Lors de la grève des camionneurs, s était tenue à Liverpool une manifestation de femmes antigrévistes, organisée par l’association des Femmes au foyer unies. La presse — y compris de gauche — en avait fait un reportage à la fois simpliste et inexact. D’où la réaction du Groupe d’action des femmes de Liverpool dont nous publions ici des extraits de la lettre, qui expliquent d’un point de vue féministe concrètement la situation des mères de famille face à la grève et souligne la responsabilité du mouvement ouvrier pour que ces femmes soient gagnées à la lutte (1).
« La vague des grèves actuelles est importante pour tous les socialistes, car c’est une tentative de combattre les attaques contre le niveau de vie et les services publics.
« Les femmes de la classe ouvrière ont porté le poids des réductions gouvernementales de crédit. Dans le secteur de la santé, l’ensemble des services, maternité, avortement, assistance prénatale, se sont dégradés. Le taux de mortalité infantile à Liverpool est le deuxième du pays. Par manque de services sociaux, les femmes doivent s 'occuper des vieux et des malades. Les moyens de transports publics sont épouvantables et implique qu ’on attende des heures à un arrêt de bus. La montée des loyers et le manque d’entretien des HLM posent des problèmes évidents aux femmes.
« Dans ces conditions, les grèves actuelles sont pour de nombreuses femmes un nouveau fardeau.
Les grèves ne sont pas sans conséquences pour les ménagères
« Nous n'essayons pas de suggérer que les inconvénients qui retombent sur les femmes au foyer doivent empêcher les grèves. La grève est souvent le seul moyen pour la classe ouvrière de gagner. Ce que nous disons, c’est que les syndicats n’ont pas assez réfléchi sur tes conséquences des grèves pour les femmes.
« La grève des chauffeurs de camions de pétrole a eu pour effet la fermeture des écoles. Cela a signifié pour les femmes soit qu'elles ont pris sur leur temps temps de travail pour garder les enfants, soit qu’elles ont payé des nourrices. Dans certains quartiers, les bus ne circulaient pas.
« Les médias ont toujours renvoyé une image réactionnaire des femmes pendant les grèves. On en a fait les « voix de la raison », maintenant le pays sur ses pieds. Les médias n’ont rendu compte que des réactions des femmes qui s’opposent aux luttes, attaquent des piquets par colère ou s’en prennent aux camionneurs grévistes. Le mouvement « Femmes au foyer Unies » a rencontré un large écho dans les médias qui ont exagéré leur représentativité.
« Mais, par ailleurs, beaucoup de femmes ont soutenu leurs maris : si elles ne l'avaient pas fait, il n V aurait pas eu de grève . Elles disent que ce n 'est pas seulement ta grève de leur mari, mais celle de toute la famille. Elles ont témoigné leur solidarité lors de la grève de Ford et celle des pompiers. Elles ont joué un rôle éminent dans les campagnes contre les réductions de crédits, de bus, et ont pris activement part aux occupations contre les fermetures d’écoles, d’hôpitaux, de maternités.
« Néanmoins, de nombreuses femmes se sont opposées aux récentes grèves et c'est compréhensible comme nous avons essayé de le montrer. C’est pourquoi la gauche et les syndicats doivent prendre sérieusement en compte les besoins des femmes « Or, la négociation des augmentations de salaires en pourcentage défavorise les travailleurs les plus mal payés, dont ta majorité sont des femmes. Les revendications d’équipements sociaux pour la petite enfance et du droit à l’avortement sont décisives, mais elles ont été plus que négligées par le mouvement ouvrier.
« De plus, l’engagement des femmes dans les syndicats est rendu difficile par le fait que les réunions se tiennent en dehors des heures de travail et qu’elles ne trouvent personne pour garder les enfants et préparer les repas.
« Mais quand les femmes entrent en lutte, elles sont plus militantes car leur engagement leur coûte beaucoup.
« Trop souvent la gauche a préjugé que gagner les ménagères était une cause perdue. »
« De nombreux exemples prouvent le contraire. En tant que femmes de grévistes, en tant que consommatrices, les femmes devraient être davantage impliquées. Si elles l’étaient, des moyens d’action plus efficaces, pour la grève, se développeraient certainement. Il faudrait faire des crèches, les femmes pourraient alors participer aux comités de grève, aux piquets...
« Les femmes, tes enfants et tous les travailleurs non concernés directement par les grèves se révèlent très efficaces pour le renforcement des grèves, quand on prend la peine de les v associer. »
Notes
- (Extraits d’une lettre du «Groupe d’action des femmes de
- Liverpool »)
- (|) Celte lettre a été reproduite dans Socialist Challenge, hebdomadaire de l'IMG. section anglaise de la IV' Internationale.