L’HISTOIRE DES FEMMES
En cette période de crise, il n ’ est pas inutile de rappeler les conséquences de la crise de 1929 sur l’emploi des femmes.
Dans l’ensemble des pays capitalistes, la crise a signifié pour des millions de travailleurs le chômage massif, la baisse générale du pouvoir d’achat, la misère.
Les femmes, quant à elles, n 'ont pas été épargnées, bien au contraire. Elles ont été victimes de mesures directement discriminatoires. Mais, contrairement aux idées reçues, ces mesures ne furent pas l ’apanage des gouvernements fascistes. Les « démocraties » bourgeoises de l 'époque n ’ont pas hésité à recourir à ces pratiques discriminatoires pour désengorger le marché du travail.
En Angleterre par exemple, pour faire face à l’épuisement des fonds des caisses d’assurance chômage, une loi est votée le 3 octobre 1931. Cette loi « sur les irrégularités » a permis de rayer des listes de chômeurs secourus, des milliers de femmes mariées (1). Ce type de mesures fut décidé dans de nombreux autres pays, en Belgique par exemple.
Aux Etats-Unis, la situation n’est pas plus brillante, malgré le New Deal impulsé par Roosevelt qui encourageait les employeurs à réduire la semaine de travail à quarante heures, à embaucher du personnel et à garantir un salaire minimum, malgré aussi les déclarations d’inten-lion du gouvernement sur l’importance de faire respecter l’éga-lilé des salaires entre les sexes.
De nombreuses manœuvres permettront aux employeurs de contourner les « codes de concurrence loyale » négociés dans les différentes branches de l’in-
L’HISTOIRE DES FEMMES
Les femmes perpétuelles victimes de la crise dustrie qui instituaient, en principe, un salaire minimum identique pour les hommes et les femmes. Par exemple, certaines dispositions permettaient de rémunérer à bas prix, y compris en dessous du salaire minimum, des travaux dits « légers ». Dans la plupart des cas, ces travaux étaient réalisés par des femmes. Pire, une loi votée en 1933 aboutira au licenciement des femmes fonctionnaires mariées à un fonctionnaire.
Des lois contre l’emploi des femmes mariées
Ce type de loi restreignant l’emploi des femmes mariées, notamment dans l administration, sera aussi adopté en Belgique, au Luxembourg et en France.
En France, en juillet 1935, le gouvernement Laval, dans le cadre de sa politique de déflation, promulga une série de décrets : augmentation des impôts, baisse du pouvoir d’achat des fonctionnaires, notamment des femmes. Il réussit ainsi à faire baisser de 20% le salaire des femmes fonctionnaires mariées à un fonctionnaire, en leur supprimant, entre autres, l’indemnité de résidence.
Les gouvernements fascistes ont procédé de manière encore plus brutale.
En 1933, l’année d’arrivée d’Hitler au pouvoir, des lois identiques furent promulguées en Italie et en Allemagne : elles ont chassé les femmes mariées, ou vivant en concubinage, de toutes les administrations — y compris de l’enseignement en Allemagne. En Allemagne aussi, l’accès des jeunes filles aux études secondaires et supérieures fut réglementé de manière draconienne. Dès 1935, les femmes n’eurent plus le droit de s’établir comme avocates ou médecins, ou d’exercer la fonction de juge.
Tout ceci s’est d’ailleurs réalisé avec la bénédiction du pape, au nom de la fonction sacrée de « la » femme : mettre au monde de nombreux enfants, être la gardienne du foyer.
Cependant, les régimes fascistes ne se sont pas contentés de renvoyer les femmes au foyer. Ils ont généralement fait appel à leur force de travail mais à titre gratuit. Ainsi, en Allemagne, des milliers de femmes encadrées par les organisations fascistes ont été recrutées pour travailler gratuitement dans des fermes, des hôpitaux, etc.
Flux et reflux de la main-d’œuvre féminine
Il est intéressant de noter que « la défense de la famille et de la patrie » n’a aucunement fait obstacle à l’embauche des femmes lorsque cela fut rendu nécessaire pour les « besoins » de la guerre.
Ainsi, comme le montre Hu-guette Bouchardeau (2), on peut décomposer la politique de l’Etat français en trois actes durant cette période :
— Premier acte: décret du 28 février 1940; on recense' systématiquement la main-d’œuvre féminine, on rend obligatoire l’embauche des femmes dans toute une série de métiers... En juin 1940, il y avait 375 000 femmes dans les usines d’armement alors qu’elles n’étaient que 120 000 à la veille de la guerre (2).
— Deuxième acte : l’armistice est signé par le gouvernement de Pétain. Les usines ferment. Il y a trop de main-d’œuvre disponible. Par la loi du 1 1 octobre 1940, le travail des femmes va être strictement réglementé. Le travail des femmes mariées notamment fera l’objet d’une réglementation très restrictive. — Troisième acte: l’Allemagne, pour soutenir ses efforts de guerre, a besoin d’une main-d’œuvre abondante. Une circulaire de mai 1942, confirmée par une loi en septembre, déclare : « Rien ne doit plus s ’opposer à l'emploi des femmes mariées.. » (3). Cette politique d’embauche massive sera mise en œuvre à l’époque non seulement par les pays fascistes mais aussi par les « démocraties » bourgeoises. Aux USA et en Angleterre surtout, c’est un plan de recrutement systématique de la main-d’œuvre féminine qui est mis en place pour répondre aux besoins militaires.
La politique engagée par les gouvernements à cette époque est sans commune mesure avec les réglementations incitatives prises actuellement par lâ bourgeoisie dans le monde contre l’emploi des femmes : le développement massif du travail des femmes mariées depuis 1968 en France, le développement du mouvement des femmes sur le plan international, le rapport de forces politique général ne permettent pas encore une telle politique d’agression frontale.
Mais il faut être conscient(e)s que toute mesure qui précarise le statut des femmes et qui les cantonne dans un rôle de main-d’œuvre d’appoint prépare le terrain à d’autres mesures qui, elles, pourraient, dans une période politique différente, signifier le renvoi massif des femmes au foyer. j.d.
Notes
- (1) Entre septembre 1931 et octobre 1931, on constate une baisse de 100 000 chômeuses due à la nouvelle réglementation. Cf. Evelyne Sullerot : «Histoire et sociologie du travail féminin ». Editions Gonthier, p. 165. Pour le reste de l’article, se reporter aux chapitres VII et VIII.
- (2) Huguette Bouchardeau : «Pas d’histoire les femmes... ». Editions Syros, p. IR 154. Pour l’ensemble de l’article, consulter le chapitre VI.