La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

L'Europe des femmes au travail

Cahiers du féminisme, n° 10, juin - septembre 1979 · p. 3-12 · 6 218 mots

Nombreux sont les pays capitalistes avancés, et parmi eux les pays européens (membres ou non du Marché commun) à avoir enregistré dans la dernière décennie une forte augmentation du nombre de femmes « actives ».

Cette « révolution » s 'est traduite par une modification importante de la structure par âge de la population active féminine, et ce, dans presque tous les cas. C’est ce fait, plus que tout autre qui mérite attention. On sait en effet qu'en France, — où l’on avait assisté dans les années cinquante / début des années soixante à une importante féminisation de la main-d’œuvre salariée, liée à la venue dans des emplois industriels ou « tertiaires » de femmes occupées jusque là dans l’agriculture — le pourcentage de femmes parmi les actifs pris dans leur totalité était, lui, resté stable (un peu plus de 34 % ). Il s’agissait donc, avant tout, du passage de femmes d’un secteur d’activité (agriculture ) à un autre (industrie ou secteur « tertiaire »). Tout autre est le phénomène enregistré entre les deux recensements de la population (1968 et 1975) où l’on a vu les femmes responsables à % de l’augmentation de la population active totale, leur part dans l’emploi passant à un peu plus de 37 % (cf. tableau n° 1 ). On a pu ainsi constater que le taux d’activité des femmes ayant entre 25 et 29 ans et mères d’un tout jeune enfant était passé de 50,5 % en 1968 à 66,6 % en 1975 ; celui des femmes avant entre 30 et 34 ans et mères de deux enfants (dont un en bas âge) de 31,2 % à 47,9 %...

Et ce phénomène ne s’est pas arrêté à la seule France. Au Danemark, le pourcentage de femmes dans l’ensemble de la main-d'œuvre est passé de 29 % en 1960 à 41,6 % en 1976, le pourcentage de femmes mariées ayant entre 20 et 34 ans augmentant tout particulièrement : 73,6 % des femmes mariées ayant entre ces deux âges exercent aujourd’hui une activité professionnelle contre seulement 37,2 % en 1965 (notons, cela dit, qu’au Danemark 40 % environ des femmes actives travaillent à temps partiel !).

DOSSIER : LES FEMMES EN EUROPE

Aujourd’hui, dans les pays membres de la CEE, >0 % et plus des femmes exerçant une activité professionnelle sont mariées (à l’exception

Ainsi, ce qui s’est appelé la « courbe à deux bosses » dans la vie « active » des femmes tend aujourd’hui à disparaître. La chute du taux d’activité que l’on enregistrait traditionnellement à l’âge où les femmes ont des enfants en bas âge, n’apparaît plus avec la même acuité et ce, aussi bien dans les pays où le travail à temps partiel ne s’est que peu développé que dans ceux où il a pris une forte importance (Danemark, Grande-Bretagne et Suède).

Cette situation est remarquable à plus d’un titre. Les femmes ont continué à venir grossir les rangs des travailleurs salariés alors même que les difficultés tendaient à s'accroître pour elles : difficultés quant â l'absence d’équipements collectifs ; difficultés quant â leur formation professionnelle considérée le plus généralement comme inadéquate (ce qui permet surtout de les sous-qualifier et de les sous-payer !) ; difficultés quant au chômage qui les atteint prioritairement.

La situation des femmes au travail

Je chôme, tu chômes, elle chôme...

En février 1979. on recensait dans les pays membres du Marché com- des Pays-Bas où le pourcentage de femmes mariées dans la main-d’œuvre féminine reste inférieur, bien qu’en augmentation).

mun 6,4 millions de chômeurs inscrits , soit une augmentation de 2,7 par rapport à février 1978. Mais, si l’augmentation du pourcentage de chômeurs variait amplement d’un pays à l'autre (beaucoup plus forte en France, en Belgique et en Grande-Bretagne qu’en RFA... RFA qui, soit dit en passant, ne réussissait à « stabiliser » son chômage qu’en renvoyant dans leurs pays 1 300 000 travailleurs immigrés !)... une constante apparaissait clairement : le pourcentage de fem-

Avertissement

L'analyse de la situation des femmes en Europe que nous esquissions ici n'est pas sans lacunes. Lacunes, parce que s'il est facile de se procurer des statistiques et analyses récentes pour les pays membres de la Communauté européenne (CEE), il n'en va pas de même pour les pays non membres. La situation des femmes dans certains pays européens reste des plus mal connue en raison de l'existence d’un travail au noir extrêmement imponant et/ou de statistiques pour le moins faussées (exemple de l'Italie. bien que ce pays soit membre de la CEF.) Or. daus une situation de crise comme celle que connaissent les pays capitalistes avancés, la « fraicheur » des statistiques n’est pas sans importance. la situation des femmes pouvant évoluer rapidement de façon significative lacunes aussi lices a nos propres carences ci con mes inscrites au chômage augmentait beaucoup plus rapidement que celui des hommes (+ 7 % pour les femmes). Or l’on sait que, particulièrement nombreuses au chômage (cf. tableau n° 2), les femmes sont encore plus nombreuses dans ce qu’il est convenu d’appeler « la main-d'œuvre de réserve ». Selon une enquête par sondages sur l’emploi, datant de 197 >, le potentiel de réserve de main-d'œuvre se composerait d'environ deux tiers de femmes dans les pays de la CEE.

Ainsi, les femmes que l’on a dit moins touchées par la récession de 1974-197 i (et ce essentiellement en raison de leur forte concentration dans les emplois du tertiaire moins concernés, dans un premier temps, par les licenciements) sont en fait bel et bien les premières pénalisées par le trainies (de temps, de lorce ei de place)... ei l on comprendra que nous ne pouvons prétendre ici à un tableau fidèle et exhaustif de la situation des femmes en Europe (le Portugal, la Grèce, et dans une moindre mesure l'Espagne, font à cet égard cruellement défaut).

Soulignons, par ailleurs, que nous avons préféré ici ne pas traiter des pays de l'Est, .non pas que la situation des femmes y soit mirobolante — il s'en faut de beaucoup ! — mais tout simplement parce que si elle présente un certain nombre de points communs (« double rôle » des femmes . concentration de la main-d'œuvre féminine dans certaines professions même m ce ne sont pas forcement les mêmes que dans les pays capitalistes, etc I. elle en diffère par bien des aspects (pomceniage de femmes actives beaucoup plus important, identique a celui des homme>> absence ou relative faiblesse du chômage importance plus grande des équipement'' collectifs etc I

L’EUROPE DES FEMMES AU TRAVAIL

Tableau n° 1

Part des femmes dans l’emploi total en 1976

Tableaux de données

Tableau n° 1. Part des femmes dans l'emploi total en 1976

Taux d’activité en

96 pour les femmes mariées

Tableau n° 1. Taux d'activité en % pour les femmes mariées

Tableau n° 2

Chômage des hommes et des femmes en pourcentage de la population active

Tableau n° 2. Chômage des hommes et des femmes en pourcentage de la population active

Vient de paraître

Vient de paraître : Femmes et mouvement ouvrier

A

DOSSIER : LES FEMMES EN EUROPE chômage et la crise qui affecte l’ensemble des pays capitalistes avancés.

Il convient tout d’abord de signaler que le taux de chômage des femmes était plus élevé que celui des hommes avant la récession de 1974-197). Son augmentation, en 1974-197 i, sera à peu près identique à celle des hommes dans un certain nombre de pays. Mais, outre le fait que la relative « relance » enregistrée en 1976 ne sera sensible que pour les seuls hommes (en Belgique, le taux de chômage des hommes qui était passé en 1 974-1 97 i à 4,4 % — contre 2,4 96 précédemment — parviendra à >,1 en 1976; par contre, celui des femmes, qui était passé en 1974-197 i à 9,9 96 — contre 6 96 précédemment — parviendra, lui, à 14 96 en 1976!), c’est plus fondamentalement l’entrée des femmes dans la vie « active » qui sera enrayée. Certes, dans plusieurs pays, le nombre total de femmes « actives » ne cessera de croître (Autriche, Espagne, Italie, Grande-Bretagne, Suède) alors même que l’emploi des hommes tendait, lui, à décroître. Mais cet « avantage » des femmes (bien relatif, on l’a vu) n'a pas tardé à apparaître pour ce qu’il était ; un trompe l’œil : « (...) Si dans la plupart des pays membres de l ’OCDE, la participation des femmes à l’emploi s'est accrue, sous d'autres points de vue les femmes ont été plus sévèrement affectées que les hommes, parce que la récession a interrompu la forte tendance générale à l’accroissement de la population active féminine. » (La récession de 1 974-1 97 i et l’emploi des femmes — Organisation de coopération et de développement économique, Paris 1976, OCDE.)

On peut donc dire que la crise économique joue dans le sens d’un maintien des femmes au foyer.

Il n’est certes pas question pour la bourgeoisie de renvoyer massivement la main -d’oeuvre féminine dans ses pénates (à cet égard, la situation diffère très sensiblement de celle qu’on a pu connaître en d’autres temps). Les femmes sont une main-d’œuvre appréciable pour les capitalistes qui ont pris soin de les concentrer massivement dans certains secteurs, où elles jouent efficacement (bien qu’involontairement) à la baisse des coûts salariaux et à la déqualification.

Ainsi, par exemple, le pourcentage d’ouvrières qui était passé en France de 23,8 96 en 19 38 à 20,1 96 en 1968, est remonté depuis 197). Très concentrées dans certaines branches (industries de consommation, textile...), frappées de plein fouet par la crise, les femmes ont connu les licenciements massifs. On a alors assisté à un déplacement de la main-d’œuvre féminine vers le secteur « tertiaire », c'est-à-dire vers les secteurs à fort taux de main-d'œuvre féminine, alors même que les créations d'emplois y connaissaient un net ralentissement :

L’EUROPE DES FEMMES AU TRAVAIL

Tableau France : recensement n° 3 de 1968 et

1975

Tableaux n° 3. France : recensement de 1968 et 1975

2,7 96 en moyenne en 1977 contre

3,8 96 précédemment (en France toujours).

Cela dit, on enregistre, depuis un certain nombre d’années, une utilisation de plus en plus massive de femmes dans certaines activités industrielles : industries électrique, électronique, petite mécanique... Nombre d’employeurs se sont fait une gloire d’offrir aux femmes des emplois de ce type dans des régions où le taux d’activité des femmes restait très faible (Italie, France...). Ces emplois « nouveaux » ont tous la même caractéristique : occuper une main-d’œuvre « non qualifiée » dans des travaux nécessitant une certaine habileté manuelle mais n’exigeant pas de force physique particulière.

Pour les femmes, de tels emplois signifient, le plus généralement, dèqualiflcation. On les retrouve de plus en plus parmi les OS et les manœuvres, alors que c’est un mouvement contraire qui se dessine chez les hommes (cf. tableau n° 3).

Et la France n’est pas l’exception ! Aux Pays-Bas, on compte 50 96 de femmes dans l’industrie électronique (1973-197 5) ; en Belgique, ce pourcentage (industrie électrotechnique) est de 42 96 (contre 1 5 96 seulement de femmes dans la métallurgie). Situation identique, toutes proportions gardées, en Italie où l’on compte 9,7 96 de femmes dans la métallurgie (1973-197 5), 20,6 96 dans la construction de machines et 37,4 96 dans l’électromécanique. A noter qu’en Italie, où le travail à domicile est extrêmement important, les travailleuses ne sont souvent pas déclarées. Certains employeurs reproduisent de véritables chaînes de maison à maison... jusqu’au produit fini qu’ils acquièrent ainsi au moindre coût (50 96 environ de salaire économisés).

La concentration des femmes dans certains emplois industriels se perpétue donc bel et bien, même si le pourcentage d’ouvrières a baissé dans certains pays en raison de la crise qui affecte les secteurs où elles sont traditionnellement nombreuses... Mais une « tradition » semble prête à en remplacer une autre !

Notons en ce sens que le patronat mène aujourd’hui la bagarre pour le-

En Suisse, par exemple, les femmes « s’orientent surtout vers des études relatives à l’hygiène, la santé, l’enseignement, les sciences. Parmi les jeunes qui entrent en formation, 74 % sont des garçons et 32 % sont des jeunes filles. » (Femmes au travail, Confédération européenne des syndicats, 1976). On ne recense par ailleurs que 20 96 de femmes dans les écoles supérieures.

Au luxembourg, 80 96 des femmes actives ne sont pas qualifiées professionnellement.

En Italie, si l’emploi des femmes diplômées a augmenté de 33 96 entre 1970 et 1974 contre 2 5 96 chez les hommes, cela ne s’est pas forcément traduit par une occupation d’emplois correspondant à la formation acquise.

En Belgique, le pourcentage de fréquentation scolaire des jeunes femmes est passé en un peu plus de quinze ans, de 32 % à 48 % (enseignement général) ; pour la formation technique supérieure de 2 5 à 4 5 96 ; pour les études universitaires de 18 à 34 96. Malgré cela, elles n’accèdent ver les interdictions qui pèsent sur le travail de nuit des femmes, les législations « protectrices » représentant un frein à leur embauche dans une période où le travail en 3 -8 se développe (cf. chapitre sur le travail de nuit).

Qualifie-toi... le patronat te déqualifiera !

S’il y a augmentation du niveau général d’instruction, cela ne s’est pas traduit par une augmentation de la qualification des femmes. Celles-ci continuent de s’orienter (d’être orientées !) vers des secteurs bien déterminés (cf. tableau N° 4).

encore que fort peu aux postes qualifiés.

En Grande-Bretagne, les femmes, qui peuvent théoriquement accéder à toutes les formations, ne représentent que 0,2 96 des ingénieurs qualifiés ; dans les services publics où elles sont particulièrement nombreuses, elles n’occupent que 6,2 96 des postes de direction. Une enquête, réalisée en 1977 auprès de 66 grosses entreprises, établissait que sur 8 1 0 postes de direction, 3 seulement étaient occupés par des femmes.

En France, on a assisté dans les années soixante à une féminisation importante de la catégorie des cadres moyens (41 96 en 1968). Cette féminisation s’est depuis confirmée (4 5 96 en 197 5). Mais elle ne concerne qu’un secteur bien précis : la Fonction publique. Chez les techniciens, la féminisation s’avère beaucoup plus lente. Et si l’on constate une hausse sensible du pourcentage de femmes cadres supérieurs (17 96 de l’ensemble contre 13 96), on ne compte toujours que

Tableau n° 4

Répartition entre les principaux secteurs d’activité

Tableau n° 4. Répartition entre les principaux secteurs d'activité

Æ -

•1 DOSSIER : LES FEMMES EN EUROPE

4,4 % ûe femmes parmi les ingénieurs

Même chose au Danemark où les femmes n’occupent pas les postes qualifiés : dans le secteur des employés, 2/3 des cadres sont des hommes alors que la majorité des employés est composée de femmes.

On peut donc noter que si les discriminations dans les écoles sont progressivement supprimées, nombre de

De plus, si elles aspirent à se qualifier, elles ne croient guère à l’efficacité de telle ou telle formation en raison des pesanteurs du marché de l’emploi, (pourquoi en effet passer un CAP de plombier ou de menuisier si c’est pour se retrouver au chômage ?) leur « canalisation » vers des professions bien déterminées se faisant, quelle que soit la qualification acquise. Elles sont par ailleurs pénalisées par la barrières se maintiennent en place.

Le problème plus général qui se pose aux femmes, malgré les tentatives plus que timides d’ouverture de « nouvelles professions » (la loi britannique autorise les employeurs et les organes de formation professionnelle à assurer la formation d’un seul sexe s’il s’agit de travaux où l’on trou ve soit peu de femmes, sc.t peu d’hommes), est celui du temps qu’elles peuvent consacrer à des études ou à l’acquisition d’une formation en cours de vie professionnelle.

Il est un fait que, dans leur majorité, les femmes refusent les stages de formation proposés : en France, sur 1 800 femmes à qui l’ANPE en avait proposés, seulement 34,1 % ont accepté. 44,8 96 avaient besoin d’un travail immédiat ; 20,4 96 ont refusé pour raisons familiales. Parmi celles qui ont accepté : 67, > 96 n’avaient aucune charge familiale, 16,4 96 avaient un seul enfant. Il s’agissait en majorité de femmes de moins de 2 > ans et célibataires.

Cette situation n’est guère étonnante car, quelles que soient les mesures prises pour « promotionner » et « qualifier » les femmes, un fait subsiste, tenace : les femmes ne s’investissent pas dans leur travail de la même manière que les hommes en raison de la dualité travail extérieur /travail « au foyer » qui les façonne profondément.

discontinuité de leur vie active qui contribue à les maintenir aux plus bas échelons.

Il est donc clair que la formation professionnelle des femmes, pour importante qu’elle soit, ne suffit pas à leur garantir des « chances égales » sur le marché du travail. Loin s’en faut ! C’est du même coup la lutte menée dans les entreprises pour la féminisation d’emplois « réservés » aux hommes et pour la déféminisation d’emplois « réservés » aux femmes qui se pose aujourd’hui...

Or, force est de constater à ce niveau qu’on en reste le plus souvent aux belles professions de foi.

Choisir proposait, dans le Programme commun des femmes, d’accorder des « incitations financières » aux employeurs embauchant des femmes dans des métiers dits masculins (comme cela avait été fait pour les jeunes avec les fameux « stages Barre »). De telles propositions ne peuvent que masquer le problème de fond, à savoir la prise en charge par le mouvement ouvrier lui-même de cette lutte. La Suède a certes pu jouer de telles « incitations financières » avec quelque succès. Il n’en demeure pas moins que s’appuyer sur de telles propositions qui brossent le patronat dans le sens du poil revient à se satisfaire d’illusions au profit d’une faible frange de femmes qui seule pourra y trou- ver satisfaction. C’est laisser le problème entier.

L’égalité salariale ou... on est tous égaux, mais il y en a qui sont plus égaux que d’autres !

197 >, Année internationale de la femme, a vu fleurir enquêtes et statistiques... Dans le même temps, nouvelles dispositions législatives et nomination de responsables « à la condition féminine » se multipliaient. Depuis cette glorieuse année, trois directives ont été prises au niveau de la CEE : l’une concernant l’égalité de rémunération hommes/ femmes (février 1975), l’autre concernant la non-discrimination dans l’emploi et le travail (février 1976), la troisième enfin concernant la non -discrimination en matière de Sécurité sociale. En mars 1977, par ailleurs, il était décidé au « sommet de Rome » d’inclure « dans les priorités le chômage des femmes et les remèdes à y apporter ».

Dans les différents pays de la CEE, un certain nombre de lois nouvelles ont été effectivement adoptées... sans que la situation des femmes s’en modifie significativement pour autant ! Ainsi pour la formation professionnelle... Ainsi pour l’égalité salariale...

En Grande-Bretagne, Y Equal Pay Act (loi sur l’égalité salariale) date de 1970. Cette loi permet aux femmes d’engager des poursuites devant les tribunaux (2 >00 cas individuels portés devant les tribunaux en 1976-1977... dont 8 96 seulement ayant abouti positivement!) En 197 3, une nouvelle loi — Sex Discrimination Act — est venue renforcer 1’ Equal Pay Act. Elle sanctionne en principe la fin de toutes les différences entre les candidats au travail selon leur sexe et interdit toute discrimination quant à l’éducation, au logement, à l’accès aux services, etc.

Pourtant, malgré le vote de ces deux lois, l’écart salarial hommes/femmes qui s’était réduit quelque peu, puis stabilisé, s’est de nouveau accru :

1970 : salaire des femmes = 63,1 96 de celui des hommes

197 > : salaire des femmes = 72,1 96 de celui des hommes

1976 : salaire des femmes = 7>,1 96 de celui des hommes

1978 : salaire des femmes = 73,9 96 de celui des hommes

De même, en France, où le principe « à travail égal, salaire égal » est

L’EUROPE DES FEMMES AU TRAVAIL inscrit aux tables de la loi. lecart salarial moyen reste de 38 %.

En Irlande, le revenu hebdomadaire d’une femme travaillant à temps plein était de 46 livres en 1976 contre 68,60 pour un homme ; un tiers des femmes travaillant à plein temps gagnait moins de 3 > livres par semaine (i % des hommes).

On pourrait multiplier les exemples. Pourtant, dans tous les cas, l'égalité de rémunération est considérée comme acquise : outre la Grande-Bretagne qui a été la première à voter une telle loi, la France (1972), l’Irlande (1974), la Belgique (197 3), les Pays-Bas (1 97 i), le Danemark (1976). l’Italie (1977), l'Allemagne (qui a inscrit le principe dans sa Constitution) ont rapidement suivi . Idem dans d’autres pays, non membres de la CEE. Ainsi en Espagne, une loi datant de 1976 stipule que « quel que soit son état civil, une femme peut conclure un contrat de travail de toute nature et exercer tous les droits y étant relatifs dans des conditions égales à celles de l'homme. La femme devant recevoir la même contribution que celui <i pour un travail de valeur égale (source BIT). » Cela dit, s'il est clair que l’inégalité salariale peut s'atténuer à la faveur de telles lois, elle ne peut en aucun cas disparaître, une telle inégalité se fondant sur des causes très profondes liées à la structure même du marché du travail.

On peut ainsi constater que l'accroissement de l’écart salarial constaté en 1978 en Grande-Bretagne est lié à l’entrée des femmes dans des branches déjà très féminisées (... où l'on retrouve les problèmes liés a la qualification des femmes !).

Indiquons, par ailleurs, que le recours à la voie juridictionnelle n'est en général pas utilisé par les femmes. A cela plusieurs raisons : d’une part, une sous-information, d'autre part, et surtout le peu de succès de tels recours (cf. la Grande-Bretagne comme nous l'avons vu) et la peur de se faire licencier ou encore de se lancer dans des frais trop importants (le minimum serait d'assurer dans tous les cas l’assistance judiciaire gratuite).

Pour conclure ce chapitre, relevons que le domaine législatif s'est enrichi d'autres lois visant à gommer du moins sur le papier — les discriminations les plus choquantes.

Il n'est, par exemple, plus fait obligation aux femmes irlandaises travaillant dans la Fonction publique de démissionner en cas de mariage (nouvelle loi votée en 1973).

De même certaines garanties sont données aux travailleuses enceintes :

en Italie, une loi datant de 1971 prévoit l'interdiction de licencier une travailleuse du début de sa grossesse jusqu’au premier anniversaire de l'enfant.

C’est le cas aujourd’hui dans la majorité des pays européens, le délai de « protection » des femmes jeunes mères étant variable selon les pays.

Quels « remèdes » au chômage des femmes ?

L’augmentation du chômage des jeunes et des fenmes n’est pas sans inquiéter nos bourgeois. Freinées dans l’élan qui les conduit à la vie « active » en raison de la crise qui sévit, les femmes n’en continuent pas moins, tenaces. a frapper à la porte des entreprises (il faut dire ici que les femmes sont touchées par le chômage alors même que les conditions de vie connaissent une importante dégradation — stagnation des salaires, inflation galopante — . ce qui ne peut que les pousser à continuer de se présenter sur le marché du travail, le salaire du mari restant, dans bien des cas, insuffisant) ...

D'où nécessité pour les gouvernants de prendre — si possible avec éclat — un certain nombre de nouvelles mesures :

— mesures temporisatrices en ce qui concerne les jeunes (cf. les stages

4k _ gji DOSSIER : LES FEMMES EN EUROPE r

Travail à temps partiel

A

Pourcentage de la population active

Le travail à temps partiel

Travail à temps partiel. Pourcentage de la population active

J

Barre qui ont fleuri sous d’autres for-nr dans nombre de pays) ;

— mesures d’« aménagement » poui les femmes à qui s’adressent prioritairement les congés maternité sans solde de un à trois ans (problème que nous traitons dans l’article ci-joint sur la chute du taux de natalité) et le travail à temps partiel.

Le travail à temps partiel n’a, jusqu’à ce jour, été pratiqué massivement que dans quelques pays. Très important en Grande-Bretagne (en 1966, 2 >00 000 femmes travaillaient à temps partiel contre 3 >0 000 hommes seulement), il a correspondu à une volonté d’attirer les femmes sur le marché du travail, la Grande-Bretagne connaissant alors un important vieillissement de sa main-doeuvre. Important également en République fédérale allemande (18,2 96 de l’effectif des femmes actives travaillait à temps partiel en 1966). en Suède et au Danemark, il est resté faible en France et en Belgique.

Souvent boudé par les emploseurs, en raison des charges sociales propor-tionnellemen plus élevées que pour le travail à temps plein (cas de la France), ainsi que des difficultés techniques qu’il peut occasionner du fait de la plus grande rotation du personnel..., le travail à temps partiel n'a connu de réel succès que dans des branches ou professions comme le commerce, le secteur des services et certaine emplois de bureaux. C’est dans le commerce qu’il s’avère particulièrement rentable pour les employeurs (il permet de satisfaire à la demande aux heures de pointe sans s’encombrer de trop de personne aux heures creuses).

Alors que dans les années antérieures res, le travail à temps partiel s’était surtout développé en raison des pénuries de main-d’œuvre, c’est pour des raisons exactement inverses qu’il se développe aujourd’hui. La publicité concertée à laquelle on assiste en Europe, à l’heure même où le chômage s’accroît, en témoigne largement.

Le travail à temps partiel apparaît ainsi en bonne place dans les mesures actuellement à l'étude sur la « répartition du temps de travail ». Pour nos gouvernants, il peut tout à la fois aider à camoufler partiellement le chômage (avant tout celui des femmes et des jeunes) et permettre une rentabilisation maximum de la main-d’œuvre. Il est significatif de constater que plus le chômage augmente, plus le temps partiel prend d'importance. Il ne s’agit bien évidemment pas d'un hasard.

Rien d’un hasard non plus le fait que ce soit les femmes qui se retrouvent les premières dans ce type d'emplois, non qualifiés le plus souvent.

Sur 9 millions d'Européens travaillant à temps partiel, on compte 8 millions de femmes (1 2 96 ayant entre 30 et 34 ans, 1 > 96 entre 3 > et 39 ans, 13,6 96 entre 40 et 44 ans).

On constate que les femmes travaillent à temps partiel dès 30 ans. alors que chez les hommes le temps partiel apparaît plutôt vers 60 ans (bien qu’il tende à se développer de plus en plus chez les jeunes).

Pour lever les réticences des employeurs et des salariés et leur donner toutes les raisons de souhaiter le temps partiel, les gouvernements s’attachent à lever tous les obstacles. On relève en ce sens deux types de mesures :

— levée des obstacles salariaux par l’exonération partielle des charges salariales des employeurs, celles-ci étant ainsi partiellement fiscalisées ;

— levée des obstâcles en matière de Sécurité sociale et de fiscalité : nécessité d’accorder des droits identiques (ou proportionnels) à ceux des salariés à plein temps.

Pour la masse des travail-leuKeuse)s. le développement du travail à temps partiel ne peut que conforter l'existence de deux marchés de l’emploi parallèles :

— d'un côté un marché du travail « relativement » stable, constitué de préférence d'hommes, marché du travail où, soit dit en passant, la fameuse « liberté » ressemble de plus en plus à une chimère (les travailleurs au chômage sont aujourd’hui avant tout des travailleurs licenciés ; peu démissionnent d'eux-mêmes de l'emploi qu'ils occupent) ;

— d’un autre côté, un marché du travail très instable, où se retrouvent en priorité les femmes et les jeunes.

Les employeurs, déchargés des charges sociales trop lourdes à leur goût, ne peuvent qu’y trouver leur compte. Cela peut leur permettre dans certains secteurs une meilleure utilisation des investissements et une plus

L’EUROPE DES FEMMES AU TRAVAIL grande rentabilité d'un personnel plus dispos.

Ils peuvent ainsi bénéficier des avantages que procure toute diminution du temps de travail (accroissement de la productivité du personnel) tout en comprimant les salaires.

A travers le développement du temps partiel c’est donc, et en vérité,

La législation « protectrice »

Congés maternité de longue durée et travail à temps partiel peuvent être considérés, dans une large mesure, comme des palliatifs visant à réduire artificiellement le chômage. Cela dit, et nous l’avons déjà mentionné plus haut, le patronat qui mène actuellement campagne contre la législation « protectrice » des travailleuses (interdiction du travail de nuit surtout), n’entend pas se débarasser purement et simplement des travailleuses. En ce sens, le slogan lancé par le mouvement femmes « dernières embauchées, premières licenciées », s’il garde dans bien des cas de sa valeur, n’en est pas pour autant tout à fait juste.

Un exemple : Le travail de nuit

En 20 ans, le nombre de travailleurs effectuant des horaires de nuit a doublé, dans les pays industrialisés le travail à plein temps qui est aujourd'hui menacé, compte tenu du poids du chômage. Les placements de l'ANPE (France) sur des emplois à temps partiel ou de courte durée sont passés de 13,8 % en 1974 à 24,8 % en 1977... A qui fera-t-on croire que dans ce cas, les travailleur(euse)s avaient « le choix » ! ?

« atteignant selon les pays de 8 à 15 % de la population active » (Travail de nuit , J. Carpentier et P. Cazamian, BIT).

Dans la dernière période, le travail de nuit s’est étendu au secteur « tertiaire » où il a concerné des postes qualifiés. Il est évident qu’une telle extension n’est pas liée à des impératifs techniques purs :

« Au cours de la 2e période de l’industrialisation, et, particulièrement, avec l'avènement de la mécanisation, les facteurs économiques ont pris un poids déterminant dans les décisions de recours au travail de nuit et dans les facilités acccordées à cette fin par la réglementation „• la raison en réside dans l’importance croissante des investissements en capital et en ressources humaines et intellectuelles et dans le raccourcissement constant de la durée d’utilisation et d’amortissement de ces moyens. Ce raccourcissement est lié à l'innovation accélérée de la technologie, qui modifie les conditions de concurrence, et à l’évolution de la demande sous l’influence des techniques de conquête des marchés, qui modifie les exigences de production (...) les études et les statistiques montrent une corrélation en -tre la pratique du travail par équipes en continu, avec postes de nuit, et la concentration et l’automatisation d’appareils de production, liées elles -mêmes à la croissance de la taille des entreprises et à l’intégration de la production et de la gestion. Comme il s’agit -là de caractérisation des sociétés industrielles et de règles de leur fonctionnement, qui sont en relation avec les pressions économiques qui résultent de la concurrence et qui sont soumises à l'influence des transferts de technologie, on peut s attendre à voir se manifester une tendance à la progression du travail posté et du travail de nuit. » (le Travail de nuit, BIT). En clair, il s’agit de rentabiliser !

Si nous nous sommes permises cette longue citation, c’est parce qu’elle peut éclairer l’intérêt porté par le patronat à la levée des interdictions concernant les femmes. Pour rendre plus « humain » son propos, le patronat français (CNPF) s’est apitoyé sur ces pauvres femmes qui ne peuvent accéder à des postes qualifiés en rai- jj&ft DOSSIER : LES FEMMES EN EUROPE son des interdictions qui les frappent. Or, s’il est vrai que le travail de nuit concerne plus souvent qu'auparavant des emplois qualifiés et qu’à cet égard il peut être un handicap pour les femmes, il n'en demeure pas moins clair que les objectifs du patronat sont beaucoup moins avouables. Car, pour quelques femmes qui accéderaient effectivement a des postes qualifiés, combien se retrouveraient OS de nuit ? La démagogie du patronat ne peut guère passer la rampe : un objectif et un seul le guide, lever les derniers obstacles au développement du travail de nuit pour accroître ses profits.

Pas de miracle donc à attendre des employeurs : leur objectif est limpide. Mais, quoi qu’il en soit, la question n’en est pas pour autant réglée : que répondre en effet ? Quelle démarche adopter ? Quelles revendications avancer ? A ce point, le débat est resté ouvert entre nous, deux positions s'étant en effet dégagées.

Si nous étions toutes d’accord sur une position de base : non au travail de nuit (hors des services de nuit indispensables, a discuter par les travailleurs eux -memes, et dans ce cadre, non à toute mesure spécifique aux femmes (a l'exception, bien sûr, des mesures concernant ta grossesse), nous n’étions plus d'accord sur le fait de savoir si nous avions a lutter contre la levée de cette législation en tant que telle (signalons que celle-ci est déjà levée aux Pays-Bas et que d'autres pays s’apprêtent a suivre...).

Pour certaines, nous n'avons pas a nous situer sur le terrain du patronat. Nous n’avons pas a prendre position pour ou contre la législation qu’il propose : « suppression de l'interdiction du travail de nuit pour les femmes. » Si la législation est a modifier, une seule loi est acceptable, celle qui affirme : « Interdiction du travail de nuit pour tous, hommes et femmes, sauf dans les services considérés comme indispensables par les travailleurs. Droit des femmes a accéder à tous les emplois sans discrimination de sexe. » Pour le reste, il s'agit d’une question tactique (qui ne doit pas être formalisée sous forme de loi) qui dépend de la nature de l’entreprise, des emplois réservés aux femmes, du niveau des luttes, etc., ce qui suppose une étude précise des conditions dans les branches, les entreprises ; étude qui reste à faire.

Pour d'autres, si le but du patronat ne laisse pas de doute, répondre par la défense d’une législation qui. qu’on le veuille ou non, contribue à renforcer l’existence de deux catégories de salarié(e)s. revient a accentuer la marginalisation des femmes. Un fait demeure en effet, indéniable : le développement du travail de nuit pénalise de plus en plus les femmes et aiguise la concurrence hommes/ femmes sur le marché de l’emploi. Nous n’avons donc pas à défendre en tant que telle la législation « protectrice » (ce qui reviendrait à faire des femmes une sorte de « rempart » contre les empiètements trop grands du capital): nous devons nous battre pour l’ouverture — à conditions de travail et de salaire égales — de toutes les professions aux femmes (exemple a été donné de la presse ou du fait de l’existence d’un travail de nuit important, nombre d’emplois leur restent fermés), tout en menant en parallèle la lutte contre le développement du travail en 3 — 8 et du travail de nuit.

Le débat reste donc largement ouvert. Nous n'avons fait ici que le résumer très succintement. Nous y reviendrons dans un prochain numéro.

Les journalières agricoles en Andalousie

La situation du chômage en Andalousie est tellement grave qu’elle a provoqué plusieurs explosions avec des affrontements violents. Le gouvernement a été obligé de donner de l’aide sous forme d'« emplois communautaires » qui excluaient a priori les femmes. Il s’agit de fonds destinés à donner du travail durant deux à trois jours par semaine à un membre par famille. Malgré la faim et l’indigence qui sévissent dans certains villages de la province de Cordoba, il y a eu des grèves générales locales de quinze jours pour demander que les « emplois communautaires » soient également donnés aux femmes. Une victoire partielle a été obtenue puisqu’aujourd’hui, deux personnes par famille peuvent bénéficier de ces emplois.

Des militantes, responsables du secrétariat femmes dans les Commissions ouvrières en Andalousie témoignent de ces luttes et des conditions de vie des femmes paysannes :

« Les paysannes subissent de façon terrible le chômage et les ons. U n y a aucune convention et parfois elles travaillent sans même savoir combien elles vont être payées. Autre problème crucial, celui des enfants, car elles ne savent où les laisser : il n y a pas de crèches et les écoles sont rares et mauvaises. Le chômage est si important que peu importe que l'on soit enceinte : certaines femmes accouchent sous un olivier pour ne pas perdre leur travail ! L’absence de qualification et de formation est telle que la seule solution est souvent d’aller se placer comme bonne, travail surexploité par excellence. La lutte pour les emplois communautaires fut exemplaire. Pas toujours facile, car certains hommes, victimes eux aussi du chômage n’acceptaient pas que les femmes revendiquent ces emplois. Dans d’autres cas, hommes et femmes ont été solidaires. A Almodovar, par exemple, le gouvernement refusait d’embaucher des femmes. Celles -ci se réunirent en assemblée et décidèrent qu’elles voulaient travailler, demandant aux travailleurs de se solidariser avec elles. Ce qu’ils firent.

« Mais le maire, dans un premier temps, ne voulut donner du travail qu’aux femmes chefs de famille, ce qui signifiait 8 emplois sur 300. Mais face à la riposte décidée et unie de l ’ensem -ble des travailleurs, hommes et femmes, il a dû finalement céder et aujourd'hui les femmes travaillent.

« Au niveau du secrétariat femmes des Commissions ouvrières andalou ses, nous sommes en train de préparer un document sur la condition des femmes paysannes et leurs revendications particulières. Nous pensons présenter ce document à la prochaine conférence sur le chômage que va organiser la confédération et ainsi contribuer à la démarginalisation des femmes paysannes et au développement de leur prise de conscience et de leurs luttes. »

Notes

  1. (Extrait de Combate , hebdomadaire de la LCR, section de la IVe Internationale dans l’Etat espagnol).

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