XIe Congrès mondial de la IVe Internationale 1. L'Internationale nécessaire
Le XIe congrès mondial de la Ive Internationale s'est tenu en novembre dernier, avec la participation d'environ 200 délégués et invités représentant les sections et organisations sympathisantes d'Europe, d'Amérique latine, d'Amérique du Nord, d'Asie, d'Afrique et d'Océanie; plus nombreuses que dans tous les congrès précédents 1 .
Evénement mineur pour la grande presse, et en général rapporté - quand il l'est - avec un humour laborieux ou des commentaires méprisants. Et cette fois, il y avait un morceau de choix :une nouvelle scission des trotskystes !
On lira plus loin l'analyse que Daniel Bensaïd a fait de cette scission lors du meeting de la Mutualité du 23 novembre. Il n'est pas dans notre usage de minimiser nos difficultés de développement. Mais nous devons souligner aussi qu'une Internationale révolutionnaire ne peut se construire selon un progrès linéaire. En même temps que des pertes, qui touchent essentiellement notre section française et, en Amérique latine, des organisations sympathisantes dont l'une, très forte, le P.S.T. d'Argentine, le XIe congrès mondial a enregistré une extension dans plus d'une dizaine de pays, dont plus de la moitié voient apparaître des forces trotskystes pour la première fois. Le recul numérique d'aujourd'hui n'implique donc en rien l'impossibilité de plus grands progrès dans un proche avenir.
De plus, si nous regardons en arrière, la situation actuelle est loin d'être désespérante, au contraire. Et si le chemin où nous nous
sommes engagés, en tant que mouvement, depuis quarante ans, a été plus tortueux et difficile qu'on ne le pensait au départ, nos objectifs, en dépit des durs mécomptes, nous apparaissent aujourd'hui plus réalistes et accessibles que jamais.
C'est à la lumière de ces objectifs que nous devons et pouvons faire le point, à l'occasion de ce XIe congrès. Ils ne sont rien de moins que la révolution prolétarienne à l'échelle mondiale, et l'instauration du socialisme authentique en lequel se confondent démocratie ouvrière et dictature du prolétariat2.
Ici, nos critiques se divisent. Pour ne pas parler de ceux pour qui le socialisme est une utopie dont la seule concrétisation est un pire régime d'exploitation de l'homme par l'homme, et qui enterrent le marxisme dans leur incapacité à affronter le problème de la bureaucratie, les autres se séparent entre ceux pour qui le socialisme est renvoyé à un avenir très lointain et imprécis, lent ajustement de « socialismes nationaux » issus de sources diverses, en général compris comme des évolu tiens pacifiques de la société bourgeoise, et ceux pour qui l'unité socialiste du monde surgira d'un phénomène messianique spontané. Il n'y a bien sûr aucune espèce de rigueur théorique dans ces différents couronnements de politiques qui se prétendent, les unes réalistes, les autres radicales, et qui cachent en vérité les pires impuissances et les pires défaitismes. Le mouvement ouvrier, dos tourné à l'internationalisme
D'un bout de l'éventail du mouvement ouvrier à l'autre, l'on a : - Les partis de ce qui fut la ne Internationale, qui ne s'accordent que dans la mesure où cela est de l'intérêt de leur bourgeoisie nationale dont ils sont les serviteurs loyaux, et dont les intérêts « nationaux » passent toujours avant ceux de la classe ouvrière, non seulement internationale, mais même nationale, à laquelle ils n'hésitent pas, aujourd'hui, dès qu'ils accèdent au pouvoir, à faire payer le prix de l'austérité. - Les partis qui sont les produits de décomposition de la nie Internationale, qui rivalisent de chauvinisme avec ceux de la ne, englués dans leurs liens avec la bureaucratie sinistre de l'U.R.S.S., et qui, pris dans la contradiction de ne pas vouloir attenter au pouvoir bourgeois, mais de ne vouloir pas non plus, comme le font les sociaux-démocrates, accepter de se charger d'exécuter la politique bourgeoise d'austérité sous peine d'y perdre à jamais leur base sociale en déclin en sont réduits à entretenir la division des rangs ouvriers dans un sectarisme qui n'est pas moins suicidaire.
Des partis centristes, du type du P.S. U. français, zigzaguant de
gadgets en gadgets, marieurs toujours bafoués de la social-démocratie et du stalinisme, et dont la politique internationale est faite de « solidarités » abstraites et formelles, peu regardantes sur les politiques suivies par leurs alliés, au nom d'un principe de non-ingérence à la Ponce Pilate. - Des groupes maoïstes, qui survivent à la liquidation de l'héritage du Grand Timonnier, ne conservant de leur passé récent que la dénonciation du « révisionnisme » des bureaucrates de l'U.R.S.S. comme ennemi principal, avec ce que cela implique de soutien à leur propre bourgeoisie. - Enfm les formations - hors de la Ive Internationale - qui se réclament du trotskysme, et qui depuis des lustres s'acharnent, au nom de la « reconstruction » du mouvement que nous construisons, à se séparer sitôt que rassemblés, chacune autour de quelques caudillos infaillibles. Onze congrès au rythme de la révolution
Un tel tableau minimise nos propres mécomptes. D'autant que le chemin que jalonnent nos onze congrès représente beaucoup plus d'années noires que de périodes d'essor et de victoires du mouvement ouvrier.
Notre congrès de fondation ( 1938) ne se tenait-il pas dans le courant torrentueux vers la guerre, et précisément pour nous constituer en bastion contre ses traverses, et en base de départ pour les offensives qui ne pouvaient manquer d'en sortir.
Dix ans plus tard, notre ne Congrès se tenait alors que la sainte alliance de Yalta-Postdam avait réussi à briser la montée révolutionnaire consécutive à la guerre et que la seule révolu ti on victorieuse de cette nouvelle période, celle de Yougoslavie, allait subir une tentative d'écrasement par tout le système stalinien.
Notre me congrès (1951), en pleine guerre froide, avait lieu alors que la guerre « chaude » de Corée faisait planer les pires risques sur la révolution chinoise victorieuse. Ce congrès, qui précédait de peu la seule véritable grande scission de notre mouvement, était le premier de ceux qui s'étendent sur la plus sombre période de la lutte de classes mondiale de l'après-guerre.
Il est donc pour nous significatif que les premiers signes de renversement du rapport des forces entre les classes à l'échelle mondiale, marqué à la fois par la victoire de la révolution cubaine et par la lourde défaite de l'impérialisme français en Algérie, ait été pour nous une véritable renaissance, avec un vue congrès de réunification de notre mouvement international. •
Le Ixe, tenu au lendemain de 1968, marquait un nouvel essor.
Il fait peu de doute que le reflux révolutionnaire en Amérique latine (écrasement des guérillas, contre-révolution au Chili) et la phase la plus dure de la révolu ti on vietnamienne aient pesé sur notre xe congrès mondial et lui aient donné ses caractères négatifs, de dur affrontement de fractions.
Le XIe vient de se tenir dans la lueur des foyers de deux révolutions à l'issue encore douteuse, celle d'Iran et celle du Nicaragua, et ce sont bien des inquiétudes et des espoirs parallèles qui l'ont dominé.
Constater à quel point les pulsions de la lutte des classes et de la révolution se reflètent dans la vie de notre organisation, ce n'est pas se soumettre à quelque objectivisme, mais c'est seulement constater qu'à la différence des chapelles sectaires notre mouvement est plongé dans la réalité de la vie du prolétariat mondial.
Ceci dit, la modestie de nos résultats doit-elle amener à la conclusion que l'Internationale n'est plus (ou, plus simplement, n'est pas) nécessaire ?
Ce n'est jamais la difficulté d'une tâche qui prouve son inutilité. L'état présent de la lutte de classes dans le monde montre au contraire à quel point l'absence d'une direction reconnue comme porteuse du capital théorique et de l'expérience d'un siècle et demi de mouvement ouvrier, la transformation en force contre-révolutionnaire de la bureaucratie qui a exproprié le pouvoir prolétarien en U.R.S.S., les déviations des directions qui sont issues de cette dégénérescence stalinienne ont des conséquences désastreuses pour le monde travailleur tout entier. Pour une révolution qui réussit à vaincre dans l'isolement et l'empirisme, face aux forces colossales de l'impérialisme, pas ou mal aidée, voire sournoisement sabotée par l'U.R.S.S. et les forces staliniennes, combien d'autres avortent, tournent court dans le marais de l'état national bourgeois, ou sont écrasés avant l'assaut final vers le pouvoir. L'exemple iranien
L'exemple de la révolution iranienne est le plus récent et un des plus saisissants quant à la tragédie de la crise de la direction révolutionnaire mondiale. Le discrédit du parti stalinien Toudeh a livré les masses iraniennes à une direction nationaliste religieuse qui les égare et les divise, compromettant le sort d'une des révolu ti ons au potentiel le plus riche. Face à un tel processus, on voit les directions du mouvement ouvrier international soit faire chorus avec la réaction (P.S. et centristes) soit apporter un appui opportuniste à Khomeiny
(les P.C.) Et ce n'est certes pas un hasard si l'éclatement de la révolu ti on a vu se former, par fusion, une section iranienne de la Ive Internationale, le P.S.T., qui, immédiatement au combat aux côtés des prolétaires les plus avancés - en particulier ceux de l'industrie pétrolière - et des minorités que le nouveau pouvoir prétend maintenir dans un statut d'oppression nationale, a été le premier courant du mouvement ouvrier à subir la répression la plus dure des khomeinistes. Cela n'est pas seulement l'honneur de notre Internationale, mais aussi et surtout l'exemple de la voie de l'inflexible défense des intérêts généraux du prolétariat, tâche du communisme véritable. Plus significatif encore est le fait que c'est la campagne pour la vie de nos quatorze condamnés - dont il est évident qu'elle n'aurait pas eu lieu sans l'existence de l'Internationale - qui a arrêté le bras des ex écu te urs, et permet à notre section iranienne de continuer sa lutte intransigeante. ·
Dans un tel exemple, la limite de ce dont nous sommes capables stigmatise d'abord les grandes organisations du tfuouvement ouvrier et leur politique de chien crevé au fil de l'eau. Quant à nous, nous savons que les graines que nous lançons sur le terrain des révolu ti ons ne manqueront pas de faire lever bientôt des moissons.
D'ores et déjà, notre Internationale est capable de mieux appréhender les problèmes de la lutte révolutionnaire à l'échelle mondiale , d'abord par la saisie théorique et analytique , car - selon le mot de Lénine - il n'y a pas d'action révolutionnaire sans théorie révolutionnaire, mais surtout par l'engagement de l'action sur le terrain et dans la solidarité unifiée internationalement. Les analyses du XIe congrès
Quatre résolu ti ons politiques générales ont été adoptées par le XIe Congrès :sur la situation mondiale, sur l'Europe, sur l'Amérique latine et sur la lutte mondiale des femmes.
La révolu ti on sur la situation mondiale saisit dans tous ses aspects la crise la plus grave que le capitalisme ait connu à l'échelle internationale depuis les années trente. Il s'agit d'une crise globale, qui frappe les mécanismes économiques, les rapports sociaux, les structures politiques et l'idéologie et qui, loin d'être limitée à quelques épicentres, concerne tous les continents. La défaite de l'impérialisme au Vietnam a été jusqu'ici le point culminant de cette crise et a eu des conséquences énormes que les vicissitudes actuelles de la situation indochinoise ne doivent pas nous amener à minimiser. L'une de ces conséquences a été qu'après 197 5 les Etats-Unis se sont trouvés dans l'impossibilité de jouer leur rôle de gendarme mondial de la
contre-révolution et qu'ils ont dû assister sans riposter, comme ils l'auraient fait à d'autres époques, à des mouvements révolutionnaires comme ceux qui ont bouleversé dans l'espace d'une seule année, l'Iran et le Nicaragua, dans deux zones cruciales pour la stratégie politico-militaire impérialiste.
D'autre part, le capitalisme, tout en ayant surmonté la conjoncture économique de 1974-75, reste frappé par la vague longue de stagnation ou de croissance limitée et précaire, où les tensions et les contradictions se multiplient sur tous les terrains (crise du système monétaire, crise du commerce mondial, « crise de l'énergie », etc.). L'idée centrale du texte est que le capitalisme ne peut espérer sortir de cette crise par de simples mesures de réactivisation de ses mécanismes économiques, mais qu'il doit se poser le problème dans ses termes réels, à savoir, en dernière analyse, celui du rapport de forces entre les classes. En d'autres termes, il ne pourra surmonter le cycle dans lequel il est entré désormais depuis une dizaine d'années s'il ne réussit pas à imposer une véritable restauration à partir des pays qui ont été le plus profondément investis par la vague de 1968-69, prolongée les années suivantes, s'il ne réussit pas à faire payer le prix de la crise à la classe ouvrière et aux couches opprimées, par une augmentation du taux d'exploitation et une relance du taux du profit. Dans aucun pays cet objectif n'a été atteint. Dans aucun pays il ne pourra être atteint sans des luttes très dures, des confrontations sociales et politiques majeures.
Cette analyse est précisée, en ce qui concerne l'Europe, dans le deuxième document. Celui-ci s'oppose aux analyses qu'esquissent aussi bien les organisations majoritaires du mouvement ouvrier que ce qui reste des organisations de l'extrême-gauche. Les unes et les au tres, au-delà des divergences qui les séparent, sous-estiment, en dernière analyse, la crise du système et de sa classe dominante en donnant des interprétations abusives ou catrément fausses, de la situation actuelle, à la perspective même d'une lutte pour le renversement du système et en ouvrant, entre autres, la voie à des idéologies crépusculaires et à des campagnes tapageuses sur la prétendue crise du marxisme.
Les marxistes révolutionnaires n'ignorent absolument pas qu'au cours des deux ou trois dernières années la bourgeoisie a pu regagner partiellement du terrain dans des conflits sociaux et dans certaines confrontations politiques. Mais ils précisent la portée de ces développements en les intégrant dans un cadre d'ensemble qui n'a pas connu de changements qualificatifs. Ce qui n'est pas moins important, ils indiquent quelles en sont les causes. On revient ainsi au rôle des facteurs subjectifs. Si des échecs se sont effectivement produits, si dans certains pays il y a eu des piétinements du
mouvement des masses, cela n'est aucunement dû à un renforcement structurel de la classe dominante, à ses capacités de relancer les mécanismes d'accumulation, à une restabilisation de ses directions politiques, mais au fait primordial que les partis qui jouissent encore de la confiance des masses n'ont pas voulu exploiter des crises révolutionnaires ou pré-révolutionnaires pour opposer aux solutions bourgeoises une solution ouvrière à la crise, pour déclencher une dynamique anticapitaliste; pour s'imposer au pouvoir.
Le texte adopté sur l'Amérique latine part du fait qu'à partir de 1977 une nouvelle étape s'y est ouverte, une étape de réanimation et de relance des mouvements de masses qui, dans des pays comme le Brésil, le Pérou, la Bolivie ont déjà acquis une ampleur considérable, et dont l'apogée a été l'insurrection victorieuse du Nicaragua, au mois de juillet dernier (sur le Nicaragua, par ailleurs, le congrès a voté un texte spécifique). L'Amérique latine, en effet, subit encore plus que l'Europe les conséquences de la crise prolongée de l'économie capitaliste. Cela a annulé mêmes les acquis économiques partiels qu'avaient arrachés pendant quelques années, au prix d'une surexploitation des masses travailleuses, certaines dictatures militaires (celle du Brésil, par exemple). Cela signifie que les marges des concessions se sont ultérieurement réduites, voire qu'elles sont devenues inexistantes. Il en découle que les dictatures qui subsistent dans le « Cône sud» sont condamnées à subir une usure de plus en plus grande et que les opérations d'« institutionalisation » esquissées dans une série de pays s'avéreront extrêmement difficiles et pourront échapper au contrôle de ceux qui les ont lancés ou vont les lancer dans l'avenir. L'Amérique latine s'insère donc parfaitement dans le cadre d'instabilité persistante et de crise du système analysés par les principaux textes du congrès. La dynamique latino-américaine, de même que celle de l'Europe, comporte la possibilité, voire l'inévitabilité de changements brusques, de convulsions soudaines, d'éclatements de crises révolutionnaires ou pré-révolutionnaires, de confrontations majeures entre les classes.
Le panorama de la situation mondiale resterait partiel s'il n'était pas complété par l'analyse de la situation dans les Etats ouvriers bureaucratisés. Une section importante du texte international est consacré justement à ce problème. On y saisit la crise qui frappe les structures et les groupes dirigeants bureaucratiques, une crise qui, dans certains pays, n'apparaît pas encore à la surface, alors que dans d'autres elle s'est manifesté dans les dernières années sous des formes spectaculaires. L'exemple de la Chine est le plus évident, mais en Europe orientale aussi des problèmes se sont posés de plus en plus nettement (par exemple en Pologne). L'idée qu'il faut retenir, en tout cas, est que les directions bureaucratiques seront de
moins en moins en condition de jouer un rôle stabilisateur dans la politique mondiale, quelle que soit leur volonté.
A l'étape que nous avons atteinte, il faut comprendre qu'il n'y a et n'y aura pas d'îlots de stabilité même relative. Tous les éléments conflictuels vont se multiplier dans tous les secteurs du monde avec des effets cumulatifs qu'on peut saisir dans leur dynamique d'ensemble, mais qu'il est impossible de prévoir dès maintenant dans toutes leurs implications concrètes.
Les analyses et les orientations fixées dans les textes du congrès ont le but de faciliter la bataille pour la construction de partis révolutionnaires, sections de la Ive Internationale. L'action, test de la politique
Cette visée est éclairée par les résolutions d'action les plus importantes prises par le XIe congrès : de soutien à la révolution nicaraguayenne; de sou tien de la lutte des opposants révolutionnaires des Etats ouvriers bureaucratiques, en particulier de ceux de Tchécoslovaquie, dont notre camarade Petr Uhl est un des principaux porte-drapeau ; de défense du Vietnam contre les attaques politiques et économiques de l'impérialisme, et enfin de la lutte des femmes pour leur libération de l'oppression multiforme particulière qu'elles subissent dans le monde entier.
Seule notre Internationale mène le combat sur l'ensemble de ces terrains, et comme unité dans le monde entier, tandis que tou tes les autres organisations « trient»» entre ces luttes complémentaires :les sociaux-démocrates dénonçant la répression à l'Est mais hurlant avec les loups impérialistes contre le Vietnam et servant d'entremetteurs de ces mêmes impérialistes au Nicaragua, tandis qu'inversement les P.C., fussent-ils « eurocommunistes », « oublient » de mener campagne contre la répression bureaucratique, prônent la collaboration de classes au Nicaragua et, s'ils défendent le Vietnam, c'est en se privant de crédibilité par leur habituel manichéisme.
En même temps que notre unité organique, c'est l'unité révolutionnaire internationaliste de notre lutte qui a été brisée par les scissionnistes de notre mouvement. En ses forces principales sud-américaines, auto-baptisées « fraction bolchevique », le dogmatisme théorique le dis pu tait aux pra tiques opportunistes : d'un côté un régime de parti monolithique bureaucratique et le plus violent révolutionnarisme verbal, de l'autre des alliances sans principes avec des. courants bourgeois ( « front large » d'Uruguay, péronisme en Argentine). Tout cela dans le refus de toute discipline et de tout contrôle internationaux. Le révélateur qu'est toute révolution a fait
éclater cette contradiction : l'opportunisme le plus éhonté s'est fait pratique manipulatoire (actions menées sans mandat au nom et sous le drapeau du F .S.L.N.), suivie, une fois qu'elle a été démasquée, d'une fureur sectaire et calomniatrice tournée contre ce même F.S.L.N. Un tel comportement, au sein même d'une révolution menée dans les conditions les plus terribles, était beaucoup plus que l'Internationale pouvait accepter de voir couvrir de son drapeau.
Une telle rupture, aussi dure que soit pour nous la perte de militants égarés par l'apparente intransigeance des scissionnistes, ne peut affaiblir durablement notre mouvement du fait même des conditions qui la provoquent, et elle n'est pas davantage susceptible de voir s'opposer à notre Internationale un autre mouvement mondial de rassemblement de ceux qui rompent aujourd'hui avec nous pour s'unir dans la lutte contre la révolu ti on au Nicaragua avec ceux qui ont pour tradition de ne jamais reconnaître les révolutions quand elles ont lieu.
C'est dans le soutien, aussi critique qu 'il est nécessaire, mais le soutien et la solidarité avec les révolu ti ons, c'est dans la participation à leurs combats que seulement peut se construire une Internationale dont le nom est Parti mondial de la révolution socialiste . Vers le prolétariat industriel
Pour accélérer cette construction, le congrès a mis au centre de ses débats d'orientation un problème capital, celui de la composition sociale des organisations trotskystes et de leur présence dans les grandes concentrations prolétariennes. Il a constaté, d'une part, qu'au cours des dernières vingt-quatre années, la masse relative de la classe ouvrière et des salariés a augmenté considérablement, quasi partout dans le monde (les effets en sens opposé de la crise économique n'ayant été jusqu'ici que très marginaux), et que la présence inssuffisante dans nos rangs d'ouvriers et notamment d'ouvriers de grandes entreprises, malgré les progrès incontestables réalisés dans certains pays au cours des années soixante-dix constitue un handicap majeur qui, en fait, nous empêche de jouer effectivement notre rôle d'avant-garde dans les mouvements de masses réels. D'où la décision d'opérer résolument le tournant nécessaire pour surmonter cette faiblesse structurelle. Il s'agit d'une tâche d'autant plus impérative et urgente que, si les analyses du XIe congrès sont correctes, de grandes batailles, des confrontations majeures sont inscrites dans la dynamique de l'étape où nous sommes entrés, et que nous savons, de toute notre expérience historique, que nous ne pouvons pas accorder un gramme de confiance ni aux réformistes, ni aux néo-
Il
réformistes staliniens, ni aux centristes pour assurer partout dans le monde le rôle indispensable de direction révolutionnaire pour stimuler des luttes anticapitalistes sur la base de revendication de transition, pour opposer à toutes les solutions bourgeoises les solutions ouvrières aux problèmes posés par la crise, pour affronter concrètement, enfin, le problème du pouvoir.
Michel Lequenne NOTES 1. Le manifeste du congrès a été publié dans Inprécor, no 66. Inprécor a également publié
(n° 65) la déclaration sur la scission et un appel sur l'Iran. Les textes votés, de même que ceux sur lesquels le congrès a exprimé un vote indicatif, et sur lesquels la discussion va donc se poursuivre, paraîtront en janvier 1980. 2. Le texte le plus important sur lequel va se poursuivre la discussion de l'Internationale est précisément celui qui doit définir notre position sur la dictature du prolétariat comme démocratie socialiste .