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Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Femmes en Roumanie

· Cahiers du féminisme, n° 14, été 1980 · p. 30 · 706 mots

DOSSIER femmes en roumanie

Et la femme travailleuse ? En Roumanie, la femme étant l’égale de l’homme, elle effectue des travaux de force, des travaux dangereux (dans la sidérurgie, l’industrie chimique, le bâtiment, etc.). Si, après son travail, l’homme rentre à la maison (ou s’attarde au comptoir avec des copains), la femme, elle, commence sa « deuxième journée » : la quête à la nourriture. Des files d’attente, toujours, encore et partout. Et si au moins elle finissait par trouver ce qu’elle cherche... Mais bien souvent, après une heure de queue, elle entend le vendeur annoncer : « Il n’y a plus de marchandises ! » Des imprécations, des plaintes — et une autre file d’attente. Ses cabas enfin remplis, lourds au bout des bras, la femme prend le chemin de la maison. Elle attend le tramway. Quand réussira-t-elle à le prendre ? « Nous allons au boulot (ou nous en revenons), vous, vous faites votre marché, vous vous promenez au lieu de travailler ! »

L’ouvrière qui travaille dans la première équipe se lève à cinq heures du matin. Si elle ne fait que huit heures par jour (six jours par semaine), elle rentre chez elle, après les courses, à cinq-six heures du soir. Et alors, elle doit faire la cuisine, le ménage, s’occuper (!) de ses enfants, de son homme. Elle se couchera à minuit, pour se lever à cinq heures. Et ainsi de suite...

Mais la femme travailleuse, même transformée en bête de somme, demeure une femme. Et, parfois, elle fait l’amour avec son mari. Et misère, il lui arrive d’être enceinte. Elle a déjà deux ou trois gosses et elle n’en veut plus, elle n’en peut plus. L’avortement est interdit — et sévèrement condamné — , la contraception n’existe pas dans notre société socialiste. L’« incident » devient accident , le naturel devient drame. Elle garderait l’enfant — elle aime les enfants — , mais comment s’en tirer ? Le congé périnatal est de cinq semaines, pas une heure de plus, et la plupart des femmes le prennent intégralement après l’accouchement. Et l’Etat, comment les aide-t-il ? Par une indemnité d’accouchement de mille lei (1 leu = environ 30 centimes français au taux officiel), somme

Usine à Bucarest qui, le plus souvent, ne suffit même pas pour payer des dessous de table au médecin et aux infirmières : afin que celles-ci assistent réellement l’accouchée, surtout la nuit ; afin d’être toute seule dans un lit, pas avec une autre ; afin d’avoir un lit dans une salle, pas dans un couloir ; afin que le lit ne soit pas un simple matelas posé par terre ; afin de rester à la maternité au moins trois jours, de ne pas être renvoyée faute de place (le manque de places est réel). Ensuite, elles auront droit à une allocation mensuelle de cent lei par enfant ; à partir du huitième enfant, l’allocation augmente et la maman se voit décerner une médaille de « mère héroïque »...

Et lorsque la femme travailleuse ne veut pas d’un enfant de plus ? Quel problème alors : elle essaiera d’avorter par des moyens... confidentiels: bains brûlants, quinine, alcool ; elle aura recours à des remèdes de bonne femme ou l’« obstétrique traditionnelle » : l’aiguille à tricoter.

Est-il besoin de préciser que ce genre « d’interventions » provoque, quand ce n’est pas la mort, des séquelles à vie ? Si le couple a quelques économies, il sacrifiera cinq, six ou dix mille lei (une dizaine de fois le salaire minimum) et, après des semaines et des semaines de reproches, de marchandages, la femme sera livrée à un « gynécologue » (en général une sage-femme, une infirmière, ou même pas) qui effectuera l’« intervention » dans un appartement aux volets fermés, sur une table du cuisine, dans des conditions d’hygiène plus que précaires. Au cas où l’« intervention » provoque une hémorragie, le drame éclate -. la femme doit être transportée à l’hôpital ; un procureur assiste à l’examen : l’hémorragie a-t-elle été provoquée par une interruption de grossesse ? Si oui, la police entre en scène : qui, où, combien ? Le « gynécologue » s’en-va-t-en prison et la « patiente » paye une amende gratinée.

Paul Goma

Usine à Bucarest

Notes

  1. Ce texte est extrait d’un article paru dans la revue «Alternative» n° 1

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