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DEBAT AFGHANISTAN

La réponse marxiste-révolutionnaire à la question afghane

Critique communiste (1re série), n° 32, juin 1980 · p. 67-79 · 4 764 mots

L'entrée à Kaboul des troupes régulières de l'Union soviétique a brusquement mis l'Afghanistan au premier plan de la situation mondiale. Au sein du mouvement ouvrier, le désarroi initial se prolonge par une discussion très vive sur les principales questions de la situation mondiale, de la politique de l'impérialisme et de celle de la bureaucraue soviétique.

Il ne s'agit pas de problèmes de tactique et de circonstances, mais de stratégie et de programme.

L'importance de ces questions politiques fait que nos réponses ont valeur de test politique. Les perspectives et les mots d'ordre mis en avant définissent une façon de se situer par rapport aux classes fondamentales. C'est pourquoi leurs prolongements vont largement au-delà de la définition d'une politique révolutionnaire pour l'Afghanistan seul. 1. Lutte de classes et guerre civile en Mghanistan

La chute de la dictature de Daoud en avri11978 n'a pas été une simple révolution de palais. Elle a été le résultat d'une crise économique et politique, marquée par un mouvement de masse à Kaboul, contre la répression, que la direction du PDPA a su mettre à profit pour faire un coup d'État militaire.

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C'est une nouvelle étape de la lutte de classes qui a été ouverte par le renversement de Daoud. Le nouveau régime conduit par les fonctionnaires et les officiers radicaux du PDPA a engagé un programme de réformes sociales qui s'affrontait aux forces les plus réactionnaires du pays. Le début de réforme agraire, quelles que soient ses limites, remettait en cause la domination des caciques et des propriétaires semi-féodaux à la campagne. Le programme d'alphabétisation (dans une population illettrée à 95 %) et les premières mesures de libération des femmes remettaient en cause les prérogatives tribales et la domination des chefs religieux qui avaient partie directement liée avec les forces les plus conservatrices du pays (à la différence du clergé chiite en Iran qui a une base importante parmi les couches pauvres urbaines). Le contrôle étatique du commerce extérieur et le début d'organisation massive des ouvriers en syndicats constituaient malgré leurs limites (interdiction de la grève) des premières menaces pour la bourgeoisie.

Ces réformes ont ébranlé profondément les fondements sociaux et politiques de la société afghane; une société marquée par le faible développement du capitalisme et de la classe ouvrière, par la survivance des facteurs tribaux et nationaux dans une campagne encore souvent soumise à une exploitation semi-féodale, par l'absence de tradition du mouvement ouvrier et d'un mouvement paysan, par le _poids dans ce cadre des fonctionnaires petits-bourgeois de l'appareil d'Etat, etc.

La particularité de ces réformes mises en œuvre par le nouveau régime a été leur caractère bureaucratique et limité. Loin de susciter et de s'appuyer sur un développement de l'action autonome des masses, elles ont été imposées par la force et combinées avec une répression sans cesse accrue.

Les théories officielles du régime Taraki-Amin, puisées auprès du Kremlin, sur le caractère « ouvrier» de la République afghane comme sur les limites «démocratiques nationales» de la révolution, n'étaient que la couverture idéologique du règne sans partage qu'entendait exercer le nouveau régime.

Le résultat de cette politique a été d'une part de provoquer une réaction en défense de leurs privilèges des forces sociales conservatrices du pays, et d'autre part de saper la base sociale que les réformes auraient pu créer pour le nouveau régime.

Le rêve bureaucratique de réformes graduelles, limitées et octroyées «par en haut», s'est à nouveau révélé pour ce qu'il est : une utopie réactionnaire.

Privé de plus en plus d'appuis sociaux, le régime a connu un processus rapide de décomposition qui s'est exprimé par des luttes intestines de

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plus en plus violentes (jusqu'à la fusillade de palais qui a coûté la vie à Taraki).

La réaction s'est organisée. Elle a trouvé des soutiens auprès des caciques tribaux, des propriétaires et des dignitaires religieux à la campagne, au sein de la bourgeoisie et de la petite bourgeoisie commerçante à la ville, auprès du Pakistan et de l'impérialisme US à l'étranger. Par leur base sociale, leurs objectifs et leurs actes, les mouvements de guérillas et de lutte armée contre le régime de Kaboul sont fondamentalement réactionnaires.

La guerre civile qui s'est développée en Afghanistan a ainsi pour protagonistes une direction petite-bourgeoise bureaucratique, composée pour l'essentiel par des fonctionnaires et des officiers radicaux, et des mouvements réactionnaires appuyés par les classes possédantes. Du point de vue international, les guérillas sont appuyées par le Pakistan, l'impérialisme US et la bureaucratie chinoise; le régime de Kaboul par l'URSS.

En renversant Taraki en septembre 79, Amin s'est efforcé de résoudre par la force la crise de décomposition du régime. Il a accentué la répression, pris quelques distances avec l'Union soviétique, dans l'espoir de s'ériger en dictateur «national» incontesté. Mais c'est le contraire qui s'est produit; de plus en plus isolé socialement, face à des mouvements de guérilla qui se renforçaient du fait même de la répression gouvernementale et des appuis impérialistes, le régime était, fin 79, au bord de l'effondrement.

C'est dans ces circonstances de guerre civile ouverte que le Kremlin a décidé d'envoyer ses troupes à Kaboul, pour mettre en place un nouveau gouvernement, constitué par l'aile la plus pro-Moscou du PDPA, celle de Babrak Karmal. 2. Où nous situons-nous dans la guerre civile?

La guerre civile, c'est la lutte de classes portée à son point d'incandescence.

Les atouts du camp des exploiteurs et des oppresseurs dans la guerre civile afghane tiennent certes à des facteurs tels que l'arriération économique et sociale du pays, l'importance des facteurs tribaux et nationaux, l'absence de tradition du mouvement ouvrier et du mouvement paysan, l'aide impérialiste, etc., mais aussi à la politique et à la nature de son adversaire. Les bureaucrates petits-bourgeois du PDPA se sont privés eux-mêmes de la base sociale dont avaient besoin les réformes qu'ils ont

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engagées; ils ont miné l'avenir de la révolution afghane en isolant et en désorientant le mouvement ouvrier, la paysannerie pauvre et les opprimés, en assortissant les réformes d'une politique de répression bureaucratique et de frein systématique à l'initiative autonome des masses.

Dans une telle situation, le premier devoir des révolutionnaires est de combattre la réaction et de contribuer à l'écrasement des mouvements armés soutenus par les exploiteurs et l'impérialisme; de défendre les réformes engagées, quelles que soient leur caractère partiel et limité, parce que ce sont des conquêtes pour les masses.

La guerre civile divise la société en deux camps qui luttent les armes à la main pour le pouvoir. Nous sommes dans celui des exploités et des opprimés, quelle que soit sa direction, et contre celui des exploiteurs.

Faire, dans la guerre civile, front commun dans la lutte armée contre la réaction n'implique aucunement d'apporter un soutien politique à la direction petite-bourgeoise qui par sa politique compromet la révolution. Notre participation repose sur le fait qu'il n'est pas possible à la classe ouvrière et à la paysannerie de se défaire de leurs exploiteurs sans vaincre militairement et socialement la réaction. Dans le même temps, la mobilisation des masses contre la réaction, pour leurs revendications, est le seul moyen de se débarrasser de la direction bureaucratique. C'est précisément cette mobilisation qui effraie, et à juste titre, la direction du PDPA; les forces sociales déclenchées et déchaînées par la guerre civile fournissent aussi à la révolution ses armes contre les directions bureaucratiques.

Dans la guerre civile nous choisissons notre camp; dans la mesure où il combat la réaction les armes à la main, nous sommes aux côtés du PDPA, et nous le soutenons ... comme la corde soutient le pendu! 3. L'intervention des troupes régulières de l'Union soviétique

Si la bureaucratie du Kremlin, après avoir dépêché des milliers de «conseillers», a décidé d'envoyer ses troupes régulières à Kaboul en décembre 1979, c'est d'abord que le régime afghan était au bord du gouffre. La situation internationale de paralysie, relative et temporaire, de l'impérialisme US (Iran, Amérique centrale) a probablement fait juger aux bureaucrates du Kremlin qu'ils ne prenaient pas trop de risques du point de vue de sa politique étrangère.

Le risque d'effondrement du régime Amin, de victoire des mouvements de guérilla islamiques, appuyés par le Pakistan et l'impérialisme

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US, et d'instauration d'un régime islamique pro-impérialiste à sa frontière sud, était plus grave pour le Kremlin. Il a choisi ce qui lui paraissait le moindre mal.

Ce n'est ni par anti-impérialisme, ni par anti-capitalisme, ni pour des buts de conquête «impérialiste», ni pour résoudre ses problèmes internes, que le Kremlin a décidé d'intervenir. • La politique qu'il dicte au gouvernement Karmal (coup d'arrêt à la réforme agraire, concessions à la bourgeoisie industrielle et commerçante, recherche d'une alliance interclassiste avec les exploiteurs, etc.) démontre que le but du Kremlin n'est pas de faire avancer les réformes sociales en Afghanistan. • Les propositions de Brejnev d'une neutralisation de l'Afghanistan, c'est-à-dire en fait de le maintenir comme champ libre d'investissement impérialiste pourvu qu'il conserve une «indépendance» politique, démontre sa volonté d'accord et de statu quo avec Washington, sur le dos du peuple afghan. • L'URSS n'a aucunement besoin de l'Afghanistan pour résoudre ses propres difficultés économiques; l'URSS n'est pas un pays capitaliste, ses difficultés économiques proviennent essentiellement de la basse productivité du travail, elle-même produite par le caractère bureaucratique de la planification et non d'un manque de débouchés; en fait le coût des opérations militaires et de l'aide au gouvernement Karmal pèsera sur l'économie soviétique et accroîtra ses difficultés. • L'URSS n'était pas menacée dans ses fondements sociaux; il n'y avait pas de menace militaire directe tant soit peu importante (même si à terme un régime pro-impérialiste servirait de base pour l'impérialisme US); les effets de l'instauration d'un régime islamique sur les populations musulmanes d'URSS, dont les conquêtes sociales sont malgré tout sans rapport avec celles d'un Afghanistan semi-féodal enchaîné à l'impérialisme, auraient été limitées. Il ne s'agit pas d'une initiative audacieuse ou aventuriste de la bureaucratie du Kremlin, pressée par de graves menaces impérialistes sur l'URSS.

Dans une situation où l'impérialisme US était affaibli, la bureaucratie du Kremlin voulait affirmer sa puissance et maintenir sa présence hors de ses frontières dans une région stratégique en proie à des bouleversements sociaux et politiques. Ce n'est pas le caractère «progressiste» du régime de Kaboul qui, comme le prétend le PCF, a conduit le Kremlin à «répondre à l'appel du gouvernement afghan» (en fait à sauver le régime de l'effondrement). Le Kremlin a entretenu le long de la même frontière d'excellents rapports avec le shah d'Iran, en son temps. Mais aujourd'hui la révolution iranienne, la guerre civile afghane, les difficul-

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tés du régime pakistanais font que c'est un brasier qui s'enflamme aux frontières de l'URSS. Le Kremlin ne pouvait laisser le soin aux guérillas islamiques appuyées par l'impérialisme de restaurer une nouvelle« stabilité» en renversant le régime du PDPA. Outre la perte de crédibilité de l'URSS auprès de ses autres alliés, cela aurait gravement détérioré la situation régionale à son détriment. Contribuer au statu quo dans la région ne voulait pas dire accepter le renversement d'un régime allié et l'instauration d'un nouveau régime pro-impérialiste.

Le maintien du statu quo régional par le Kremlin exigeait le soutien dans la guerre civile afghane au régime du PDPA; et à la fin 79 seule l'intervention des troupes soviétiques pouvait sauver ce dernier.

Les méthodes de la bureaucratie soviétique, la politique appliquée sous son égide en Afghanistan n'ont rien de révolutionnaire. Loin de mobiliser la population et d'approfondir les changements sociaux, les troupes soviétiques n'ont d'autre but que d'apposer sur la guerre civile une chape de plomb bureaucratique.

C'est pourquoi, quand bien même elle combattait la réaction afghane, nous avons refusé tout soutien politique à la bureaucratie du Kremlin.

Pour déterminer notre position, nous partons des exigences de la situation objective, des rapports de classes, de «qui combat qui ». En Afghanistan, dans la guerre civile, la tâche numéro un est de battre le camp des propriétaires, des capitalistes et des dignitaires religieux. Sans leur défaite il est impossible pour la classe ouvrière et la paysannerie de triompher. La révolution afghane est terriblement compromise; la responsabilité que portent le PDPA et le Kremlin est considérable. La seule façon de la sauver est de mobiliser pour battre politiquement, socialement et militairement les guérillas réactionnaires, car c'est avant tout contre elles que peut se développer une avant-garde révolutionnaire afghane. Ce n'est qu'en combattant aux premiers rangs contre la réaction qu'il est possible de lutter contre la politique du PDPA et du Kremlin, pour l'extension des réformes sociales, de la réforme agraire, pour l'expropriation des capitalistes, etc.

C'est pourquoi, dans la mesure où ils combattent militairement la réaction afghane appuyée par l'impérialisme, nous sommes aux côtés du PDPA et des troupes soviétiques, tout en soulignant l'importance pour remporter la victoire de mobiliser les masses sur un programme de transformations politiques et sociales.

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4. Lutte nationale et lutte de classes

Le but de la bureaucratie soviétique n'est pas de libérer les peuples de la domination impérialiste, de l'oppression nationale ou de l'exploitation capitaliste. En intervenant militairement en Afghanistan, la bureaucratie soviétique n'a d'autre but que la défense de ses propres intérêts, et toute considération sur les droits des peuples à disposer d'eux-mêmes lui est étrangère.

Nous n'avons pas, parmi nous, de divergence là-dessus. La question qui est soulevée par les camarades minoritaires au comité central est celle d'une transformation de la guerre civile en guerre nationale, et la venue au premier plan des conflits de la question nationale.

Bref, par l'intervention des troupes soviétiques, l'Afghanistan serait précipité dans une lutte nationale contre l'oppresseur soviétique. Le combat contre celui-ci deviendrait la tâche numéro un, et ce à partir de quoi peut se développer un mouvement de masse qui se transforme en mouvement anticapitaliste et anti-impérialiste. Les camarades minoritaires pensent qu'il faut ravir à la réaction la direction des mouvements de guérilla; nous pensons que la tâche numéro un est de les écraser militairement et politiquement.

D 'un point de vue de classe, toute analogie avec l'intervention des troupes soviétiques en Tchécoslovaquie en 68 ou en Hongrie en 56 serait une mystification. En 56 et 68 les troupes soviétiques sont intervenues contre un mouvement de masse de la classe ouvrière et de la paysannerie, qui était engagé dans une révolution politique contre la bureaucratie stalinienne. En 79 et 80 en Afghanistan les troupes soviétiques sont intervenues pour soutenir un régime petit-bourgeois réformiste menacé par des guérillas, appuyées par les propriétaires, la bourgeoisie et l'impérialisme.

S'il y avait une question nationale posée en Afghanistan et une lutte nationale contre l'URSS qui se développait et devrait être soutenue, ce serait du point de vue de la dynamique de la lutte de classes en Afghanistan. Le véritable débat politique porte sur les rapports entre lutte nationale et lutte de classes en Afghanistan, après l'intervention des troupes soviétiques.

Après celle-ci les mouvements islamiques réactionnaires, forts de l'appui de l'impérialisme, s'efforcent de renforcer leur base populaire. Dans leur lutte commune contre le PDPA et les troupes soviétiques, ils mettent pour un temps de côté les rivalités tribales et nationales qui les déchirent et tentent d'engager un processus d'unification de leurs forces, fortement encouragée par le Pakistan et l'impérialisme US.

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Si, par la faute de la politique du PDPA et du Kremlin, les guérillas islamiques réactionnaires parviennent à étendre leurs appuis populaires, cela ne veut pas dire que les rapports de classes aient disparu, que les classes sociales se trouveraient brusquement sens dessus dessous, que les mouvements réactionnaires islamiques se transformeraient en mouvements nationalistes progressistes, et que la lutte de classes céderait le pas à la lutte nationale.

L'existence d'une lutte nationale ne met pas sous le boisseau la lutte de classes; la lutte nationale n'est qu'une forme particulière de la lutte de classes. Nous apprécions les tâches et les formes de la lutte nationale non pas en fonction de «principes démocratiques» mais selon leur rapport avec la lutte de la classe ouvrière et de la paysannerie. C'est dans la mesure où elle renforce la mobilisation et la conscience des ouvriers et des paysans contre leurs ennemis de classe, avant tout contre l'impérialisme, que nous prenons la tête de la lutte nationale. C'est dans la mesure où l'oppression nationale est un obstacle à la mobilisation et à l'organisation indépendante des masses que nous organisons prioritairement la lutte contre elle, y compris contre les bureaucraties des États ouvriers bureaucratisés.

Dans le cas de l'Afghanistan, les troupes soviétiques sont intervenues dans le cours d'une guerre civile qui opposait d'un côté une direction petite-bourgeoise bureaucratique, et de l'autre côté les classes possédantes regroupées derrière les mouvements de guérillas. Ceux-ci se sont constitués en réaction aux réformes sociales - pourtant très limitées -engagées par le régime du PDPA; ils sont soutenus par l'impérialisme. Rien, dans leurs bases, leur politique, leurs appuis sociaux, ne les conduit à défendre les droits des peuples d'Afghanistan à disposer d'eux-mêmes; ce sont les représentants et les otages des classes possédantes et de l'impérialisme. Ce n'est pas un mouvement national qui s'oppose au PDPA et aux troupes soviétiques; c'est la réaction sociale et politique qui leur fait face! Encore une fois, la tâche leur est facilitée par la politique bureaucratique du PDPA et du Kremlin; mais cela ne change pas leur nature de classe.

Du point de vue des intérêts de la classe ouvrière et de la paysannerie, la tâche prioritaire de l'heure est de battre la réaction.

Faire des troupes soviétiques l'ennemi principal, comme le fait la bureaucratie chinoise qui soutient les mouvements réactionnaires islamiques, ne peut avoir pour résultat que de rendre l'Afghanistan à la réaction. Ce n'est qu'en écrasant les alliés de l'impérialisme qu'il est possible de lutter pour le droit des peuples d'Afghanistan à disposer d'eux-mêmes.

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En engageant la lutte contre les oppresseurs d'une autre nation, une dynamique de classe se noue qui transforme la lutte nationale (qui la fait « transcroître ») en lutte contre les oppresseurs et les exploiteurs de la nation opprimée. En ce sens la lutte nationale est un moyen de la lutte de classes. Mais seule la dictature du prolétariat peut mener à son terme et garantir la libération nationale; en ce sens la lutte de la classe ouvrière et de la paysannerie est un moyen de lutter pour la libération nationale.

Dans le cas de l'Afghanistan, une dynamique de classes a été déclenchée - quelle que soit la volonté et les buts réels de la direction du PDPA - à partir de 78 qui comprend la lutte contre les propriétaires fonciers, contre les capitalistes, contre l'impérialisme, pour les droits démocratiques et les droits nationaux contre l'impérialisme. Une réaction s'y est opposée, y compris et même au départ principalement contre les droits démocratiques du peuple afghan et contre ses droits nationaux (alliance avec le Pakistan et l'impérialisme). Nous ne sommes pas dans la situation où une lutte contre l'oppression nationale est le point de départ d'un mouvement de masses qui se développerait en mouvement des classes exploitées, du prolétariat et de la paysannerie. Le point de départ c'est une dynamique de luttes sociales, contrecarrée par la politique de la direction du PDPA et de ses conseillers du Kremlin. C'est pourquoi il est impossible de parler de lutte nationale sans la combiner directement aux forces sociales qui s'affrontent dans la guerre civile. C 'est pourquoi aussi les camarades qui prétendent que désormais c'est la lutte nationale contre l'oppresseur soviétique qui est au centre de la situation afghane sont obligés de nier l'existence d'une guerre civile et même de la lutte de classes.

C'est pourquoi notre politique est de lutter aux côtés du PDPA et des troupes soviétiques contre les mouvements islamiques réactionnaires, tout en luttant pour le plein développement des réformes sociales, pour l'expropriation des capitalistes, pour l'achèvement de la réforme agraire, pour l'extension des droits démocratiques et nationaux des paysans et des ouvriers afghans - pas pour les «droits démocratiques» des guérillas islamiques, des propriétaires, des bourgeois et de l'impérialisme- et ce contre la politique du PDPA et du Kremlin.

Notre politique ne se limite pas à critiquer les limites de celle du PDPA et du Kremlin. Nous condamnons la politique de la bureaucratie soviétique et du PDPA aussi du point de vue de la défense du droit des peuples et des nations opprimés à disposer d'eux-mêmes. La défense de ce droit n'a cependant rien à voir avec le prétendu «droit à l'autodétermination du peuple afghan après l'invasion soviétique>> invoqué par les partisans de la «non-ingérence». Une des meilleures armes pour isoler et

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neutraliser la réaction semi-féodale, pour affaiblir et porter le fer en leur sein contre les États bourgeois de la région (Iran et Pakistan en particulier) aurait été une politique offensive révolutionnaire, jetant à la face des féodaux, des régimes de Téhéran, d'Islamabad et de l'impérialisme le défi du droit à l'autodétermination de tous les peuples et nationalités de la région, tout en avançant les solutions révolutionnaires pour régler la question nationale (changement des rapports de propriété, libre fédération dans la région, aide économique massive des Etats ouvriers pour combler les retards du sous-développement, etc.). Parce qu'ils veulent maintenir le statu quo, les relations diplomatiques d'État à État avec les régimes de la région, en raison de la place de l'oppression nationale dans la politique contre-révolutionnaire de la bureaucratie du Kremlin en URSS même, ni le Kremlin, ni le PDPA n'ont engagé une telle politique. La défense du droit des peuples et nationalités d'Afghanistan et de toute la région est partie intégrante du programme révolutionnaire, au même titre que les revendications démocratiques, économiques et sociales qu'il contient.

C'est cette politique qui a été adoptée par le secrétariat unifié de la IV• Internationale et par le comité central de la LCR (cf. brochure Afghanistan). 5. La question du retrait des troupes soviétiques

La bureaucratie soviétique s'est mise dans une situation où pour elle se noue un dilemme objectzf : -ou bien négocier avec l'impérialisme une neutralisation de l'Afghanistan; - ou bien engager une «soviétisation forcée» du pays.

Il ne sera pas possible au gouvernement Karmal et au Kremlin de maintenir durablement l'ordre dans le pays non seulement sans le << pacifier» mais sans briser ses structures sociales archaïques. C'est-à-dire, du point de vue de la bureaucratie du Kremlin, sans une «soviétisation forcée» du pays, par son intégration économique, politique et militaire à l'URSS. L'inconvénient pour le Kremlin d'une telle «solution» est, outre ses grandes difficultés d'application et son coût élevé (présence massive durable des troupes soviétiques, aide économique, etc.), les problèmes qu'elle créerait avec l'impérialisme qui ne manquerait pas, comme sa campagne actuelle n'en donne que l'avant-goût, de le faire payer au prix fort dans ses négociations ou ses confrontations avec l'URSS.

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L'autre «solution» bureaucratique serait la neutralisation. Mais là aussi, pour les mêmes raisons qui ont conduit le Kremlin à intervenir militairement, il ne serait pour le moins pas facile de mettre en place un régime stable.

En ce sens le Kremlin s'est effectivement mis dans un bourbier dont il aura beaucoup de mal à se dépêtrer.

Nous n'en déduisons pas pour autant qu'il faille exiger le retrait des troupes soviétiques, et que leur départ serait une victoire pour les masses exploitées d'Afghanistan et du monde entier.

Dans la situation actuelle ce serait avant tout une victoire pour l'impérialisme et pour la réaction afghane. Le résultat immédiat en serait la destruction de toutes les forces qui ont un tant soit peu participé aux réformes engagées depuis 78, comme l'ont montré les guérillas qui dès cette époque exécutaient tout membre du PDPA qui tombait entre leurs mains. Ce serait d'abord l'écrasement assuré des forces progressistes. Cela se combinerait avec une recrudescence des luttes tribales qui divisent les mouvements de guérilla. C'est en fait le talon de fer qui serait imposé par l'impérialisme, et l'instauration par lui d'une base d'appui contre-révolutionnaire pour toute la région, et aussi contre l'URSS. Ceci s'est déjà passé au nord de l'Iran, en Adzerbaïdjan, en 1946, dans une situation analogue, et se reproduirait immanquablement.

C'est pourquoi nous ne pourrions soutenir un mot d'ordre de retrait des troupes soviétiques que s'il était porté par un mouvement de masse, qui s'appuie sur la mobilisation des ouvriers et des paysans, pour la satisfaction de leurs revendications politiques et sociales fondamentales (réforme agraire, anticapitalisme, libertés démocratiques, droits nationaux, etc.). Un tel mouvement ne peut surgir, tant que dure la guerre civile, que des rangs de ceux qui combattent la réaction islamique, les propriétaires et l'impérialisme; en l'absence d'une avant-garde révolutionnaire, il est malheureusement improbable qu'un tel mouvement puisse se développer dans de telles conditions. Par contre, si la réaction est écrasée, l'exigence de retrait des troupes soviétiques deviendra la question politique centrale pour poursuivre les réformes sociales et le processus révolutionnaire, face auxquels ces troupes et le régime du PDPA seront les principaux obstacles. 6. La bureaucratie soviétique, l'URSS et l'impérialisme

La politique fondamentale de la bureaucratie soviétique n'est pas d'exporter les rapports de production qui existent en URSS. Sa politi-

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que est de maintenir le statu quo avec l'impérialismé. Elle s'est constituée dans une lutte sans merci contre la classe ouvrière d'URSS, pour développer et conserver ses privilèges sociaux, et pour exproprier politiquement le prolétariat soviétique. Elle sait parfaitement que le prolétariat révolutionnaire est pour elle un ennemi mortel; c'est pourquoi elle s'oppose à la mobilisation et à l'organisation indépendante des masses; et elle sait que s'engager dans une politique de confrontation avec l'impérialisme et d'extension, même bureaucratique, des fondements sociaux de l'URSS exigerait et engendrerait une mobilisation des masses qui dépasserait les bornes bureaucratiques et s'attaquerait à la bureaucratie elle-même.

Mais c'est la bureaucratie d'un État ouvrier. En URSS la bourgeoisie a été expro_priée; d'un poi_nt de vue de classe l'URSS n'est pas un «Capitalisme d'Etat», ni un «Etat collectiviste», ni une «Société bureaucratique». Sa particularité est que la classe économiquement et socialement dominante, la classe ouvrière, a été dépossédée du pouvoir politique par une couche de privilégiés de l'appareil d'État. C'est un État ouvrier bureaucratiquement dégénéré. La nature de classe de l'URSS, le fait qu'elle représente une conquête décisive pour le prolétariat mondial, conduit l'impérialisme à avoir une politique qui- dans la mesure de ses moyens politiques, économiques, sociaux et militaires - s'efforce et s'efforcera toujours de reconquérir le terrain perdu. De l'opposition fondamentale de classe entre le capital impérialiste et les rapports de production issus de la révolution russe, naissent (quelle que soit la volonté des bureaucrates du Kremlin) des confrontations. Dans ces confrontations la bureaucratie soviétique adopte une politique qui combine les capitulations et les aventures (épreuves de force sans mobilisation des masses). C'est ainsi que, même si elle peut être conduite à prendre, comme le notait Trotsky en 1940, des «mesures révolutionnaires» (exemple :expropriation de la bourgeoisie), dans le cas où l'impérialisme fait peser une menace directe sur la source de ses privilèges, l'Etat soviétique; elle, n'en continue pas moins à avoir une politique contre-révolutionnaire, qui se solde -au mieux -par l'instauration d'États ouvriers bureaucratisés (cf. Europe de l'Est).

L'Afghanistan est devenu un enjeu direct de la lutte de classes entre bourgeoisie et prolétariat au niveau international. L'impérialisme redouble non seulement sa campagne idéologique mais aussi ses manœuvres politiques et militaires (développement de ses armements). Il s'efforce de faire tourner à son avantage la lutte de classes en Afghanistan. Il concentre son tir contre l'URSS. Ce n'est pas le caractère bureaucratique de la politique du Kremlin qui lui fait faire ce choix; c'est que l'URSS est

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objectivement une ennemie de classe de l'impérialisme. Par contre la politique du Kremlin lui facilite la tâche en contribuant à désorienter le mouvement ouvrier face à la bourgoisie; loin de le mobiliser contre son ennemi de classe, elle le désorganise.

Il reste que l'obstacle fondamental à la libération de l'humanité, c'est le maintien du système capitaliste, de l'impérialisme. Les bureaucraties des États ouvriers bureaucratisés ne peuvent être que des auxiliaires de l'impérialisme. C'est pourquoi notre tâche primordiale est de mobiliser et d'éduquer les travailleurs dans le combat contre l'impérialisme, contre sa campagne idéologique, contre les mesures de rétorsion qu'il a prises à l'encontre de l'URSS, contre ses manœuvres au Moyen-Orient et en Amérique centrale, etc.

Mais nous savons que, ce que l'impérialisme n 'aura pu faire en Afghanistan si lui et ses alliés sont battus, c'est-à-dire empêcher le développement d'un authentique processus révolutionnaire, la bureaucratie soviétique, appuyée sur le PDPA, s'efforcera elle de le faire.

C 'est pourquoi nous refusons tout soutien politique au Kremlin et au régime de K armal et qu'au contraire nous soulignons la nécessité de développer contre eux la mobilisation indépendante des masses, en Afghanistan certes mais aussi en URSS contre la bureaucratie, pour la révolution politique.

C 'est ainsi que nous défendons l'ensemble du programme de la révolution mondiale, du programme de la IV• Internationale.

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