La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

S'attaquer aux femmes, c’est s'attaquer à la révolution

· Cahiers du féminisme, n° 11, octobre - novembre 1979 · p. 28-29 · 1 117 mots

S’attaquer aux femmes c’est s’attaquer à la révolution « S’attaquer aux femmes, c'est s'attaquer à la révolution ! » Tel était l'un des mots d'ordre criés par les manifestantes en mars 1979 à Téhéran pour protester contre la décision de Khomeiny de rendre obligatoire le port du tchador. Tel fut l’un des mots d'ordre que nous avons repris au cours des manifestations de solidarité avec tes femmes d’Iran. La suite des événements n 'a fait que confirmer la justesse du slogan et l'importance politique centrale qu 'il fallait accorder à la défense du droit des femmes.

Pourtant, à l'époque, par souci tactique vis-à-vis du gouvernement Bazargan, la plupart des organisations progressistes à Téhéran avaient fait pression sur les femmes pour qu 'elles renoncent au plus vite à leurs manifestations. En France, Libération, dans un article du 19 mars 1979, avait lui -même qualifié </’« étrange » la manifestation de solidarité qui s'était déroulée à Paris. Le PST (section iranienne de la IV* Internationale) et la LCR en France avaient, au contraire, jugé très graves les atteintes contre les droits des femmes et considéré que ces mesures en annonçaient d'autres contre l'ensemble des travailleurs.

TOUTES LES FEMMES DU MONDE « La première attaque centrale du gouvernement après l'insurrection a ètè dirigée contre les femmes », déclarent nos camarades emprisonnées. Et aux attaques contre les femmes a succédé très rapidement, dès la fin mai. une offensive de grande envergure contre le peuple arabe, concentré dans les zones vitales de production pétrolière au Khouzistan : face aux revendications des masses arabes qui font partie des plus exploitées en Iran, le gouvernement n'a pas hésité a bombarder les quartiers populaires, à réprimer dans le sang, les manifestations.

La presse bâillonnée, les Kurdes réprimés...

A partir du 7 août, la presse d’opposition fut bâillonnée. Plusieurs dizaines de milliers de personnes dont de nombreuses femmes et de jeunes descendirent dans les rues de Téhéran pour protester. L’extrême droite religieuse attaqua le cortège faisant de nombreux blessés. Dans les jours qui suivirent, les locaux des organisations ouvrières, les librairies progressistes furent mis à sac, les femmes non voilées agressées. Le 26 août, vingt-six quotidiens et périodiques furent fermés. De plus, tout rassemblement fut interdit. Les locaux du parti Tudeh (parti communiste iranien), des Feda-yins e Khalq (organisation marxiste), ainsi que ceux des Moudjahidins e Khalq, furent investis par les forces gouvernementales.

C’est ensuite aux Kurdes du Kurdistan que le gouvernement s’est attaqué, envoyant l’armée pour s’emparer des villes kurdes désertées par les militants les plus actifs qui ont rejoint les montagnes pour poursuivre leur lutte.

Dans cette région, les paysans pauvres ont engagé une véritable révolution agraire en expulsant les propriétaires fonciers, en organisant des milices paysannes, etc. Enfin, la classe ouvrière elle-même a subi, directement, la répression gouvernementale : la durée de la semaine de travail est passée de 40 à 48 heures, sans augmentation de salaire ; faire grève peut conduire à des peines de deux à dix ans de prison ; tandis que l’incitation à la grève, l’organisation de grèves sont, elles, passibles de la peine de mort. Plusieurs militants ouvriers ont été exécutés, plusieurs syndicalistes arrêtés (1).

La république islamique contre les femmes

Aujourd’hui en Iran, la plupart des revendications populaires ont été repoussées. La presse, la radio, la télévision sont sous l'autorité des religieux les plus fanatiques. Les organisations progressistes et révolutionnaires sont rejetées dans la clandestinité. Les minorités nationales qui constituent 60 % de la population sont brimées et réprimées par le pouvoir central et en rébellion plus ou moins ouverte. Quant aux femmes, elles sont, plus que jamais, conviées par les organisations officielles de femmes religieuses à éduquer leur famille dans la tradition musulmane la plus stricte : si le tchador n’est pas rendu obligatoire par une loi, la pression morale est telle que les femmes préfèrent le porter pour éviter d’étre agressées dans la rue par les partisans de Khomeiny, comme nous l’a expliqué une camarade qui a voyagé en Iran cet été : « Des bébés, des petites filles de trois, quatre ans, sont camouflées sous le tchador ou du moins le foulard islamique. » Depuis le 8 mars dernier, la pilule et l’avortement sont interdits, le droit au divorce supprimé. Les femmes font l’objet de mesures discriminatoires au travail quand elles ne sont pas encouragées à le quitter ; dans toutes les administrations publiques, les femmes doivent porter le tchador. Les femmes jugées « trop émotives » ne peuvent plus être avocates. Depuis la dernière rentrée universitaire, les femmes ne peuvent plus faire de droit. La mixité des lieux publics est interdite, l’école pour les petites filles de plus de huit ans n’est plus obligatoire. Un exemple parmi d’autres : « Une jeune femme diplômée cherche du travail dans les banques. Elle doit remplir un questionnaire où elle doit indiquer si elle est ou non mariée, au cas où elle ne l’est pas, elle doit fournir un certificat de virginité ! » Face à ces mesures comment les femmes réagissent-elles ? « Elles ont été plus de quatre cents à manifester en juin, en occupant le palais de justice, pour protester contre leur exclusion de la profession d’avocate. Elles ont été très nombreuses aussi à manifester début août pour la liberté de la presse, faisant preuve d’une grande combativité face aux agressions des commandos d’extrême droite. »

Néanmoins, dans l’immédiat, ces mobilisations sont très limitées et ne permettent pas d’enrayer la grande offensive du pouvoir en faveur de l’ordre moral, qui s’est illustrée de manière spectaculaire par les exécutions quotidiennes depuis plusieurs mois de personnes reconnues coupables d'« activités immorales » : trafic de drogue, prostitution masculine ou féminine ou de « commerce sexuel illicite », catégorie pratique qui permet de condamner toute personne ayant des relations sexuelles en dehors du mariage. Les femmes sont, elles, encore plus lourdement frappées. Ainsi, le 23 août, une jeune femme de dix-huit ans a été exécutée pour adultère, alors que son partenaire était condamné à trois cents coups de fouet.

La solidarité doit se poursuivre

C’est pour s’étre solidarisés avec le peuple arabe, avoir dénoncé les élections truquées à la Constituante et de manière générale avoir apporté leur soutien aux ouvriers et paysans en lutte, aux minorités nationales réprimées, ainsi qu’avoir exigé la reconnaissance des droits des femmes, que nos quatorze camarades du Parti socialiste des travailleurs, dont deux femmes, ont été arrêtés : le 26 août, douze d’entre eux, étaient condamnés à mort, mais leur exécution fut suspendue sous la pression internationale. Les deux militantes étaient, elles, condamnées à la prison à vie.

La solidarité internationale doit donc se poursuivre pour la libération de tous les emprisonnés politiques progressistes en Iran.

J. D.

Notes

  1. (1) Cet article a été rédigé d'après les informations parues dans Inprecor n* >9

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