La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

DOSSIER : LES FEMMES EN EUROPE

L'État espagnol : Échos de la vie du mouvement et des mobilisations

Cahiers du féminisme, n° 10, juin - septembre 1979 · p. 22-23 · 1 124 mots

L’entrée en lutte massive des femmes contre leur oppression et leur surexploitation fut l’un des faits marquants de l’ après-franquisme. Les années 197 >-1977 ont été celles du développement impétueux du mouvement des femmes. La prise de conscience féministe, partie des universités, gagna les quartiers, les entreprises et fut pour l’ensemble du mouvement ouvrier une source d’enrichissement mais aussi de crise et de contradictions. C’est ainsi que naquirent les commissions « femmes » dans les syndicats, en particulier dans les Commissions ouvrières et que la direction du PCE dut modifier partiellement sa ligne sectaire et manipulatrice pour ne pas perdre toute audience auprès des femmes.

Aujourd’hui, on ne peut pas parler d’une croissance continue du mouvement, mais plutôt d’une crise relative et d’une phase de redéfinition. L’absence de clarté quant aux objectifs mêmes du mouvement autonome des femmes est à l'origine de l’affaiblissement de nombreux groupes. Néanmoins, la force du féminisme et son degré d’organisation dans l’Etat espagnol restent considérables, supérieurs à ce que nous connaissons en France :

— les « maisons de femmes » sont nombreuses. Ce sont souvent en même temps des centres du Planning familial. Elles ont leurs propres coordinations au niveau local et provincial et envisagent depuis les dernières élections municipales de développer leur action avec l'aide des mairies où les partis ouvriers sont majoritaires ;

— les groupes de quartier , après une période d'affaiblissement et parfois même de disparition semblent aujourd’hui trouver un second souffle. Ils se développent en général à partir d’une lutte concrète, pour l’obtention, par exemple, de crèches ou d’écoles... et se renforcent avec la participation de femmes appartenant à des associations de parents, des associations de locataires, etc.

— il existe toujours les groupes dits « centraux », comme le MDM (Mouvement démocratique des femmes ), l’ADM (Association démocratique des femmes) et l’OLM (Organisation pour la libération des femmes). directement liés à des partis politiques. respectivement au PCE, au PTE et à l’ORT ;

— enfin, la composante syndicale du mouvement des femmes est de plus en plus importante : ce sont les différents secrétariats, commissions, groupes de femmes qui se sont créées au sein des syndicats pour faire progresser le combat féministe dans la classe ouvrière. Un signe des temps : la dernière coordination nationale du mouvement s’est tenue dans le local des Commissions ouvrières à Madrid.

Il ne faudrait pas en conclure pour autant que c’est une orientation « lutte de classe » qui prédomine. Ce sont au contraire les positions des féministes radicales qui l’emportent aujourd’hui au sein des coordinations. Cela se comprend aisément quand on connaît l’attitude des directions du PSOE et du PC par rapport au mouvement des femmes : une attitude qui oscille entre l’hostilité et la récupération à des fins électoralistes. De plus, nombreuses sont les militantes de partis, en particulier du Parti communiste, qui, sans doute lasses d’être écartelées, choisissent maintenant de dissocier complètement leur militantisme dans leur parti de celui dans le mouvement, ce qui les conduit à baisser les bras des deux côtés : défense de leurs directions politiques, d’une part, et suivisme par rapport aux féministes radicales, d’autre part.

Cela dit, malgré les débats indis-

Si les hommes accouchaient, la pilule se vendrait dans les kiosques. Extrait de Combate

Si les hommes accouchaient, la pilule se vendrait dans les kiosques. Extrait de « Com-bate ».

pensables et les conflits inévitables, le mouvement continue de fonctionner de manière unitaire, en comparaison à d’autres pays. Des coordinations existent, non seulement locales et régionales, mais à l’échelle de tout l’Etat espagnol et elles ont à leur actif de nombreuses initiatives et campagnes. A l’heure actuelle les deux mobilisations essentielles sont pour le droit à l’avortement et à la contraception (dans le cadre général de la campagne internationale pour « le droit de choisir ») et pour l’obtention d'une loi sur le divorce conforme aux intérêts des femmes.

Extraits de presse

La célébration du 8 mars 1979 dans l’Etat espagnol

Les thèmes fondamentaux de la Journée internationale des femmes dans l’Etat espagnol ont été les droits des femmes travailleuses et le droit à l’avortement. Même s’il n’y a pas eu, comme l’an passé, de campagne coordonnée à l’échelle de l’Etat, le 8 mars n’en a pas moins été célébré dans la majorité des provinces, démontrant ainsi la sensibilisation et la radicalisation croissante qui existe parmi les femmes pour la satisfaction de leurs revendications.

Madrid : meeting des centrales syndicales et manifestation unitaire

Les Commissions ouvrières et l’UGT ont tenu le 4 mars à Madrid un meeting sur les problèmes des femmes travailleuses, incluant la question du droit à l’avortement. On y parla aussi du bilan des commissions femmes dans les Commissions ouvrières ainsi que du travail des unions locales en direction des femmes. Des militantes des groupes femmes sont intervenues dans la discussion pour regretter que n’ait pas été invitée au meeting la Plate-forme féministe et insister sur la nécessité du mouvement autonome.

La manifestation du 8 mars a été unitaire, appelée par la coordination du mouvement (la Plate-forme féministe) et soutenue par la totalité des partis ouvriers et des syndicats. Elle a réuni, malgré la pluie et des changements de lieu de dernière minute, 10 000 personnes environ.

A Séville :

malgré la répression...

A l’initiative de l’OLM et de l’ADM, soutenues par l’ensemble des partis ouvriers et des syndicats, la journée commença par des distributions de tracts et prises de parole dans les quartiers. A > h, une caravane parcourait la ville pour appeler à la manifestation, à laquelle devaient se joindre des travailleuses du textile en grève depuis plusieurs jours. L’intervention brutale de la police dispersa les premières manifestantes, et seules 300 femmes purent momentanément se regrouper...

En Catalogne :

3 000 dans la rue

A Barcelone, la manifestation aussi avait été interdite et fut violemment réprimée. Néanmoins, appelée par la Coordination féministe et soutenue par tous les partis ouvriers et les syndicats (sauf l’UGT, dirigée par le PSOE), elle rassembla 3 000 participantes et fit face à deux charges policières. Les jours précédents et suivants, se sont tenues de nombreuses réunions dans les villes et villages catalans.

A Valence :

6 à 7 000 !

C’est toujours dans l’unité, mise à part une fois de plus l’UGT, que fut convoquée la manifestation du 8 mars. Elle réunit près de 7 000 personnes...

Nombreuses manifestations au Pays Basque

Pour célébrer la Journée internationale des femmes, ) 000 manifestante� à Bilbao, 3 000 à Pampelune, 1 >00 à San Sebastian... et de nombreuses réunions-débats à travers tout le pays.

(D’après Combate , hebdomadaire de la LCR,

Section de la IVe Internationale dans l’Etat espagnol.)

A Séville : malgré la répression...

En Catalogne : 3 000 dans la rue

A Valence : 6 à 7 000 !

Nombreuses manifestations au Pays Basque

Notes

  1. (D’après Combate, hebdomadaire de la LCR,
  2. Section de la IVe Internationale dans l’Etat espagnol.)

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