Ces derniers mois, de nombreux rapports gouvernementaux tracent notre avenir. Parmi eux, le rapport Lucas sur le travail à temps partiel. Comme on peut s’en douter, les femmes y tiennent une place d’honneur. (La demande potentielle de femmes sans emploi de vingt à cinquante ans est estimée à plus d’un million.) Ce rapport analyse, assez finement, les avantages et les inconvénients de cette solution pour les deux parties en présence : les travailleurs d’un côté (les travailleuses en l’occurence), le patronat de l’autre. Quoique souvent subjectives, ces données méritent notre attention. Elles confirment pour nous la nécessité de refuser cet aménagement du temps de travail et de lui opposer la baisse du temps de travail pour tous.
Les bureaux à l'heure de l’informatique.
Le temps partiel du côté des travailleurs : qui cela motive-t-il et pourquoi ?
La formule du travail à temps partiel exerce particulièrement un attrait sur les femmes (avec ou sans emploi), les jeunes et les travailleurs proches de la retraite.
Les motivations des femmes sont spécifiques : les femmes qui ont un emploi y voient une amélioration de leur vie familiale et personnelle. Les autres y voient une possibilité de vie professionnelle. Une question reste sans réponse : les travailleurs à temps partiel sont-ils volontaires ?
D’après une enquête portant sur un échantillon composé de chômeurs sans activité depuis trois mois et à la recherche d’un emploi à temps plein, un quart des hommes aurait accepté un travail à temps partiel si on le leur avait proposé contre 50 % des femmes.
Les bureaux à l'heure de l’informatique
Qui est concerné ?
En mars 1978, 6,5 % de la population active travaillait à temps partiel régulier. Ce pourcentage est passé de 5,9 % à 6,8 % entre 1972 et 1978. C’est une forme d’emploi particulièrement féminine : 82 % des travailleurs à temps partiel sont des femmes ; 1 5,3 % des femmes qui ont un emploi, ont un emploi à temps partiel.
Entre 1977 et 1978, on observe une progression de la féminisation du temps partiel. Quoi d’étonnant lorsque l’on connaît la progression parallèle du taux de chômage des femmes. Le nombre de femmes de 25 à 35 ans et de 40 à 60 ans adoptant cette formule augmente.
Par contre, le nombre de femmes de 25 à 29 ans régresse. Ce n’est donc pas une solution choisie en raison des maternités. La majorité des travailleurs à temps partiel est composée de femmes de ménage, gens de maison, aides familiales, manoeuvres pour les femmes, apprentis ouvriers pour les hommes, employés de commerce.
Où se trouvent les personnes concernées ?
Il y a augmentation du travail à temps partiel dans tous les secteurs d’activité, mais surtout dans le secteur tertiaire. Aucun secteur n’emploie plus de 10 % d’hommes à temps partiel. Par contre, plusieurs secteurs ont plus de 10 % de femmes, comme le commerce, les services. C’est en province qu’il y a le plus d’offres d’emplois à temps partiel et, comme par hasard, dans des régions à fort taux de chômage (Languedoc-Roussillon, Bretagne, Basse -Norman die, etc.).
Le temps partiel : comment ?
Les revenus des femmes de ménage travaillant à temps partiel sont nettement inférieurs à ceux des autres femmes qui ont un emploi. Il existe un écart entre les salaires horaires des travailleurs à temps partiel et les salaires horaires de ceux à temps complet, en défaveur des premiers évidemment (22 % dans le commerce, les banques, les assurances). Ces écarts sont liés au taux élevé de féminisation des salariés à temps partiel et à leur non qualification. On s’en serait douté !
Les primes non mensuelles sont relativement moins importantes pour les travailleurs à temps partiel. Quant aux conditions de travail, c’est le grand manque du rapport. La seule précision donnée : le travail à temps partiel permet d’augmenter le productivité du travail ; par
TEMPS DE TRAVAIL exemple, après l’instauration du mercredi libre dans certaines entreprises, le patronat n’a pas eu besoin d’embaucher de personnel supplémentaire.
Les travailleurs à temps partiel ont tendance à être marginalisés dans l’entreprise ; première conséquence : un taux inférieur de syndicalisation parmi eux.
Jusqu’à maintenant, les textes officiels ne précisaient pas si les travailleurs à temps partiel étaient tenus d’accepter des heures complémentaires. En fait, certains d’entre eux sont contraints de faire presque quarante heures sans bénéficier des avantages des travailleurs à temps complet.
Les postes offerts sont peu qualifiés. Ceci est aggravé du fait que ces salariés sont souvent affectés à un poste ou à un autre, n’exigeant aucune compétence particulière : aux laboratoires Servier (pharmacie), la même personne peut occuper jusqu’à vingt-deux fonctions !
Le temps partiel du côté des employeurs
Jusqu’à maintenant, le patronat a manifesté un faible intérêt pour ces solutions. Quand il s’y intéresse, il y voit surtout un moyen d’adapter l’emploi aux fluctuations de la production (c’est souvent avant de procéder à des licenciements qu’est instauré le temps partiel). Il s’agit dans ce cas d’une forme de « travail intérimaire interne ».
C’est un moyen d’améliorer la productivité en limitant les conséquences de la pénibilité du travail. Ainsi, dans les laboratoires Servier, le taux d’absentéisme est ainsi passé de 11,3 % en 1968-1969, à 3,6 96 en 1976-1977.
Il ressort du rapport que c’est un moyen de réduire les « coûts directs » de main-d’œuvre ; la rémunération correspond davantage dans ce cas à un travail effectif. Néanmoins, le patronat manifestait jusqu’à maintenant des réticences qui tenaient au coût social et au manque de souplesse dans la définition (depuis 1973, le temps partiel est compris entre vingt et trente heures) et dans l’application.
En effet, la loi de 1973 ne prévoit le remboursement de « l’excès » de cotisations versées par le patronat que si les conditions suivantes sont remplies : transformation d’un poste de travail à temps complet en poste à temps partiel... postes à temps partiels compris obligatoirement entre vingt et trente heures, etc.
Les propositions du rapport Lucas
Ces réticences du patronat, le rapport Lucas s’applique à les lever par un certain nombre de propositions qui lui sont favorables et qui viennent compléter les « cent propositions pour les femmes » présentées en 1 976 :
— assouplissement de la définition du travail à temps partiel. Toute formule pourrait entrer dans cette définition pour peu qu’elle corresponde à un multiple de huit (exemple : trente-deux heures = temps complet moins le mercredi libre). Ceci permettrait d’alléger systématiquement les cotisations sociales du patronat ;
— créer un véritable marché parallèle des emplois à temps partiel ;
Le rapport propose, bafouant les intérêts élémentaires des travailleurs, de supprimer la clause précisant que les horaires réduits ne peuvent être appliqués qu’aux seuls salariés qui en font la demande.
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Il se refuse d’envisager un quota maximal de travailleurs à temps partiel. Comme de juste, il laisse le soin aux « partenaires sociaux » de fixer dans telle branche ou telle entreprise une limite à la pratique du temps partiel.
Autant dire que cela se négociera en fonction du rapport de forces.
En bref, ce rapport, complété depuis quelques jours par le rapport Giraudet, va exactement dans le sens souhaité par le patronat : moins de contraintes dans la gestion du personnel, des aménagements pour améliorer la productivité du travail.
Le travail à temps partiel apparaît nettement comme un chômage à temps partiel. Il remet en cause les acquis collectifs des travailleurs, et en exploitant les difficultés (double journée) des femmes, il renforce la division entre tous et toutes en créant une nouvelle catégorie de travailleurs sous-employés, sous-payés et sous-qualifiés.
Il ne peut que renforcer la marginalisation des femmes dans le monde du travail.
Dans cette période de crise où les secteurs employant massivement les femmes se restructurent, se modernisent par le biais notamment de l’informatique, nous devons refuser toute tentative de suppression des acquis. Non seulement nous devons nous battre contre toute disposition incitative au temps partiel, mais nous devons nous battre pour que l’aspiration à la diminution du temps de travail se concrétise par des luttes unifiantes pour :
— l’augmentation et l’amélioration des équipements collectifs ;
— pour la diminution du temps de travail pour tous et toutes sans diminution de salaire.
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TEMPS DE TRAVAIL
Les syndicats face an temps partiel
CGT et CFDT constatent que l’institutionnalisation du temps partiel conduirait à une marginalisation des femmes dans le monde au travail. Les deux sont hostiles à l’élargissement de la définition du temps partiel. Les deux refusent les mesures d’incitation au temps partiel proposées aux entreprises. Ils demandent un contrat écrit précisant les heures et les jours. Ils exigent que les heures complémentaires ne soient pas obligatoires.
CFDT
La CFDT admet néanmoins la nécessité d’adaptation à certaines conditions de travail, entre autres pour les travailleuses et travailleurs ayant des enfants en bas âge à charge, les travailleuses ayant interrompu leur activité et désirant la reprendre de manière progressive. Une telle logique aboutit à cautionner la division du personnel (hommes/femmes, etc.) en fonction des intérêts du patronat. Elle exige, ce qui est la moindre des choses de la part d’une organisation syndicale, un quota maximum dans une entreprise et dans la branche de 10 % des salariés.
CGT
La CoT, elle, précise que ce quota doit aussi être appliqué dans un bureau et un atelier. De plus, elle exige deux jours de repos consécutifs par semaine, dont obligatoirement le dimanche.
Connaissant ce projet, que proposent la CGT et la CFDT pour le mettre en échec ?
« C'est une baisse massive du temps de travail qu'il faut »
« Ceux gui rêvent le temps partiel ne sont pas ceux gui le vivent . »
— les mères d’un enfant de moins de trois ans sont les plus attirées par le travail à temps partiel, alors que sa pratique s’accroît lorsque l’âge du dernier enfant s’élève ;
— les femmes d’un niveau d’études tardif sont nombreuses à être tentées, mais celles qui ont arrêté leurs études avant quinze ans pratiquent le temps partiel ;
— les cadres moyens et employés en activité sont les plus intéressés par cette formule mais on y trouve surtout des ouvrières et personnels de service ;
— c’est dans les ménages à revenus élevés qu’on est le plus tenté. Il est pratiqué là où ces revenus sont modestes et moyens.