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Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

[Figure: La femme dans les manuels scolaires]

Femmes et filles à l’école. Cahiers pédagogiques n° 178/179

· Cahiers du féminisme, n° 13, mars - avril 1980 · p. 50 · 793 mots

Il n’est pas facile de rendre compte de ce numéro des Cahiers pédagogiques , extrêmement divers dans ses thèmes et ses approches. Ils débordent la dénonciation du sexisme à l’école, l’étude des manuels scolaires ou les comptes rendus d’expérience.

En effet, un long article fait le point sur la féminisation de l’enseignement, ses causes et ses conséquences. Il explique que ce n’est qu’après que les hommes ont commencé à déserter ce secteur que les femmes y ont trouvé un débouché, qu’il n’y a donc pas eu dévalorisation du métier parce qu’il s’est féminisé. L’auteur de l’article dénonce également toutes les campagnes d’opinion qui visent à rendre les enseignantes en particulier responsables de la crise de l’école : « Elles n’ont pas assez d’autorité », « elles sont conservatrices ». Il est frappant de constater ces attaques contre l’emploi des femmes dans l’enseignement4 au moment même où, faute de perspectives ailleurs, les hommes peuvent y retrouver un débouché.

Et c’est l’encouragement au mi-temps dont les témoignages disent les illusions, puis les désenchantements ; c’est les concours d’entrée séparés entre filles et garçons pour les écoles normales qui favorisent les garçons : ils pourront être admis avec des notes plus faibles que des filles recalées, les candidates étant plus nombreuses que les candidats. La raison avancée : empêcher la féminisation complète du corps enseignant dans le primaire. Peut-être ! Mais il serait alors logique d’encourager les maîtres à enseigner dans les maternelles, ce qui est loin d’être le cas...

D’autres articles posent le problème des filières de formation et de l’emploi des filles : les chiffres donnés confirment bien entendu le sexisme des filières de formation : aux filles les sections littéraires, secrétariat, para-médicales... menant au tertiaire ; aux garçons, les filières scientifiques et techniques. Mais la lecture des statistiques et des enquêtes citées fait éclater le paradoxe suivant : beaucoup plus de garçons que de filles sont éliminées précocement du système scolaire (voies de garage au sortir de la cinquième), la réussite scolaire des filles est bien meilleure, et pourtant, nous savons bien comment se structure l’emploi sur des critères de sexe où en fin de compte, les femmes se retrouvent perdantes. Il y a, bien entendu, le jeu de tout le système socio-économique : métiers féminisés moins payés, déqualifiés, attitude du patronat dans l’embauche, femmes au foyer... mais aussi fonctionne plus subtilement une auto-censure des filles dans leurs ambitions professionnelles : tout se passe comme si nos élèves filles avaient intériorisé l’idée qu’elles

Femmes et filles à l’école n’ont pas le droit d’être médecin, ingénieur, technicien, mécanicien auto, mais seulement secrétaire médicale, assistante, hôtesse, puéricultrice...

Il y a le point de départ de toute une réflexion pour faire évoluer cette situation au niveau des différents paliers d’orientation. Il est parfaitement possible aux filles de réussir dans les filières traditionnellement masculines comme en témoigne Ouarda qui prépare un BEP mécanique, et nous devons en convaincre nos élèves.

Le numéro se poursuit par une dénonciation du sexisme dans l’école même : thème bien banal maintenant, mais nous restons toujours atterrés devant les témoignages de sexisme des collègues masculins, des supérieurs hiérarchiques ou des manuels scolaires. Bien que certains aient essayé de se débarrasser des poncifs les plus grossiers, les vieux schémas réapparaissent au détour d’une page et les différentes éditions dans toutes les matières montrent que notre vigilance ne doit pas cesser.

Plus finement, là encore, nous sommes questionnées en tant qu’enseignantes : ne perpétuons-nous pas parfois un certain sexisme quand, par exemple, nous proposons des activités manuelles identiques pour les deux sexes, mais sans y inclure des bricolage, menuiserie ou mécanique, parce que nous n’y sommes pas formées nous-mêmes.

Enfin, il faut souligner la richesse d’un certain nombre d’expériences tentées dans les classes. Afficher en cours de français en troisième une photo d’un homme donnant le biberon à un bébé et attendre que s’inscrivent les réactions au tableau pour instaurer et peut-être faire bouger quelques idées reçues. Initier les filles en éducation physique à une activité rugby avec toutes les réticences au début : « C’est brutal », « On va se salir » jusqu’au plaisir d’un jeu bravant les interdits.

Pour conclure, l’ensemble du numéro oscille souvent entre deux pôles : d’un côté la revendication de l’égalité complète, de la mixité dans tous les domaines et, de l’autre, la préservation du modèle mâle, l’idée que les filles ont quelque chose à perdre dans un établissement mixte, qu’elles y sont souvent mal à l’aise.

Tel qu’il est, par la diversité des points de vue, il permet d’approfondir la réflexion sur un métier largement féminisé et sur un lieu où joue largement la reproduction des rôles sociaux masculin-féminin. Il peut être la source de débats entre enseignantes et enseignants, entre jeunes des deux sexes.

Marigold

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