La crèche, c’est en principe le moyen de permettre aux femmes ayant de très jeunes enfants de prendre ou de garder un emploi. En pratique, le fonctionnement actuel des crèches collectives exerce constamment une pression sur les mères pour les inciter à abandonner leur travail salarié. Et ceci pour trois raisons :
-l’insuffisance criante du nombre de places offertes ;
-les conséquences de l’austérité sur la qualité de l’équipement et son fonctionnement ;
-le coût très élevé des crèches.
Pas assez de places
C’est en effet de plus en plus difficile si on désire mettre son enfant à la crèche d’y avoir une place. Il faut s’inscrire dès le premier mois de la grossesse, et encore ! Le résultat est incertain. Autrement dit, un grand nombre de parents sont contraints d’adopter le système des nourrices, avec toutes les incertitudes, alors qu’ils souhaiteraient confier leur enfant à une crèche.
Le manque de personnel
La toute relative reprise de la natalité et la politique d’austérité du gouvernement se traduisent par une baisse de personnel dans beaucoup de crèches. De nombreux congés, (maternité notamment) ne sont pas remplacés, si bien que ponctuellement certains enfants ne sont pas accueillis ou sont accueillis dans de mauvaises conditions, imposant des contraintes supplémentaires aux parents. Par exemple, si le personnel de la crèche tourne en sous-effectifs, il lui est impossible de laisser à l’intérieur deux enfants enrhumés avec une auxiliaire de puériculture tandis que les autres jouent dehors. Tous les enfants sortiront donc, au risque d’avoir 38 de fièvre le lendemain...
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La culpabilisation des mères
Face à une poussée de fièvre, la mère (c’est généralement elle, en l’état actuel des choses) se verra confrontée au choix suivant :
« Soit je garde l’enfant à la maison, et on me culpabilise à mon travail, soit je tente de le mettre à la crèche quand même et là je serai doublement culpabilisée : par le personnel de la crèche surchargé, qui peut-être d’ailleurs le refusera au dernier moment, et par ma « conscience », car jusque-là, on m’a toujours persuadée qu’une bonne mère garde son enfant même pour une rhino ! »
Autant de tracasseries qui font que le moindre grain de sable dans la mécanique, légère poussée de fièvre ou autre, devient une situation angoissante pour la mère, non pas tant par la gravité de la maladie de l’enfant mais par les problèmes systématiques que cela pose aux femmes essentiellement. Certaines femmes préfèrent en fin de compte prendre un congé postnatal non payé plutôt que de vivre ces difficultés et tensions quotidiennes, notamment quand leur employeur est particulièrement tâtillon.
Il est ouvertement admis que ce soit les femmes qui s’absentent pour soigner les enfants. Aux PTT par exemple, il existe un droit de douze jours par an pour enfants malades accordés aux femmes et en cas d’impossibilité de celle-ci accordés au père, mais seulement en cas d’impossibilité. A noter que des batailles locales ont permis dans certains endroits l’octroi indifférencié au père ou à la mère.
Les insuffisances de personnel à la crèche se répercutent aussi sur la régularité des personnes entourant l’enfant et connues de lui : s’il manque des auxiliaires dans une section, une rotation va s’opérer pour utiliser le personnel présent au plus serré au lieu d’un remplacement pur et simple de la personne manquante qui ne ferait voir une tête nouvelle qu’aux enfants concernés par l’auxiliaire absente. Avec ce système de pénurie, c’est l’ensemble des enfants qui sont perturbés. En cas d’absences, à chaque fois ou presque, ils perdent pour un jour ou une semaine leurs repères affectifs.
Des coûts inabordables et dissuasifs
L’augmentation des tarifs qui sera appliquée à partir de septembre 1981 atteint 20% pour une partie importante des tranches de salaires. Quand on sait que la mensualisation est de plus en plus appliquée -à part le mois de vacances, l’enfant paie même s’il ne va pas à la crèche -il s’agit là d’une véritable politique de dissuasion, d’encouragement à l’abandon de l’emploi.
. En région parisienne, le prix journalier de la crèche dépend du quotient familial, il varie de 12 F à 75 F selon les cas. Un couple ayant un enfant et totalisant 6 000 F de revenus mensuels devra payer près de 40 F par jour. Certes, la crèche collective nécessite des moyens importants : locaux, matériel d’éveil, personnel, notamment pour les tout petits, mais il s’agit de créer le meilleur cadre possible pour l’enfant en bas âge pendant que les parents vaquent à leurs occupations : travail ou loisir, et celui-ci devrait pouvoir être accessible à tous. Pourquoi considère-t-on comme « normal » de payer la crèche alors que l’école, est, officiellement au moins, gratuite, hormis la cantine et la garderie ? Simplement parce que dans cette société bourgeoise, il est fondamentalement admis que la règle « normale » serait que la mère garde et éduque seule l’enfant en bas âge.
Jeanne.