Le 28 janvier 1981 est arrivé à Paris le Général Joao Batista Figueiredo, chef de la dictature militaire au Brésil depuis 1964. Il est venu chercher auprès de Giscard d’Estaing :
-une caution au régime militaire ;
-un appui économique permettant la « relance » de l’économie sur le dos des travailleurs brésiliens.
Nous saisissons cette occasion pour publier un article de deux camarades brésiliennes, en signe de solidarité.
Plus de passivité devant les aggressions Plus de silence devant la violence quotidienne Un écho, une riposte à chaque coup envers les fem mes
En 1980, les femmes se mobilisent, les femmes s’organisent dans toutes les grandes villes du Brésil :
16/1/80: Répression contre 2 femmes, les infirmières et médecins d’une clinique, pour pratique de l’avortement à Rio de Janeiro, création de comités avortement-contraception un peu partout et lancement d’une campagne nationale (cf.encart sur l’avortement au Brésil dans ce numéro).
8/3/80: 11e Congrès de la femme de Sao Paulo avec 4000 participantes, une majorité écrasante de femmes travailleuses des banlieues ouvrières venues pour discuter des problèmes de discrimination d’emploi, d’humiliations sexistes, de la double journée de travail... (cf. compte rendu de ce congrès dans les Cahiers du féminisme n° 1 4)
Avril 80 : Plusieurs jours de débat d’orientation à la « Rencontre brésilienne des homosexuels et lesbiennes organisés » qui a rassemblé 1 000 participante.
21/22 juin 1980 : Rencontre de Valinhos, avec 150 militantes des groupes femmes de Sao Paulo, aboutissant à la création de commissions composées de militantes de différents groupes pour un travail coordonné sur la violence.
Juin 1980 : Répression intense contre les prostituées, homosexuels et noirs à Sao Paulo (1 500 arrestations) et manifestations de 1 000 personnes contre la violence policière, la discrimination sexuelle et raciale.
Juillet 1980 : Première rencontre des femmes « Fluminenses » (de l’Etat de Rio de Janeiro) où quatre cents participantes ont repris la polémique sur « luttes générales et luttes spécifiques » : celles qui défendaient la priorité des luttes générales ont été majoritaires ei les campagnes ap� prouvées ont été : la lutte pour les crèches et contre la hausse du coût de la vie.
Juillet 1980 : Les féministes profitent de la tenue du congrès annuel de la SBPC (Société brésilienne pour le progrès de la science) et organisent un débat avec la participation de 1000 femmes. Tous les groupes féministes y participent et vendent leurs publications
22/8/80 : 500 femmes dans les rues contre la visite de Videla
10/10/80: Manifestation publique contre les assassinats de plusieurs femmes par des maris jaloux, contre les aggressions physiques su-
BRESIL
« Solidarité des femmes contre la complicité des dictatures ! »
Ce sont les groupes féministes qui ont le plus mobilisé contre la visite de Videla au Brésil. Le 22 août 1980 s’est réalisée à Sao Paulo une manifestation internationaliste de 500 femmes en deuil (vêtements noirs, fichu blanc avec le nom et l’année de disparition d’un(e) militante) sous la dictature brésilienne) contre la visite de Videla au Brésil, organisée par les groupes femmes de Sao Paulo avec l’appui du P. T., du Comité Brésil amnistie et des syndicats et associations de masse.
La manifestation s’est déroulée sans mots d’ordre, les femmes agitant les « matraques » utilisées dans les processions religieuses de la Semaine Sainte. Du Théâtre municipal de Sao Paulo à la Faculté de Droit, de nombreuses femmes se sont ralliées à la manifestation, défilant avec les militantes du Front des femmes féministes, de l’Association de femmes, du Groupe « Nous, Femmes », de la société Brésil femmen, du Centre de la Femme brésilienne, du Groupe action lesbiennes féministes, des femmes de « Convergence Socialiste », de « O Trabalho », d’une commission femmes d’un syndicat étudiant (département féminin du DCE-USP) et des femmes du PMDB. Une pluie de papiers en petits morceaux est tombée des grands immeubles commerciaux du centre ville en signe de solidarité. La manifestation s’est déroulée sans répression, mais des policiers filmaient discrètement les participantes du haut d’un des étages de l’Othon Palace Hôtel (par contre, une manifestation étudiante, le lendemain, dans le sud du pays a été violemment reprimée).
La manifestation de femmes a rejoint un rassemblement mixte organisé par 30 partis et organisations. Les 2 500 manifestant (e)s criaient les mots d’ordre :
-dehors Videla, dehors Figuei-redo ;
-1, 2, 3, 4, 5, 1000 -nous voulons Videla loin du Brésil
-1, 2, 3, 4, 5, 1000 -à bas la dictature de l’Argentine et du Brésil.
Un nouveau cortège s’est formé allant jusqu’au Consulat d’Argentine, où des mots d’ordre ont été criés contre Videla et en solidarité à la grève des ouvriers polonais.
bies par des femmes et lancement simultané d’un SOS femmes
Novembre-déc. 80 : Réunion de préparation du 8 mars 1981 : lancement de plusieurs « maisons de femmes »
Les femmes dans l’industrie
Le « miracle brésilien » (1969-1972) terminé, on est entré dans une phase de récession à partir de 1972. La politique du patronat pour faire face à la crise a consisté dans la mobilisation accrue de la main-d’œuvre féminine et la main d’œuvre des mineurs (des deux sexes), moins chère, plus « docile », qui avait déjà fait son entrée dans la production depuis les années du « miracle ». Les chiffres sur l’emploi féminin changent à toute vitesse entre les années 1970 et 1980.
Il faut noter la régression de l’emploi féminin dans le secteur agricole et dans le secteur des services (employées de maison). D’autre part, il faut noter la multiplication par quatre, en cinq ans seulement, du nombre de femmes dans le secteur de la construction civile, traditionnellement occupé par les hommes et l’augmentation de presque une fois et demi dans l’industrie de transformation.
Les données statistiques sur la population active au niveau national révèlent aussi ce bond : le taux d’activité féminine est passé de 18,5 96 en 1970 à 33,3 96 en 1973 (les années du « miracle » brésilien) et à 28,8% en 1976.
C’est dans l’industrie de transformation que cette évolution est la plus marquée.
Mais ce recours très important à la main-d’œuvre féminine s'est réalisé sans changement dans la prise en charge sociale des tâches d’éducation et d’entretien (manque de crèches, de dispensaires, de laveries, d’écoles, de transports collectifs, etc.). Cette situation est aggravée par la hausse du coût de la vie. La politique salariale de la dictature militaire n’a fait que réduire progressivement le pouvoir d’achat très faible des travailleurs.
L’entrée massive des femmes dans la production n’a fait qu’accentuer pour celles-ci les contraintes de la vie quotidienne. Aller dans les magasins éloignés pour acheter des marchandises meilleur marché, préparer les « gamelles » pour emporter à l’usine (le prix des restaurants d’entreprise est élevé), faire de longues marches à pied pour économiser le prix total du ticket d’autobus. La triple journée de travail n’est pas rare : 8 heures de travail à l’usine, du travail ménager rémunéré (ex. : couture, repassage) et enfin, le travail domestique non rémunéré.
Elles occupent toujours des fonctions subalternes, elles sont moins qualifiées, et, pour un travail égal, ont un salaire inférieur.
Les fonctions d’encadrement ne sont pas non plus pour les femmes. C’est contre cette situation de subordination, de surexploitation et de surcharge de tâches domestiques et productives que les travailleuses ont commencé à se mobiliser aussi bien dans les entreprises (cf. les congrès des femmes de la métallurgie et de la chimie) que dans les quartiers populaires (comités contre la hausse du coût de la vie, clubs de mères, associations de femmes au foyer, Mouvement pour les crèches, etc.).
Revendications et perspectives
C’est en prenant en compte cette situation d’oppression sexuelle et de surexploitation insoutenable des femmes travailleuses que les congrès des femmes, réalisés le 8 Mars 1979 et le 8 mars 1980, se sont prononcés pour la lutte pour le salaire égal à travail égal, pour ,1e droit de grève, contre le travail de nuit pour les hommes et les femmes, pour la formation professionnelle pour les femmes, contre la discrimination à l’embauche, particulièrement vis-à-vis des femmes mariées ou âgées, pour la garantie de l’emploi pour les femmes enceintes et pour les femmes qui ont des enfants, pour l’ouverture de crèches près des lieux de travail et de logement. Le mouvement des femmes centre ainsi son programme sur les besoins et les préoccupations plus immédiates des femmes travailleuses, doublement exploitées. Ces revendications, avancées par l’ensemble des cinquante-quatre organisations féministes et associations de masse les 8 Mars 1979 et 1980, restent tout à fait d’actualité.
Pour l’année 1981, il reste à réaliser plusieurs projets en chantier qui complètent, rendent possible par-
SI TOUTES LES FEMMES DU MONDE fois la lutte concrète pour ces revendications des femmes travailleuses ; il s’agit du développement de la lutte populaire pour l’amélioration des conditions de logement, d’écoles, de crèches, de dispensaires, pour l’élargissement de l’organisation syndicale, en particulier pour la création de départements féminins dans les syndicats, pour l’ouverture de maisons de femmes à Sao Paulo, à Rio, à Recife, à Porto Alegre pour permettre aux femmes de se rassembler, de se retrouver, d’avoir de l’assistance juridique et médicale, d’accéder aux centres de documentation, contre le projet gouvernemental de planning familial (la Prev-Saude) et de l’élaboration d’un projet alternatif par la Commission féministe d’étude du planning familial, composée de copines de différents groupes femmes, pour la formation, l’information et le débat entre femmes travailleuses sur des thèmes comme la sexualité, la contraception, etc, dans les clubs de mères, dans les groupes de femmes du Parti des travailleurs, dans les associations de quartier.
La nécesité d’une coordination au niveau national des groupes et d’une presse nationale pour l’échange d’informations et la centralisation des campagnes est toujours d’actualité, surtout si on prend en compte les dimensions du pays : ce sera peut-être un des thèmes de discussion du 8 Mars cette année. Le mouvement populaire et ouvrier, le mouvement des femmes et d’autres couches opprimées de la population brésilienne devraient faire un saut qualitatif important en 1981, s’ils savent tirer parti des conditions actuelles favora-bles. Maria Do Carmo et Inès
NOTE : Cet article a été rédigé à partir de notre propre expérience au Brésil au cours de l’année 1980, et des documents des groupes féministes. Nous avons utilisé aussi des articles de presse, en particulier du journal « Em Tempo » et des lettres de camarades brésiliennes.
Le S.O.S. femmes
Plusieurs cas récents de femmes battues ou tuées par leurs maris provoquent des mobilisations. Une militante de l’Association de femmes de Sao Paulo dénonce publiquement son mari, intellectuel prestigieux de gauche, pour l’avoir battue. Une manifestation est organisée contre toutes les formes de violence faites aux femmes, où un tract est distribué : c’est le lancement officiel du SOS femmes à Sao Paulo, le 10/10/80.
Différents courants féministes, des groupes de lesbiennes et des femmes inorganisées participent au SOS femmes, une nouvelle forme d’organisation à laquelle tous les groupes participent.
Le premier coup de fil reçu par le SOS femmes, qui prend en charge une moyenne de cent cas par mois, est venu d’un homme, qui voulait devancer sa femme qui allait appeler après : il voulait expliquer qu’il était fatigué, nerveux... Sa femme a téléphoné un peu plus tard. Une autre femme a attendu cinq heures devant la permanence du SOS femmes, sans argent, deux fils sur les bras. Elle a raconté que son mari la battait depuis longtemps, quelle s’était résignée, mais qu’ aujourd’hui, il ne l’avait pas battue, mais avait cassé un objet auquel elle tenait : une radio transistor. C’en était trop .-elle décidait de le quitter...
Les groupes femmes : Le cas du Rio Grande do Sul
Les groupes femmes sont de plus en plus nombreux au Brésil. Dans au moins 9 Etats, les féministes sont organisées. Les plus connus et actifs se trouvent à Sao Paulo, la plus grande ville industrielle du Brésil. Nous avons choisi de présenter ici les groupes, très actifs mais moins connus, de Porto Alegre (1,5 million d’habitants), capitale de Rio Grande do Sul.
-Le « Grupo de Mulheres de Porto Alegre » (GMPA) -« Costela de Adao » est le plus ancien (1 976) et centre ses activités sur l’animation de séminaires, la rédaction de contributions pour « Nos Mulheres » et « Lampiao » (journal féministe et journal de la cause homosexuelle, respectivement). Les principales préoccupations du groupe : la sexualité et l’homosexualité, l’autonomie, les rapports parallèles, etc.
-En 1979, à partir d’une scission du GMPA s’est constitué le groupe « Movimento de Mulheres pela Libertaçao » (MML), très actif dans les banlieues populaires de Porto Alegre ; il travaille avec diverses associations, syndicats, Comité Brésil amnistie, etc. et est organisé en commissions par thèmes.
-Le « Grupo Açao Mulher » (GAM) est issu du MML en novembre 1979 ; il centre son activité sur les problèmes de l’oppression spécifique des femmes, travaillant en commissions, et a commencé à militer dans les quartiers populaires de Porto Alegre.
Ces trois groupes ont des activités communes autour de campagnes : crèches, planning familial, le travail des femmes, des initiatives autour du 8 Mars.
-Le plus jeune des groupes féministes de Porto Alegre est Libéria et il est né à l’université. Centrant leurs préoccupations sur l’nniversité et l’école, il met en question l’éducation reçue par les femmes à l’école et les discriminations sexistes. Il mène actuellement une campagne sur la nécessité de crèches à l’université. Il est le seul groupe à avoir un journal, intitulé « Liberia ».
BRESIL
L'avortement au Brésil
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Le mouvement pour les crèches
Selon la loi 5452 de la CLT (législation du travail brésilienne), les entreprises employant 30 femmes de plus de 16 ans doivent avoir une crèche sur le lieu de travail ou rembourser les frais de garde dans une crèche de quartier.
La situation est, en réalité, toute autre : seulement 33 entreprises sur 150.000 à Sao Paulo ont des crèches et presque aucune d’entre elles ne rembourse les frais de garde. En dehors de ces 33 entreprises, il existe seulement 122 crèches à Sao Paulo, financées partiellement par les pouvoirs publics. Elles peuvent accueillir 9 103 enfants sur un million d’enfants demandeurs. A Rio de Janeiro, 6 800 places pour 510 000 enfants ! (*) chiffre de l’agenda femmes 1981, « Tempo da Mulher », Ed. Quilombo, S. Paulo).
Ainsi , la revendication pour les crèches est présente dans toute les plates-formes : pendant la campagne salariale des métallurgistes de Sao Paulo (nov. 1980), la proposition de création de crèches sous contrôle d’une commission paritaire (syndicat + patrons) a été approuvée en AG.
D’autre part, le « Mouvement de lutte pour les crèches » a obtenu ces deux dernières années l’ouverture de sept crèches municipales dans des quartiers pauvres de Sao Paulo.
(*) Quand on sait que le nombre moyen d’enfants par femme mariée est de plus de 5, on mesure pleinement l’ampleur du drame de la garde d’enfants, même si les dernières enquêtes démographiques semblent indiquer une tendance à la baisse du taux de natalité.