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Marie Catherine Riheaud « Maternité en milieu sous -prolétaire »
La dénatalité est à lordre du jour. Pourtant, en France, il existe une catégorie sociale dont un des traits dominants est le nombre élevé d’enfants : le sous -prolétariat.
Marie -Catherine Ribaud, dans son livre la Maternité en milieu sous-prolétaire, s’interroge sur ce phénomène.
Est-ce simplement l’ignorance de la population ou des raisons économiques qui induisent cet état de fait ? Pour analyser cela, Marie-Catherine Ribaud a fait une série d’enquêtes et interrogé environ vingt-quatre femmes vivant dans des cités promotionnelles après avoir habité dans des baraquements, caravanes, bidonvilles, maisons insalubres, cités d’urgence, etc. Dans ces cités, les femmes ont en moyenne 5,62 % enfants chacune.
L'auteur, qui a bien étudié le sous-prolétariat, nous rappelle ce qui le caractérise. C’est un héritage du passé : dans ce milieu, on ne transmet à ses descendants que sa misère et sa difficulté à s’adapter. On y vit dans l'instant, on y a les métiers les moins qualifiés et les moins rémunérés. Les rapports humains y sont marqués par l’insécurité intérieure. Il existe pour tous un besoin de justification, de jouer le personnage : par exemple celui de la bonne mère.
Quelle est l’influence de tout ceci sur les femmes ? Trois facteurs jouent pour les préparer à ce destin de mère :
— l’identification aux modèles présents dans ce milieu. La majorité des femmes issues de milieu sous-pro-létaire sont de familles nombreuses ou leur mari ou compagnon de familles nombreuses. Autour d’elles, il n’y a pas d’exemple de femmes vivant sans enfant et ne désirant pas en avoir. L’entité mère-enfant est très présente. L’homme, qu’il soit effacé ou qu’il soit violait, dur, frappant femmes et enfants, n’a de toute façon que très peu d’importance vis-à-vis des enfants ;
— ces femmes ont une grande dépendance vis-à-vis des paroles venant de leur mère. Même quand les relations ne sont pas complètement conflictuelles, elles n’ont pas beaucoup parlé avec leur mère. Cependant, elles se fondent sur elle comme modèles, elles ont énormément besoin de leur avis ou approbation. Et le plus dramatique, c’est qu’elles reproduisent envers leurs filles le même comportement ;
— elles subissent très tôt un conditionnement à ce rôle. Elles s’occupent des enfants plus jeunes, elles ne trouvent pas d’ailleurs ce rôle précoce, anormal. Elles n’ont pas autant de libertés et de possibilités que les garçons ; elles ne reçoivent pratiquement aucune formation professionnelle.
Un point parmi d’autres intéressant à analyser est leur attitude vis-à-vis de l’avortement-contraception, poui le moins ambiguë. Face à la contraception, elles montrent un mélange d’ignorance, de peur et de méfiance. D est à remarquer que le corps médical ne joue pas un rôle actif pour améliorer cette connaissance parcellaire de la contraception.
Quant à l’avortement, dies sont de manière générale contre. C’est une sorte de punition du plaisir, mais elles ressentent aussi une peur pour elles-mêmes. La répétition joue ici aussi à plein : une seule femme pense parler de contraception à ses filles. Leurs mères leur ont peu dispensé de conseils, elles reproduisent le même silence et constatent, hélas, que leurs filles suivent leur voie et commencent très tôt leurs grossesses successives.
Grossesses répétitives que ces femmes subissent avec relativement de sérénité. L’auteur se demande si, pour ces femmes qui ont beaucoup souffert de carences affectives dans leur enfance, les enfants ne seraient pas chargés de réparer ces dommages. Les vides du passé n’étant jamais remplis de manière complètement satisfaisante expliquerait les grossesses successives.
Car la séparation d’avec l’un de leurs enfants est un véritable déchirement. Elles préfèrent les enfants plus jeunes. Le petit dernier la justifie, la sécurise et la valorise à ses yeux et aux yeux de la société ; elles veulent rester mères le plus longtemps possible.
Ainsi, par-delà la culture différente qui caractérise ce milieu, qui est souvent une culture en pointillés de manques, d’adaptation à la pénurie, on peut constater que de nombreux points posent plus largement le rapport de toutes les femmes à la maternité :
— relation avec leur mère ;
— insertion sociale : le rôle de mère leur est pleinement reconnu ;
— demande affective ;
— reproduction des mêmes modèles vis-à-vis de leurs filles.
Livre qui se lit vite sur un problème qui nous concerne tous de près ou de loin : la maternité. m. A.