Parler des femmes en Europe sans rendre compte des formes de regroupements autonomes qu ’elles se sont données ces dix dernières années serait contraire à notre démarche.
Bourgeois et réformistes minimisent, dénaturent, quand ils ne nient pas les mouvements autonomes de femmes, tout en tentant d’en récupérer les idées à des fins électoralistes .
Quant à nous, engagées depuis des années dans leurs développements et convaincu(e)s de la nécessité d’un mouvement d’auto -organisation des femmes — permanent et anticapitaliste — , il nous parait important de débattre de l’histoire du mouvement féministe européen, de sa réalité présente — à la croisée des chemins — et de son devenir.
Il est très difficile aujourd’hui de faire un bilan synthétique des différents mouvements de femmes. L’absence de véritables coordinations à l’échelle internationale en est une des raisons. Seule une accumulation sérieuse de documents et d’enquêtes pourra, nous l’espérons, nous permettre de faire un dossier plus complet dans un prochain numéro des Cahiers.
Nous présentons donc ici un premier aperçu -élément d’analyse sur l’Italie, échos du mouvement en Espagne, débats des féministes socialistes en Angleterre, témoignages d’Allemagne et de Belgique — qui malgré ses limites révèle à la fois certains problèmes généraux communs à l’ensemble des mouvements et l’importance des spécificités nationales.
Il ressort à l’échelle européenne, avec des nuances selon les cas, que le mouvement des femmes traverse une double crise :
— crise de croissance : l’impact des idées féministes a atteint de nouvelles couches sociales et pénétré les organisations du mouvement ouvrier. On assiste à la multiplication des initiatives et des regroupements de femmes. Mais c’est toujours, à des degrés divers (mises à part, sans doute, l’Espagne et l’Angleterre ), l’éclatement, la dispersion et l’absence de véritables coordinations à l’échelle nationale; une crise d ’orientation : l 'absence de clarté quant aux objectifs du mouvement, le refus de certaines de ses composantes de mener bataille en direction des organisations ouvrières ont été un frein pour l’implantation des mouvements parmi les femmes travailleuses et réduit d’autant sa représentativité face aux institutions bourgeoises, d’une part, et face aux organisations politiques et syndicales, d’autre part.