La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Le mouvement des femmes à l’initiative de la lutte

Cahiers du féminisme, n° 1, novembre 1977 · p. 10-14 · 4 192 mots

Une enquête sur 47 départements (CFDT-Magazine Juillet-Août 1977)

Le Mouvement français pour le planning familial (M.F.P.F.) a réalisé une enquête sur les femmes demandant un avortement dans ses centres de 47 départements français, du 10 janvier au 10 février 1977. Il en découle notamment que :

1) Les demandes d'interruption de grossesse des mineures ne représentent que 10 % des demandes globales, la plus forte demande se situe entre 25 et 40 ans (46,5 %).

2) 43,4 % des avortements sont réalisés à l'hôpital et 45,2 % en cliniques privées. 6,5 % ont encore lieu à l'étranger. 4 % des avortements recensés dans cette enquête sont encore pratiqués hors du cadre légal.

3) Selon' les départements, les situations sont très diverses. Par exemple :

— Dans l'Aube, 50 % des demandes sont satisfaites dans une seule clinique privée. Les autres sont adressées dans des cliniques parisiennes.

— Dans l'Eure, un seul hôpital assure toutes les demandes du département.

— Dans la Somme, aucun hôpital public, ni aucune clinique ne pratiquent d'I.V.G. (interruption volontaire de grossesse).

— Dans le Var, 7 % seulement des I.V.G. sont réalisées en structure hospitalière publique ; 38 % dans les Bouches-du-Rhône ; 67 % dans l'Isère ; 2 % dans le Finistère ; dans l'Essonne, 12 % ; dans le Val-de-Marne, 4,8 % ; dans le Val-d'Oise, 18 %.

Mais la palme revient aux hôpitaux parisiens, puisque seulement 1,12 % des demandes faites par l'intermédiaire du Planning y sont satisfaites. Peu d'hôpitaux parisiens pratiquent les I.V.G. et lorsqu'ils le font ils ne satisfont que 2 à 15 demandes par semaine. De plus, ils ne pratiquent, sur ordre des chefs de service, que des interruptions sous anesthésie générale, avec 2 à 3 jours d'hospitalisation ! Ils diminuent ainsi la capacité d'accueil de l'hôpital alourdissant les frais généraux, le coût de l'opération... et imposent des souffrances inutiles.

D'hier à aujourd'hui : sept ans de luttes du mouvement des femmes !

Première brèche dans le mur de notre oppression, le voile honteux de l'avortement s'est déchiré ! Des milliers de femmes se sont mobilisées pour affirmer le libre choix de leur maternité. L'histoire de la lutte en France est passée en grande partie à travers ies initiatives du Mouvement pour la Liberté de l'Avortement et de la Contraception. Par son existence (1973) le MLAC posait d'emblé au mouvement des femmes la question de la lutte pour des objectifs partiels comme celui de la légalisation et la gratuité de l'avortement. Cette lutte déboucha sur une épreuve de force avec le pouvoir. Il entraînait aussi la lutte des femmes sur le terrain législatif et judiciaire. Ces objectifs nécessitaient des réponses du mouvement des femmes. Fallait-il prendre l'offensive et comment, alors que d'autres forces politiques se mettaient en mouvement avec le MLAC (les organisations d'extrême-gauche, le Planning, la CFDT...) ? C'est sur le contenu de cette offensive que le MLF allait se séparer en groupes et tendances :

— Les féministes radicales avaient tendance à « abandonner » ce terrain de luttes : pour politique et psychanalyse (les éditions des femmes) il était désormais jugé trop réformiste, quant aux féministes révolutionnaires elles choisissaient le « pouvoir mâle » comme cible principale.

— Bien qu'étant partie prenante du MLAC, les militantes des groupes femmes de quartier ont eu,> elles aussi, tendance à relativiser la lutte pour l'avortement dans une période il est vrai où le développement des grèves ouvrières, des luttes de femmes posaient directement les questions du rapport travail-famille (LIP, Cerisay etc...) et interpellaient le mouvement des femmes sur d'autres terrains.

Le manque d'initiatives du mouvement à laissé le MLAC continuer seul la lutte. Le MLAC a crée' un réel mouvement d'opinion, rassemblant des hommes et surtout des femmes mobilisées sur un objectif immédiat que le mouvement n'avait jamais touché auparavant.

Après le vote de la loi en 1975, le mouvement pour l'avortement s'est démobilisé, malgré les « avertissements » des militantes les plus combatives du MLAC. Elles dénonçaient la loi Veil comme une loi de classe, qui ne s'appliquerait pas dans la réalité, pour la majorité des femmes.

A nouveau l'an dernier le mouvement des femmes s'est emparé de la lutte pour l'avortement et l'application de la loi Veil !

Une série de mobilisations locales, le soutien aux six militantes du MLAC d'Ajx (inculpées pour pratique « illégale » de la médecine) mais aussi l'approfondissement de la réflexion sur l'avortement-maternité-sexualité ont remis au centre des préoccupations des groupes femmes la question de l'avortement.

Trois « réunions » (coordination nationales) ont permis dans le courant de l'année dernière aux groupes femmes d'échanger leurs informations, leurs expériences. Le bilan a été unanime :

LA LOI CONTINUE A CULPABILISER LES FEMMES,

ELLE N'EST PAS APPLIQUEE,

ELLE RESTREINT LEUR DROIT !

— de plus en plus nombreuses sont les femmes qui sollicitent les groupes de femmes, le Planning, le MLAC face au refus des hôpitaux (limite légale de dix semaines dépassée, jeune femmes mineures etc...) '

— de plus en plus nombrëuses%oht les femmes qui ont re-f cours, (quapd l'information leur est faite) aux cliniques privées, •. et sont victimes d'un nouveau « commerce », très lucratif !

•;T — de plus enplus nombreuses sont les femmes qui témoignent de lebr angoisse, de leur isolement face à la froideur, au

. mépris des médecins, à la précipitation du personnel hospita-

*im.! � i -y,

Dans de nombreuses régions (Nord, Languedoc-Roussillon, la région parisienne...) les coordinations de groupes femmes ont pris en charge la dénonciation des limites de la loi Veil, et du scandale de sa non application) en liaison bien souvent avec Planning Familial !

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Un manifeste des femmes !

Ce fut une*des premières reflexion collective du mouvement des femmes. Débattu, contesté, précisé, le projet d'un, Manifeste devait constituer une « véritable déclaration politique » du mouvement des femmes sur toutes les questions qui touchent à l'avortement et à la contraception.

L'avortement n'est pas qu'une technique dont s'est emparée le corps médical, il renvoie les femmes à toutes les dimensions de leur oppression. C'est ce que tentait de démontrer ce projet élaboré par des groupes femmes, l'an passé et dont l'élaboration se poursuit actuellement.

Il entend tout d'abord précisé le contenu de la revendication du libre choix de la maternité.

La possibilité d'une indépendance économique, d'une maîtrise de nos maternités nous ont fait entrevoir autre chose que l'existence assujettie qui était ta nôtre. Mais — dans le même temps que cette possibilité prenant forme — nous éprouvions également ies limites de ces choix ün instant entrevus.

L'indépendance économique prenait le visage de conditions de travail le plus souvent très dures, du salaire d'appoint, de la double journée de travail...

La contraception butait sur le refus de nombreux hommes, sur notre peur, sur l’absence d'information sexuelle... là où elle était prônée, c’était dans ces usines allemandes où une femme doit être contraceptée à l'embauche pour être productive, ou dans le désir de ceux qui nous veulent disponibles à tout moment (...)

Aujourd'hui, de plus en plus nombreuses, nous refusons d'être réduites à notre rôle de mères, mais nous ne voulons pas nier la possibilité que nous donne notre corps d’avoir des enfants.

Pourtant, cette possibilité n'implique pas forcement le désir d'en avoir. Ce désir, nous avons encore beaucoup de mal à le définir, parce que nous somme profondément marquées par toute une éducation, une morale, qui nous conditionnent à ce rôle de mère avant tout.

Mais c'est seulement par nos luttes que nous pourrons un jour comprendre et vivre pleinement ce désir (...)

Aujourd'hui, la maternité n'est plus inéluctable, donc « théoriquement », une femme peut se demander si elle veut ou non être mère. Mais :

— qu'en est-il de cette liberté de ne pas avoir d'enfant quand socialement une femme n'est reconnue qu’à travers son rôle de mère ?

— qu’en est-il de cette liberté d’avoir un enfant, quand les tâches domestiques ne sont pas partagées à l'intérieur de la famille, quand la collectivité se décharge sur les femmes des soins matériels, de l’éducation des enfants ?

— qu'en est-il de cette liberté d'avoir un enfant, si être mère impose en même temps de choisir la famille, aucune autre structure n'étant reconnue ?

Aujourd'hui, si faire un enfant n'est plus nécessairement l'aboutissement de toute relation sexuelle, rien ne s'oppose plus « théoriquement » à ce qu'une femme vive avec un homme des relations de courte ou de longue durée, des relations multiples ou exclusives. Mais :

— qu'en est-il de cette liberté quand la contraception est interprétée par la plupart des hommes comme une disponibilité totale des femmes à leur égard ? Quand on traite de « putain » celle qui a des relations avec plusieurs hommes ? Quand toute notre éducation nous prépare à nous « donner » à un seul homme et pour la vie ?

Ce projet de manifeste dénonce l'hyprocrisie de tous ceux qui font commerce sur notre ventre, et introduit la reflexion sur les revendications de protection de la maternité, (c'est un débat qu'il nous faudra ouvrir dans un prochain numéro et qui amène il à distinguer les revendications discriminatoires de protection de la maternité — celles qui entérinnent le rôle social des femmes comme mère, avant tout — et les revendications qui ont une logique de socialisation de la maternité, imposant sa reconnaissance au travail).

Ceux qui, comme « Laissez-les-vivre », la hiérarchie catholique, l'Ordre des médecins et la droite réactionnaire, utilisent ta notion de « droit à ta vie », sont ceux-là même qui nous empêchent de décider de notre vie et de notre sexualité ,non liée à la reproduction.

Ceux qui nous accusent sont pourtant ceux-là mêmes qui imposent l'austérité, les salaires dérisoires, la double journée de travail pour les femmes, les logements exigus, ceux qui tolèrent le manque de crèches, l'augmentation des cadences, les accidents du travail, le viol et la prostitution.

Ce sont ceux-là mêmes qui nous condamnent aux fausses couches, à la souffrance ou à la mort, lors d'accouchements ou d'avortements clandestins.

Nous revendiquons que, sur nos lieux de travail et d'études, nous puissions imposer notre contrôle sur nos conditions de vie et de travail, pendant la grossesse.

On nous veut mères avant tout, mais pas enceintes au travail.

Nous refusons d'être confinées dans la maternité, mais nous exigeons que notre grossesse soit prise en compte dans le monde du travail avec tout ce qu'elle implique, qu 'elle débouche sur une maternité, une interruption volontaire de grossesse ou une fausse couche involontaire.

Nous revendiquons :

1) un allongement du congé maternité et la prise en charge à ce titre de toutes les absences imputables à la période de grossesse et ce, dés le début ;

2) la création d'un congé distinct du congé maladie, en cas d'interruption de grossesse, volontaire ou non, à tout moment de la grossesse ;

3) la possibilité pour la mère comme le père de l’enfant (ou pour la mère et son compagnon, ou sa compagne) de bénéficier pour que celle qui à vécu l'accouchement se remette. U importa, en effet, de distinguer le temps physiquement nécessaire à la mère pour se retaper et la présence auprès de l'enfant, qui doit pouvoir être assumée indifféremment par l'homme ou par la femme, parallèlement au développement d'équipements collectifs de qualité ;

4) la possibilité pour quiconque de prendre une journée de congé sans perte de salaire pour assister la mère, à sa demande, dans son accouchement ou son avortement ;

5) une réduction du temps de travail pour tous et pour toutes, avec extension à tous les secteurs des facilités d'horaires non récupérables accordées dans certaines branches aux femmes enceintes.

Femmes enceintes, nous ne sommes pas » malades » !

Nous affirmons que la pénibilité de la journée de travail actuelle pour les femmes enceintes ne fait que révéler le caractère excessif du temps passé au travail par tous et toutes. Cette diminution égale du temps de travail sans perte de salaire est une des conditions nécessaires pour que nous puissions vivre notre sexualité, que nous n'arrivions pas épuisées à l'accouchement ; c'est une des conditions nécessaires pour que nous ayons le temps de nous informer, de vivre, d'aimer, de réfléchir, de lutter.

Il interroge sur les limites de la contraception aujourd'hui et les revendications à avancer

Aujourd'hui, des femmes qui utilisent la contraception, la vivent mal (oublis de pilules, boulimie, angoisse liée à l'abscence des règles, etc.) : les carences dans l'information et dans l'application de la loi Veil ne suffisent pas à rendre compte des échecs de la contraception.

Toute information sur la contraception et l'avortement doit être en même temps un travail mené avec et par les femmes pour la compréhension et la conquête de leur sexualité (...)

Mais nous nous élevons contre les limites actuelles apportées à la recherche de méthodes contraceptives, méthodes qui pourraient être moins astreignantes que la pilule, le diaphragme ou le stérilet.

Nous revendiquons un programme de recherche sur les moyens contraceptifs.

Aujourd'hui, 25 % seulement des femmes utilisent une méthode de contraception efficace.

Nous revendiquons le contrôle des femmes sur les moyens contraceptifs ;

— la diffusion des informations accompagnant chaque produit contraceptif (composition, fonction, effets secondaires...) ;

— la diffusion massive dans les quartiers, les lieux de travail et d'études, des moyens contraceptifs gratuits ;

— l'interdiction de toute campagne mensongère, entretenue par une certaine presse à sensation, sur les pseudo-méfaits de la pilule.

Nous revendiquons le remboursement de tous les contraceptifs.

Il a tenté de montrer les incidences de la revendication de l'avortement et de la contraception sur la sexualité féminine :

Et notre sexualité ?

Et effet, que reste-t-il du désir des femmes après huit heures de travail, les transports, les courses, la cuisine, le ménage, les enfants ?

« La meilleure contraception, c'est les cadences », disent les ouvrières...

Nous somme réduites dans cette société à n'être que machines à reproduire ou objets sexuels.

Notre sexualité est mutilée au nom du rendement économique ; notre sexualité est mutilée au nom de ta maternité ; notre sexualité est mutilée au nom du plaisir de l’homme ; une femme se doit d'être choisie, elle ne choisit pas. Le désir se conjugue toujours au masculin ; notre sexualité est mutilée au nom d'une morale qui nous veut passives et soumises ; notre sexualité est mutilée par l'hétérosexualité obligatoire, le couple obligatoire ; notre sexualité est mutilée par l'exclusivité de la pénétration, l'interdiction de la masturbation et par toute autre forme d'interdit ; notre sexualité est-elle vraiment la nôtre ? (...)

Nous n'avons pas de modèle à opposer à ceux qu'on nous impose : nous revendiquons le droit d'inventer notre sexualité, nos sexualités.

Et pour les femmes qui aiment et désirent les femmes, quelle place pour cet amour là dans cette société-là ? Nous prenons et nous revendiquons le droit à l'homosexualité. Non pas comme une nouvelle << norme », mais comme l'une des possibilités sexuelles et affectives d'un désir dont l'aboutissement n'est pas la procréation mais te plaisir et le bonheur.

C'est parce que nous voulons les moyens d'un choix réel que nous favoriserons toute publicité des méthodes contraceptives, non parce qu'elles sont en soi des instruments de libération des femmes, mais parce qu’elles introduisent la possibilité pour nous les femmes, de contrôler notre corps, de dégager notre vie sexuelle des maternités non consenties.

Enfin le projet de manifeste des groupes femmes, qui caractérise l'avortement comme « une intervention d'urgence » et non comme un moyen contraceptif, analyse le contenu discriminatoire de la loi Veil :

• Nous refusons la restriction du droit à l'avortement, en ce qui concerne les femmes mineures, immigrées, ou étrangères. (...)

• Nous refusons la restriction du droit à l’avortement par I' argent . (..)

• Nous en éxigeons le remboursement par la Sécurité sociale (...)

• Nous refusons toutes les mesures adminstratives de dissuasion, contenues dans la loi Veil. (...)

• Nous réclamons le droit pour les femmes de se retourner contre le service public, du point de vue civil et pénal (...)

• Nous refusons tout ce qui contribue dans la loi Veil, i l'isolement des femmes face au problème de l’avortement (...)

Nous refusons d'être obligées de consulter un psychiatre ou un psychologue pour pouvoir avorter, ce qui maintient dans la conscience des femmes et de l'opinion publique, que si une femme refuse d'avoir un enfant elle est « anormale ».

Nous dénonçons toutes les restrictions apportées i la pratique de l'avortement dans les structures hospitalières.

De même, qu'aucune limitation n'est imposée pour les accouchements dans les cliniques ou les maternités, de même nous ne pouvons tolérer la limitation à 25 % (loi Veil) des interventions abortives dans les établissements hospitaliers.

Aujourd'hui, cela se traduit par des listes d'attente ou la fermeture de cliniques.

Par cette clause, le gouvernement prétend empêcher que l'avortement ne s'instaure comme méthode contraceptive. C’est de fait un aveu de sa non-volonté de favoriser une campagne d'information et d'éducation de l'opinion publique, sur toutes les questions liées à la sexualité et aux moyens contraceptifs.

C'est aussi pour lui le refus d'aménager les structures hospitalières pour permettre que l’avortement soit pratiqué suivant la méthode la plus sûre et la moins douloureuse.

Nous exigeons la possibilité pour toutes les femmes de choisir la méthode abortive qui lui convient (par aspiration, par injection, par curetage, par prostaglandines, avec ou sans anesthésie).

Dans tous les cas, l’assistance pré et post-intervention doit être assurée dans les structures hospitalières ou centre d'orthogénie équipé, en fournissant les soins maximum, ce qui implique l'augmentation du personnel qualifié, ainsi que des informations précises sur les méthodes utilisées, abortives et contraceptives.

Nous demandons que tout le personnel médical, médecins, infirmier (e)s, étudiants en médecine, soit formé à toutes les méthodes abortives, en particilier à la méthode Karman (couramment pratiquée en Chine et aux USA).

L 'avortement doit être pratiqué uniquement par le personnel médical, au-delà de 8 semaines (limite avancée par les féministes italiennes).

Dans la période précédente, l'avortement peut être pratiqué, exclusivement dans les structures hospitalières et sous contrôle médical, par tous ceux qui ont suivi des cours de formation. Ces cours de formation doivent être publics, gratuits, contrôlés parle mouvement des femmes et le personnel hospitalier.

Ils devront être ouverts à tous ceux et à toutes celles qui essaient d'apprendre de façon collective à pratiquer l'avortement, pour ne pas déléguer i une minorité d'experts la défense de notre corps.

Si ta loi contient une série de mesures restrictives et culpabilisantes à l'égard des femmes, par contre elle laisse tout pouvoir aux médecins de refuser l'avortement, par une clause dite de conscience.

Nous exigeons ta suppression de cette clause qui renforce le pouvoir médical.

Nous demandons que dans toutes les structures hospitalières et sanitaires, les avortements soient possibles.

Nous, groupes femmes de quartiers, d'entreprises, de lycées, de facultés et de CET, nous nous engageons à favoriser par tous ies moyens, la prise en charge, par les femmes elles-mêmes, de tout ce qui concerne l’avortement, la contraception et leur sexualité.

Nous lutterons pour te développement des centres d’orthogénie, dans les quartiers et sur les lieux de travail et d'études, financés par les municipalités et l'état.

Mais tels qu 'ils sont définis parla loi, les centres de planification ou d'orthogénie nous laissent chacune isolée face aux médecins, aux embûches administratives face aux pressions des conseillers de toutes sortes.

Nous réclamons un contrôla collectif par les femmes (...) »

Interpeller l'institution médicale et y traduire la volonté de contrôle collectif des femmes sur leur corps !

Le développement des luttes actuelles sur l'avortement, l'expérience des militantes du MLAC d'Aix (inculpées en mars dernier de pratiques « illégales » de la médecine), les débats au sein du mouvement des femmes, témoignent de la volonté des femmes de se réapproprier leur corps, confisqué, nié, par le pouvoir médical.

La revendication de l'avortement libre et remboursé est indissociable aujourd'hui de la bataille pour sa prise en charge dans un cadre qui brise l'isolement des femmes et leur dépendance à l'égard de l'institution médicale. C'est un fait incontestable que la situation faite aux femmes dans la plupart des cliniques, les hôpitaux est un frein à la liberté de l'avortement, et maintien la plupart des femmes dans cette situation de dépendance et de culpabilité ! :

faute de moyens, de locaux, de matériels, faute aussi de personnel (celui-ci se voit dans bons nombres de services attribuer « en plus » les soins « aux I.V.G. ») — et de personnel compétent, formé à la méthode Karman (méthode par aspirations), disponible pour l'accueil des femmes, pour les aider, non pas à se considérer comme « malades », mais à prendre pleinement en charge leur avortement.

Partout où il s'exerce dans les hôpitaux, les dispensaires et autres centres de soins — nous devons accentuer la contestation du pouvoir, du savoir médical conçu comme une technique scientifique, strictement réservé à une élite de praticiens, et qui investit de plus en plus le domaine médical. Nous devons favoriser la pression collective des femmes sur l'institution médicale, en développant tous les moyens d'approfondir la connaissance de notre corps : par le biais de débats, de pratiques collectives, par la participation aux stages de formation du Planning Familial, par des consultations collectives dans les hôpitaux, ou chez les médecins.

C'est pour le mouvement des femmes un axe de luttes très important. Mais nous ne pensons pas que cela doive se concrétiser principalement par la multiplication de pratiques collectives, dans i< des cadres alternatifs » à l'institution médicale, où les femmes (mais quelles femmes ?) petit à petit construiraient un ailleurs, en marge de la société actuelle, qui correspondrait à leurs exigences, à leurs volonté de vivre autrement.

Si nous reconnaissons totalement la portée subversive de la pratique des militantes du MLAC d'Aix (pratique collective des avortements, prise en charge des avortements par des femmes qui se sont formées à la pratique de l'avortement sans être médecins etc...), qui démysthifie la « toute puissance » des médecins, elle n'en reste pas moins qu'une initiative exemplaire 1

En nous battant pour l'application et l'extension de la loi Veil dans les hôpitaux, les centres de santé, nous pouvons permettre à la grande majorité des femmes (qui utilise les hôpitaux, les services remboursés par la Sécurité sociale), de prendre réellement en charge la lutte pour l'avortement et la contraception.

En remettant en cause la pratique médicale, en posant le problème du contrôle des femmes sur les centres d'I.V.G., en établissant des contacts avec le personnel hospitalier, les groupes femmes pourront introduire, au sein même de l'institution médicale, une logique contradictoire à celle que nous impose le système capitaliste. (Nous y reviendrons dans le prochain numéro des cahiers du féminisme, par des reportages, qui approfondiront la question de la contestation de l'institution médicale, et la pratique de luttes qu'il est possible d'y instaurer ;).

Construire une mobilisation nationale sur la question de l'avortement demeure toujours aussi décisif. C'est la lutte de milliers de femmes, de femmes travailleuses en particulier, qui a permis d'arracher la loi sur l'avortement abusivement appelée loi Veil. Malgré toutes ses limites, elle constitue un acquis des mobilisations. On ne peut envisager qu'elle soit remise en cause sous la pression du R. P. R. et de sa base sociale, réactionnaire.

C'est pour cela qu'il faut dès aujourd'hui se battre et imposer l'avortement sans restriction aucune à l'hôpital. C'est un droit élémentaire qu'il faut défendre contre l'exploitation crapuleuse des cliniques privées.

Nous devons empêcher sinon la fermeture des services de gynécologie, du moins la remise en cause de leur fonctionnement par les compressions de personnel et les coupures de crédit entre autres. Il faut aussi imposer l'utilisation de la méthode Karman et la formation du personnel à cette méthode.

Mais nous refusons que cette méthode serve à pratiquer les avortements à la chaîne. Il faut donc pouvoir contrôler que cette méthode est appliquée dans des conditions satisfaisantes pour les femmes.

La création partout, à l'hôpital, à l'usine, au bureau dans les écoles, de centres d'orthogénie, est à l'ordre du jour, mais comme disent les femmes du 14e arrondissement : « un centre d'orthogénie : c'est un lieu où :

Il faut :

— que ce centre dispose de moyens matériels et d'un personnel suffisant pour que cela ne constitue pas un surcroît de travail pour le personnel déjà en place.

— que ce ne soit pas un lieu où des médecins délivrent des ordonnances à la chaînes,

— que chacun puisse y trouver aussi bien une réponse à un problème médical précis, qu'à une demande d'information plus générale qui pourrait être obtenue auprès du personnel du centre et aussi par des discussions avec les autres usagers du centre.

Nous voulons y apprendre à ne plus recevoir sans explication et sans choix possible, soins et prescriptions, mais à en comprendre le pourquoi, à connaître le fonctionnement de notre corps, à répondre nous-mêmes à ses besoins.

Pour atteindre l'ensemble de ces objectifs, la mobilisation seule des groupes de femmes ne suffira pas. Il faut entraîner dans l'action les militantes et les militants syndicalistes, les militants influencés par les partis de gauche, s'appuyer aujourd'hui sur les propres textes officiels de leurs organisations est un moyen d'amorcer le débat et de préparer la lutte.

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