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PCF, heurs et malheurs de l'union à la base

· Critique communiste (1re série), n° 33, octobre 1980 · p. 87-95 · 3 630 mots

Francis Site! PCF heurs et malheurs de l'union à la base La question de l'unité continue à polariser les contradictions qui sont celles du PCF. Fin mai , Jean Burles, rédacteur en chef de Révolution, hebdomadaire du PCF, publiait un article de « réflexion » intitulé Stratégie et union . Article qui marquait son temps, moins par sa prétention théorique que par la valeur de symptôme qu'il prenait. Même si la direction du PCF veut faire croire que l'orientation du X X Ille Congrès a tout réglé, elle ne peut se déprendre des problèmes que lui pose celle-ci et, pour l'expliquer devant les travailleurs et ses propres militants, se trouve contrainte de remettre l'ouvrage sur le métier.

11 Les notions de front unique. d'unité d 'action. d'union à la base, etc., et particulièrement, par son caractère plus général, la notion de front populaire, sont des réalités plus ou moins intériorisées et assimilées par la conscience populaire. », écrit Jean Burles (1 ).

Indigne héritier des traditions du mouvement communiste, le porfeparole de la direction du PCF prétend convaincre de leur erreur, références -à l'appui, ceux qui se veulent porteurs de l'exigence d'unité face à la division entretenue par les directions ouvrière's, à commencer par celle du PCF. La démonstration, en forme d'exécution capitale, est simple. Comme il ne saurait y avoir d'unité sans contenu, ou celle-ci se réalise sur une base de classe- c'est-à-dire sur les positions du PCF et

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selon les formes préconisées par lui-. ou il ne s'agit que d'un alignement sur la politique de collaboration de classes de la social-démocratie.

Et de résumer : 11 Toutefois, 1 'orientation stralciKique 1;tant la question décisive des partis politiques. c'est dans leur rapport avec elle que se pose rcie/lement la conception de l'union - contenu et fàrme. >> L'obsédante question de l'unitl-

La direction du PCF pouvait penser. en effet, avoir défini à l'occasion de son X X IJIC Congrès une orientation qui permette au parti de surmonter le traumatisme de mars 1978 et, au prix de nombreux départs, homogénéiser durablement les rangs de l'organisation autour d'une ligne nouvelle. Sans sous-estimer la cohérence et l'efficacité de cette ligne, qui vise à mettre le PCF en situation d'apparaître aux travailleurs, durement attaqués par le Capital en crise, comme leur seul vrai défenseur , force est de constater que la direction du PCF n'est pas parvenue, à l'heure actuelle, à résorber la crise qui travaille le PCF. Après les remous qui se sont faits jour dans le sillage du tournant précédant mars 1978, la« crise rampante » à laquelle on assiste a continué à miner l'appareil lui-même et les sphères dirigeantes de la CGT. Après « l'affaire Fiszbin », après les désaccords, publiquement exprimés au sein de la CGT , sur l'Afghanistan et l'attitude à adopter face à l'appel «pour l'union dans les luttes », les démissions en cascade de journalistes et de responsables de 1 'Humanité et de Révolution sont apparues comme de nouvelles manifestations des effets d 'une lèpre insidieuse, celle du doute. Un doute qui porte sur la validité de l'orientation mise en avant par la direction du PCF. En d'autres termes, il semble que l'orientation en question « n'accroche pas » sur la situation présente et que différents secteurs du parti en sont conscients . Il y a à cela deux séries de raisons liées entre elles.

Les premières portent sur l'affirmation du PCF comme parti révolutionnaire. L'accent mis sur le renforcement du PCF (sous couvert «d'union à la base »), l'ajournement de toute alliance avec le PS et de toute perspective d'accession au gouvernement dans le cadre d'une alliance de ce type (au profit de la mise en œuvre d'une stratégie dite «autogestionnaire »), aussi bien que l'appel potentiel à de larges unions en défense de la paix contre les menées agressives de l'impérialisme américain, pouvant inclure patriotes, chrétiens et gaullistes attachés à « l'indépendance nationale » mais écartant les socialistes, suppôts de l'atlantisme giscardien, constituent trois éléments qui ne peuvent trouver leur légitimité que dans la mesure où il est postulé qu'ils sont mis en œuvre par un parti qui est révolutionnaire.

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Certains, au sein du PCF, ont pu penser que la réactivation de «l' identité révolutionnaire» du parti n'était qu'une clause de style, une coquetterie de circonstance. En fait. il s'agissait d'une affirmation fondamentale au regard de la nouvelle orientation parce que donnant à celle-ci sa cohérence idéologique. Et, dès lors qu'elle s'est avérée dura -ble et tirant à conséquence, il est clair que, pour ces mêmes militants et responsables, elle est apparue progressivement entrer en contradiction avec des traditions anciennes et des habitudes profondément ancrées: celles d'un parti pétri d'une respectabilité consacrée par une longue et sérieuse gestion de l'ordre bourgeois, dans le domaine syndical, dans la presse, dans les municipalités , etc.

Certes, la direction a montré qu'en matière d'audace révolutionnaire elle savait, au-delà des mots, faire preuve de modération où et quand il le fallait; sa guérilla municipale contre le PS est ainsi restée très symbolique. Elle a su, par ailleurs, faire la preuve que sa ligne actuelle pouvait être «payante» : la CGT ne s'est-elle pas donnée, à bon compte, face à la CFDT, une image de marque de centrale combative? Le PCF n'a-t-il pas défendu , voire accru, son audience électorale dans les régions les plus touchées par les 1 ut tes ouvrières ?

Il n'empêche : un parti formé à l'école de l'Union de la gauche ne peut guère muter en un parti qui s'affiche ostensiblement comme révolutionnaire, même si ce n'est que verbalement, sans que des réactions apparaissent en profondeur. D'autant plus que, et c'est là qu'intervient la seconde série de facteurs, l'orientation actuelle du PCF est inadéquate pour répondre aux questions qui sont au cœur des luttes présentes : celles de la nécessité de l'unité, en particulier de l'unité PCPS et de l'unité syndicale, pour faire face aux attaques du patronat et du gouvernement, pour dégager une alternative gouvernementale au pouvoir en place.

Le maintien de ces questions comme centrales dans la situation présente s'explique fondamentalement par les limites auxquelles se heurte la politique du PCF depuis la rupture de l'Union de la gauche. Celle-ci, pour trouver son assise , supposait une démoralisation en profondeur de la classe ouvrière provoquée par l'échec de l'Union de la gauche et la liquidation des espoirs dont elle était porteuse aux yeux des masses . Si, sur les ruines de l'Union de la gauche, était né un tel climat de désespérance, la direction du P'CF aurait pu cueillir les fruits amers de sa politique: imposer aux travailleurs l'idée que le PCF, quelles que soient ses erreurs, est bien le seul parti qui défende la classe ouvrière; au moment où ceux qui seraient apparus comme n'ayant fait que parier sur une facile victoire électorale seraient voués à la dislocation ou. tel Fabre, se tourneraient vers le pouvoir en place .

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La direction du PCF n 'a évidemment pas renoncé à infliger une telle démonstration aux travailleurs. Elle n'a pas, pourtant, jusqu'à présent, réussi à les en convaincre. Car, pour fort qu'il fût, le coup de la ru pt ure de ru ni on de la gauche n'a pas réussi à faire refluer la volonté de changement parmi les travailleurs et, de ce fait, plutôt que la démoralisation, c'est la désorientation qu'il a provoquée. Une désorientation en quelque sorte salutaire en ce qu'elle a fait naître des interrogations chez les travailleurs et les militants communistes sur ce que sont les objectifs réels de cette direction. sur ce qu'est la fonction véritable de ce parti.

De la sorte se créait une situation qui ne pouvait étre dénouée rapidement. D'oû la spécificité de la crise que connaît le PCF par rapport à des situations a nalogues. dans le passé, de changements de ligne brutaux : le fait que cette crise se prolonge. D'autant que cette situation s'inscrit dans un contexte plus global qui voit les grands affron<ements, inévitables compte tenu de la crise que connaît le capitalisme, comme « amortis», partiellement différés du fait de l'équilibre instable qui s'est établi entre les classes . D'un côté, désorientés et en partie paralysés par la division, les travailleurs n 'ont pas encore été en mesure d'organiser la contre-offe nsive d'ensemble qu'appellent les attaques du pouvoir. De l'a utre, la bourgeoisie sait que, portés à un certain niveau, ses coups risquent de provoquer une riposte ouvrière a ux effets imprévisibles . D'où des prudences, voire des reculs partiels, comme sur la Sécurité sociale, qui créent, dans un décor préélectoral permanent, comme un climat d'atonie politique où chacun campe sur ses positions dans l'attente de batailles à venir.

Or, le PCF n'échappe pas à ce climat général. Des trava illeurs , condamnés à répondre, sa ns espoir de victoire, aux coups de la bourgeoisie, pourraient se satisfaire des rodomontades d'un Marchais maquillant une politique d'échec par l'esbrouffe. Mais tel n'est pas l'état d'esprit des masses. Car même si, ces deux dernières années, la classe ouvrière s'est trouvée contrainte de se battre le plus souvent sur la défensive face aux attaques du pouvoir, elle l'a fait avec le sentiment que c'était là un pis-aller privisoire, que la défensive était le mon~n de réaliser une unité que la politique de division des appareils rend difficile à réaliser. Et, à travers elle, sont recherchées les voies d'une unité supérieure permettant d'organiser des batailles qui ne se cantonnent pas à la défense des acquis.

Dans ces conditions, les analyses du PCF sur la division et sur son propre isolement apparaissent moins comme des constats de ce qui est que comme une volonté de créer une situation qui viendrait légitimer, a posteriori, des positions s'expliquant par des choix politiques autres et non explicites. D'où une volonté d'unité qui continue à s'affirmer

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malgré et contre la politique voulue par la direction du PCF parmi les militants du PCF eux-mêmes. Le fait que cette volonté d'unité trouve, le plus souvent, sa référence dans l'expérience la plus récente et la plus marquante, celle de l'Union de la gauche, ne doit pas faire illusion. Ce qu ' il y a de «nostalgie de l'Union de la gauche» dans l'expression de cette volonté ne traduit qu'imparfaitement la réalité des phénomènes politiques à l'œuvre : tant que la direction du PCF elle-même ne propose pas, sous une nouvelle mouture, une orientation d'union. front populaire ou union nationale, mais parie sur la division , ceux qui refusent celle-ci sont amenés à défricher les voies d'une unité qui est celle de l'unité des travailleurs , contre les offensives du pouvoir, en dépit de la politique de division et de collaboration de leur direction .

La direction du PCF l'a bien compris, qui se donne pour objectif immédiat de briser ceux qui s'opposent à sa politique présente - quel que soit le projet au nom duquel ils s'y opposent. On ne peut comprendre autrement son hostilité globale à ceux qui se réclament de «l'union dans les luttes»: au-delà des références plus ou moins explicites des uns et des autres (beaucoup se réclament peu ou prou de l' Union de la gauche, à laquelle la direction du PCF aussi bien que celle de la CGT co ntinuent à se dire attachées), ce à quoi elle s'attaque, c'est à la cristallisation d'un courant pour l'unité. Courant perçu par elle com me une menace, un obstacle à sa politique en ce qu ' il concrétise une aspiration à l'unité au sein de la classe qu 'elle n'est pas encore parvenue à étouffer. Lne union à la base obsolète

En effet, le problème auquel se heurte la direction du PCF est sim -ple : la question de l'unité, qui devait être réglée lors du changement de ligne sanctionné par le X XIIIe Congrès, reste présente au cœur de la situation actuelle. Ce changement de ligne signifiait l'abandon d'une forme d'unité PC-PS dévoyée dans le cadre de l'Union de la gauche, sur la base du Programme commun de gouvernement et en alliance avec les radicaux, au profit d'une division PC-PS sous couvert « d'union à la base )). Il s'agissait, au dire du PCF, dans un premier temps, de «reconstruire)) l'union brisée (comité central d'avril 1978), puis, finalement, et plus clairement, de « construire )) cette union, étant entendu que celle-ci n'avait pas réellement existé dans le cadre d'une« Union de la ga:uche )) qui n'avait fait qu'entretenir des illusions à ce sujet (X XIIIe Congrès). Solution qui n'a pas été acceptée par les'travailleurs qui, forts de leur volonté d'en découdre avec le pouvoir, ne semblent pas accepter 1 'idée que cette patiente « construction )) de l'union passe par la division et le renforcement préalable du PCF. Situation qui a conduit à ce

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que les discours du PCF, exposant son propre isolement lace à 11/'o./fensive anticommuniste de grande envergure », soient apparus largement névrotiques, et sa prétendue volonté unitaire tout à fait inconsistante.

Dans ces conditions, « l'union à la base » a été perçue pour ce qu'elle est : un slogan vide, une guenille qui montre plus qu'elle ne cache la volonté du PCF de diviser, de diriger seul des luttes étroitement contrôlées, de refuser à tout crin tout accord unitaire possible à quelque niveau que ce soit. Yvonne Quilès résumait assez bien, dans sa tribune du Matin, le sentiment général: 11 On discourt sur l'union à la base, mais on ne la définit jamais. Et pour cause. Il ne faut ètre ni socialiste, ni gauchiste, ni féministe, ni écologiste, pour en faire partie (2). »

C'est que, empruntée aux années trente, cette notion «d'union à la base » ne peut être appliquée avec un quelconque crédit dans la situation présente. Il n'y avait alors aucune force révolutionnaire ayant assimilé véritablement ce qu'est la bataille pour le front unique ouvrier. La SFIO menait une politique vigoureuse de reconstruction en s'opposant au PC , le PC lui-même était en mesure, sur une pratique réellement combative voire gauchiste, de convaincre les travailleurs avancés et ses propres militants que la révolution passait par le 11 plumage de la volaille socialiste ».

Toutes choses qui ont changé. Alors que de nombreux militants, tirant les leçons de six années d'U nion de la gauche et de la pratique actuelle du PCF, mettent en question la validité de sa prétendue « ligne dure », Mitterrand a maintenu le PS sur une ligne d'Union de la gauche, et des forces révolutionnaires significatives se battent pour la réalisation du front unique des organisations ouvrières sur les objectifs de l'heure. D'où des développements qui n'étaient à l'évidence pas prévus par la direction du PCF. L'exigence de l'unité s'est cristallisée dans des initiatives, sous formes d'appels, de pétitions, dans lesquels se sont reconnus des militants etdes responsables communistes, quand ils ne les ont pas impulsés. En outre, ces initiatives ont pu prendre la forme d'actions militantes dans le cours même des luttes, comme lors de la campagne avortement-contraception, qui conduisaient le PCF à un isolement, bien réel cette fois, mais peu glorieux, puisqu'il revenait à se mettre hors des mobilisations de masse.

Dès lors, c'est la notion même « d'union à la base »qui est apparue inopérante puisque le PCF se voit contraint d'avouer que ce n'est pas seulement l'union au sommet qui est rendue impossible par la politique du PS, mais toute union, fût-elle à la base. A cause, cette fois, non de la politique du PS, mais de celle du PCF lui-même réduite à une volonté d'auto-affirmation en tant que « parti révolutionnaire » contre toutes les autres organisations ouvrières existantes accusées en bloc de faire le jeu de l'ennemi de classe. « En France, écrit Jean Burles, les particu/ari-

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tés du mouvement ouvrier et le ràle du PCF (à la différence de l'Allemagne et de l'Angleterre- NDLR) ont posé historiquement. dans la vie sociale et politique et particulièrement dans et par le mouvement ouvrier. la 'JUestion de l'union sur une base fout à fait différente: une base de classe. révolutionnaire. ''

Ainsi, on voit le PCF contraint de hausser le ton et de manier ce qui pourrait être, si cette forme d'esprit lui avait été donnée en partage, de l'humour ... noir ! Car Jean Burles et les siens, après avoir pourchassé, du temps de feu l'Union de la gauche, les révolutionnaires comme diviseurs parce que refusant de prêter serment au Programme commun, combattent aujourd'hui ceux qui refusent la division PC-PS comme des nostalgiques de l'Union de la gauche, des passéistes inaptes à tirer les leçons de l'expérience. Burles, après avoir révélé que 11 tandis que le PCF a consciemment pour objectif la tran.~formation de la société capitaliste dans ses fondements, celui du PS est le maintien des rapports de production capitaliste ''· nous explique : 11 Toutefois si l'union à sa propre spécificité, elle ne peut dans une situation concrète avoir une forme contradictoire à la stratégie/union. C'est pourquoi on ne peut décider qui est l 'élément décisif de l'ensemble des formes d 'union dans l 'asbrait sans rapport avec la stratégie du moment. Par exemple, 1 'objectif stratégique du socialisme démocratique autogestionnaire ne pourrait ètre mis en œuvre par une forme d'union qui lui serait de fait opposée en aboutissant dans des comités à une délégation de pouvoir aux états -majors.

11 Le PCF a tiré enseignement des conséquences de ces rapports mécaniques établis entre stratégie et union. Or, 1 'application de la con ceplion des "comités d'union dans les luttes ", non seulement reproduirait les mêmes fautes, mais les aggraverait. En effet, depuis !978, le PCF a encore approfondi sa réflexion sur le socialisme autogestionnaire et, conjointement, sur la conception d'une union nouvelle. Il va de soi que celle-ci ne devrait plus reproduire les formes d'union qui renouvelleraient la délégation de pouvoir. De plus, la conception des comités d'union substitue les formes de l'union au contenu de la perspective stratégique. ''

Autogestion, que de crimes en ton nom ! En d'autres termes: la division se voit élevée, de l'aveu même des «théoriciens» du PCF, au rang de stratégie. Et, si l'on entend bien, ceux qui refusent celle-ci, par confusion ou malignité, ne sont guère plus que des contre-révolutionnaires. Un tel armement lourd est sans doute susceptible, une fois traduit en préceptes compréhensibles, de dissuader ceux qui s'i_nterrogent sur la validité d'une orientation dite d'union à la base: qui consiste à faire l'union avec soi-même, d'exprimer leur doute à haute "voix. Mais, déplaçant le problème, elle ne le résout pas pour autant et risque de faire apparaître de nouvelles questions.

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Stratégie, vous avez dit stratégie ?

Car, quitte à parler stratégie, et stratégie révolutionnaire de surcroît, il y a deux questions auxquelles Jean Burles ne répond pas. La première, c'est celle de quelles propositions préconise le PCF dans la situation présente pour permettre aux travailleurs de contrecarrer l'offensive du Capital et d 'y opposer leur propre riposte afin d'imposer les solutions ouvrières à la crise. Qu'est-ce qu'une stratégie révolutionnaire? Est-ce, sur la base du refus de l'austérité, de préparer l'affrontement avec le pouvoir, en termes de grève générale permettant de chasser Giscard, d'imposer un gouvernement porteur des intérêts des travailleurs? Ou est-ce, comme le dit le PCF, l'autogestion tout de suite, dans un cadre capitaliste, les 11 solutions industrielles 11 et le 11 produisons .français 11? Est-ce en un mot la défense des intérêts ouvriers ou de 11 1 ïntérèt national 11?

La seconde question, c'est celle de quelles formes concrètes d'unité, avec quel contenu, met en avant le PCF dans le cadre de sa prétendue stratégie révolutionnaire. JI ne suffit pas de constater l'existence de courants révolutionnaires et de courants réformistes se partageant la classe ouvrière, encore faut-il, surtout si l'on prétend être « le >> parti révolutionnaire, dire comment on pense permettre à la classe ouvrière elle-même d'échapper au déchirement et à la division. Quelles propositions, quels mots d'ordre peuvent permettre aux travailleurs, malgré l'attachement de nombre d'entre eux aux organisations réformistes, de construire dans l'action leur unité, peuvent permettre à la grande majorité des travailleurs de se convaincre, sur la base de leur expérience même, de la validité et du réalisme des réponses révolutionnaires ?

Est -ce de dire qu'il faut réaliser l'unité sur la base des revendications pour la lutte en commun , pour préparer le tous ensemble, contre l'austérité, contre Giscard-Barre ? Est-ce de dire que des comités unitaires d'action à la base peuvent permettre que se retrouvent des travailleurs de tous partis, pour débattre des propositions des uns et des autres , pour organiser ensemble le combat commun ? Est-ce de dire qu'une telle mobilisation des travailleurs eux-mêmes, si elle se réalisait, contraindrait les organisations qui se réclament de la classe ouvrière, quoi qu'elles en veuillent, à réaliser l'unité , à organiser le combat, à se porter candidates au gouvernement? Est-ce dire cela, ou bien, comme le fait le PCF, d'affirmer que l'unité n'est pas possible, qu'il n'y a pas de perspective gouvernementale à une lutte d'ensemble des travailleurs, de clamer que la seule « solution » c'est de renforcer le PCF ?

La direction du PCF est en fait bien mal placée pour donner des leçons à ceux qui refusent de se résigner à la division, elle qui, coup sur coup, a imposé aux travailleurs l'union pour la collaboration de classes

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et la division contre les luttes. Les résistances qu'elle rencontre aujourd'hui à faire accepter aux travailleurs l'idée que la division et l'impuissance devraient s'appeler « union à la base >> sont annonciatrices d'autres questions plus fondamentales qui lui seront adressées : pourquoi appeler «stratégie révolutionnaire>> ce qui n'est qu'une nouvelle mouture d'une politique de collaboration de classes ? Pourquoi appeler « parti révolutionnaire >> un parti qui ne fait que varier les différentes formes que peut prendre une telle politique? NOTES ( 1) RM!olution no Il. (2) Le Matin du 8 juillet 1980.

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