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Pérou : Les féministes dans la campagne électorale

· Cahiers du féminisme, n° 13, mars - avril 1980 · p. 20 · 883 mots

Le Pérou est en période préélectorale : le 18 mai prochain, un président de la République devrait sortir des urnes et les militaires regagner leurs casernes.

C’est depuis 1968 que l’armée est au pouvoir. Au début, le régime a voulu se donner une image de marque révolutionnaire. Mais, au fil des années, en particulier depuis 1975, le vernis anti -impérialiste et les discours populistes ont laissé clairement la place à une politique d’austérité et de répression, au service des intérêts combinés de la bourgeoisie nationale et des firmes nord -américaines.

Les mesures prises par le gouvernement ont porté gravement atteinte au niveau de vie des masses, en particulier des plus défavorisées, entraînant leurs révoltes et leur mobilisation. Entre 1976 et 1978, une série de grèves et de soulèvements ont amené le Pérou à une situation prérévolutionnaire, qui a contraint les militaires à préparer une relève à leur régime trop déconsidéré. Tel était le but des élections de juin 1978 à l’Assemblée constituante.

Malgré les manœuvres en tous genres de la bourgeoisie, le résultat électoral avait traduit le niveau important des mobilisations : le FOCEP, avec à sa tête Hugo Blanco, un combattant révolutionnaire de longue date, militant de la IVe Internationale, remportait 12 % des voix. Bien que les partis bourgeois soient majoritaires à l’Assemblée, le gouvernement reste dans une situation difficile et réprime durement les luttes populaires.

Des élections générales (présidentielles et législatives) auront donc lieu en mai 1980 pour mettre en place définitivement les nouvelles institutions. Les forces révolutionnaires ont constitué un front électoral commun, TARI (Alliance révolutionnaire de la gauche) avec Hugo Blanco comme candidat président. Cette candidature unitaire a un impact considérable, surtout dans les secteurs les plus exploités et les plus opprimés.

Par ailleurs, le Parti communiste péruvien a créé sa propre alliance électorale qui inclut le parti des généraux dits « progressistes » se réclamant du coup d’Etat militaire de 1968. C’est dans ce contexte que s’est préparée une convention nationale des organisations féministes.

Nous publions ici un article paru dans un hebdomadaire de la gauche révolutionnaire péruvienne, Amauta. Ce témoignage, bien que succint, nous permet de faire connaissance avec le mouvement des femmes au Pérou : ses revendications, ses activités, son degré d’organisation et ses rapports, faits de solidarité, mais aussi d’exigences, avec le mouvement ouvrier péruvien.

H. N.

Dans les prochaines semaines se tiendra une convention des organisations féministes pour adopter la plate-forme de revendications des femmes péruviennes. Durant cette rencontre, organisée par le comité de coordination des organisations féministes, non seulement sera discutée la dite plate-forme, mais aussi, peut-être, sera élaborée une liste de candidates possibles au Parlement, l’ensemble devant être proposé aux divers partis et fronts politiques de gauche.

« La plate-forme est la réponse du comité aux divers aspects des problèmes des femmes que l’on doit prendre en compte », assure Virginia Vargas,, directrice du Centre de la femme péruvienne Flora Tristan, l’un des cinq groupes qui font partie du comité de coordination. Les quatre autres sont Alimuper (Action pour la libération de la femme péruvienne), le Mouvement Manuela Ramos, le Front socialiste de femmes et Femmes en luttes.

Le comité de coordination s’est formé en juin dernier avec le but d’appuyer les luttes des femmes, en particulier des femmes travailleuses et des secteurs populaires, et de dénoncer les discriminations dont souffrent les femmes.

Jusqu’à présent, elles ont organisé une marche de femmes en soutien à la révolution nicaraguayenne, et elles ont participé à la manifestation organisée par le Comité pour la baisse des produits alimentaires. Elles ont aussi participé aux manifestations de soutien à la grève du SUTEP (Syndicat unitaire des travailleurs de l’enseignement péruvien). En solidarité avec les enseignants, le comité a organisé un jeûne massif dans l’église de Villa El Salvador.

« Nous avons très souvent remis des communiqués de presse aux divers moyens de communications, ajoute Virginia Vargas, pour dénoncer les violations des droits humains qui touchent les femmes, mais personne ne les a publiés, pas même les revues de gauche. » Pour notre interlocutrice, il existe, même au sein de la gauche péruvienne, la tendance à considérer le problème des femmes comme secondaire et exotique. « C’est là une des raisons importantes qui rend difficile la coordination d’actions avec l’ensemble de la gauche », affirme-t-elle.

Les cinq organisations féministes regroupées dans le cornue de coordination ont élaboré une déclaration de principe dans laquelle elles se prononcent pour un changement de structures, car, soulignent-elles, la condition féminine ne constitue pas un fait isolé du cadre général socioéconomique de la société. Virginia Vargas ne s’est pas montrée très optimiste quant à la composition des listes de candidats : « Le nombre de femmes sera certainement aussi faible que pour les élections à la Constituante, et leur place sur la liste leur ôtera la possibilité d’ètre élues parlementaires », remarque-t-elle. « Cette situation se reproduit aussi pour les militantes. A l’intérieur des partis, les femmes ont des responsabilités secondaires et leurs obligations domestiques les empêchent d’avoir une plus grande activité politique. »

Aussi bien la liste de candidates possibles que la plate-forme de revendications adoptée — qui, dans son projet initial, avance l’égalité des salaires, l’assistance médicale maternelle et infantile gratuite, la socialisation des services, la légalisation de l’avortement, etc. — seront proposées aux différents partis et fronts de gauche.

Notes

  1. le 9/2/80
  2. (Traduit de Amauta
  3. n° 239, 18 janvier 1980)

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