absorption par Honeywell-Bull est aujourd' hui dépassé . CII-HB avec l'arrivée de Saint-Gobain comme actionnaire prépare son tournant vers les services et la mini-informatique : la grande informatique aujourd'hui moins rentable se trouve relativisée.

En ce qui conceïne la recherche informatique, l'abandon du plan calcul se traduit par la volonté d'associer et de subordonner celle-ci à l'industrie, par une politique de contrats. Le gouvernement prépare, pour fin 1979, l'éclatement de l'IRIA (Institut de recherche en informatique appliquée) en liquidant le secteur de recherche fondamentale (Laboria) et en créant une agence pour la diffusion des applications de l'informatique, analogue au Commissariat à l'énergie atomique (CEA).

Les recommandations du rapport Nora n'ont reçu qu'une application partielle dans un programme quinquennal adopté par le gouvernement le 30 novembre 1978 (2,25 milliards en cinq ans).

Ce programme concentre des crédits "incitatifs'' sur les secteurs de la filière

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électronique qui ont encore une chance de percer sur le marché international : SSCI, mini et péri-informatique, périphériques magnétiques, auxquels s'ajoutent les effets pour acquérir les technologies américaines de production des composants existants.

Mais l'essentiel des mesures adoptées concernent l'informatisation de la production : développement de la conception assistée par l'ordinateur (CAO) 2 4, introduction de microprocesseurs dans les processus industriels; le développement des applications informatiques dans les services : vidéotex, télécopie, informatisation du secteur santé, promotion des banques de données et, surtout, 1' informatisation du travail administratif (bureautique, automatisation des transactions financières, guichet automatique, etc.).

Cependant, il serait dangereux de surestimer les rythmes de l'informatisation, car en ce domaine le principal goulet d'étranglement technique et économique vient de la conception et-de l'écriture des logiciels qui devraient programmer le fonctionnement de tous ces matériels.

La lecture gouvernementale du rapport Nora signifie : l'abandon définitif de la politique industrielle gaulliste par le choix d'insérer dans le marché mondial les secteurs qui peuvent supporter la concurrence, la volonté de transformer les processus de production industriels et d'informatiser à outrance les travaux administratifs et les services, avec un matériel importé à 80% .

La modification de la structure du ministère des PTT est différée, mais la crise et les luttes dans les sociétés de l'ex-OR TF, SFP, etc. remettent à l'ordre du jour l' intégration de TDF à un pôle Télécommunications. D ' autant plus qu'une récente campagne publicitaire tend à séparer dans l'esprit de la population postes et télécommunications. Le gouvernement entend vaincre les résistances à l'informatique en introduisant 10 000 micro-ordinateurs dans l'enseignement secondaire, pour la formation de masse à l'informatique 2 S, et en organisant, en septembre 1979, un grand colloque international ams1 qu'une campagne sur les médias en faveur de l'informatisation. A la recherche de modèles idéologiques de rechange

L'objectif de la partie proprement idéologique du rapport Nora, et pas la moins importante, est de fournir une série de thèmes justificateurs de l'informatisation de la société afin de contrebalancer, avec retard, le rapport Tricot sur <d'informatique et les libertés». Pour la bourgeoisie le rapport Tricot avait fait diversion dans la voie de l'informatisation.

De plus le rapport Nora constitue un cheval de Troie idéologique en direction d'une partie du mouvement ouvrier. Par rapport à la crise de l'État-fort

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instauré par de Gaulle, le rapport Nora manifeste la convergence idéologique du courant de <d'expérimentation sociale" et du projet giscardien, pour mettre enplace (cf. le rapport Guichard) un système de pouvoir: très_décentralisé, confiant une grande partie des tâches administratives à la périphérie. Les municipalités seraient chargées avec des budgets beaucoup plus importants (en France 20 % des impôts vont aux communes, contre 60 % en Suède) de prendre en charge. sur un mode beaucoup plus souple toute une série de services administratifs (transports, impôts, santé, animation, police, etc.). Les premières tentatives ont déjà eu lieu avec les villes nouvelles (Grenoble, Évry, Cergy-Pontoise, Le Vaudreuil, Saint-Quentin-en-Yvelines, Vélizy, etc.). • Tournant télématique ou fétichisme de la technique?

La base idéologique du rapport Nora repose sur l'interprétation que donnent les auteurs de l'évolution récente de l'informatique, caractérisée par deux phénomènes majeurs : - La possibilité technologique de la micro-informatique, dont l'image la plus parlante est aujourd'hui la calculette. - Le processus de fusion de l'informatique et de l'ensemble des télécommunications, par les réseaux et bientôt par les satellites.

Cette réalité appréhendée en tant que communication aux U SA et microelectronics en Grande-Bretagne, ils en font leur cheval de bataille en créant le néologisme <<télématique".

Passant sous silence les conditions historiques d'apparition de l'informatique (à savoir la demande du secteur militaire et les besoins de << rationalisation» des entreprises de niveau mondial) 26, ils caractérisent la grande informatiqu,e par les déterminismes élitistes, hiérarchiques et centralisateurs de son emploi. Cette caractérisation négative des effets de la grande informatique n'est présentée que pour faciliter la description des effets positifs de la «nouvelle informatique». Celle-ci assurée d'une plus grande diffusion devrait quasi automatiquement provoquer un changement social vers une société plus libre et plus transparente à elle-même. La nouvelle informatique non polluante favoriserait le développement de la vie locale, la gestion par tous des problèmes de la vie quotidienne. Elle supprimerait les emplois pénibles ou stupides (robotique et automatique dans la production, bureautique dans le tertiaire). Accessible à tous et peu coûteuse, elle jouerait un rôle fondamental dans le développement des relations humaines, dans la société «informationnelle». Les nuisances et les luttes produites par le capitalisme du troisième âge seraient aménageables par la substitution de l'information à l'énergie et par un passage des technologies dominées par la transmission et la transformation de l'énergie à des technologies de l'information.

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Au fétichisme de la technique répond un fétichisme de l'information et de la communication, dont on prend la mesure lorsqu'on lit ce que peuvent écrire certains : « La technologie des réseaux va donner aux hommes des moyens formidables de s' organiser, de décider ensemble, de communiquer; des économistes, des politologues ont inventé des techniques de "votes payants" qui résolvent la plupart des problèmes posés par les effets pervers des modes de décision démocratiques, comme par exemple la tendance des citoyens consultés à minimiser leur soutien à un projet d'équipement collectif qu'ils devraient financer, quand ils savent qu'ils en bénéficieraient en tout état de cause. Le moment que nous vivons est dans le domaine politique très proche à bien des égards de la révolution des transports et de l'industrie qui a permis au xvn~ et au XIx• siècles la généralisation du marché dans le domaine économique. » 27 J .L. Missaka et Dominique Wolton repèrent bien le lieu d'où parlent ces futuristes, lorsqu'ils écrivent: «L'utilisation tous azimuts de la notion d'information est davantage une stratégie de pouvoir de dirigeants modernistes qu'une tentative d'explication intellectuelle des changements sociaux et économiques. ,, 2B

En reprenant la conception de l'informatique comme medium telle qu'elle a été explicitée par certains courants de l'extrême-gauche 29 , Nora et Mine récusent les vieilles paranoïas et le désir de pouvoir suscités par la puissance de traitement des machines et rejettent l'ordinateur comme outil de gestion ou de flicage aux poubelles de l'histoire . Demain l'informatique sera partout comme l'électricité; aussi naturelle car elle répond à un besoin d'information, aussi bienfaitrice. Ils peuvent alors annoncer la montée de la périphérie face aux centres dominateurs et encombrés; le déclin de l'informatique<< hiérarchisée, isolée et centralisatrice >> 30, le choix entre une informatique <<déconcentrée, décentralisée ou autonome>> 30 .

Ces considérations mythiques sur la révolution <<télématique» comme moyen de transformer les rapports sociaux cachent une réalité constante : c'est au nom de l'efficience et de l'objectivité du progrès de la <<technologie» que la bourgeoisie bouleverse constamment l'organisation du travail. Comme l'écrit Ernest Mandel: <<L'idéologie qui chante la foi dans la toute puissance de la technologie est la forme de l' idéologie bourgeoise spécifique au troisième âge du capitalisme. Elle proclame l'aptitude de l'ordre social existant à surmonter peu à peu sa propension aux crises et à résoudre "techniquement" ses contradictions, à intégrer les classes sociales en rébellion et à éviter toutes les explosions. ,, 31 • Positive, négative ou neutre

Non seulement la technique n'a pas, comme le veulent Nora et Mine, le pouvoir magique de changer les rapports sociaux, mais elle est elle-même

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l'effet des rapports sociaux qui ont présidé à sa production. Comme l'écrit Pierre Naville : ,, Le progrès technique est réglé par l'accumulation du capital et ses rythmes heurtés. Les chefs d'entreprise n'investissent pas dans l'automation pour rendre le travail moins pénible mais pour mieux utiliser le travail, accroître le rendement et produire de la plus-value. >> 32

Peut-on encore, comme le voudrait Harry Bravermann 33 qui utilise ici la notion de fétichisme à contresens, distinguer une nature et un usage des machines ou de la technique, qui transformerait ce qu'il définit comme une forme matérielle organisée et neutre, en pouvoir du capital sur le travail? -Alors que Bravermann définit lui-même la machine comme un artéfact social, qu'il ne précise pas les principes qui organisent cette ''forme matérielle» et qu'il reconnaît que la machine réifie les procédures de contrôle, en donnant la possibilité de faire de façon automatique ce que le capital tente d'obtenir par des moyens organisationnels et disciplinaires. - Alors que de plus en plus la machine ou l'ordinateur interviennent comme matrice ou infrastructure matérielle des rapports de production 34. - Alors que la technique informatique résulte de l'assemblage de composants pour en faire une architecture logique de circuits électroniques dont le fonctionnement est programmé. Et que par cette architecture et ces programmes on incorpore dans la machine elle-même des schémas logiques humains et des modèles d'organisation sociale.

Ces schémas logiques et modèles d'organisation, bien qu'éléments immatériels , constituent dès aujourd'hui ce qu'il y a de plus durable ou de plus rigide dans les systèmes. Les machines changent, et les programmes restent (le Fortran, l'APL et le Cobol datent respectivement de 1955, 1957 et 1959). - Enfin, comme le notent les auteurs des Dégâts du progrès (CFDT), << les nouveaux systèmes d'information et de communication ont pour matière première la gestion et l'organisation des rapports sociaux» qui deviennent l'objet même de ces techniques à base d'image, de son, de calcul ou d'information.

Il n'est pas question bien sûr d'attribuer à l'ordinateur on ne sait quel pouvoir maléfique qui justifierait une résistance de nature morale ou d'oublier que la technique est une force productive, mais de reconnaître qu'aujourd'hui l'informatique et sa suite télématique sont des« moyens non neutres, non réversibles, porteurs de fins, structurés et strudurants» 35 . Nora et Mine, eux, affirment le contraire puisqu'ils voient dans la «nouvelle informatique, un outil neutre en quête de configuration»! Affirmer la neutralité de l'outil, c'est aussi s'adresser à ceux qui ne sont pas encore convaincus des bienfaits de la révolution télématique pour leur réciter la fable de la langue d'Ésope!

Loin de tout ramener à la seule question de savoir qui utilise la technique et dans quel but, il faut rappeler que dans le capitalisme le développement des

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forces productives est fondamentalement lié à la dégradation des rapports entre l'homme eùa nature, des hommes entre eux, au développement de germes de barbarie. • Micro-informatique contre macro-informatique

Dans une polémique publique poursuivie dans la presse informatique 36 , le professeur Lussato a vivement contesté le postulat de base du rapport Nora : l'association de la micro-informatique et des réseaux.

Il reproche au rapport de pratiquer de proche en proche l'amalgame entre information et informatique, informatique et grosse informatique (gros ordinateurs + terminaux), entre communications et télécommunications, télécommunications et réseaux informatiques, et entre savoir et banques de données, banques de données et centralisation des banques de données .

Le comble pour le professeur Lussato consiste à associer l'informatique, les réseaux et les banques de données. Cette interconnexion entre l'information, la communication et le savoir lui apparaît lourde d'atteintes à la liberté individuelle et de dangers de subversion de 1 'ordre social : «On ne répètera jamais assez que la centralisation et l'informatisation à outrance, loin de créer de la transparence , sont au contraire de puissants facteurs d'opacité et d'arbitraire. Le menu fretin y sera impitoyablement pourchassé pour des frondes réelles ou imaginaires. Les "maîtres du réseau" jouiront, à l'ombre du bouclier télématique dont ils connaissent les failles , d'une impunité renforcée. L'on portera atteinte à la liberté individuelle, l'on exposera l'individu à toutes les inquisitions, à toutes les pressions, sous couvert de chasse aux privilèges, sans y gagner une once de justice ni un centime d'économie . ,, 36

«Il sera possible depuis un terminal "d'intoxiquer" l'ensemble du réseau [ ... ]l'accroissement de l'interconnexion en temps réel d'une société comporte des risques considérables de déstabilisation, de blocage, voire d'explosion. Nul ne peut prétendre en mesurer exactement les périls. Ceux qui préconisent l'emploi intensif des réseaux comme moyen de transparence et de communication sociale assument une grave responsabilité! Il faut noter en effet qu'une interconnexion en temps réel généralisée au sein d'une société supprime les temps de négociation, de réflexion et de contrôle nécessaire." 36

A la télématique, Lussato oppose la «privatique» fondée sur l'essor du marché des micro-ordinateurs. Selon lui, «la privatique désigne l'ensemble des outils de traitement et de stockage d'information, dont le fonctionnement n'est pas tributaire d'un réseau collectif de communication. De ce fait elle apparaît comme porteuse de liberté et cl' autonomie [ ... ]les moyens privatifs supposent et favorisent donc un riche tissu intersticiel [ ... ] facteur de contacts humains. Ces derniers seront favorisés par l'échange de cassettes, de vidéodisques, entre particuliers, la création de clubs [ ... ]la privatique utilise pour

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vendre ses petites machines des milliers de vendeurs représentants, de petites boutiq~,!es, de services de maintenance. >> 36

Le marché de la micro-informatique a déjà trouvé son idéologue.

La scolastique de «l'analyse des systèmes» de spécialistes de l'informatique comme Lussato ne doit pas faire illusion; on reconnaîtra derrière ce langage scientiste les thèmes habituels de l'idéologie petite-bourgeoise : - Dans la version moderniste du Small is beautiful à destination de la nouvelle petite bourgeoisie, pour laquelle la réalisation de sa riche individualité passe par la chaleur des petits groupes, ou par les clubs de jeux, de bricolage ou d'animation fondés sur l'usage de l'outil à taille humaine. - Ou dans la version des petits contre les gros à destination de la boutique, des PME ou des professions libérales, pour lesquels la défense de leur individualité économique se manifeste autant par une méfiance vis-à-vis de l'État que par le rejet de la subversion sociale.

La lutte de ,.]'ordinateur individuel» contre la macro-informatique d'État réussit à faire aujourd'hui la synthèse de la «Société conviviale» 37 d'Ivan Illich et de la «doctrine radicale» du «citoyen contre les pouvoirs» telle que la formulait le philosophe Alain aux beaux jours de la Troisième République. Au fétichisme de la technique de la grande bourgeoisie correspondent les illusions et les craintes de la petite bourgeoisie. Autour de l' ordinateur et de ses mythes se reconstitue la comédie sociale.

Après avoir donné cette interprétation de l'évolution de l'informatique et des télécommunications, le rapport essaye de mesurer les effets sociaux de l'informatisation et son impact sur les libertés.

Le rapport reconnaît le rôle que joue l'informatique dans l'accroissement de la transparence sociale et dans l'objectivisation des rapports sociaux en rendant notamment plus claires les relations dirigeants/dirigés dans les relations économiques et politiques. Mais il s'en tire par une pirouette : la transparence est compensée par un accroissement de la plasticité de l'informatique et laisse donc libres tous les jeux des pouvoirs. • "Changer la société, non! changer de société" 38

Nora et Mine ont du pouvoir une conception tout à fait moderne qui emprunte à la fois aux «micro-pouvoirs» de Michel Foucault et au pouvoir comme relation et capacité stratégique de Michel Crozier.

«La notion de pouvoir est double. Elle s'identifie d'une part à une série de rapports, sans cesse modulés, par lesquels s'ajustent les champs de compétence, de commandement, de domination à l'intérieur d'un système donné il s'agit alors de "micro-pouvoirs".

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«Elle correspond d'autre part aux modes globaux de régulation de la société : marché, plan, rapport de classe; c'est alors le Pouvoir qui est en jeu . ., 39 Toute l'astuce est là : il faut profiter de l'informatique pour promouvoir un nouvel agencement des pouvoirs 40 qui ne modifie en rien le pouvoir de la bourgeoisie.

<<Rien n'interdit d'imaginer une claire distinction entre les attributs régaliens [de l'État] assumés avec toute la vigueur nécessaire et des fonctions collectives progressivement transférées à la périphérie.>> 41

A partir de là, les auteurs peuvent développer des analyses sur le pouvoir et le savoir qui reprennent des conceptions de Jacques Attali selon lesquelles l'innovation technologique<< aide à la naissance de nouveaux pouvoirs, déplaçant le champ des conflits sociaux>> 42 . L'informatique «conduit à plus long terme à une mutation fondamentale du pouvoir et du savoir [ ... ]la nature du travail lié à la détention monopoliste de certains savoirs, thérapeutiques ou didactiques, va être bouleversée. Plusieurs fonctions aujourd'hui socialement essentielles (le professeur ou le médecin) seront de plus en plus remplacées par des machines. L'informatique sortira du bureau pour aller vers le domicile , de l' usine pour aller vers le corps .>> 42

La résistance probable des détenteurs du savoir à un processus qui menace leur <<position sociale>> permet à Nora et à Mine de poser la question des rythmes possibles de l'informatisation. • La régulation par la périphérie

Le rapport Tricot pointait deux questions essentielles pour la bourgeoisie. - La contradiction entre les risques que l'informatique fait courir aux libertés démocratiques et l'idéologie bourgeoise des libertés individuelles. Comme l'écrivent les rédacteurs de la revue Interférences :

<<Il y a dans la surveillance cybernétique quelque chose qui gêne les plus avisés de nos gouvernants, et qui les gêne parce qu'elle empêche à d'autres stratégies de pouvoir plus positives de s'exercer.>> 43 - La vulnérabilité accrue des centres névralgiques de direction et d'administration de la société, menacés par la «nouvelle délinquance>>, les pratiques de fraude, de sabotage, la pollution de l' information, etc.

L'un des objectifs idéologiques du rapport Nora est de restaurer auprès du grand public une bonne image de marque de l'informatique et de dissiper doutes et angoisses. De ce point de vue, la bourgeoisie française a partiellement raté le lancement de sa dernière innovation technologique : le nucléaire . Les pratiques obscures d'EDF, une conception autoritaire du développement économique héritée de l'État fort et du gaullisme, un goût quasi paranoïaque pour le secret, ont indisposé une partie de la population, alimentant par là la contestation <<anti-nucléaire>>. Pas question de refaire les

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mêmes bourdes pour la grande affaire de la fin du xx< siècle : l'informatisation.

Or, l'image de l'informatique laisse à désirer. La dernière initiative gouvernementale à ce sujet (le rapport Tricot : informatique et libertés) s'est largement retournée contre ses auteurs. Destiné à rassurer, à rationaliser et institutionnaliser l'utilisation des fichit. le rapport Tricot a, en fait, amorcé un mouvement d'opinion visant à défe1.dre les libertés individuelles contre l'informatique et les fichiers; chacun y est allé de son couplet humaniste sur les atteintes à la vie privée. Des secteurs de la bourgeoisie, le Parti socialiste, la CFDT se sont élevés contre les projets gouvernementaux. Certes, lors du débat à l'Assemblée nationale, le gouvernement n'a rien cédé (vote bloqué de la majorité contre les timides amendements de la gauche) et la loi lui donne entière satisfaction : si elle limite la manipulation des fichiers par des utilisateurs privés, elle laisse par contre toute latitude à l'État pour le faire. Il s'agit là- c'est clair- d'un problème trop sérieux pour être laissé à l'initiative de chaque capitaliste privé défendant ses intérêts particuliers; c'est l'État, comme représentant des intérêts supérieurs de la bourgeoisie dans son ensemble, qui est investi de ces droits.

Mais ce succès législatif a été chèrement payé car le débat n'a fait qu'accroître les doutes et durcir les oppositions, accréditant l'idée que ,<J ' informatique, c' est les fichiers».

Si l' une des ambitions du rapport Nora est bien d ' apporter des réponses plus convaincantes, rien ne permet d'affirmer qu'il y parvient. En effet, sur le problème des libertés, il commence par une pirouette en rappelant que, sous l'Occupation, la Gestapo fit son travail avec efficacité sans fichiers électroniques interconnectés. Mais il est vraisemblable qu'elle l'aurait fait beaucoup plus efficacement encore avec des fichiers informatiques. Les premiers programmes d'application pour la police ont été mis au point par IBM au Brésil. Ils ont servi ensuite au Chili et en Argentine, permettant une répression d'autant plus sauvage et mortelle qu'elle était plus sélective 44 .

En 1968 le SAC de Marseille avait sorti sur ordinateur la liste des personnes à concentrer dans les stadés . ..

La véritable réponse de Nora consiste à ne <<centraliser"que l'essentiel», pour éparpiller les risques : éparpiller les atteintes aux libertés, éparpiller les secteurs sensibles, éparpiller la politique.

La garantie des libertés réside dans l'essor de la société civile, car <da qualité du tissu social, le pluralisme des forces et le jeu des contre-pouvoirs l'emportent sur les pièges liberticides dus à la technologie,, 45 . Si le réseau est un facteur potentiel de domination, il appartient à l'État de créer les antidotes, de favoriser l'émergence à la périphérie d'un système de contrôle et de

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contrepoids limitant les dangers de sa propre centralisation. Le centre doit produire ses interlocuteurs.

La lutte contre les risques de blocage, de sabotage et de fraude passe par l'éparpillement des centres les plus vulnérables et par la mise en place de réseaux décentralisés. Il faut ne'' centraliser que l'essentiel''· Il y a bien là la leçon tirée des mouvements de grève des banques et des assurances, dont l'efficacité venait justement de la centralisation des systèmes. Ces réflexions sur la centralisation et sur la décentralisation de l'essentiel visent aussi plus loin. Elles constituent le noyau rationnel d'un projet politique qui entend renouveler le système de régulation de la société, entré en crise ouverte en 1968. En effet la centralisation administrative a toujours été considérée par un courant de la bourgeoisie (depuis de Tocqueville jusqu'à Raymond Aron) comme un risque, dans la mesure où elle focalise les luttes politiques sur la question de l'État. Avec l'informatisation Nora voit la possibilité de remplacer la centralisation administrative par une centralisation informationnelle et, en déléguant à la périphérie la gestion de la vie quotidienne, d'éparpiller la politique. Dix ans après Mai-68, Nora et Mine amorcent un renversement de stratégie; il ne s'agit plus de dépolitiser l'État, mais la société civile : le gaullisme voulait unir les classes autour de 1 'État fort; «dépolitiser 1 'essentiel national» (Michel Debré) , en laissant s' agiter la société civile. Mais la société civile a failli emporter l' État : centralisons donc l'essentiel autour de l'État et unissons les classes dans la société civile, en décentralisant la gestion de l'inessentie!. Subalterne, la société civile le resterait, mais apaisée. L'informatique individuelle : idéologie et nouveaux marchés

Dernier avatar de l'informatisation, le développement de l'informatique individuelle : ordinateurs« personnels» à des prix abordables, revues spécialisées à succès, boutiques d'ordinateurs, concours d'utilisateurs sont en vogue aux USA mais aussi, depuis peu, en France.

Il s'agit là d'un phénomène particulièrement intéressant car il nous éclaire de manière pertinente sur les rapports dialectiques entre développement économique capitaliste et idéologie moderniste de la sophistication technicienne : - D'une part l'un des enjeux est la création et le développement d'un nouveau marché, celui de très petits ordinateurs. Pour cela la diffusion de «l'idéologie de l'informatique» est indispensable car c'est elle qui, en partie, va créer le besoin et le marché. Quand journaux et télévision parlent de l'informatique, quand psychologues, sociologues et bateleurs de la convivialité se relaient pour identifier aspiration à la communication

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et support technique (télématique, ordinateurs), quand le rapport Nora paraît en collection de poche et que Giscard d'Estaing lui-même organise un_grand colloque sur l'informatisation de la société, un désir nouveau naît parmi les cadres dynamiques : la hifi, le magnétoscope avaleur et la BMW comme signes d'apparence sociale pâlissent; c'est maintenant un ordinateur qui doit trôner dans le living. D'autant que les prix le permettent et que la première utilisation proposée correspond parfaitement au marché créé : il s'agit de jeux (échecs, jeux intellectuels ... ) satisfaisant ainsi le besoin d'activité ludique des nouveaux petits bourgeois surmenés.

Ce phénomène n'est pas entièrement nouveau : depuis longtemps déjà la FNAC a compris que, lorsque l'on s'intéresse à certaines couches sociales, il faut vendre de l'idéologie (le consumérisme, la publicité comparative, etc.) pour vendre des objets de consommation (chaînes hifi, caméras, etc.).

L'Ordinateur individuel, revue qui connaît un réel succès de masse, est passée de l'affirmation technique (n° 8): «En quatre ans une véritable révolution technologie s'est produite. Il est désormais possible d'acquérir un "vrai" ordinateur pour moins de 10 000 F ttC>>, à la référence explicite au code culturel du lecteur (n° 9) : «L'été, les vacances, c'est le moment de profiter de vos loisirs . Aujourd'hui, pour le prix d'un téléviseur couleur ou d'une chaîne hifi vous pouvez acquérir un "vrai" ordinateur. »

Le rapport Nora comme systématisation idéologique sert aussi à cela : faire vendre des biens de consommation individuels.

Réciproquement, le développement de l'informatique individuelle et de sa consommation, également individuelle, n'est pas innocente. Il s'agit aussi par-là de familiariser le public avec une technologie et de modifier son attitude réticente ou hostile vis-à-vis de l'informatisation du travail et de la société.

Le technicien, le cadre bancaire ou comptable redoutent l'informatisation de leur travail qui va les transformer en accessoires du terminal ou de la console; ces réticences sont d'autant plus fortes qu'elles prennent naissance sur le lieu du travail et qu'elles sont souvent collectives. Que ces même techniciens ou cadres passent leur dimanche après-midi à jouer en famille avec l'ordinateur individuel, c'est autant de gagné pour le «cabinet conseil en organisation» qui demain sera chargé de faire passer les modifications du travail et de son organisation : dédramatisation du contact avec l'ordinateur, acquisition de comportements, et tout cela en jouant!

Le principal obstacle àctuel au développement de l'informatique individuelle réside dans son aspect de gadget, la faiblesse des services réels rendus. Mais la connexions prochaine aux réseaux télématiques et la possibilité de consulter des bases de données, moyennant abonnement, seront sans nul doute de puissants facteurs de développement.

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A quoi sert l'idéologie de l'informatique conviviale?

Le contenu idéologique du rapport Nora-Mine, concentré essentiellement dans la partie III intitulée «Questions pour l'avenir••, s'articule autour de trois thèmes très en vogue parmi les théoriciens du libéralisme avancé : - L'affirmation d'une perspective de dépassement du libéralisme et du marxisme, -l'avènement de la société informationnelle et conviviale fondée sur la communication, - la limitation du rôle de l'État et la décentralisation.

Les théorisations qui sont présentées sont le produit d'un pillage assez éclectique; elles révèlent assez vite leur inconsistance, pour peu qu'on les examine de façon critique et sans s'en laisser conter par l'évocation magique des ordinateurs. L'informatique est à cette idéologie ce que la biologie est à la «nouvelle droite» : un alibi .

Le dépassement du marxisme n'est pas précisément une innovation : chaque génération connaît une offensive de ce type. Seules changent l'argumentation et la sphère des connaissances qui est sollicitée : cette fois c'est l' informatique qui est mise à contribution. Comme d'habitude, ce sont les luttes de classe qui apporteront le démenti et elles risquent d' être nomb reuses autour de l'informatisation, justement .

Concernant la convivialité et le développement sans précédent de la communication, il y a là un tour de passe-passe consistant à identifier multiplication des moyens matériels de communications (au pluriel) et évocation d ' une société où la communication (au singulier) et l'échange entre les êtres humains trouveraient toute leur place . Il n'est pas évident que cela découle automatiquement de la télématique, sans bouleversement des rapports sociaux . Sur ce point, nous partageons tout à fait les critiques de J. L. Missaka et D. Wolton (<<L'avenir des télécommunications», in les Réseaux pensants, Masson, 1978) : «<l n'y a donc pas de complémentarité entre les notions de communication au plan de l'individu avec ce que gèrent les techniques qui portent le même nom. Le fait de faire circuler et de traiter de l'informatioii ne suffit pas à définir une unité entre des processus de communication dont le statut est hétérogène. En effet, quoi de commun entre le contact direct, le téléphone, les massmedia et Ies nouveaux services de l'informatique et des télécommunications? « [ ... ] Dans ses tentatives pour communiquer chacun a ressenti 1' importance des failles, des dérapages, du désir. Tout ce qui échappe aux modèles désespérément sages et utilitaristes de ces outils indique leurs limites pour nous aider à résoudre nos problèmes existentiels. Il ne faut pas confondre la communication

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humaine avec son double technique. La profusion frénétique de sens, de mots , d'images, d 'explications que_ce double permet ne nous aidera que modérément dans la rencontre d'autrui.»

Nora et Mine nous promettent, grâce aux réseaux télématiques, <<l'agora informationnelle»; mais dans une société où la propriété des moyens de production et de communication reste privée, où l'exploitation continue à sévir dans les entreprises comme dans le reste de l'activité sociale, où demeurent toutes les causes de l'aliénation , l'utilisation des réseaux pour consulter la population relèverait plus du plébiscite permanent ou des Dossiers de l'écranoù les <<Chers téléspectateurs» sont d'ores et déjà invités à se manifester au téléphone- que de la démocratie directe. Pour que la télématique soit effectivement le support de la démocratie, il faudrait autre chose : l'existence d'organes de pouvoir populaire, de conseils de travailleurs. Mais ceci est une autre histoire, et surtout une autre société ...

Sur le rôle de l'État et la perspective décentralisatrice, la référence à la <<société civile» - pauvre Gramsci! - ne doit pas faire illusion : comme nous l'avons montré précédemment, il s'agit surtout de décongestionner l'État fort, de rétablir les structures tampons (municipalités, collectivités diverses), de ne centraliser que l'essentiel (le fameux <<pouvoir régalien>>), en un mot de gérer à gauche pour gouverner à droite.

En réalité ce qui importe, pour Nora et Mine, c'est moins la valeur théorique de leur discours que les interlocuteurs à qui il s'adresse : le premier stade de l'opération consiste à créer un langage commun avec le courant social-démocrate «autogestionnaire» ( rocardien); le second stade sera celui de l'ouverture politique.

Pour cela les clins d'œil, les références explicites ou les allusions abondent. On peut en donner quelques exemples.

Lorsque Nora-Mine dénoncent les dangers du scénario «Tout-État» -page 105- on croirait entendre parler Rocard ou Edmond Maire. De même lorsque- page 106- Nora et Mine s'émerveillent sur <da floraison d'expérimentations, l'émergence du mouvement écologique, l'essor de la vie associative».

On retrouve - page 115 - le rappel du «mouvement écologique» comme hériter de Mai-68 et le <<foisonnement de la vie associative».

Il faut noter que les écologistes n'ont d'ailleurs pas été insensibles à ce genre d'appel du pied : article particulièrement <<Ouvert» de la commission <<Informatique et écologie» des Amis de la Terre, réunion-débat organisée par cette même commission avec Nora, Mine et. .. Brice Lalande. Même à l'extrême gauche, la séduction est forte: cf. l'article de J. Vetois sur «La révolution informatique» dans la revue Parti pris, qui s'achève sur l'informatique conviviale.

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Plus loin- page 115- c'est A. Touraine- idéologue attitré du brain trust de Rocard - qui est utilisé (sans le dire, bien sûr) : évocation de la société «post-industrielle», emprunrarrx thèses développées par Tuuraine dans-un ouvrage intitulé la Société post-industrielle : «le déplacement des conflits commence à être sensible dans la plupart des pays modernes. Ils continueront longtemps à se manifester dans l'entreprise. Mais leur détonateur émigre progressivement vers d'autres thèmes d'affrontement : la ville, la santé, l'éducation ... >>.

Page 123, c'est à l'extrême gauche et aux écologistes qui ont développé la critique des médias - par exemple dans la revue Inte~férences que Nora et Mine jettent un clin d'œil : «il sera de plus en plus nécessaire que ses destinataires soient associés à son élaboration [c'est de l'information qu'il s'agit], que les récepteurs soient émetteurs et que les émissions tiennent compte des conditions de réception» .

Mais bien sûr, la référence la plus permanente est faite à Illich (la Convivialité) qui fut d'ailleurs invité au colloque giscardien «<nformatique et société» et qui inspire Rosanvallon et Viveret, autres idéologues rocardiens de l'expérimentation sociale.

Enfin, finissons par la meilleure citation, qui laisse supposer que Nora et Mine se sont convertis aux espaces infinis de l'Autonomie! Page 124, on peut lire: «la société d'information appelle la remontée vers le centre des désirs des groupes autonomes, la multiplication à l'infini des communications latérales».

Alors, Nora-Rocard, même combat? Derrière le rapport Nora-Mine, un projet politique

Dans cette référence soutenue aux tartes à la crème de l'écologisme et de l'expérimentation sociale, il faut voir bien plus que la récupération de thèmes à la mode ou l'éclectisme théorique d'idéologues bourgeois prêts à faire feu de tout bois dans l'offensive actuelle contre le marxisme. C'est un véritable projet politique dont il est question, comme l'a bien montré le dialogue complaisant qui s'est instauré entre Giscard et Edmond Maire lors du colloque <<Informatique et société». Le rapport Nora- notamment dans tous les passages consacrés au «projet de société» - est justiciable d'une double lecture : une lecture giscardienne (<<libérale-libertaire») mais, aussi bien, une lecture «autogestionnaire» façon Rocard.

Cette ouverture idéologique en direction de la nouvelle social-démocratie révèle clairement l'enjeu : une stratégie d'alliance, au profit du capitalisme monopolis+e (sa fraction la plus avancée), incluant une utilisation spécifique de la nouvelle petite bourgeoisie et des secteurs du mouvement ouvrier.

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Tout en ayant clairement conscience des limites du raisonnement par analogie, on peut tenter d'éclairer le rôle de cette construction idéologique par une comparaison historique : la fonction de l'idéologie laïque sous la Troisième République, du point de vue qui nous intéresse- c'est-à-dire celui des alliances de classes.

A la fin du xrxe siècle et au début du xxe, c'est bien autour de l'idéologie laïque que se sont constitués une alliance de fait, un réseau de solidarité, un bloc historique - sous hégémonie bourgeoise - regroupant : - la fraction la plus avancée du capital qui voyait dans l'idéologie laïque et rationaliste une machine de guerre contre les couches rétrogrades de la société et dans le développement de l'école publique l'instrument nécessaire à la qualification de la force de travail, - une partie de la petite bourgeoisie qui y voyait à la fois un axe de son développement en tant que classe - par l'accroissement du corps enseignant - et un instrument de mobilité sociale (vers la bourgeoisie) , - et des couches de la classe ouvrière qui y voyaient un moyen de promotion culturelle et sociale.

La possibilité durable d'un tel bloc se fondait sur des intérêts matériels bien réels, la communion dans une même idéologie (école laïque, scientisme, culte du savoir et de l' effort, foi dans le p rogrès et la p rom otion par la science) et le rôle charnière joué par une couche particulière de la petite bourgeoisie : les enseignants. Ceux-ci constituaient un point de passage quasi obligé pour l'ascension sociale - grands-parents ouvriers ou paysans, parents institute urs et enfants médecins, ingénieurs ou magistrats. En outre cette couche sociale fournissait au mouvement ouvrier une proportion non négligeable de cadres organisateurs, ce qui n'a pas été sans effets sur 1' idéologie de celui· ci.

L'idéologie de la décentralisation et de l'expérimentation sociale, appuyée ou non sur les dernières trouvailles de la technologie, se veut le ciment d'un nouveau bloc historique, élément central pour le projet de société décrit par le rapport Nora-Mine, comme dans le discours rocardien.

Pour la fraction la plus dynamique de la bourgeoisie, l'objectif est d'assurer le consensus social autour de son projet modernisateur et d'occulter les fonctions réelles de l'État et du marché dans la société capitaliste. C'est toute la signification de la littérature sur le dépassement du libéralisme et du marxisme.

Dans ce projet de société, certaines couches de la nouvelle petite bourgeoisie y trouvent une valorisation de leur propre rôle dans le processus de travail comme dans l'ensemble de la vie sociale, ainsi que la prise en compte de leurs aspirations à gérer le niveau de pouvoir que la bourgeoisie est disposée à leur sous-traiter. Enfin la relativisation des fonctions de production en faveur du développement des «aménités'' diverses est censée constituer la garantie de

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leur développement comme couches sociales et la reconnaissance de leurs luttes revendicatives hors de l'entreprise.

Il est juste et important de constater que la nouvelle petite bourgeoisie a une prédilection particulière pour les mouvements revendicatifs ou contestataires qui ne se situent pas dans l'entreprise- lieu d'enracinement des rapports de production et de l'exploitation- car ils n'affectent pas sa position de classe. Mais, à partir de là, certaines extrapolations sont dangereuses que n'évitent pas toujours les procureurs de la nouvelle petite bourgeoisie (NPB): par exemple le CERES ou] .-P. Garnier dans le Socialisme à visage urbain. Pour aller vite, deux remarques qui, bien sûr, devraient être étayées et discutées : -Les luttes hors de l'entreprise (urbanisme, écologie, santé, école . .. ) ne sont pas, par essence , petites-bourgeoises . L'extension du règne de la marchandise à l'ensemble des sphères de l'activité sociale en fait un domaine de la lutte ouvrière. Quant à l'hégémonie politique de la NPB sur ces mouvements, elle n'est pas une fatalité : c'est l'enjeu d'un combat politique. - Le courant «autogestionnaire» d 'expérimentation sociale n ' est pas petit- bourgeois, au sens social d ' expression des in térêts d'une classe sociale :

la N PB. C'est, fondamentalement, un courant du mouvemen t ouvr ier qui structure sur le plan syndical - par la CFDT - et sur le plan politique

- par le courant rocardien du PS - une partie de la classe ouvrière .

L ' oublier peut conduire à des erreurs graves.

Enfin , certaines couches supérieures techniciennes de la classe ouvrière peuvent y rencontrer un modèle d'identification plus valorisant que le constat de leur appartenance au prolétariat. Sur le plan idéologique et politique, la faillite d'un certain verbalisme politico-syndical- la dichotomie totale entre le langage <<marxiste» de la gauche officielle (PCF, majorité du PS) et sa pratique intégralement réformiste n'est pas pour rien dans le succès du thème de l'archaïsme, développé par Rocard ou E . Maire - et la faible crédibilité de l'alternative révolutionnaire créent un terrain propice aux mirages d'un projet moderniste.

Néanmoins il faut souligner les limites de la comparaison : une telle alliance reste un projet, elle est difficile à mettre en œuvre. Car, autant il est facile de concilier, dans le domaine des représentations idéologiques, des classes ou des fractions de classe aux intérêts divergents, autant il en va tout autrement dans la vie politique et sociale, surtout en période de vaches ma1gres.

On ne peut, dans le cadre de cet article, se livrer à une analyse globale des rapports entre les classes dans la société française; mais une chose est sûre : la crise économique et la réponse que lui donne la bourgeoisie, à travers les plans d'austérité successifs, attaquent de plein fouet la situation et les intérêts

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des couches ouvrières ou petites-bourgeoises auxquelles précisément ce discours s'adresse - notamment à travers la baisse du pouvoir d'achat et le développement du chômage . C'est une situation objectivement peu propice au consensus recherché. Les auteurs du rapport ne se dissimulent d'ailleurs pas le problème : «Mais la société à laquelle elle [elle : dynamique de la société informationnelle] conduit est fragile : construite pour favoriser l'élaboration d'un consensus, elle en suppose l'existence et se bloque si elle ne parvient pas à 1 'obtenir.>> 46

Croire que la petite bourgeoisie et une fraction de la classe ouvrière sacrifieront leurs intérêts matériels immédiats sur l'autel de la société informationnelle et conviviale est un pari osé. Pour accroître ses chances de la gagner, la bourgeoisie a besoin d'un allié dans la place : c'est là le sens principal de l'appel du pied au courant «autogestionnaire» . Cela sera-t-il suffisant? C'est le développement des luttes de classe , en particulier autour des mutations technologiques , qui fournira la réponse .. . L'enjeu

Dans une situation politique et sociale difficile où, grâce à la politique des partis réformistes et des directions syndicales, c' est la bourgeoisie qui a repris l'offensive- citons pêle-mêle :les plans Barre d'austérité, l'offensive idéologique multiforme (sans amalgame, nouveaux philosophes , nouveaux économistes, «nouvelle droite» , etc.), attaques contre le droit de grève dans la fonction publique, accentuation du caractère autoritaire du régime, limitation des droits démocratiques éléme ntaires comme le droit de manifestation ... - , le rapport Nora-Mine nous confirme les efforts de sa fraction la plus éclairée pour reprendre un second souffle, dix ans après Mai-68 , et sa capacité à proposer à la discussion des projets combinant un bouleversement considérable du procès de travail et des modes de vie, à la volonté de dégager un consensus idéologique, ciment d'un bloc incluant les couches de la nouvelle petite bourgeoisie et une fraction du mouvement ouvrier. Le rapport et ses prolongements - surtout le colloque giscardien «Informatique et société» de l'automne 1979- éc.lairent l'importance de l'enjeu que représente l'informatisation pour le mouvement ouvrier.

La modification du procès de travail pose aux organisations ouvrières et aux travailleurs des problèmes nouveaux (déqualification, maladies professionnelles spécifiques, contrôle accru sur les cadences , chasse aux temps morts ... ) qui ne se satisferont pas des réponses anciennes : - ni la tradition du refus (celle des canuts) qui peut, certes, connaître de beaux jours notamment dans certains milieux . .. de l'informatique, ma1s qui ne permettra pas de dégager une réponse massive et unitaire;

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- ni celle, véhiculée par les réformistes, de la foi dans les possibilités libératrices du progrès technologique, car elle conduit inévitablement à accepter la logique de la restructuration capitaliste.

Plus que jamais, l'informatisation met à l'ordre du jour la lutte pour le contrôle ouvrier, ce qui n'a pas grand-chose à voir avec les propositions des cadres CFDT (sur le pouvoir des comités d'entreprise) ·sur lesquelles le gouvernement s'est précipité ...

L'informatisation - surtout au rythme très rapide souhaité par Nora -signifie une attaque massive contre l'emploi, particulièrement dans des secteurs comme le secrétariat, où les travailleurs - qui sont en fait, essentiellement, des travailleuses - sont particulièrement atomisés , ce qui rend la riposte très difficile. C'est la responsabilité du mouvement ouvrier dans son ensemble de prendre en charge la lutte.

L'informatisation de la vie quotidienne, ce ne sont pas seulement les jeux ou les gadgets - l'informatisation verte! - mais la familiarisation avec la technologie de la mise en fiche et du contrôle social accru. La lutte pour un moratoire sur la constitution des fichiers 47 et des bases de données , l'ouve rture d'un vaste débat sur l' informatique, l' organisation du contrôle des travailleurs de l 'informatiq u e et des v ictim es d u fi chage su r ces procéd ures constituent l' axe le plus immédiat de la riposte.

Quant à l'idéologie conviviale nourrie de scientisme qui alimente le rapport Nora, l'intervention théorique et militante des révolutionnaires est indispensable pour en dégager le caractère mystificateur et dénoncer les projets politiques (bourgeois) qu'elle couvre.

''Big Brother watches you and y ou can even ask him questions" (Big Brother vous regarde amicalement et. .. vous pouvez même lui poser des questions!). Cette boutade d'informaticie n cerne assez bien l'enjeu et le risqu e: celui d'une informatisation propre, laissant ses victimes désarmées . Pas de paranoïa, mais attention : ce pourrait bien être cela, avec le nucléaire bien sûr, le visage moderne et <<humain>> de la barbarie. NOTES 1. Rapport Nora-Mine, Édition du Seuil, 1978, p. 3. 2. Ibid, p. 31 à 46. 3. Ernest Mandel, le Troisième Age du capitalisme, Éd. 10/18, tome III, p. 249 et 252. 4. Rapport Nora-Mine, op. cil., p. 62 à 100. 5. Ibid., p. 17 à 29, 49 à 61 et 101 à 109. 6. Ibid., p. 111 à 141. 7. «L'informatisation croissante de la société est au cœur de la crise : elle peut l'aggraver, ou contribuer à la résoudre, suivant la politique dans laquelle elle s'insèrera, elle apportera le meilleur ou le pire. Il n'y a dans ses effets ni automa-

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tisme, ni fatalité . Ils dépendront de la façon dont évolueront dans les années à - venir les-relations-entre I'État-eHa- société civile. ,- Jbid:-;-p-:-9. 8 . Compte rendu par Simon Nora du livre d'Yves Stourzé , les Ruines du futur, dans le

Nouvel Observateur. 9. «La technologie du vidéotex permet de transformer un poste de télévision courant

Men terminal d'informatique . » Le Monde, 10 mars 1979. 10. «Son originalité consiste dans l'utilisation des matériels et des méthodes de l'informatique pour traiter non plus des informations numériques, mais des messages écrits. Or, si on considère le stock d'informations circulant dans une entreprise, 30 % de celles-ci sont de nature numérique et 70 % consistent en des signes non numériques et en particulier des mots. <<On réalise une machine de traitement de textes en réunissant un clavier pour la frappe de l'information, des microprocesseurs pour le traitement de celle-ci et des mémoires pour en assurer le stockage et la restitution ultérieure. La série IBM 6/400 permet ainsi d'enregistrer des textes dactylographiés, de les modifier et de les mettre en page; de disposer aussi d'une certaine capacité de tri, ce qui leur donne la faculté de mettre à jour, de stocker, de trier et d'imprimer les informations de type administratif(fichier d'adresses par exemple) . Ces machines asslfrent aussi des corrections et des assemblages à partir de paragraphes stockés . ,, L 'Economie en question, n° 8-9, avril 1979. 11. Rapport Nora-Mine, op. cit., p . 37 . 12. <<Le régime central d ' accumulation et sa crise "• Critiques de l'économie politique, n ° 7-

8, p . 165 . 13 . Une étude du constructeur d ' ordinateurs Siemens prévoit que 25 à 30 % des tâches de bureau seront informatisables et que d'ici douze ans la moitié des 5 millions d'employés de bureau, rédacteurs et correspondanciers de la RFA pourront être remplacés par des machines . 14. <<L'ordinateur crée des emplois ••, article de Claude Salzman , le Monde, 29 septembre 1978. Il prévoit une augmentation des effectifs administratifs de 4 à 5 % par an. 15. Rapport Nora, op. cit., p . 45 et 46. 16. Le Troisième Age du capitalisme, op. cit., p . 432. 17. Le Monde, 29 septembre 1978. 18. Michel Durand, «Sur la crise économique de 74-75», in Cn.tiques de l'économie politique, n° 7-8, avril-septembre 1979, p . 180. 19. Rapport Nora, op. cit., p . 61. 20. ATTale quasi-monopole du téléphone et des communications privées aux USA. 21. <<Le rapport Nora ou le progrès alibi», article de François Vaneau, in Économie et

Politique, février 1979. 22. Rapport Nora, op. cit., p . 85. 23. La classification qui suit a été établie à partir de l'article écrit par Eric Le Boucher

Get Jean Hervé Lorenzo : <<Industries électroniques : les stratégies nationales", in 01 informatique, n° 130. 24. Pour la CAO, l'objectif est de passer en 5 ans de 100 à 2 000 systèmes installés dans l'industrie française . 25 . 416 mini-ordinateurs seront livrés dès septembre 1979 par Logabax et l'Occitane

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électronique.

26. Lire à ce sujet le livre désormais classique de Manuel J anco, Informatique et capitalisme,_.Maspero 1972, ainsi que le dossier publié dans le n° 19 des Cahiers de la

Taupe.

27. Bernard Cazes dans le compte rendu du livre de P . Rosanvallon : le Capitalisme utopique, dans la Quinzaine littéraire, n ° 304.

28. Les Réseaux pensants, Éd. Masson, 197.8, p. 271.

29. Voir Interférences, n° 2, printemps 1975.

30. Rapport Nora, op. cit., p. 51.

31. Le Troisième Age du capitalisme, op. cit., t. III, p. 232.

32. Critiques de l'économie politique, n° 1, octobre-décembre 1976.

33. Travail et capitalisme monopoliste, Éd. Maspero, 1976.

34. «La technique est le substrat matériel des rapports internes au procès de travail, qui font du collectif des forces de travail une force unique yroductive de plus- value», Régulation et Crise du capitalisme, Michel Aglietta, Ed. Calmann-Lévy, p. 92.

35. Daniel Guibert : «Informatique, l'utilisation en question; problème du pouvoir et de la pensée technique», Interférences, n° 3.

36. Lire en particulier« L'informatisation de la liberté : arguments pour un débat», in l'Informatique nouvelle, n"' 105, 106 et 107.

37. ••J'appelle société conviviale une société où l'outil moderne est au service de lapersonne intégrée dans la collectivité.»

<<L'outil convivial supprime certaines échelles de pouvoir, de contraintes de programmation, celles qui précisément tendent à uniformiser tous les gouvernements

[ ... ]la société conviviale est une société qui donne à l'homme la possibilité d' exercer l'action la plus autonome, la plus créative possible••, Ivan Illich, la Convivialité,

Éd. du Seuil, p. 13, 37 et 43 .

38. Raymond Barre.

39. Rapport Nora, op. cit., p . 49.

40. Ceux qui ont oublié le <<pouvoir étudiant, pouvoir ouvrier, pouvoir paysan» du

PSU en Mai-68 peuvent toujours lire le livre de Gilles Martinet la Conquête des pouvoirs, Éd. du Seuil.

41. Rapport Nora, op. cit., p. 105.

42. <<L'imprimerie, le gramophone et l'ordinateur», Jacques Attali, in le Monde, 19 septembre 1978.

43 . Interférences, n° 8 : <<Critique des stratégies informatiques».

Notons qu'en Uruguay les ordinateurs paraissent constituer des objectifs stratégiques :ils sont gardés de jour comme de nuit par l'armée, ou sont enfermés dans de véritables blockhaus. Alors qu'en Argentine, depuis le coup d'État de Videla, la vente d'ordinateurs à destination de la police ou de l'armée connaît un boom spectaculaire.

4-5. Rapport Nora, op. cit., p. 60.

46. Rapport Nora-Mine, op. cit., p . 125.

47. Oui, le socialisme, p . 246 et suiv., Éd. Maspero, Paris, 1978.

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