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SL DOSSIER : LES FEMMES EN EUROPE
Belgique :
« 11 novembre sur l’enfant »
Le mouvement féministe belge a depuis plusieurs années fait du 1 1 novembre une journée de lutte et de solidarité de femmes. Nous présentons ici un bilan tiré par les camarades belges de la IV dans l’hebdomadaire « la Gauche >>.
Deux mille personnes à Auderghem, à la journée des femmes francophones , trois mille à Mali nés, à la journée des femmes flamandes : voilà les chiffres de ce 11 novembre 1978. Dans cette nombreuse assistance, parmi les stands des maisons et des librairies de femmes, des comités avortement, des organisations politiques, des femmes battues, des groupes de self -défense, et j’en oublie, on remarquait pour la première fois en pareille occasion, la présence officielle de commissions féminines syndicales : FGTB et CSC à Auderghem, FGTB seulement à Malines (la CSC s’était retirée à cause de la revendication de dépénalisation de l’avortement).
La journée flamande se centra sur l’enfant, en prévision de l’Année internationale de l’enfant organisée par l’UNESCO en 1979 : les droits de l'enfant, l’avortement et les enfants désirés, les crèches et l’aménagement des villes. La journée francophone aborda des thèmes semblables, mais aussi les problèmes des femmes face à la crise (qui « ne nous renverra pas à nos foyers »)
La préparation de la journée des femmes francophones fut marquée par de gros débats à l'intérieur du mouvement des femmes. Après deux réunions, le thème choisi fut : « Femme-enfant-société ».
La journée atteignit ses objectifs. Elle rassembla des femmes de toute la Wallonie, organisées dans des groupes multiples ou simplement venues s’informer et témoigner. Ce 1 1 novembre 1978 fut donc, une fois de plus, une date et un lieu de ralliement général du mouvement des femmes. Et, finalement, même la Maison des femmes de Bruxelles qui avait préféré organiser une action plus « concrète » de solidarité avec les ouvrières de Salik, était présente et organisait une vente de jeans au profit de la lutte dans l'usine de Quaregnon.
Six débats avaient été organisés, préparés par différents groupes. Deux débats traitaient de l'enfant à naître. Le premier, « Avoir un enfant, oui, non, pourquoi, quand ? », tenta de cerner les changements entraînés par l'efficacité et la diffusion accrues des méthodes contraceptives ces 20 dernières années. L’enfant n’est plus une fatalité mais peut et doit résulter d’un choix. On peut d’ailleurs très bien décider de n’en jamais avoir et n'en n'étre pas moins femme à part entière. Certaines évoquèrent le problème de celles qui désirent élever un enfant seules et la situation de celles qui rencontrent des obstacles physiologiques à leur désir de maternité. En conclusion, l’accent fut mis sur la nécessité d’une contraception libre et gratuite et sur la dépénalisation de l'avortement.
Cette dernière revendication fit l’objet du second débat : « C’est nous qui choisirons le moment de faire ou ne pas faire un enfant et pas le gouvernement. » Au nombre des moyens proposés pour faire aboutir cette dépénalisation, on rappela notamment la campagne internationale d’action pour l’avortement libre et gratuit contre la stérilisation forcée.
Deux autres débats, préparés par les Re -belles d’Ottignies et les Julie de la Basse-Sambre, examinèrent les problèmes posés par les enfants une fois mis au monde : la société actuelle n'est pas faite pour les accueillir et leur permettre de s'épanouir, de devenir autonomes, de vivre leurs désirs. Le manque d'équipements collectifs et les déficiences de ceux qui existent pénalisent d’ailleurs aussi les parents, et avant » »■* les mères, bien entendu. A cet égard, on releva le danger de la recherche de solutions bricolées et individuelles, au détriment du combat pour des solutions réelles et collectives.
Le débat de l'après-midi, celui des Julie , se conclut sur une série de revendications telles que le contrôle des parents et des travailleurs des crèches sur le fonctionnement de celles-ci, la présence d’hommes parmi le personnel de ces établissements « maternels », l’augmentation des salaires, l’instauration d’une quote-part patronale pour le financement d'équipements collectifs (crèches, mais aussi terrains d’aventure, wasseret-tes...) indépendants des entreprises.
Deux débats, enfin, étaient centrés sur les problèmes de la femme au travail. Le matin, les Femmes en lutte de Liège introduisirent le problème du travail à temps partiel. La discussion fut très riche ; de nombreuses intervenantes parlèrent de leur expérience propre. Le travail à temps partiel peut apparaître comme une solution aux mères surchargées, ce n'est pourtant qu’un pis-aller dangereux car les droits qui en résultent sont « partiels » eux aussi... La discussion déboucha sur diverses revendications, dont celle de la réduction généralisée du temps de travail, avec embauche proportionnelle et celle de l’égalité des femmes et des hommes dans la formation, l’embauche et la Sécurité sociale.
Cette égalité de traitement des deux sexes est acquise dans la loi pour ce qui est de l’emploi et de la formation professionnelle. Mais dans les faits, la discrimination se poursuit. Quant à la Sécurité sociale, elle est explicitement exclue de cette égalité par le législateur. Ces aspects furent plus particulièrement examinés dans le débat de l'après-midi présenté par les Femmes v syndiquées et les Femmes pour le socialisme. Ces deux groupes bruxellois proposèrent dans l'immédiat deux actions ; le dépôt massif de plaintes dénonçant le non-respect de la loi par les employeurs qui offrent des emplois en les réservant de manière plus ou moins explicite à l'un ou à l’autre sexe, et par les journaux qui publient ces offres ; et l'organisation d’une journée sur l'égalité de traitement dans le travail et la Sécurité sociale.
En fin de journée, les organisatrices soumirent encore à l'approbation de l'assistance deux motions de solidarité : l'une avec les femmes de l'usine Salik, l'autre avec les Folles de la place de Mai.
Clémentine Castel