La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Femmes dans les syndicats libres

Cahiers du féminisme, n° 14, été 1980 · p. 31 · 862 mots

URSS femmes dans les syndicats libres

Il y a plusieurs tentatives de créer des syndicats libres et indépendants de l’Etat en URSS, ces dernières années. La première, à l’initiative de Klebanov, annoncée par une conférence de presse le 26 janvier 1978, regroupait environ deux cents ouvriers et ouvrières dans de nombreuses villes d’Union soviétique. Elle a été démantelée par le KGB qui a envoyé la plupart de ses membres en camps et hôpitaux psychiatriques. Parmi la liste des 107 membres ou candidats membres de ce syndicat indépendant, figurent 56 femmes (une majorité). Quelques-unes ont raconté leur itinéraire dans le bulletin du syndicat. Ainsi :

— Taissia Andreevna Katego-renko, habitant dans la région de Moscou, peintre à l’usine de matériaux de construction de Podolsk : « J’ai été persécutée pour avoir critiqué les vols et la répartition illégale de logements par les dirigeants de mon usine. En 1975, j’ai été illégalement expulsée de mon logement par décision du tribunal de Podolsk, saisi par la direction de l’usine. Mes affaires ont été jetées à la rue, une partie a souffert de la pluie, l’autre s’est perdue. Mes plaintes ne sont pas examinées, je ne reçois que des réponses mensongères et diffamatoires. »

— Venera Gadourakhmanovna Kachapova, habitant

Oufa en Bachkirie, infirmière à l’hôpital ferroviaire : « J’habitais avec ma vieille mère dans une pièce de huit métrés carrés, fournie par l'administration. Mon père est mort pour la patrie en 1942.

Pendant dix ans, on nous a trom -pés, ma mère et moi, en nous promettant un appartement. Malgré toutes les démarches faites en notre faveur par diverses personnalités, nous n’avons rencontré que tromperies. On m ’a forcé a quitter mon travail, et cela fait dix ans que je suis sans logis ni travail ; ma mère est morte de chagrin le 24 juillet 1976. J’ai réussi à obtenir un rendez-vous avec le substitut du procureur de l’URSS, A. S. Pankratov« mais il ne m ’a pas écoutée, il m’a traitée de prostituée et a donné l’ordre de me jeter dans un hôpital psychiatrique spécial. »

— Koslova Elena Petrovna, ingénieur, sans domicile, après avoir été licenciée, elle était tellement désespérée qu’elle est allée déposer sa plainte sur le cerceuil de Lénine, à Moscou. Elle fut aussitôt arrêtée et internée au pavillon des malades violents de l’hôpital psychiatrique n° 3.

— Melentievna Maria Petrovna, habitant Alma-Alta ; ouvrière sur four à briques au combinat de matériaux de construction AKSM : « Mon travail est pénible et insalubre. Aussi, d’après la législation soviétique, j’aurais dû partir à la retraite à l’âge de 50 ans. A quelques instances que je me sois adressée, nulle part je n’ai reçu de réponses claires à ce sujet, si ce n’est des renseignements datant de vingt ans. Il existe pourtant un décret n° 71 289, du 22 novembre 1972, section 11, qui définit ma profession comme l’une de celles bénéficiant d’une retraite anticipée à cinquante ans.

De plus, ce n’est pas un travail pour une femme. J’ai travaillé 27 ans dans cette entreprise ; si, à l’exemple de mon mari, j’essayais d’obtenir justice, je serais comme lui jetée à la rue et nous n ’aurions plus aucune ressource. Aussi, bien que malade et usée par un long labeur, je continue à souffrir et à supporter les insultes de Sokolov, le président du syndicat, qui devrait normalement défendre les intérêts des travailleurs. Je possède des distinctions gouvernementales, mais personnes ne se soucie de ma situation. » (Témoignages extraits de Syndicalisme et Libertés en Union soviétique, éditions Maspero.)

La dernière tentative de création d’un syndicat indépendant est celle de Borissov, sur une base géographique plus limitée (Moscou et Léningrad) : Le SMOT. Structuré plus discrètement que le syndicat de Klebanov, le SMOT est constitué de huit groupes de base (200 adhérents) qui élisent une direction fédérative et dont seuls ses membres sont rendus publics. Ils organisent une bibliothèque syndicale, une école de formation et publient régulièrement un bulletin. Borissov et plusieurs des membres de la direction du SMOT ont été arrêtés et transférés dans les hôpitaux psychiatriques. Beaucoup de femmes participent au SMOT et figurent parmi les arrêtés. Notamment :

— Valéria Novodvorskaia, 28 ans, bibliothécaire, internée à l’hôpital psychiatrique n° 15 de Moscou, du 24 novembre 1978 au 7 février 1979. Membre de la direction du SMOT ainsi que de son groupe de travail. Novodvorskaia organisait la bibliothèque du syndicat et donnait des cours de littérature, d’histoire et d’histoire de l’art à un groupe de quarante travailleurs, membres du SMOT. Valéria — qui a déjà passé trois ans à la prison psychiatrique de Kazan (1969-1972) — fut enfermée dans la cellule n° 26, réservée aux patients particulièrement violents

Elle a été relâchée a la suite de nombreux télégrammes envoyés d’Angleterre à la direction du service de la santé. L’intervention décisive fut celle de John Boyd, secrétaire général de l’Amalgated Union of Engineering Workers. Elle est actuellement menacée d’un nouvel internement psychiatrique.

— Albina Yakoreva, également membre de la direction du SMOT, graveuse sur bois, fut expulsée de l’appartement de son mari emprisonné, Mark Morozov, de même que sa petite fille Katya. Ceci au milieu de l’hiver moscovite, particulièrement rigoureux cette année 1979-1980.

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