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Au cœur du 8 Mars, l’internationalisme, le droit à l’emploi..
C’est à Copenhague, en 1910, lors de la deuxième conférence des femmes socialistes que Clara Zetkin proposa : « En accord avec les organisations politiques et syndicales du prolétariat, les femmes socialistes de tous les pays organiseront chaque année, dans leurs pays respectifs, une journée des femmes (...) »
Le 8 mars 1911, des centaines de milliers de femmes descendaient dans la rue et exigeaient en particulier, le droit de vote.
Mais, dès son origine, la journée du 8 Mars fut l’occasion d’exprimer la volonté internationaliste de centaines de milliers de femmes qui sentaient monter avec angoisse le chauvinisme criminel. Ce courant ne fut malheureusement pas assez puissant pour empêcher les partis socialistes de la IIe Internationale de trahir les intérêts du prolétariat en votant les crédits de guerre, en acceptant l’union sacrée avec la bourgeoisie.
La guerre éclata et, dans ce concert patriotique, la voix de Clara Zetkin et d’une minorité de femmes socialistes continua contre vents et marées à dénoncer la guerre ; en mars 1915, à Berne, la conférence internationale des femmes socialistes, réunie par Clara Zetkin à l’occasion du 8 Mars, adopta à l’unanimité un appel aux femmes du monde entier pour les pousser à agir contre la guerre. Cet appel, distribué en tract, disait : « On a fait taire les hommes dans les pays en guerre (...), qu’attendez-vous, femmes, pour élever votre protestation contre la guerre ? »
« Nous nous réclamons de cet internationalisme militant »
Ce 8 mars 1980 nous donnera l’occasion de faire revivre ce principe à l’heure où l’impérialisme américain secondé par Giscard prépare frénétiquement l’opinion mondiale à une intervention militaire là où ses intérêts sont directement menacés (Iran ou Nicaragua, etc.)
Contre l’exaltation du chauvinisme occidental, nous réaffirmons notre solidarité avec les luttes des femmes du monde entier :
— celles des femmes iraniennes qui, il y a tout juste un an, descendaient par milliers dans la rue à Téhéran pour défendre leurs droits élémentaires mis en cause par le gouvernement islamique (droit de ne pas porter le voile, droit à l ’emploi, à l ’enseignement, au divorce, au mariage libre, à la contraception et à l’avortement, etc.);
— celles des femmes du Nicaragua qui s’efforcent de construire une société débarrassée de l’exploitation et de l’oppression, dans une situation de pénurie absolue et sous la menace directe de l’impérialisme ;
— celles des femmes soviétiques qui, parce qu’elles commencent à dire non à la bureaucratie, par la publication, notamment, du premier samizdat féministe à Leningrad, subissent tracasseries, menaces et représailles de la part de la bureaucratie soviétique.
Nous n’oublierons pas non plus d’exprimer notre solidarité aux femmes d’Espagne condamnées à dix ans de prison à Madrid pour avoir avorté ou pratiqué des avortements. D’autres femmes attendent leur procès à Bilbao, d’autres femmes luttent toujours pour la liberté de l’avortement en Espagne et contre les fascistes qui viennent d’assassiner deux militants dont Yolanda Gonzalez Martin, étudiante de dix-neuf ans, sauvagement torturée.
Le combat de toutes ces femmes est le nôtre
La journée internationale des femmes nous donne l’occasion de le prouver.
D’un autre côté, en France même, le gouvernement prétend faire taire nos propres revendications au nom de prétendus impératifs démographiques et économiques nationaux. On voudrait nous imposer, et le retour à la maison, et le troisième enfant. Nous devrions accepter les restrictions de la loi Veil -Pelletier sur l’avortement pour ne pas accentuer les tendances à la baisse de la natalité observées depuis... 1964.
Nous devrions remercier le gouvernement pour les dernières mesures qu’il vient de concéder aux mères de famille d’au moins trois enfants telles la prime de 10 000 F et le congé maternité de six mois.
Par civisme, nous devrions nous féliciter que le gouvernement prépare la généralisation du travail à temps partiel, l’extension des « mercredis libres » non rémunérés et autres « aménagements » du temps de travail pour les femmes.
La crise que voulez-vous et nous devrions être trop contentes de ne pas être toutes purement et simplement renvoyées à nos foyers. Notez que certain sénateur ne se gêne pas pour préconiser une telle solution, tant il est vrai, que pour lui « le travail des femmes (...) n’en est pas moins un facteur de chômage et de dénatalité. »
Nous disons non à ce chantage
Non, les femmes n ’ont pas à faire les frais de la crise ; le chômage se développe certes, mais il n’y a pas de fatalité du chômage : qu’ils réduisent massivement le temps de travail pour le diviser entre tous, hommes et femmes, chômeurs et actifs, Français et immigrés, etc.
Et, s’il est vrai que les jeunes enfants ont besoin d’une présence affective permanente, au lieu de fermer les classes dans les écoles, au lieu de supprimer les postes dans les crèches, au lieu de bloquer tous les crédits, qu’ils créent des équipements collectifs de qualité, qu’ils embauchent du personnel pour accueillir les enfants !
Il n’est pas dans la nature des femmes de se sacrifier pour « leur » foyer, pour l'éducation de « leurs » enfants, l’entretien de la famille ; il n’est pas « normal » que leur emploi, soit précaire, sous-payé, répétitif et sans intérêt. Pourquoi leur emploi devrait -il toujours être considéré comme un travail d’appoint ? Il est grand temps que les femmes ne soient plus réduites à leur rôle social de mère !
C’est pourquoi le droit à l’emploi à temps plein est une revendication et un droit décisif. Quelle indépendance économique, affective, intellectuelle, une femme sans emploi ou avec un emploi à temps partiel peut -elle avoir vis-à-vis des hommes et de la société ? Comme par hasard, aujourd’hui, la prostitution se développe parmi les femme avec le chômage !
Dans ce contexte, le droit à l’emploi des femmes devrait être une revendication centrale des manifestations du 8 Mars. Après les mobilisations unitaires pour le droit à l’avortement libre et gratuit, les manifestations du 8 Mars peuvent être le point de départ d’une nouvelle riposte unie des femmes à l’offensive gouvernementale contre leurs droits.
L’unité des femmes est possible
Les milliers de signatures de femmes recueillies par les pétitions exigeant l’unité dans les luttes indiquent la possibilité de contrecarrer la politique de division alimentée par les directions réformistes.
D’ores et déjà, sur la région parisienne, une manifestation centrale est appelée par les groupes femmes. Pour entraîner le maximum des femmes dans cette mobilisation, notamment les femmes travailleuses employées dans les entreprises, il est nécessaire de s’adresser à toutes les organisations de masse dont les femmes sont partie prenante (Planning, collectifs avortement, syndicats ).
Des milliers de femmes sensibles aux idées féministes ne s’associeront à la manifestation appelée au départ par les groupes femmes qu’à cette condition.
Se battre pour que ces organisations préparent avec les groupes femmes, la manifestation du 8 Mars, c’est se donner les moyens de mobiliser le maximum de femmes sur les objectifs de lutte proposés par les groupes.et si les directions de ces organisations refusent cette proposition; il y aura néanmoins partout des femmes qui répondront présentes, des sections syndicales ou des collectifs d’accord pour appeler les femmes à se mobiliser massivement pour la journée internationale de lutte des femmes, leur journée.
Les groupes femmes de la région parisienne n’ont pas compris le sens de cette démarche et s’y sont opposés. Nous le regrettons. Il faut néanmoins tout faire pour que cette mobilisation du 8 Mars 1980, soit ressentie par la masse des femmes, des femmes travailleuses, comme leur mobilisation, l’occasion pour elles d’affirmer avec toutes les autres femmes leur force collective.
Communiqué des groupes femmes de la région parisienne
A l’occasion du 8 Mars, journée internationale de lutte des femmes, la coordination des groupes femmes de la région parisienne, appelle toutes les femmes à manifester le 8 Mars à 1 5 h (le lieu sera fixé ultérieurement).
Face aux attaques du pouvoir :
— contre l’emploi des femmes (accroissement du chômage, renvoi des femmes au foyer) ;
— contre le droit à l’avortement (stricte application de la loi, répression accrue) ;
— contre les atteintes aux libertés (droit à l’affichage, de manifestation, de grève) en France et dans le monde, réaffirmons notre refus de rentrer au foyer et notre volonté de lutte contre l’oppression et la surexploitation dont nous sommes, plus que jamais, les victimes.
Notes
- Paris, le 1er février 1980