SI TOUTES LES FEMMES DU MONDE
Le II janvier 1980, se formait la Coordination des organisations révolutionnaires, regroupant le Bloc populaire révolutionnnaire (BPR). le Front d action populaire unifié (FAPU), les Ligues populaires du 28 février (LP 28), FUDN liée au Parti communiste
Pour la grande presse, le Salvador est « au bord de la guerre civile ». En fait, c’est une crise pré -révolutionnaire que connaît ce petit pays d’Amérique centrale voisin du Nicaragua. Depuis 1931, le peuple salvadorien est sous la botte de dictatures militaires. Mais ces dernières années, et surtout ces derniers mois, depuis la victoire de la révolution sandiniste, il y a eu un essor très important des mobilisations populaires et un renforcement des organisations révolutionnaires et des mouvements de masse. La répression s ’est accrue. Les atrocités commises sous le général Romero (février 1977 -octobre 1979), ont dépassé toute mesure.
Depuis l’arrivée au pouvoir de l’actuelle junte militaire, les choses ne se sont pas améliorées. En décembre 1979, nous avons rencontré Marianella Garcia Villas, une avocate salvadorienne, vice -présidente de la Commission des droits humains du Salvador, et vice -présidente de la Fédération internationale des droits de l’homme.
Elle nous a parlé de la situation de son pays et du rôle des femmes dans les luttes quotidiennes. Le jugement très négatif qu’elle portait alors sur l’actuel gouvernement s’est plus que vérifié depuis. Fin décembre, tous les ministres civils démissionnaient en dénonçant l’absence totale de moyen pour engager la moindre réforme, et l’usage abusif de la répression. Seule, la Démocratie chrétienne maintient son appui à la junte.
Dans le même temps, grèves, manifestations, occupations, se multiplient.
Le 11 janvier 1980, se formait la Coordination des organisations révolutionnaires, regroupant le BPR, le FAPU, les Ligues du 28 février et l’UDN, lié au Parti communiste. Le 22 janvier dernier, cette coordination appelait à une grande manifestation. La police a tiré sur les premiers rangs des manifestants faisant plus de soixante morts et deux cents blessés.
Depuis, le pays est en état de semi -insurrection. Les organisations révolutionnaires, s’appuyant sur la mobilisation des masses, préparent une offensive générale contre la dictature. Les militaires, eux, avec l’appui de l’impérialisme sont prêts à n’importe quel massacre plutôt que de voir le pays s’engager dans une voie révolutionnaire.
C’est le sort de la révolution salvadorienne, et au-delà, celui de la révolution en Amérique centrale qui va se jouer dans les prochains combats.
Le 11 janvier 1980, se formait la Coordination des organisations révolutionnaires, regroupant le Bloc populaire révolutionnaire (BPR), le Front d'action populaire unifié (FAPU), les Ligues populaires du 28 février (LP 28). L'UDN liée au Parti communiste
EL SALVADOR
El Salvador:
les femmes dans les luttes
Le 22 janvier dernier, la Coordination des organisations révolutionnaires a appelé à une grande manifestation. La police a tiré sur les premiers rangs faisant plus de soixante morts et deux cents blessés
• En cette fin d’année 1979, quelle est la situation au Salvador ?
— Depuis le coup d’Etat du 15 octobre dernier, la situation est structurellement la même qu’avant, sous le général Romero. La junte a certes fait une série de décrets à caractère populaire, mais dans la pratique ils ne se sont pas concrétisés. Cela a engendré le mécontentement populaire, et écarté toute possibilité de soutien à la junte de la part de secteurs et d’organisations populaires. Cela crée une situation d’instabilité croissante, d’autant plus que la junte ne bénéficie pas de l’appui total des secteurs capitalistes. Ces derniers sont divisés en fractions dont la plus conservatrice est celle du secteur agro-exportateur, qui a des liens avec les éléments fascistes de l’armée et qui empêche la mise en application des décrets décidés par la junte. La junte qui n’a ni l’appui de l’ensemble de la bourgeoisie, ni celui des masses populaires est dans une situation très instable. Et s’il est vrai que des décrets ont été pris, ils ont surtout servi à donner de la junte, à l’extérieur, une image différente de celle du gouvernement précédent, voulant faire croire que le nouveau régime respecte les droits humains et a pris des mesures immédiates pour la satisfaction des revendications populaires les plus urgentes. Mais nous avons à la commission des droits humains une liste de deux cent huit personnes qui sont mortes dans les premiers quinze jours qui ont suivi le coup d’Etat, de cent cinquante-deux blessés, et d’environ deux cents personnes disparues, ce qui est considéré par tous comme la continuation du système antérieur. (1)
Ce qui nous fait dire que le système de répression n’a pas fondamentalement changé c’est aussi la façon dont les corps de sécurité traitent les détenus politiques et toutes les personnes qui, bien que ne militant pas dans une organisation, sont soupçonnées d’être subversives, tout simplement parce qu’elles ne sont pas d’accord avec le gouvernement. Nous avons des photographies de trente personnes qui ont été sauvagement torturées, égorgées, avec des marques de brûlures et de coups de baïonnette, des lésions au cerveau. Toutes présentent les mêmes caractéristiques : mutilations des mains, des organes génitaux et blessures au cou.
En plus des photos, nous disposons de témoignages de personnes qui ont assisté à l’arrestation des victimes encore en vie et qui ont vu les jours suivants leurs cadavres rapportés par la police pour répandre la terreur dans la population et la dissuader d’appuyer les luttes des organisations révolutionnaires. L’appareil répressif est donc resté intact. On a seulement changé les responsables des corps de sécurité, mais tous les cadres intermédiaires et les agents de base sont restés les mêmes, malgré la promesse faite d’une épuration. De plus, d’après une entrevue que nous avons eu avec la junte, quand il y a eu épuration, elle s’est faite sur des critères
Le 22 janvier dernier, la Coordination des organisations révolutionnaires a appelé à une grande manifestation. La police a tiré sur les premiers rangs faisant plus de soixante morts et deux cents blessés
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Des décrets jamais appliqués
administratifs : respect des horaires de service, du port de l’uniforme, etc. Et cela n’a donné lieu à aucun procès ni aucune sanction, car, toujours, selon le colonel qui nous a reçus, il n’existe aucune preuve que des agents des corps de sécurité aient commis des tortures ou des assassinats.
• Comment la population a-t-elle accueilli le coup d’Etat ?
— Dans un premier temps, le coup d’Etat a été accueilli dans une indifférence mêlée de crainte : la peur que ce soient les secteurs les plus liés au régime précédent qui aient pris le pouvoir, qu’il y ait eu, en quelque sorte, un « auto -coup d’Etat » pour assurer la relève sans rien changer au système. En fait, le coup d’Etat a été conçu et réalisé en fonction des intérêts des USA et de certains partis politiques qui ont eu par ce biais la possibilité d’accéder aux responsabilités gouvernementales sans passer par les élections et sans avoir à résoudre tous les problèmes qui se seraient posés normalement à eux s’ils avaient dû conquérir le pouvoir. (2)
Tout ceci s’est fait dans le dos et sans la participation des masses populaires qui manifestèrent indifférence et réticence à l’égard du nouveau gouvernement, lui refusant dès l’origine un quelconque appui, bien que la junte ait repris certaines des revendications politiques économiques et sociales des secteurs populaires. La junte fit des promesses et accusa le gouvernement antérieur de corruption et d’incapacité administrative et de violation des droits humains. Elle justifia le coup d’Etat en invoquant le droit du peuple à l’insurrection qui figure dans la constitution salvadorienne. Mais, c’est confondre le peuple avec les forces armées, pour trouver une justication constitutionnelle au coup d’Etat. En aucun cas, la constitution n’accorde le droit à l’insurrection aux forces armées. C’est au peuple d’en user, et quant à nous, nous pensons qu’il lui reste encore à le faire.
Les classes opprimées dans leur ensemble ont des conditions de vie difficilement imaginables dans un pays capitaliste avancé : la plupart des famüles ont à peine de quoi subsister. Les services sociaux sont carents ou inexistants, les travailleurs ne bénéficient d’aucune garantie. Cela explique que le peuple reste sur ses gardes et soit très vigilant envers les promesses de la junte.
Le décret d’amnistie générale des détenus politiques, qui a servi à l’étranger à faire croire que le nouveau régime se différenciait du précédent, n’a jamais été appliqué. A cette date, aucun détenu n’a été libéré et aucune information n’a été donnée sur le sort des disparus. Au contraire, comme je l’ai déjà dit, arrestations et disparitions ont continué comme avant. Il faut dire que l’ancien gouvernement avait transformé par décret les détenus politiques en détenus de droit commun et que la junte, sans revenir là-dessus a formulé son décret d’amnistie pour les seuls détenus politiques... Dans ce domaine, l’ensemble des organisations, y compris de certains partis du gouvernement exigent la démocratie politique et la libération de tous les emprisonnés politiques et disparus, tant sous l’ancien que sous le nouveau gouvernement. C’est sans doute là un des problèmes les plus difficiles auquel est confrontée la junte et auquel elle n’arrive pas à donner de solution.
Dans le domaine économique, a été adopté un décret concernant le salaire minimum, en particulier, celui des ouvriers agricoles qui travaillent de façon saisonnière à la récolte du café de la canne ou du coton. Mais ces salaires qui sont de 5,40 dollars environ pour le café et de 3,80 dollars pour les autres récoltes, pour des journées de travail qui vont de 6 h le matin à 4 h l’après-midi, ne sont pas respectés par les patrons. C’est pour cela qu’il y a des révoltes à la campagne pour le paiement du salaire minimum. Les travailleurs se sont mis en grève, la Garde nationale ainsi que l’organisation fasciste paramilitaire Orden sont intervenues contre eux.
A propos d’ Orden, les organisations révolutionnaires avaient exigé de la junte un décret de dissolution et c’est sous leur pression qu’il fut promulgué. Mais dans la pratique cette mesure ne s’est jamais appliquée : le groupe Orden a fait savoir à la presse, à la radio et à la télévision qu’il continuerait ses activités comme avant, mais dans la clandestinité, que son but reste la lutte contre la « subversion » et qu’il serait amené à suppléer la junte dans cette tâche puisque celle-ci en raison de sa façade démocratique ne pouvait se débarrasser efficacement des « subversifs ».
De même, on peut faire le bilan du décret relatif au prix des produits de première nécessité. Le gouvernement avait établi une liste de dix ou quinze produits, essentiellement alimentaires dont le prix de vente devait baisser de moitié. Cette décision, prise en dehors de toute considération économique et pour des raisons purements politiques, n’est évidemment pas appliquée et tout le monde achète et vend au même prix qu’avant ou en général plus cher. Dans aucun domaine, donc, la junte n’a voulu ni pu mettre en application ses propres décrets.
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• Quelle a été la riposte des organisations révolutionnaires ?
— Parmi les groupes révolutionnaires, les trois organisations les plus importantes sont le BPR (le Bloc populaire révolutionnaire), le FAPU (le Front d’action populaire unifié) et les LP 28 (Ligues populaires du 28 février) . Au moment même du coup d’Etat, elles n’ont fait aucune déclaration, ni d’appui ni de rejet, restant dans l’expectative. Seules les LP 28 ont fait une conférence de presse dans laquelle elles ont dit que parmi les militaires qui avaient fait le coup d’Etat il y avait des éléments plus ou moins progressistes. Cela a été quelquefois interprété comme un soutien mais en réalité ce n’en était pas un. Les LP 28 l’ont d’ailleurs clairement précisé par la suite -. elles n’apportaient aucun appui à la junte. D’une façon générale, les organisations révolutionnaires ont critiqué et condamné la politique du nouveau gouvernement et appelé le peuple à continuer la lutte pour ses revendications.
Pour résumer, on peut dire qu’au Salvador en ce moment se développe un vaste mouvement populaire qui lutte pour le respect des droits humains dans tous les domaines, économique, social et politique. La junte issue du coup d’Etat du 1 5 octobre est incapable de répondre aux aspirations populaires, incapable de faire appliquer ses propres décrets. Sa marge de manœuvre est de plus en plus réduite, sa situation de plus en plus instable. Face à l’ampleur des mobilisations, elle a recours toujours davantage à la répression. Les mois qui viennent vont être décisifs pour l’avenir.
• Que penses-tu, dans ce contexte, de la situation particulière des femmes ?
— Depuis quelques années, les femmes ont davantage pris conscience du rôle important qu’elles ont à jouer dans les luttes. Les femmes, en règle générale ont toujours été doublement opprimées et ceci quelle que soit leur origine sociale. En effet, quelles soient femmes du peuple ou de la bourgeoisie, les femmes en raison de leur sexe sont pratiquement obligées de devenir seulement des mères de familles et des maîtresses de maison. Par ailleurs, quand elles travaillent à l’extérieur de la maison, elles sont exploitées et subissent des discriminations. Dans tous les secteurs, l’industrie, le commerce, les emplois de bureau, l’agriculture ou même à l’université, même quand les femmes font le même travail que les hommes, avec la même qualification, elles sont moins payées. A tous les niveaux, elles ont moins de droits économiques, politiques et sociaux. C’est pourquoi, je pense, on peut parler de double oppression en relation au sexe et en relation au travail. C’est ce qui explique que dans différents secteuis tant des classes populaires que des classes moyennes les femmes soient entrées en lutte à partir de leurs problèmes particuliers.
• Comment et pourquoi les femmes se mobilisent-elles ?
— Je voudrais d’abord parler d’un problème important, celui de la tentative d’utilisation, de manipulation des femmes par les partis de droite. En effet, les femmes de la bourgeoisie, elles aussi, peuvent se mobiliser, mais sans perdre de vue les intérêts et les idéaux de leur classe.
Ainsi, il y a peu, s’est tenue une manifestation de femmes bourgeoises pour protester contre un décret de la junte qui disait que toute personne désirant acheter ou vendre des terres devait demander l’autorisation au gouvernement. Ceci a été interprété comme une « réforme agraire » et l’Association nationale de l’entreprise privée a convoqué cette manifestation de femmes qui a eu lieu à San Salvador.
L’organisme officiellement responsable de cette mobilisation était le Frente feminino (Front féminin) directement lié à Y Association nationale de l’entreprise privée et qui apparaît publiquement dans des circonstances de ce type, lorsque le gouvernement prend une mesure qui, bien que superficiellement, porterait atteinte, si elle était appliquée, aux intérêts des classes possédantes. Ce Front féminin (qui apparaît quelquefois sous d’autres noms) n’est rien d’autre qu’un groupe d’épouses d’industriels et de propriétaires fonciers, qui veulent que tout continue au Salvador comme au siècle dernier, qu’il n’y ait pas le moindre changement et que subsistent les conditions d’exploitation et d’injustice sociale.
La manifestation a d’ailleurs eu un caractère bien singulier et s’est transformée de manière inattendue. Ces dames sont arrivées dans de luxueuses voitures, avec tous leurs domestiques. Quand elles sont parvenues au centre de la capitale en lançant leurs slogans contre le peuple, en exigeant de la junte davantage de répression contre les organisations révolutionnaires, il s’est formé quasi spontanément une contre -manifestation populaire qui tenta de faire refluer la première. C’est dire à quel point ce Front féminin est isolé et rejeté de la population. Bien entendu, la police est intervenue violemment faisant de nombreux blessés et prisonniers dans les rangs de la contre-manifestation populaire.
Ceci est un exemple de manipulation des femmes en raison de leur sexe, par le secteur masculin de la bourgeoisie. Capitalistes et grands propriétaires utilisent des organismes féminins qui n’existent que deux ou trois fois l’an parce que la presse en parle, mais qui ne sont pas structurés à la base, pour faire pression sur le gouvernement.
Bien entendu, la grande majorité des femmes, en particulier celles du peuple, ne se laissent pas entraîner dans ce genre d’opération.
La réaction tente d’utiliser les femmes
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Femmes à part entière dans les luttes
Dans les secteurs populaires, la participation des femmes aux mobilisations est très importante. Dans les villes, elles sont nombreuses dans les syndicats où certaines ont des responsabilités. L’une d’entre elles a été assassinée il y a moins d’un an, à cause de son rôle dirigeant. On peut donner quelques exemples de grèves dans des secteurs où la majorité des salariés sont des femmes.
Dans une fabrique de gants, les travailleuses ont fait grève pour exiger de pouvoir prendre leurs casse-croûtes assises en une demi-heure, et de disposer de cinq minutes pour aller aux toilettes.
Auparavant, elles n’avaient droit qu’à trois minutes et devaient prendre leurs repas debout en un quart d’heure. Grâce à leur combativité, elles ont gagné.
Dans une autre entreprise, de confection cette fois-ci, qui fait uniquement de l’exportation vers les Etats-Unis, les femmes ont fait une grève très dure, pendant un mois et demi pour le renouvellement des conventions collectives. Finalement, cela a été un échec à cause de l’intervention des forces de police et de la riposte du patronat. L’usine, qui appartient à une transnationale nord-américaine a été fermée sous le prétexte fallacieux du manque de matières premières et les machines ont été rapatriées aux USA. (3)
A la campagne aussi, là où la double, ou triple oppression (avec le problème racial) des femmes est la plus évidente, alors que traditionnellement, dans le passé, elles se tenaient à l’écart des luttes, depuis quatre ans environ, elles sont beaucoup plus actives dans les organisations paysannes défendant non seulement les revendications générales propres à leur secteur, mais aussi leurs demandes propres en tant que femmes.
Dans la jeunesse scolarisée également, la participation des femmes aux luttes et aux organisations est très importante, tant au niveau de l’enseignement secondaire qu’à l’université.
Dans les quartiers pauvres, les bidonvilles, les femmes, là aussi, s’engagent résolument dans les luttes. D’ailleurs, je pourrais citer de nombreux cas de répression contre les femmes, il y a presque un an, une jeune dirigeante de quartier de seize ans, a été assassinée par la garde nationale à la sortie d’une réunion; il y a aussi le cas d’ Adriana Reyes, une paysanne, tuée sous les yeux de ses enfants dont l’aîné a huit ans et qui sont restés enfermés avec le cadavre de leur mère pendant vingt-quatre heures à cause du siège de la garde nationale.
• Existe-t-il une ou des organisations de femmes ?
— Il n’y a pas au Salvador d’organisation de femmes comparable à celle qui existait au Nicaragua, sous la dictature, Ampronac, et qui est devenue aujourd’hui l’Association des femmes nicaraguayennes. Cependant, dans différents secteurs, les femmes se sont organisées entre elles pour lutter.
Le comité des mères de prisonniers disparus
Ce comité rassemble un grand nombre de mères dont les enfants sont victimes de la répression. Ces femmes agissent surtout dans le domaine de la défense des droits humains, pour que soient libérés les prisonniers, retrouvés les disparus et pourchassés les tortionnaires. (4)
L’organisation des femmes paysannes
A la campagne, les femmes ont récemment commencé à s’organiser. En particulier, il s’est formée il y a un an et demi, une organisation de paysannes avec l’objectif de faire participer à la lutte un nombre toujours plus grand de femmes.
Elle se bat pour l’égalité des salaires entre hommes et femmes, car si pour les hommes les salaires sont déjà misérables, pour les femmes ils sont encore plus bas, pour les mêmes travaux, parfois même pour des travaux plus pénibles. Elle se bat aussi pour la reconnaissance des droits politiques des femmes, pour que dans les faits, les femmes soient reconnues comme des êtres à part entière, capables de faire de la politique. Dans le domaine de l’éducation, l’organisation lutte pour la scolarisation massive des femmes paysannes, car la tradition veut que les petites Filles quittent très tôt l’école pour faire des tâches domestiques, alors que les petits garçons, même quand ils travaillent aux champs, ont l’opportunité de continuer à suivre l’école. Là aussi, les femmes se battent pour l’égalité des chances.
Les femmes s’organisent sur les marchés
Il existe aussi l’ASUTRAMES, qui regroupe les vendeuses ambulantes des marchés, ainsi que le personnel chargé du nettoyage des marchés. C’est donc une association mixte, mais elle est composée à 90 % de femmes. Elles se sont regroupées pour défendre leurs conditions de travail face à l’administration et aux surveillants dont beaucoup sont membres d'Orden , le groupe d’ex-
EL SALVADOR trême droite. Elles ont déjà réalisé plusieurs occupations de marchés et obtenu en partie satisfaction : abaissement de 50 % de la patente, augmentation de l’équivalent de 200 F mensuel pour les travailleurs du nettoyage et légalisation de leur association.
Comme on le voit, les femmes sal-vadoriennes montrent une grande combativité et jouent un rôle fondamental dans les luttes.
Pour le moment, les organisations de femmes, bien qu’elles aient une audience réelle, ne sont pas très significatives au plan numérique et n’ont pas d’existence nationale. Mais leur grande importance vient de ce qu’elles sont le germe de la lutte des femmes, une lutte qui va continuer à se développer car les conditions sont réunies pour cela.
• Quelle est l’attitude des hommes face à l’engagement des femmes ?
— En général, les hommes sont réticents face à la participation des femmes. Les femmes doivent lutter contre les préjugés et démontrer dans la pratique qu’elles sont tout aussi capables que les hommes de lutter. Il ne s’agit pas pour nous de nous transformer en hommes mais d’affirmer qu’en tant qu’êtres humains nous avons tout autant de qualités pour nous battre, prendre des responsabilités et assumer notre engagement.
Les partis politiques, en particulier le Parti communiste et la Démocratie chrétienne, ont des fronts féminins à l’intérieur même de leurs structures. Mais il est très difficile pour les femmes d’intervenir dans ce cadre, car elles se confrontent en permanence aux blocages que font les hommes qui acceptent mal de les voir prendre initiatives et responsabilités. Cela est dû, bien sûr, à l’aliénation machiste à laquelle n’échappe pas les dirigeants politiques.
Cela est d’ailleurs vrai non seulement dans les partis politiques traditionnels, mais aussi dans les fronts de lutte populaires et révolutionnaires, encore que dans ces derniers, les choses changent plus rapidement en raison de la participation massive des femmes aux luttes.
• Et toi, quelle est ton histoire, Maria-nella ?
— J’ai commencé à militer, il y a à peu près dix ans quand je suis rentrée à l’université. Avec une autre camarade, aujourd’hui disparue depuis trois ans et probablement morte, nous avons créé l’Association féminine des étudiantes de la faculté de droit. Nous militions alors dans le Parti de la démocratie chrétienne. Mon action a toujours été en défense des intérêts du peuple en général et bien sûr des femmes. Par la suite, mes divergences avec la politique de la démocratie chrétienne se sont accentuées et j’ai quitté ce parti pour participer pleinement aux luttes populaires. Je suis une des responsables de la Commission des droits humains au Salvador et je m’intéresse plus particulièrement au cas de la paysannerie et des femmes paysannes.
En tant qu’avocate, je suis chargée de la défense des détenus politiques devant les tribunaux. Cela me vaut d’être en permanence sous la menace des groupes d’extrême droite qui m’ont fait savoir qu’un tribunal antisubversif m’avait condamnée à mort et que l’exécution de la sentence était proche. Mais, malgré les intimidations et les risques, qui sont très importants pour tous les militants, nous continuerons à lutter pour la libération de notre peuple.
• Quel est le but de ton voyage en Europe ?
— Pour terminer, je dirai que mon voyage en Europe a fondamentalement deux objectifs. Le premier est d’informer sur la situation réelle du Salvador et sur la participation des secteurs populaires aux luttes pour la défense des droits humains et la libération du peuple en général. Le deuxième objectif est de demander la solidarité des travailleurs et travailleuses européens avec le peuple salvadorien. Une solidarité morale, qui peut se traduire par des réunions, des communiqués, des manifestations contre la répression et pour la satisfaction des revendications populaires, et aussi une solidarité matérielle, économique qui permette de continuer la mobilisation.
-Pour la solidarité avec le peuple salvado— rien, contacter :
Comité de solidarité Salvador,
Maurice Barth,
45 bis, rue de la Glacière,
75013 Paris.
Notes
- Décembre 1979 entretien réalisé par Hélène Numance
- Notes (NDLR)
- (1) En quatre mois du nouveau régime, du 15 octobre au 15 janvier, la Commission des droits humains évalue à plus de six cents le nombre des morts dû à la répression.
- (2) Au lendemain du 15 octobre, sont rentrés au gouvernement le Parti de la démocratie chrétienne, l’UDN (organisation légale liée au Parti communiste interdit) et le MNR, un petit parti membre de la IIe Internationale, sans base sociale et très pro-impérialiste.
- (3) Ce cas n’est pas unique, il semble que ce soit une politique systématique des multinationales nord-américaines que de fermer les entreprises en cas de conflit et de tenter de rapatrier le matériel aux USA.
- (4) Une des mères de disparus, représentante du Comité, est venue en Europe au mois d’octobre pour informer sur les atrocités commises par le régime de Romero et demander la solidarité.