SI TOUTES LES FEMMES DU MONDE
8 mars 1980 au Nicaragua « Il faut faire une nouvelle révolution, la révolution des femmes » (Tomas Borge,
9 mars 1980)
La préparation et la célébration de la Journée internationale des femmes a été un moment important de la mobilisation des femmes au Nicaragua. L’AMNLAE (Association des femmes nicaraguayennes Luisa Amanda Espinoza ) a organisé, du Ier au 8 mars 1980, une « semaine des femmes », durant laquelle ont eu lieu de nombreuses réunions dans tout le pays et qui s’est terminée, le dimanche 9 mars, par une grande manifestation nationale à Managua, suivie d’un meeting.
Ce n’est pas la première fois que les Nicaraguayennes se mobilisent pour le 8 Mars, mais c’est bien la première fois qu’elles en font une fête pour crier leur victoire, leur enthousiasme et leurs espoirs.
Mars 1978, mars 1979, c’était le temps de la dictature
Avec son lot quotidien de crimes et de tortures. L ’orga -nisation des femmes, qui s’appelait alors AMPRONAC, avait lancé toutes ses forces dans la lutte contre la répression et créé des comités de femmes dans les quartiers populaires. (...)
En juillet 1979, c’était la victoire .-« On peut affirmer sans crainte de se tromper, écrit “Poder Sandinista” (l’organe officiel du FSLN) du 7 mars 1980, que ce sont les femmes et les jeunes qui ont joué le rôle fondamental dans la prise du pouvoir (Editorial page 2). »
Mars 1980, une nouvelle étape dans la lutte des femmes
Les revendications mises en avant les années précéden -tes sont aujourd’hui satisfaites : non seulement, celles concernant les libertés, la justice, et le droit à une vie décente, mais aussi celles concernant plus spécifiquement les fem -mes. Les lois discriminatoires sont abolies et un décret du gouvernement interdit l’utilisation de l’image de la femme à des fins publicitaires et commerciales. Mais la lutte continue. (...)
Pour AMNLAE, le 8 Mars 1980 a été l’occasion de faire le bilan de la participation des femmes au processus révolutionnaire, d’appeler au renforcement de leur mobilisation et de leur organisation, et de présenter le programme de l’association.
Le numéro de Barricada (quotidien du FSLN) du samedi 8 mars était essentiellement consacré à la question des femmes avec en gros titre : « D’un passé d’oppression à un présent libérateur. » (...)
Le numéro de Barricada du lundi 10 mars portait en manchette : « Les femmes dans la révolution, la révolu- tion des femmes. » Il rendait compte de la manifestation de la veille et des principales interventions lors du meeting qui a suivi, en particulier celles de Gloria Carrion, secrétaire de l’AMNLAE et de Tomas Borge, représentant la direction du FSLN.
Par ailleurs, Poder Sandinista, l’organe plus théorique du FSLN, consacrait son numéro du 7 mars à la question de la famille.
Cinq objectifs prioritaires pour l’Association des femmes
Mobiliser les femmes en défense de la révolution
Nul doute que, pour la direction du FSLN, la mobilisation des femmes reste une nécessité et un atout pour l'essor de la révolution. L’éditorial d' AMNLAE dans Barricada du 8 Mars soulève d’ailleurs un problème important : « Il est un fait que nous devons prendre en considération, c’est qu’après le triomphe révolutionnaire, il se produit une tendance au reflux dans la participation des femmes.
Après la guerre qui a renversé l’appareil oppressif, la femme tend à retrouver la passivité de ses occupations ordinaires, à redevenir avant tout celle qui a la responsabilité de veiller sur la famille. Ceci est connu et mis à profit par l’ennemi, l’impérialisme et la réaction... Il développe toute une stratégie pour retourner les femmes contre la révolution, ou du moins pour neutraliser leur combativité... Nous devons faire front à cette tendance au reflux, par l’organisation et la participation active des femmes aux tâches urgentes que nous demande cette étape de transition. »
NICARAGUA
Intégrer les femmes à la production
Mais les femmes ne défendront la révolution que si elles participent pleinement à la vie économique et politique du pays. Aussi un effort considérable est-il fait pour résorber le chômage féminin, problème d’autant plus grave que de nombreuses femmes assument seules la charge de leurs enfants. Pour cela, de petits ateliers de production type coopérative se sont mis en place (fabrication de vêtements, de hamacs, d’artisanat...) avec l’aide soit du gouvernement, soit des organisations de travailleurs, ou des comités de quartier.
L’éducation, la formation des femmes
Mais la solution au problème de l’emploi est rendue difficile par le fort pourcentage d’analphabètes chez les femmes (plus élevé que chez les hommes) et l’absence de formation professionnelle. D’où toute l’importance que l'AMNLAE accorde à la campagne d’alphabétisation, dont elle a fait aujourd’hui un de ses axes prioritaires. D’où aussi la création des « Maisons de femmes » qui) soient, non seulement des centres d’accueil, d’aide, de réunions, mais aussi de formation élémentaire et politique.
Développer les services sociaux
Cela aussi, c'est une des conditions nécessaires au processus de libération des femmes et, malgré la faiblesse de ses ressources économiques, le gouvernement a créé les premières crèches et développe au maximum de ses possibilités le système éducatif et les services d 'hygiène et de san -té. C’est avec le soutien du FSLN et de l’AMNLAE que s’est créé le syndicat des travailleuses domestiques qui lutte aujourd’hui pour la fin' de l’exploitation éhontée des employées de maison et affirme clairement que, dans le futur, la socialisation du travail domestique devrait permettre d'en finir avec la fonction de bonne, de servante, telle qu’elle existe aujourd’hui.
Enfin, il faut changer les mentalités, lutter contre le machisme, changer les relations au sein de la famille, obtenir une réelle égalité entre les sexes
Les axes prioritaires de l’Association des femmes sont certes, avant tout, économiques et sociaux. La question de
Brochure du collectif femmes Nicaragua.
Maison de la femme à Esteli.
l’oppression sexuelle des femmes n’est jamais directement abordée. Le droit des femmes à disposer de leur corps, à décider de leurs maternités n'est pas aujourd’hui une revendication de l’Association. Cela ne veut pas dire qu ’il n y ait pas débat là-dessus au sein de l’AMNLAE et du FSLN : ces débats existent, les positions sont diverses et cela se traduit par une situation confuse en ce qui concerne l’avortement et la contraception. Pour celles et ceux qui veulent, dans ce domaine, voir progresser les lois, les faits et les consciences, la tâche n ’est pas facile ; le poids de la religion catholique, des tabous, des préjugés, la pénurie des moyens médicaux, sont de réels obstacles.
Néanmoins, un certain nombre d’articles et d’interventions soulignent le fait que la libération des femmes implique une révolution profonde des mentalités, une transformation des relations au sein de la famille et une lutte idéologique de longue haleine. « Nous considérons nécessaire d’élever au niveau politique le débat sur la famille, laquelle constitue une institution de base pour le maintien ou la transformation de notre formation sociale et des relations de production. (“Poder sandinista”, page 2, 7 mars 1980). » Et c’est à des milliers de femmes rassemblées Place des travailleurs à Managua, le dimanche 9 mars 1980, que Tomas Borge a affirmé .-« De même qu’il a été indispensable de faire une révolution pour libérer le peuple dans son ensemble, il est nécessaire dans cette nouvelle société d’aller vers la libération des femmes. Il faut faire une nouvelle révolution, la révolution des femmes. »
Brochure du collectif femmes Nicaragua
Maison de la femme à Esteli
Réalisée par le Collectif femmes Nicaragua, qui travaille en liaison avec des revues féminines, avec T ASFN, et le comité Nicaragua -Infos, cette brochure nous parle de la vie des femmes sous la dictature, de leurs luttes, de leur participation aujourd’hui au processus de reconstruction. Des analyses, des témoignages, des interviews, des appels à la solidarité. Commandez -la au Collectif femmes Nicaragua, 67, rue du Théâtre, Paris XVe. Prix unitaire, 10 F.
Notes : les « Cahiers du féminisme » ont déjà publié deux articles sur la lutte des femmes au Nicaragua, dans les numéros 11 et 12.
Notes
- Extraits d’un article paru dans «Solidarité Nicaragua »,
- bulletin de l’Association de solidarité franco-nicaraguayenne (pour tout contact avec l’Association, écrire à
- ASFN, 14, rue de Nanteuil, Paris XVe)