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Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

SI TOUTES LES FEMMES DU MONDE

Ces femmes que les médias ignorent

· Cahiers du féminisme, n° 15, mars - avril 1981 · p. 24 · 719 mots

Tenter de faire un dossier sur la situation des femmes en Pologne et sur leur participation au processus révolutionnaire, amorcé voici 6 mois, n’est pas chose évidente.

D’abord parce que les statistiques sont rares et souvent fantaisistes. Heureusement qu'à l’occasion de la Conférence sur les femmes, organisée par l’ONU l’été dernier, le ministère du Travail polonais s’est senti obligé de livrer quelques éléments chiffrés. Quant à affirmer qu’il s’agisse là de chiffres fiables, c’est une autre affaire...

Ensuite et surtout, parce que le nombre de Polonaises ayant conscience des discriminations dont elles sont l’objet est encore très restreint : le paternalisme qui imprègne tous les rapports à l’égard des femmes et les idées voulant que leur rôle soit avant tout d’être de bonnes mères et de bonnes épouses n’est que très rarement remis en cause, même au sein des syndicats indépendants. Poser des questions sur la situation des femmes apparaît comme un peu incongru et comme une note « rajoutée » dans les entretiens. Il est d’autant plus difficile d’aborder ces problèmes avec les militants masculins de « Solidarité » que la plupart d’entre eux sont convaincus que les femmes sont les égales des hommes. « Elles travaillent presque toutes et elles ont les mêmes salaires », ne cessaient-ils de me répéter alors que je posais des questions jugées insidieuses. Beaucoup étaient presque étonnés de découvrir qu’en moyenne les femmes gagnent environ un tiers de moins que les hommes en Pologne. « Mais c'est parce qu’elles ne font pas le même travail. La plupart sont des emplois moins durs, et c’est normal puisqu'elles ont d’autres tâches, qu’elles doivent s’occuper des enfants », fut la conclusion à plus d’une reprise. Parfois suivie d’une contre-attaque : « Et toi, tu as des enfants ? » Ma réponse négative m’attira souvent des commentaires réprobateurs : « Qu'une femme soit journaliste dans une rubrique régulière, d'accord, mais « reporter » à l'étranger... »

Les militantes de « Solidarité », elles, ne s’y trompent pourtant pas. Elles ont toujours pris ma défense en de telles circonstances, profitant de l’occasion pour énoncer les griefs quelles avaient face à l’attitude de leurs compagnons de lutte, même lorsqu'elles se disaient hostiles au féminisme.

Leur réflexion sur la place quelles occupent dans la société et dans le mouvement syndical ne fait que commencer. Elles ont des décennies d’éducation stalinienne et le poids de l’idéologie traditionnelle inculquée par l’Eglise catholique à soulever. Mais il ne fait aucun doute que leur détermination à s’affirmer comme individus à part entière de l’histoire et de la société sera à la mesure du fantastique mouvement de remise en cause des rapports sociaux qui se développe en Pologne, et qu’elles sauront faire valoir leur cause dans « Solidarité ».

« Dans le modèle de société auquel nous aspirons pour le futur, les femmes devront avoir des droits identiques à ceux des hommes, tant sur le plan du travail que du salaire ou des responsabilités, et les hommes auront les mêmes devoirs que les femmes en ce qui concerne le ménage et les enfants » affirme une participante polonaise au séminaire organisé en août dernier à Salzburg sur le thème :

« La femme dans les sociétés en évolution : éducation et emploi ». Et elle ajoute en conclusion de son article : « Les participantes au séminaire sont tombées d’accord qu 'un tel modèle n’avait de chance d’exister que dans le cadre du système socialiste. » (1 )

Article intéressant parce que, bien que paru dans « Polityka » -hebdomadaire officieux du POUP -, il ne cherche pas, contrairement à toute la littérature officielle, à faire croire que ce modèle existe déjà en Pologne. Au contraire, il met en question la perdurance de la division des tâches domestiques au sein de la famille et propose que les congés attribués après la naissance d'un enfant puissent être pris par les hommes tout aussi bien que par les femmes. Ce point de vue est encore loin d'être largement admis.

Comme le montre la formulation du point 21 des revendications de Gdansk concernant l'allongement de la durée du congé maternité à 3 ans pour permettre à la mère d’élever son enfant. Mais il n’est pas certain qu'il soit sans écho parmi les travailleuses les plus combatives. Dans une discussion, où un de leurs collègues suite p. 26

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