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Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

VIE DU MOUVEMENT

Les groupes femmes à Bordeaux

· Cahiers du féminisme, n° 16, été 1981 · p. 31-33 · 1 775 mots

Les groupes femmes de Bordeaux se sont créés en 1974, juste après la rencontre de Bièvres et depuis, bon an, mal an, continuent de se développer. Il y a quelques années, c’est vrai, nous étions beaucoup plus nombreuses qu’aujoud’hui. Comme les syndicats ou les organisations de masse nous avons subi les contre-coups de la situation politique.

Si neuf groupes continuent à vivre, c’est en grande partie parce que nous avons des éléments stables comme le local, la coordination, auxquels un groupe « dans le creux de la vague » peut se raccrocher par exemple.

Les piliers : la coordination et le local

On a remarqué que, parfois, certains groupes sont en pointe, animent des coordinations, tiennent des permanences, puis s’essoufflent et ce sont d’autres groupes qui prennent le relai. Les femmes qui y participent peuvent changer, certains groupes être absents pendant un temps, on sait toujours que le premier jeudi de chaque mois au moins, on trouvera les groupes rue Larirat, que la coordination, elle, existe.

C’est là que se prennent les décisions qui concernent l’apparition des groupes sur la ville, la participation à telle ou telle réunion unitaire (où nous sommes de plus en plus souvent invitées). C’est le lieu où se discutent tous les problèmes de chaque groupe, où s’échangent les expériences...

Un des éléments importants aussi qui nous permet de tenir, c’est le local. Bien que nous soyons déclarées en Association loi de 1901, Chaban-Delmas, maire de Bordeaux, n’a pas poussé le féminisme jusqu’à nous donner des mètres carrés sociaux. On a donc loué un trois pièces dans le centre de la ville. Cela fait maintenant trois ans que nous y sommes. On a bien essayé d’en faire un endroit agréable où il pourrait y avoir une bibliothèque, un coin pour les enfants... Beaucoup de travail a été fait par certains groupes, mais sans baguette magique ni subvention, ce n’est pas facile... Cela n’empêche pas le local d’être réellement un lieu de rencontre, de réunions, d’échange, de travail.

Le journal

Il y a aussi le journal, depuis 1977. C’est le « Journal des Groupes femmes de Bordeaux ». Au début, nous avons fait seulement un numéro par an aux alentours du 8 Mars. 11 rassemblait essentiellement des témoignages, des articles de groupes ou de copines. Même avec une périodicité si longue, on a voulu maintenir une continuité : par exemple en conservant la même couverture.

C’est grâce au journal que nous faisions nos apparitions : ventes publiques rue Sainte-Catherine (rue commerçante), ou ventes sur les quartiers, autour des groupes ou sur les lieux de travail... C’est ainsi que nous avons pu en convaincre beaucoup que les groupes femmes, ça n’était pas quelques filles isolées mais un ensemble de groupes coordonnés et implantés sur la ville. Notre journal s’est beaucoup amélioré depuis quelques mois et, à l’occasion de la campagne emploi, nous avons décidé de le sortir régulièrement tous les deux mois.

La campagne emploi à Bordeaux

Si nous avons pu participer à ce qui s’est fait nationalement sur l’emploi des femmes et avoir une réelle intervention c’est grâce à ces piliers stables que sont la coordination, le local et le journal, autour desquels les groupes se constituent. Mais c’est aussi parce que, dans la région, les préoccupations autour de l’emploi sont domi-

VIE DU MOUVE MENT nantes. Un seul exemple : six cents licenciements à Souillac en deux ans, une majorité de femmes se retrouvent sans travail ! Dans les groupes, nombreuses sont les femmes qui sont touchées : chômeuses, jeunes à la recherche d’un emploi, femmes jusqu’ici au foyer et devant travailler après un divorce, étudiantes s’interrogeant sur les débouchés qui leur sont offerts... Les discussions ont aussi porté sur les conditions de travail, le type de travail offert aux femmes, certaines se demandant s’il ne fallait pas mieux être au foyer, libre, que de se faire exploiter dans une usine. Nous sommes allées à la coordination de Lyon, avec deux « mandats » :

-d’abord, si on voulait mordre sur les préoccupations de l’ensemble des femmes, il fallait parler non seulement de l’emploi, mais du travail, des problèmes posés à celles qui travaillent à l’extérieur, comme à celles qui sont au chômage ;

-en plus, nous avions été échaudées par les différentes campagnes sur l’avortement, nous n’avions pas bien suivi parce que nous les avions vécues comme « balancées d’en-haut », pas préparées par l’ensemble des groupes, mais par un petit nombre, à Paris... et Paris, c’est loin ! Et on avait pas envie que ça recommence, on voulait que tous les groupes se sentent concernés par la campagne emploi.

De retour à Bordeaux, on était plutôt enthousiastes. A la rentrée nous avons organisé une rencontre pour débattre sur le fond, comme cela avait été dit à Lyon.

Un questionnaire

On a discuté dans plusieurs commissions travail et famille (tâches ménagères, enfants...) : le travail est-il épanouissant ? Quelles réponses apporter aux solutions « pièges » telles que le mi-temps, les horaires à la carte...

Ce qui est sorti de notre rencontre, c’est un questionnaire assez complet dont le but était de nous faire entrer en contact avec des femmes, de façon beaucoup plus large que notre « frange » habituelle. Les réponses ont fourni des articles ou des témoignages pour le journal.

Ainsi, le journal a rempli un des rôles qu’on voulait lui donner depuis longtemps sans y arriver tout à fait : se faire l’écho de ce que pensent les femmes, la majorité des femmes. Et c’est précisément à ce moment qu’on a pu réaliser notre projet de longue date, sortir ce journal plus souvent et régulièrement. Deux numéros depuis janvier, un troisième avant la fin mai.

La vie des groupes

Après ce questionnaire, on a fait une coordination entièrement tournée sur la « vie des groupes ». On peut en effet, toujours lancer un journal, un questionnaire, si ce n’est pas pris en charge par les groupes, dans leur quartier ou leur entreprise, cela n’a aucune valeur.

C’est d’ailleurs ce souci qu’on aimerait renconter dans les coordinations ou rencontres nationales. C’est pour cela que nous insistons tant sur la « structuration » et sur la nécessité d’une réelle coordination nationale des groupes !

Ces groupes, à Bordeaux, ne sont pas uniformes : ils n’ont pas tous la même activité au même moment, même si ça tourne autour du même thème. Chacun a sa façon spécifique de reprendre la campagne en charge, en fonction de sa composition, de son lieu d’implantation et de son « état » du moment.

-Le groupe « centre ville » intervient sur l’A.N.P.E. et essaye de nouer de contacts avec les chômeuses.

-Le groupe de Bègles (banlieue) reprend le questionnaire et le distribue à l’A.N.P.E. et devant les usines.

-Le groupe Anglais (étudiantes) a repris le questionnaire et réalisé le « Guide des tâches ménagères »...

pour les hommes ! C’est une idée qui leur trottait dans la tête depuis un certain temps. Puis après la discussion de la rencontre elles l’ont totalement réalisé. Ce guide a un succès certain et c’est l’ensemble des groupes qui l’a vendu.

-Le groupe « Rive Droite » (banlieue), intervenant dans une cité dortoir, s’adresse surtout à des femmes au foyer.

-D’autres ont repris le questionnaire autour d’eux et fait des articles pour le journal.

Mais la campagne emploi n’est pas la seule activité des groupes :

-Le groupe « Santé » a créé un groupe de self-help, différent du groupe femme, qui se réunit en alternance avec ce dernier tous les quinze jours, et ce ne sont pas les mêmes femmes qui y viennent ;

-Le groupe « Rive Droite » participe avec d’autres associations de quartier à des réunions qui ont pour but d’essayer de mobiliser les gens sur les problèmes de santé. En est sorti une brochure dénonçant la politique gouvernementale dans ses différents aspects.

Les gros problèmes qui se posent, c’est que plus ça va, plus les groupes, en particulier les groupes de quartier, sont confrontés à la nécessité d’intervenir, d’être présents partout.

Par exemple, sur la rive droite, quand on a commencé à aller à des réunions unitaires, à être reconnues par des associations comme C.S.F. ou C.S.C.V., on ne peut pas s’arrêter

VIE DU MOUVEMENT sous peine de se déconsidérer. Et en même temps, il y a le questionnaire, la campagne emploi, les coordinations, ça fait beaucoup de réunions, de matinées sur les marchés...

Alors, on ne sait plus où donner de la tête, on ne peut pas tout faire à la fois, on a beaucoup de possibilités de se faire connaître, plus qu’on ne peut en faire. Beaucoup de copines se découragent. Et ceci d’autant plus que nous avons des difficultés à faire venir régulièrement à des réunions de nouvelles femmes. Pourtant, les groupes sont connus, les femmes ont recours à nous individuellement pour nous demander des conseils (divorce, avortement) mais si on leur propose une réunion, elles ne viennent pas. Où est la solution ?

Un forum sur l’emploi

Le 4 avril, nous avons fait un forum. Considéré au départ comme le temps fort de la campagne emploi, nous ne pouvions à cette date nous taire sur la présidentielle. Et le journal sortit à cette occasion avec pour titre « les femmes et la politique. » La presse nous a largement ouvert ses colonnes, ce qui est plutôt rare, et, encore plus extraordinaire, la télé est venue nous filmer dans le local !

Il est certain qu’en cette période électorale cela permettait au pouvoir de redorer son blason bien terne...

Le forum a regroupé une centaine de personnes : pas grand monde, bien sûr, mais ce n’est pas étonnant avant les élections. La déception a été de courte durée, surtout lorsqu’on a entendu les copines de Bayonne nous dire : « C’est chouette ce que vous avez fait, cela nous donne envie de faire quelque chose pour reconstruire les groupes à Bayonne, ça nous donne des idées... »

Et maintenant ? Comment continuer ? On a besoin de sentir qu’on est pas les seules en France... et une coordination, des rencontres nationales, un journal qui soit l’écho de la vie des groupes partout en France nous donnerait une bouffée d’oxygène... Il faudra aussi des rencontres régionales, peut-être un week-end cet été ?

On a remarqué que, parfois, certains groupes sont en pointe, animent des coordinations, puis s’essoufflent et ce sont d’autres groupes qui prennent le relai.

Les femmes qui y participent peuvent changer, certains groupes être absents pendant un temps, on sait toujours que le premier jeudi de chaque mois au moins, on trouvera les groupes rue Larirat, que la coordination, elle, existe

Notes

  1. Le 9 mai 1981, Marie-Jeanne, Mado.

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